Yona fille de la préhistoire tome 6

Yona fille de la préhistoire tome 6

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67 pages

Description

Yona, Dent de Lion et frère Loup sont arrivés dans une vallée inconnue, où ils décident d'établir un campement. Mais, bientôt, leur hutte est dévastée et ils découvrent des dizaines de chevaux morts au pied d'une falaise. Ce massacre inutile révolte Yona. Qui sont ces chasseurs sanguinaires, et pourquoi agissent-ils ainsi? En tentant de percer ce mystère les deux amis vont mettre leur vie en péril.





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Date de parution 07 octobre 2010
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EAN13 9782266208192
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Florence Reynaud



Les chevaux des Roches noires




Résumé du livre précédent
L
a punition de Yona a pris fin. Libre, elle espère retrouver sa tante Akilé qui doit accoucher et à qui elle a promis de l’aide. Mais son père, le chef de clan Dako, s’oppose à son départ. Alors Yona prend la route en cachette avec son fidèle loup, bientôt suivie par son ami Dent de lion. Quand ils retrouvent enfin le chaman Gorann, sa compagne Akilé est sur le point d’accoucher. Yona va utiliser sa connaissance des plantes pour permettre à la mère et à l’enfant de survivre. Mais Akilé est si faible que le lait lui manque. Le bébé semble condamné… Dent de lion a une idée : utiliser le lait d’une chèvre, dont le petit a été tué, pour nourrir le nouveau-né. Celui-ci est ainsi sauvé. Mais le loup de Yona continue d’attiser les peurs et le mépris dans le clan. Yona est soudain attaquée et enterrée vivante. Encore une fois, c’est son loup et Dent de lion qui vont la tirer de ce cauchemar. Revenue des morts, Yona décide de prendre la route avec son seul ami, loin de la cruauté des hommes.
1
Au bord de la rivière
— O
h non ! Qui a fait ça ? hurle Yona, révoltée par le triste spectacle qu’elle découvre.
La belle hutte que son ami Dent de lion a bâtie au bord de la rivière est saccagée. Les montants en bois sont brisés, les parois tissées d’ajoncs sont éparpillées, piétinées.
L’adolescente reste figée sur place. Elle est partie dès l’aube pour cueillir des baies sur les berges, en amont. Dent de lion, lui, a suivi la trace d’un jeune cervidé, escorté par le loup.
Maintenant leur campement est détruit. Leurs provisions de poisson fumé ont disparu, ainsi que la veste fourrée que lui avait offerte sa tante Akilé1.
Le foyer, délimité par des galets, fume abondamment et dégage un parfum insolite. Yona lâche l’épieu qu’elle tenait. Elle jette un coup d’œil vers les claies où les plantes médicinales séchaient au soleil. Plus rien… Elle se penche au-dessus des braises. Aussitôt un cri de désespoir lui échappe :
— Mes herbes ! On a brûlé mes herbes !
Elle reconnaît la forme de certaines feuilles, très larges, devenues grises et impalpables. Tombant à genoux, Yona ferme les yeux quelques instants.
— Toute ma récolte est perdue ! gémit-elle. Qui a fait ça ?
Après le chagrin, vient la colère. Elle se relève et examine le sol. La terre est souple, légèrement humide. Yona distingue des traces de pas. Il y en a beaucoup.
La jeune guérisseuse relève la tête et observe le paysage environnant d’un œil différent. Les deux adolescents croyaient que cette large vallée verdoyante était paisible, inhabitée… Elle semble à présent pleine de menaces.
« Je me suis trompée ! se dit-elle, soudain inquiète. Un clan doit vivre près d’ici. Si seulement Dent de lion était là, près de moi ! »
En évoquant son ami, Yona laisse échapper un soupir d’angoisse. Depuis qu’ils ont quitté ensemble le territoire des Roches noires, et la protection du chaman Gorann, ils n’ont connu que des jours heureux. La saison chaude rend la chasse facile. Dent de lion piégeait du gibier d’eau, des oiseaux. Un matin, ils sont arrivés dans cette crique de la rivière, où poussaient en abondance des roseaux et des ajoncs.
— Nous pourrions rester là jusqu’à la prochaine lune ! » a dit le garçon aux yeux verts.
Son premier souci a été de construire un abri solide. Yona cueillait les herbes et les tiges souples d’osier, Dent de lion se chargeait des montants en bois. Ils se sentaient libres, forts, étrangement complices et gais.
— Je vais l’appeler ! murmure-t-elle.
La jeune guérisseuse met les mains devant sa bouche, rejette la tête en arrière. Les deux amis ont établi une façon de communiquer, lorsqu’ils sont obligés de se séparer. Ils imitent le hurlement du loup, entrecoupé de brefs jappements. Crier leur nom respectif leur a paru dangereux, au cas où des inconnus traverseraient la vallée.
Yona appelle plusieurs fois, puis elle se tait, guettant une réponse. Rien. Reprenant son souffle, elle recommence. Enfin, au loin, des sons identiques retentissent. Cela vient du sud.
« Dent de lion ! pense-t-elle, tout de suite rassurée. Je vais le rejoindre… Je dois lui raconter ce qui s’est passé ! On dirait qu’il est du côté du gros rocher. »
Ils ont baptisé ainsi un énorme promontoire qui surplombe un méandre de la rivière. Elle part en courant. Son ami lui manque beaucoup. Lorsqu’il est auprès d’elle, elle se sent plus forte.
« Il est si habile, si rusé ! songe-t-elle. Et tellement gentil… »
Elle écarte des buissons de ronces, saute des rigoles d’eau claire, en espérant à chaque instant rencontrer Dent de lion. Jamais elle ne l’a considéré comme un frère, même si son père Dako clame haut et fort qu’il a adopté l’adolescent.
L’appel résonne encore. Yona écoute, le cœur battant.
— Je me rapproche ! soupire-t-elle. Vite, vite…
Yona s’élance au travers d’un bois de saules. Entre les troncs clairs, elle devine un pan de falaise. Elle s’arrête, aux aguets, avant de lancer un dernier hurlement qui indiquera sa position. Un bruit étrange lui fait écho immédiatement, une sorte de souffle puissant.
« Il y a une bête ! » se dit-elle.
Prudente, Yona observe mieux les alentours. À l’abri d’un bosquet de noisetiers, elle aperçoit une forme sombre. Tenant son épieu devant elle, prête à défendre sa vie, elle avance.
— Un cheval ! s’exclame-t-elle.
L’animal, noir comme les plus profondes nuits d’hiver, gît sur le flanc. Son ventre proéminent se soulève par saccades. Yona a rarement vu des chevaux d’aussi près. Ce sont des créatures très rapides ; à peine les surprend-on qu’elles partent au grand galop.
— C’est une jument ! Je crois qu’elle va avoir un petit.
Yona se perd en suppositions. Grâce à son père, aux récits des autres chasseurs, elle sait bien des choses sur les habitudes des bêtes.
— Les chevaux vivent en troupeau ! chuchote-t-elle. Une femelle qui met bas est protégée par les autres. Et l’étalon monte la garde ! Pourquoi celle-ci est-elle seule ? D’où vient-elle ?…
Une brusque compassion l’envahit, devant ce grand corps étendu sur l’herbe. Elle avance encore, au risque de voir l’animal se relever et lui décocher des coups de pied. Mais la jument ne bouge pas. Yona se penche sur la belle tête fine.
— Ce n’est pas normal ! Elle est malade, sinon elle se sauverait…
La jeune guérisseuse contourne la bête à pas lents. Se souvenant que sa voix apaisait son loup, à l’époque où elle l’apprivoisait, elle commence à parler d’un ton très doux :
— N’aie pas peur… Je veux t’aider… tu souffres, je le sais…
Yona a oublié la hutte détruite, ses herbes brûlées et même Dent de lion. Elle n’a plus qu’une idée, soulager la jument noire. Elle s’agenouille dans son dos, à l’abri des redoutables sabots, et tend les mains au-dessus du ventre gonflé.
— Là, là, ne crains rien.
Ses doigts effleurent la robe épaisse, dru tissu de poils laineux. Enfin elle pose ses paumes, les promène lentement.
— Ton petit bouge ! Il veut voir la lumière, boire ton lait, comme Ono, le fils de ma tante Akilé2. Courage… un mauvais feu te ronge ! souffle-t-elle. Je dois trouver où il s’est allumé et l’éteindre, si je le peux ! Ainsi faisait Madem, ma mère.
D’un œil attentif, l’adolescente étudie le corps et les membres de la jument. Un des membres avant semble déformé. Yona n’hésite pas. Mise en confiance par le calme de l’animal, elle s’apprête à le contourner de nouveau. Un cri l’arrête.
— Yona ! Écarte-toi de ce cheval ! Il pourrait te blesser !
La voix lui est familière, grave et un peu rauque. Yona pousse une exclamation de joie.
— Dent de lion !
1-
Voir le tome 3, La grotte des chamans.
2-
Voir le tome 5, L’enfant de la nuit.
2
Le pouvoir de Yona
Y
ona court vers son ami, soulagée de le retrouver, mais son visage affiche une expression bizarre, comme de la colère.
— Dent de lion ! murmure-t-elle en prenant sa main. J’avais hâte de te retrouver. Des hommes sont venus, pendant notre absence. J’ai vu des traces de pas ! Notre camp est dévasté, la hutte démolie, nos provisions volées… et mes sachets, ils étaient dans le feu ! Toute ma récolte est perdue.
Le garçon s’écrie, furieux et inquiet :
— Quel malheur ! Alors, nous ne sommes pas les seuls au bord de la rivière.
— Non, et ceux qui ont fait ça devaient nous surveiller… Ils savent être aussi silencieux que frère loup, et patients ! Je pense qu’en agissant ainsi, ils ont voulu nous dire de partir…
— Tu as raison ! Je suis désolé pour ta récolte d’herbes, Yona. Nous ne devons plus nous séparer, même pour la chasse ou la cueillette.
Dent de lion crispe les poings. Il ajoute, très pâle :
— J’ai eu si peur, quand tu m’as appelé avec le cri du loup… je croyais que tu étais en danger ! J’ai couru le plus vite possible ! Viens, je dois te montrer quelque chose d’affreux.
— Attends un peu, s’écrie-t-elle. Je veux soigner cette jument. Elle va avoir son petit, mais elle est blessée. Si je l’abandonne, comment se lèvera-t-elle pour le faire téter, le lécher ?