Yona fille de la préhistoire tome 3

Yona fille de la préhistoire tome 3

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39 pages

Description

Yona est seule: son ami Dent de lion l'a quittée et frère loup a rejoint sa meute. En cherchant un abri dans les montagnes, Yona découvre une grotte ornée de dessins d'animaux. Gorann, un jeune chaman, l'accueille au cœur de ce monde interdit et magique. Bien décidée à parler avec les Esprits elle aussi, Yona s'apprête à participer à sa première cérémonie de chamani...





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Date de parution 07 octobre 2010
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EAN13 9782266208154
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Florence Reynaud



La grotte des chamans




Résumé du livre précédent
Y
ona, après avoir quitté son clan et la grande caverne, décide de vivre seule et d’aller jusqu’aux montagnes qu’elle aperçoit à l’horizon. Mais le chef Murg tente de la rattraper et de tuer le loup, son ami, son frère. La fillette lui échappe alors en se réfugiant dans un réseau de grottes. Là, elle rencontre un vieux couple, menacé par des lions.
Un jeune garçon fait fuir les fauves. Yona veut absolument le rencontrer. Elle le retrouve, mais gravement blessé.
Heureuse d’avoir un ami, elle le soigne et lui raconte son histoire.
Dent de lion, comme elle le surnomme, n’a pas un caractère facile. Il ne pense qu’à une chose : tuer des lions.
Pourtant lui et Yona vont devenir de vrais amis. Mais un matin, Dent de lion s’en va sans explications.
Désespérée, la fillette reprend son chemin aventureux, seule avec son loup…
1
Seule
Y
ona marche depuis l’aube. Le vent glacé cingle son visage, gelant les larmes qui ruissellent sur ses joues. Juste armée d’un épieu grossièrement taillé, son sac de guérisseuse passé à l’épaule, elle avance au sein d’un immense paysage balayé par des rafales de neige.
— Courage ! dit-elle d’une voix amicale au loup qui marche à son côté. Nous trouverons bientôt un abri pour la nuit…
L’animal est de grande taille, ses yeux sont dorés. Son épais pelage gris est constellé de flocons. Yona le caresse souvent, comme pour s’assurer de sa présence. Alors qu’ils franchissent un monticule semé de genévriers, des hurlements s’élèvent, puissants et rageurs. C’est un véritable concert qui retentit dans le vallon, perçant l’épaisseur ouatée des rideaux de neige.
« Des loups ! songe Yona. Où sont-ils ? Je ne les vois pas. »
Le fauve s’immobilise net, poils hérissés, gueule ouverte sur des crocs acérés. La fillette met un genou au sol et scrute les environs. Mais elle ne devine aucune forme sombre, aucun mouvement.
— Toi, tu les sens, tes frères loups ! Tu sais où ils se cachent ! Est-ce qu’ils vont nous attaquer ? Ou bien ils partent chasser… et, dans ce cas, je ne risque rien !
Yona refuse de céder à la peur. Depuis qu’elle a fui son clan, que son ami Dent de lion l’a quittée sans explications, elle n’a qu’un choix : être forte. La disparition du garçon aux yeux verts l’a beaucoup affectée. En souvenir de lui, elle porte dans ses cheveux la parure de plumes blanches qu’il lui a laissée.
— Si je faiblis, je suis perdue ! soupire-t-elle. Je ne sais pas traquer le gros gibier ni me battre. Mais je veux vivre. Alors je ne dois plus avoir peur, plus jamais.
Yona continue à guetter le moindre mouvement insolite. Le fauve reste immobile, grognant sourdement. Soudain, le vent disperse un épais voile de brume et une dizaine de loups énormes apparaissent. Ils sont tout proches, et fixent la fillette de leurs yeux jaunes.
La peur terrasse Yona. Ces bêtes, sûrement affamées, doivent la prendre pour une proie facile.
— Frère loup ! murmure-t-elle. Que vont-ils faire ?
Le cœur broyé par l’angoisse d’être déchiquetée vivante, Yona recule à pas lents. Mais son loup, lui, ne s’enfuit pas. Tout à coup, il bondit vers ses congénères avec un hurlement rauque. Un combat effrayant commence, concert de cris, de jappements. Les corps se mêlent, roulent dans la neige, les dents claquent.
— Non ! Pas ça ! clame Yona, certaine que son seul ami va succomber sous le nombre.
C’est trop de chagrin pour la fillette. Elle se cache le visage, laissant tomber son épieu. Pourtant, l’écho de la lutte féroce semble diminuer. Vite, elle regarde ce qui se passe. Les loups ont disparu. Tous. Il n’y a pas trace de sang, ni de blessés.
— Mais… Pourquoi ?
Stupéfaite, elle s’obstine à percer les rideaux de neige et enfin elle aperçoit, au bas de la colline, des silhouettes brunes, amenuisées par la distance.
— On dirait qu’ils partent… tous ensemble ! chuchote-t-elle. Oh non ! Reviens, frère loup ! Tu ne vas pas m’abandonner, toi aussi !
De longs et farouches hurlements résonnent, telle une réponse à l’appel désespéré de la fillette.
Yona s’agenouille, protégeant ses yeux d’une main. Il neige si dru qu’elle ne distingue plus rien. Elle est seule dans un univers blanc, silencieux. Le froid ne tarde pas à l’engourdir, mais elle continue à attendre.
— Ce n’est pas possible ! bredouille-t-elle. Frère loup va revenir ! Il ne peut pas me laisser. Je ne veux pas qu’il parte, moi. Mon clan disait peut-être vrai ? Un loup et une fille ne sont pas faits pour vivre ensemble ?
De nouveaux hurlements s’élèvent dans le lointain. Cette fois, persuadée que le fauve ne reviendra pas, la fillette s’allonge, indifférente à ce froid terrible qui ne tarde pas à la plonger dans un sommeil dangereux. Des images traversent son esprit, parées des couleurs vives des temps heureux. Elle revoit sa mère la belle Madem, la guérisseuse du clan, qui devait remplacer la chamani Mummi. Mais un ours furieux en a décidé autrement. Madem est morte et Mummi n’en fait qu’à sa tête, racontant à tous que les Esprits du ciel et de la terre la protègent. Le clan de Yona, ce clan qu’elle a fui, continue à obéir à la vieille femme.
— Maman ! chuchote Yona, et ce murmure suffit à la faire souffrir tant ses lèvres sont raidies par le gel. Maman…
Ensuite, Yona croit reconnaître son amie Noume aux yeux clairs comme le ciel de la saison chaude. Elle rit en lui tendant un collier de coquillages, si jolie avec ses cheveux couleur de noisette mûre. Enfin se dresse Dent de lion au regard vert, au sourire insolent. Il était si gai, comme Noume, comme Madem. Gai et capricieux.
— Dent de lion ! murmure-t-elle. Pourquoi es-tu parti, toi aussi ? Je suis seule, si seule. Tu n’avais pas le droit de disparaître sans un mot d’adieu.
Yona enfouit son visage dans ses mains, après avoir rabattu son capuchon sur son front. Elle n’a plus qu’une envie, dormir le plus longtemps possible et rêver encore. Cela l’aidera à oublier la faim qui la torture.
« Tant pis ! Je n’irai pas dans les montagnes, mon chemin s’arrête ici. C’est mieux, puisque je n’ai plus de famille, plus personne à aimer. »
Le temps s’écoule, mais la fillette n’en a pas conscience. Pourtant, un grondement insolite parvient à la tirer de sa somnolence.
« La terre tremble ! pense-t-elle, sans parvenir à se redresser. Que se passe-t-il ? »
Yona se retourne péniblement sur le dos. Malgré la faiblesse qui l’accable, elle réussit à s’asseoir. L’atmosphère a changé. Il ne neige plus, le paysage apparaît, nappé de blanc, mais net, dégagé. Une vaste plaine s’étend au pied de la petite colline. Et sur ce décor immaculé s’agite une immense masse grise et brune, d’où émergent des têtes fines, couronnées de bois effilés1. Jamais Yona n’a vu un aussi grand troupeau de rennes. Il y a là des centaines de bêtes dont le trot rapide ébranle le sol gelé.
— Les rennes ! Voilà pourquoi des loups rôdaient ! Ils suivaient les rennes. Ils sont en chasse et ils ont croisé notre route. Mais lorsqu’ils ont senti le troupeau, ils m’ont laissée tranquille, et frère loup s’est joint à eux. Il n’a pas résisté à l’appel du sang frais.
En disant ces mots, la fillette sent un flot de salive monter à sa bouche. Elle s’imagine devant un bon feu, sur lequel grillerait un gros morceau de viande. Son estomac se tord de douleur. Elle n’a jamais eu aussi faim de sa jeune vie.
— Moi aussi je dois chasser ! déclare-t-elle. Comme les loups !
1-
Ici, les cornes des rennes.
2
Les grands troupeaux
Y
ona a repris courage. Sans quitter des yeux l’immense troupeau, elle secoue la neige qui couvre ses épaules et ses bras. Elle tape du pied pour ranimer la circulation dans ses membres engourdis. Il lui faut ensuite chercher son épieu, qu’elle a laissé tomber près d’elle en s’allongeant.
— Ah ! Il est là !
L’arme lui paraît soudain bien frêle. Pourtant, la pointe durcie au feu est encore capable de blesser un jeune animal.
— Esprit de la terre, implore-t-elle, aide-moi ! Accorde-moi la vie d’un renne, le plus vieux, le plus maigre, je m’en contenterai…
Le défilé du troupeau continue, rythmé par des meuglements sourds, des appels rauques. À l’arrière de l’énorme masse mouvante, Yona croit distinguer des silhouettes plus petites, qui courent ventre à terre.
« Les loups ! Eux, ils sont sûrs de manger cette nuit… » se dit-elle, le cœur serré.
Rassemblant ses dernières forces, la fillette dévale la colline. L’odeur chaude des corps vivants, palpitants, vient l’assaillir. Au prix d’un terrible effort, Yona gagne du terrain. Peu à peu, elle se rapproche du troupeau. Mais elle comprend vite que cela ne servira à rien. Tous ces dos agités par la course, ces pattes obsédées par le chemin à suivre, lui semblent former une masse unique et inattaquable.