Yona fille de la préhistoire tome 11

Yona fille de la préhistoire tome 11

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73 pages

Description

Une terrible fièvre touche le clan de Yona. Pour trouver un remède, la jeune guérisseuse et Dent de lion partent dans les montagnes. Mais en chemin les deux amis sont capturés par le chaman du clan des ours. Si Yona veut sauver les siens, il lui faudra apporter au chaman la force de vie des ours de neige, mais aussi... abandonner Dent de lion.





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Ajouté le 07 octobre 2010
Nombre de lectures 271
EAN13 9782266208246
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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:
Florence Reynaud



Les ours de neige




Résumé du livre précédent
Y
 ona apprend par son père Dako que Dent de lion, son futur compagnon qu’elle aime tendrement, agonise au pied d’une falaise, sur un territoire inconnu, veillé par un autre jeune chasseur, Argo. L’accident est arrivé pendant que les trois hommes suivaient la piste d’un gibier.
La jeune guérisseuse décide de se mettre aussitôt en chemin, car elle espère pouvoir sauver Dent de lion. Elle refuse que des hommes du clan l’accompagnent et appelle en vain son frère Loup : l’animal ne se montre pas.
Désespérée, Yona part seule, en se repérant grâce aux empreintes laissées dans la neige fraîche par son père. Elle croise Argo, terrifié. Il prétend que des démons hantent le vallon étroit où gisait Dent de lion et que ces créatures maléfiques ont emporté le corps du blessé.
Furieuse, folle de chagrin, Yona le menace et lui dit de rentrer à la grande caverne. Elle est résolue à retrouver Dent de lion, mort ou vivant. Bientôt, des animaux étranges, qu’elle n’a jamais vus, apparaissent à l’entrée d’une grotte. Ils sont moins grands que des loups, plus robustes que des renards, dont ils ont le pelage roux. Yona a la surprise de voir deux enfants mêlées à ces bêtes rousses1. Elles sont échevelées, très sales, et s’enfuient lorsqu’elle les appelle.
La jeune fille les suit au fond de la tanière et découvre Dent de lion inanimé. Alors qu’elle s’attendait à trouver un clan auquel appartiendraient les fillettes, elle comprend qu’elles ont été adoptées par les bêtes rousses et que ce sont elles qui ont enlevé Dent de lion pour tenter de le soigner. Leur parfaite ressemblance la surprend.
Dès lors que son ami va mieux, Yona consacre son temps à apprivoiser davantage les petites filles, qui parviennent à se faire comprendre. Elles ont été abandonnées dans la grotte après avoir été attachées à un piquet. Révoltée, Yona se met en quête du clan qui a osé condamner des enfants innocentes. Elle réussit à le retrouver, et le mystère s’éclaircit.
Le chef et le sorcier du clan ont vu une menace dans ces fillettes impossibles à différencier. Ils les ont emmenées loin de leur mère, Nyo, devenue à demi folle de chagrin, qu’ils ont attachée pour qu’elle ne parte pas à leur recherche.
Avec l’aide des gardiennes du clan, Yona réussit à délivrer Nyo et à la conduire près de ses enfants. Dent de lion étant remis de son accident, ils reprennent tous ensemble le chemin de la grande caverne.
Quant aux bêtes rousses, que les jumelles surnommaient « chiens », elles quittent ce territoire et migrent en direction du soleil levant.
1-
Il s’agit de dholes, des canidés sauvages de taille moyenne, au pelage très roux, qui étaient présents à la préhistoire en Europe et qui ont ensuite migré vers l’Est et l’Asie. Ces animaux, bien que rares, existent toujours en Asie.
1
La grande menace
Y
 ona est assise près du feu, dans le foyer de son père. L’assemblage de peaux de rennes qui arrête les vents glacés de l’hiver est relevé et attaché au bout d’une perche. La saison chaude est à son apogée. Après des pluies torrentielles, le soleil a séché la terre et des nuées de fleurs et de graminées ont poussé dans le vallon.
La jeune guérisseuse surveille la cuisson des plantes qu’elle a cueillies le matin, au lever du jour : de la molène au feuillage d’un gris velouté, dont elle tire un baume souverain pour soigner les brûlures et les contusions. Toutes ses pensées vont à Dent de lion, son futur compagnon. Depuis qu’elle a cru le perdre, sur le territoire des bêtes rousses, elle l’aime encore davantage. Aujourd’hui, dans la lumière rose et or de l’aube, il l’a prise dans ses bras si tendrement qu’elle rougit à ce souvenir. Mais un cri aigu la tire de sa douce rêverie.
— Yona ! Yona ! hurle Tik, un garçonnet de cinq ans, le frère de son amie Noume. Viens vite, Yona.
L’enfant accourt, trébuche sur un galet. Son visage ruisselle de larmes. Elle le retient à temps, lui évitant de tomber sur les pierres brûlantes qui entourent les braises.
— Tik ! Qu’est-ce que tu as ?
— Noume est malade ! Ma mère aussi est malade ! Il faut que tu les soignes !
Affolée, Yona prend son sac en peau de lièvre où elle garde ses remèdes les plus délicats à élaborer. Tik est déjà reparti.
« Noume ! Ma Noume, ma presque sœur ! » se dit-elle en se précipitant vers le foyer de Rog et de Milli, les parents de l’adolescente. « Hier soir, elle a mangé de bon appétit et riait beaucoup. Milli, je ne l’ai pas vue… Que s’est-il passé ? »
La jeune fille traverse l’esplanade en courant. Les familles installées sous la gigantesque voûte de la grande caverne ont dressé des abris à l’endroit qui leur convenait le mieux. Rog, connu dans le clan pour ses idées singulières, a choisi de loger face au soleil levant, sur une avancée de rocher.
— Noume ! s’écrie Yona en soulevant la peau de bison qui sert de porte.
Mais son amie ne lui répond pas. Elle est allongée sur des fourrures, somnolente, le visage très rouge, la respiration sifflante, le regard absent.
— Yona, sauve-la ! implore Milli, assise près de sa fille. Noume ne me parle plus, elle ne nous entend plus ! Et je ne peux rien faire pour elle, juste lui caresser les cheveux.
La malheureuse Milli ne peut plus se déplacer. Ses jambes sont privées de vie depuis qu’elle a fait une terrible chute du haut de la falaise voisine.
— Bien sûr, je vais la sauver ! affirme la jeune guérisseuse. Mais où est Rog ? Il devrait se trouver à vos côtés !
— Rog est parti prévenir Guru. Il pense que notre chaman saura de quel mal souffre Noume !
Yona approuve d’un signe de tête. La sagesse du vieillard peut se révéler précieuse. Les mains posées sur la poitrine de sa presque sœur, elle ferme les yeux.
— Sa force de vie lutte contre la fièvre ! déclare-t-elle à Milli. Je pense que des tisanes d’écorce de saule la soulageront. Et toi, comment te sens-tu ?
— Oh ! moi, je suis moins atteinte. Je peux encore te parler, raisonner. Mais Noume n’est plus avec nous ! Son âme voyage déjà loin d’ici, dans le domaine des esprits.
— Ne dis pas ça ! proteste Yona en touchant le front moite de la femme. Toi aussi, tu es brûlante.
Très inquiète, la jeune guérisseuse observe le garçonnet, à genoux près de Noume.
— Éloigne-toi de ta sœur, Tik ! ordonne-t-elle. Tout le clan de Dent de lion a été exterminé par un mal mystérieux. Tu pourrais très vite tomber malade à ton tour.
Le petit garçon obéit, mais il se réfugie contre sa mère, comme il en a l’habitude. Yona insiste gentiment.
— Éloigne-toi aussi de Milli ! Écoute, Tik, tu es fragile, un peu comme un œuf de corneille. Ta force de vie est minuscule. Ne boude pas ! Tous les enfants sont fragiles. Et il en est de même chez les animaux.
Yona n’ose pas ajouter qu’un des louveteaux de son frère Loup est mort quelques jours auparavant. Avec Dent de lion, elle l’a enseveli à proximité de la tanière où vit la horde.
— Avant toute chose, je dois apaiser la fièvre ! dit-elle à voix haute, en essayant de cacher la panique qui l’envahit.
La jeune fille se relève, désemparée. Un sombre pressentiment étreint son cœur.
« Il y a deux lunes, je pleurais Dent de lion, mais je l’ai retrouvé et il est bien vivant. Maintenant, je tremble pour Noume et Milli. Ce mal dont elles souffrent m’est inconnu. Madem, aie pitié ! Si seulement tu étais là, avec nous ! »
Yona supplie souvent sa mère de l’aider, lorsqu’elle contemple le ciel étoilé la nuit, ou l’azur éblouissant le jour, certaine que la belle Madem, devenue un esprit bienfaisant après avoir été tuée par un ours, veille sur le clan.
— Yona ! Où cours-tu ? appelle le chaman Guru.
Le vieillard marche vers elle, entouré de Rog, de Numa, le futur compagnon de Noume, de Dent de lion et d’Argo.
— J’ai besoin d’écorce de saule ! répond-elle. C’est le meilleur remède contre la fièvre.
Guru l’arrête d’un geste autoritaire.
— Il te faudra beaucoup d’écorce de saule ! réplique-t-il d’un ton anxieux. Une grande menace pèse sur la caverne, Yona ! Hano et Nela se sont réveillés eux aussi le visage rouge, la peau en feu. Je crains que le mal ne se répande et décime notre clan.
Yona regarde Dent de lion. Le jeune homme est très pâle, il serre les poings. Elle devine qu’il pense à sa famille, qui a succombé en quelques jours à une violente fièvre.
— Je ne veux pas que cela se produise ! bredouille-t-elle, près de pleurer. Dis-moi ce que nous devons faire, Guru ! As-tu prié les Esprits du Ciel et de la Terre ?
— Crois-tu que j’ai eu le temps ? s’écrie le vieillard. Rog est venu dans ma hutte, où se trouvait déjà Argo, effrayé par l’état de son jeune frère. La femme de Murg se lamente ! Elle répète que nous sommes tous punis par les Esprits du lac sans fin, qui ont pris la vie de votre ancien chef1.
Rog se met à gesticuler, furieux. Il s’écrie en fixant Yona :
— Ces deux fillettes qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau, ce sont elles qui apportent le malheur sur notre clan ! Ces fillettes que tu as conduites ici, avec leur mère, Yona ! Depuis leur arrivée, je fais de mauvais rêves, le gibier déserte le vallon ! Des lions ont rôdé près de la caverne, ce qui ne s’était pas produit depuis des lunes et des lunes.
— Le chagrin t’égare, Rog ! coupe Yona durement. Asila et Anoma sont des enfants innocentes. Tu les accuses à tort ! Tu m’accuses à tort ! Et ce ne sont pas des querelles, des cris, qui vont guérir nos malades.
Yona s’éloigne, le cœur lourd. Elle doit préparer un mélange de plantes séchées, qui, infusé avec du saule, réussira peut-être à vaincre la fièvre. Près de sa couche, composée d’une large peau de cerf et d’une épaisseur de lichens et de mousses, elle inspecte les récipients disposés sur une pierre plate.
« Père me manque ! Il saurait calmer Rog ! se dit-elle. Et où est Muette ? J’aurais besoin de ses conseils. »
Son père Dako et trois autres chasseurs sont partis sur les traces d’un troupeau de rennes. Muette, une jolie femme aux boucles blondes, la nouvelle compagne de Dako, s’absente souvent, quittant la grotte sans prévenir les siens. Pourtant, en elle, Yona a trouvé une seconde mère. Comme Madem, Muette connaît le pouvoir des plantes, et, malgré sa langue coupée, elle parvient à partager son savoir, en s’exprimant par signes ou bien en dessinant sur des morceaux de peau tannée.
Dent de lion a suivi Yona. Il pose une main apaisante sur son épaule. Tremblante, elle se retourne et se blottit contre lui.
— J’ai peur ! murmure-t-elle. Dent de lion, je croyais que le clan connaissait une période de paix. J’étais si heureuse ce matin. J’avais tort ! Comme le clame Guru, une terrible menace pèse sur nous.
— Tu les sauveras tous ! affirme-t-il en souriant gentiment.
— Je n’en suis pas si sûre ! avoue-t-elle.
1-
Lire, du même auteur, dans la même collection, Le voyage au bout du monde, t. 8.