LA DERNIÈRE VOIE DE NIMBUS

LA DERNIÈRE VOIE DE NIMBUS

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Français

Description

Cirrus dispose d'un an pour se préparer à l'ascension en solitaire de la voie Ravier, au Tozal del Mallo, dans la vallée de Ordesa. A une exception près, ceux qui le connaissent lui dénient la capacité de mener à bien un exploit réservé aux grimpeurs les plus chevronnés. Dans le cercle qui l'a initié à l'alpinisme, un doute parfois malveillant s'installe sur sa détermination réelle et sur les raisons profondes qui le poussent à s'engager dans une aventure aussi risquée. En réaction, Cirrus s'isole et s'apprête, avec l'aide d'un impitoyable mentor, à tenir coûte que coûte une promesse faite à son ami le plus cher. Alors que va s'achever le délai imparti, un évènement imprévu survient qui l'entraîne très loin de ce projet.
La dernière voie de Nimbus relate deux années de la vie de Cirrus, un jeune venu s'installer après une déception sentimentale dans la petite de ville de Luchon. Il découvre les Pyrénées, est initié à l'alpinisme, franchit le seuil des vingt ans, rencontre l'amour, fait une promesse qui engage sa vie, découvre qu'on peut être seul au milieu de tous, croise la mort et l'interroge sur le sens de l'existence.
Un roman de montagne ? Certes, il en a bien des attributs. Mais par-delà les catégories, un roman tout court, où la dimension poétique ne cède rien à la dimension sportive, et susceptible de séduire un vaste public.

Informations

Publié par
Date de parution 05 avril 2017
Nombre de lectures 4
EAN13 9782956077909
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Pierre Osadtchy
La dernière voie de Nimbus
Cet ebook a été publié surwww.bookelis.com © Pierre Osadtchy, 2017 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de tra duction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur est seul propriétaire des droits et respon sable du contenu de cet ebook.
Table des matières Stratus Vanille Nada Alicia Kixmi Nimbus Amalur
Avec tous mes remerciements à Jeff Jolivet pour son expertise technique en matière d’escalade, à Eric Gérardin pour les précisions app ortées sur la voie Ravier, à Aure Aubry et Laura Berg pour leurs précieux conseils co ncernant les aspects techniques de l’édition ainsi que pour leurs encouragements. Merci à ceux qui ont bien voulu lire les ébauches s uccessives de ce roman : Isabelle, Michel, Jeff et Catherine. Merci à Elizabeth pour sa patience, et il en fallai t ! * * * Couverture conçue et réalisée par Yéléna Pasquier * * * Avertissement Le forum fictif dont il est question dans ces pages ne fait en aucune manière allusion à celui, bien réel et sympathique, nommé « Forum Pyré nées Team », ni à aucun de ses membres. Il ne peut lui ressembler que dans la seul e mesure où un forum de montagne est susceptible de ressembler à un autre.
À la mémoire de Maria Josepha et Pedro Saralegui, à qui je dois mon amour des Pyrénées. À Smaïl Aouli, pour tous les moments partagés en montagne et pour tous ceux qui restent à venir... À Elizabeth, Clara, Youri, Zoé, Félix et Paul …
STRATUS
Il y a là Vanille, Nelly, Nimbus, Kixmi et Lartigue . Deux cordées pour la voie Jeannel, une pour la directissime Est. Si on ajoute celles q ui partiront du refuge d’Espingo, les Spigeoles ne manqueront pas de visite demain ! La s oirée s’étire, froide, sur la Coume de l’Abesque où ils bivouaquent. Ils se sont resserrés autour des réchauds et de la tisane qui fume, et Stratus est au centre des conversation s. Plus tard Cirrus saura que le vieux grimpeur est un sujet régulier de discussions au se in du forum, à côté de bien d’autres il est vrai, et il renoncera à dénombrer les légendes l’entourant, comme celle de ce saut qu’il fit depuis une crête alors que les abeilles b ourdonnaient et qui le précipita sur une pente de neige raide où il parvint à enrayer sa chu te : version 1 : à l’aide de son piolet, pardi ! version 2 : avec ses souliers, voyons : sur une arê te rocheuse, le piolet reste sur le sac ! version 3 : sur un gros bloc sur lequel il fracassa son sac, et pas son dos, grâce à Dieu ! En tout cas, prétend Kixmi, tout le monde s’entend pour convenir que la foudre frappa alors qu’il était encore en train d’accomplir son s aut. — Ah ouais ? feint de s’étonner Vanille, sourire du bitatif aux lèvres. — C’était une autre époque, et les mecs de sacrés m ecs. Et les histoires de sacrées histoires, commente pou r lui-même Cirrus. Je savais pas Pau si proche de Marseille... — L’épisode le plus fameux reste quand même celui d e ses tentatives au Mont Perdu. Si vous loupez un jour une course difficile, les je unes, pensez qu’un gars comme ça, qui a ouvert des voies un peu partout, s’est lancé sept fois, par sept itinéraires différents, dans l’ascension du Mont Perdu sans atteindre son b ut ! Bien que le récit de Kixmi s’adresse plus particuli èrement aux filles et à lui, Cirrus s’abandonne à la fatigue, son attention faiblit. La montée a été rude depuis les granges d’Astau, avec le matériel d’escalade auquel s’ajout ait celui du bivouac. Et encore, a commenté Lartigue, te plains pas : en début de sais on, il aurait fallu de surcroît trimbaler piolet et crampons ! À la dérobée, il observe Vanil le. Elle doit avoir autour des vingt-cinq ans. Pas très commode, l’a prévenu Nimbus, mais bon ne grimpeuse. Il sourit aux premières étoiles qui apparaissent entre les nuages d’un ciel pommelé, comme à la journée à venir dont les promesses font pétiller se s membres d’impatience. Kixmi poursuit : — Rendez-vous compte ! Voilà un gars qui a réalisé en solo le pilier nord du pic d’Arbizon. Et le Mont Perdu, pas moyen. Un sommet o ù on a déjà vu des chiens ! La montagne qu’il souhaitait le plus grimper se refusa it à lui. Et plus elle se refusait, plus il la désirait. — Lao Tseu prétend que c’est ce qui manque qui donn e la raison d’être, commente Vanille d’un ton subtilement tinté de tristesse. — Et avec les femmes ? ajoute Nelly sur un ton de f ausse ingénuité. Ça se passait comment ? Tout le monde rit, à l’exception notable de Nimbus qui semble se renfrogner. — À l’époque de ces tentatives, il prenait le chemi n de devenir vieux garçon. Oh, il avait bien des aventures, mais ça ne durait pas : i l était marié à la montagne et la plupart des filles aiment pas trop ça. Il aurait dû en croi ser une comme toi, Vanille ! Nouveaux rires, les regards de Vanille et Cirrus se croisent fugitivement et s’esquivent. — On l’avait surnommé Stratus parce qu’il était si souvent en course qu’on l’aurait dit scotché aux nuages !
Cette fois, les regards vont de Nimbus, qui a été f ormé par Stratus, à Cirrus, dont il s’est fait l’initiateur. * Les deux compagnons de cordée se sont connus trois mois auparavant. Ce jour-là Nimbus, qui se rendait au col de Molières en venant de l’Hospitalet, croisa Cirrus qui s’exténuait à monter sa tente sous un crachin inter mittent, habité par la crainte qu’une rafale ne précipite un double toit rebelle à ses in jonctions dans les eaux glacées du lac. Cirrus s’était borné à saluer d’un geste las Nimbus avant que la brume ne l’engloutisse. Une fois la toile plantée, il avait voulu se prépar er une soupe, mais la cartouche de gaz l’avait lâché à mi-cuisson, il s’était brûlé en la dévissant et, en se redressant sous l’effet de la douleur, il avait déchiré la fermeture Éclair de la chambre. Il s’était alors glissé prudemment dans son duvet, et avait passé la nuit à écouter le chant du vent dans les montants de sa tente se mêler à celui de la faim da ns ses boyaux. — Bon bivouac ? lui avait lancé le lendemain matin Nimbus, qui avait dormi un peu plus haut, sous un simple double toit. Cirrus lui avait raconté. — Bah ! avait fait Nimbus en haussant les épaules e t en souriant, on vient en montagne pour prendre de la hauteur sur ce genre d’ événements. Pas vrai ?… Allez ! Installe-toi, tu vas boire un café bien chaud avec moi. Cirrus l’avait regardé avec reconnaissance allumer son réchaud, dont la flamme bleu roi eut tôt fait de provoquer l’ébullition dans la popote. Ils savourèrent en silence un premier café brûlant, puis bavardèrent en préparant le second et en partageant pain et fromage. Cirrus vivait de petits boulots à Luchon d epuis un an — depuis le bac, précisa-t-il, et profitait de ses premiers congés pour parcou rir un tronçon de la Haute Route Pyrénéenne. Nimbus, de sept ans son aîné, était ins tituteur et vivait avec sa femme à Bagnères-de-Bigorre. Il s’apprêtait à gravir l’arêt e des Tempêtes, qui mène à l’Aneto. Il avait désigné les crêtes qui s’étiraient sous les é toiles avant de se fondre dans les brumes de la nuit. — Mais, tu vas y aller tout seul ? — Et sinon ? Tu postules pour me seconder ? — Et comment ! Mais je n’ai jamais grimpé. Je suis originaire de Ciboure ! ajouta-t-il comme pour s’excuser : mon truc, c’est plutôt la pl anche à voile. — Et ça te dirait d’essayer ? C’est ainsi que le mercredi suivant Cirrus fut init ié à l’alpinisme en gravissant le Néouvielle, face aux domaines enneigés du Pic Long et du Campbielh. Passé le Pas du Chat, Nimbus lui apprit l’usage du piolet. Et sur l a vire Batan, encore couverte de glace par endroits, il fallut à Cirrus escalader avec les crampons. Ainsi ce fut dans la marche d’approche que se concentra pour lui toute la diffi culté de la course. La suite de l’ascension se déploya sur un granit franc et magni fique qui ne lui laissa que le plaisir plein d’un exercice qu’il avait imaginé plus coriac e. Ils déjeunèrent sur l’ultime plateforme de l’arête des Trois Conseillers, ivres d’air et de soleil, isolés par la grâce d’une courte et intimidante brèche de la troupe des skieurs et des randonneurs montés par la voie normale. Et aujourd’hui c’est le plus beau jour de la vie de Cirrus, enfin de sa vie depuis qu’Annabelle lui a percé le cœur en le quittant : l e voilà introduit dans le petit cénacle des grimpeurs du forum. Une vraie tribu, l’a prévenu Ni mbus. Conducteur de bus à la retraite, postiers, bergers du Louron, médecin à Lourdes, tec hniciens du bois, ingénieur à la Paper Excellence près de Saint-Gaudens, infirmier p alois, fleuriste, automaticien, ils étaient partout : à Ax-les-Thermes, dans la Haute S oule et dans le Couserans, mais aussi à Lerida, Zaragossa, dans la cité du Mirail à Toulo use, jusqu’au 35 de l’avenue Laumière
à Paris… Personne n’aurait su dire combien au juste . Tous marchaient, certains grimpaient. Ils se rencontraient sur un forum inter net connu d’eux seuls, dont nul ne savait qui l’avait créé. Ils avaient pour nom de co de Noparara, Djurjura, ApicXXL, Edurtzeta, Pip, Flocon31, Buxomont19, Belagile, Anx o, Ferran66, Gekco, et encore bien d’autres. Ils étaient nombreux, mais finalement pas tant que ça… Cirrus s’étant ajouté à Ardil et Nane, ils étaient désormais trois à Luchon . Le forum avait pour objet le partage d’expériences et l’organisation de sorties en montagne. Une éthique émanait des débats qui l’agit aient et des comptes rendus de randonnées ou d’escalades. C’était une vision rude, privilégiant les voies rares menant à des sommets de second ordre aux boulevards conduisa nt aux cimes les plus réputées. Des camaraderies solides s’étaient forgées entre se s participants, comme celle, transfrontalière, entre Belagile, Nimbus, Ferran66 et Noparara ; ou encore celle des « ancêtres » - Lartigue, Lestieux et Renat - qui ne perdaient jamais une occasion de brocarder en toute amitié les usagers de reverso, e ux qui n’avaient jamais utilisé que les huit et qui prétendaient même avoir recouru aux coi ns de bois dans leur jeunesse ! * Après son accident dans la cheminée sous le glacier Nord du Mont Perdu, Stratus avait cessé de grimper, continue Kixmi. Ce n’est pa s qu’il s’était senti humilié, il était assez montagnard pour savoir que personne n’est à l ’abri d’une chute, y compris en terrain facile où souvent la vigilance se relâche. Il s’agissait d’autre chose, ses proches le voyaient bien, mais il se refusait à en parler. Il s’était replié dans sa vallée d’Aspe, et avait fini peu à peu par disparaître des conversati ons. Le petit groupe s’est resserré autour de Vanille, q ui sert le thé brûlant. Kixmi savoure en silence quelques gorgées, il sent son auditoire captif et déguste son attente avant de reprendre son récit. — Et puis... et puis s’est déclenchée la bataille a utour du tunnel du Somport. Cirrus lutte contre le sommeil tandis que le vieux grimpeur évoque la voie de chemin de fer de la vallée d’Aspe, livrée aux ronces et au x orties, promise à être remplacée par un axe autoroutier, et dont la défense avait levé u ne masse d’opposants menés par Eric Petetin, dit « l’Indien ». Dès le début Stratus ava it rejoint les « aspaches », comme ils se dénommaient eux-mêmes, poursuit Kixmi. Et de racont er la création de la Goutte d’Eau, la gare de Cette-Eygun, le wagon tagué, les concert s, les soirées châtaignes, la visite de Tignous de Charlie Hebdo ; mais aussi les barrages, les bagarres, les arrestations. — Stratus a été interpellé puis condamné : deux moi s de prison ferme. Quand il en est revenu, il a repris en douceur le chemin des cimes. Comme si son combat pour défendre la montagne lui avait rendu des droits perdus. C’es t que c’était un superstitieux, et il raisonnait comme ça. — Je peux pas te laisser dire ça, s’indigne Nimbus : il n’était absolument pas superstitieux. — C’est vrai, intervient Lartigue : c’est sûrement pas le mot à employer. Les regards des jeunes, surpris par la soudaine ten sion, vont de Nimbus à Kixmi. — Et alors, vous diriez comment ? — Que tu ne vois pas les choses comme lui. C’est to ut. — On ne l’a pas fréquenté à la même époque, je te l e rappelle, Nimbus. Mais admettons. Bref, il est revenu à l’escalade, et mie ux : il a enfin conquis le Mont Perdu. Je suppose que tu connais l’histoire, il te l’aura rac ontée, non ? — Bien sûr, mais je n’ai pas tes talents de narrate ur... concède Nimbus, sans que Cirrus parvienne à décider s’il s’agit là d’un sign e d’apaisement ou d’une impertinence. — C’est Lestieux qui me l’a rapportée, commence Kix mi, comme pour se mettre à couvert. Quand il est tombé malade, Stratus s’est b eaucoup occupé de lui. C’était quelqu’un de très généreux. Qui eut dit que Lestieu x lui survivrait… Ils bavardaient entre