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Le Reste Manque

De
189 pages
Un livre bien étrange qui relate les rêves, un sacrifice pour enfant roi, un prêtre romain immortel tiré de son oubli, les amours interdites d'un frère et d'une soeur, la statue minéralisée d'un amour éternel, l'ivresse d'une passion-piano, le dédoublement des prénoms composés, une épopée rêvée dans l'univers du sel, la vie d'une juive d'Alexandrie exilée à Sydney, le franchissement des cônes du temps, les homo-cristaux du faiseur de lumière, les quatre temps du rêve pour apprendre à connaître...Douze nouvelles inspirées de rencontres, de voyages, d'impressions, pour rêver et échapper au quotidien en volant quelques instants au temps. Douze nouvelles écrites avec des mots d'ici ou d'ailleurs, à lire si possible à voix haute.
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2 Titre
Le Reste Manque

3Titre
Max Albert
Le Reste Manque

Nouvelle(s)
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01904-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304019049 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01905-6 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304019056 (livre numérique)

6 .
8 TABLE DES NOUVELLES

TABLE DES NOUVELLES
Avertissement...................................................... 11
Le livre.................................................................. 13
Zucha.................................................................... 27
Tsariesi 35
Inde Irae…........................................................... 43
Georges ................................................................ 51
Fortissimo…........................................................ 57
Correspondance .................................................. 69
Capu (ou le saunier)............................................ 89
Myriam (ou l’Alexandrine)............................... 103
Gurwan ou le récit du temps........................... 123
Zadno.................................................................. 135
Les quatre temps du rêve................................. 155
Petit lexique des mots venus d’ici et d’ailleurs
............................................................................. 175
9 Avertissement

AVERTISSEMENT
Dans le « petit lexique des mots venus d’ici
ou d’ailleurs » présenté en fin d’ouvrage, vous
trouverez soit la définition succincte, soit mon
interprétation, quelque fois assez libre, de cer-
tains mots peu utilisés, tombés dans l’oubli ou
encore dans certains cas, importés ou même
créés.
Je les ai choisis pour leur beauté, la puissance
de leur verbe, leur rythme, leur enracinement,
leur esthétisme.
Il convient, lorsque c’est possible de pronon-
cer ces mots à voix haute, pour les savourer,
pour en apprécier la musique, pour en sentir la
vibration… et pour que leur principe créateur
prenant toute sa puissance et toute sa force, ils
s’ouvrent comme une fleur à la caresse du jour
nouveau.
11 Le livre

LE LIVRE
Habent sua fata libelli
« Les livres ont leur destinée »

François César était un informaticien de gé-
nie. Dès la classe de seconde, il s’était passionné
pour l’informatique au grand désespoir de ses
amis et amies de lycée qui ne voyaient ni poésie,
ni aventure, ni intérêt, dans cette série de
« 0 » et de « 1 » que les cartes perforées des or-
dinateurs d’alors, s’efforçaient de traduire en
programmes.
François, au contraire, y lisait une danse, un
chant incantatoire, une arithmomancie. Il apprit
tous les langages de codage avec une facilité dé-
concertante. Il fit des pieds et des mains pour
travailler sur les ordinateurs les plus modernes.
Les machines lui parlaient comme une proso-
popée.
Après ses classes préparatoires, il intégra bril-
lamment une grande école dont il sortit major.
Cinq ans plus tard, il dirigeait une petite SSII
13 Le Reste Manque
qui doublait son chiffre chaque année. Un mo-
dèle de réussite professionnelle !
Il y avait bien longtemps que François César
avait abandonné le codage pour se consacrer
aux études d’architecture, aux environnements
logiciels, aux ateliers et aux normes de dévelop-
pement.
Il était, en France, à l’origine des premières
mesures de productivité et de qualité dans la
production de logiciel. C’était un des gourous
mondiaux et la référence française des CMMI,
KPI’s et autres métriques, garanties de qualité et
de savoir-faire. Il aimait cet univers logique, dé-
terministe, où tout était rangé, mesuré, mesura-
ble.
En dehors de son activité professionnelle,
François n’avait qu’une seule autre passion : les
livres.
Il passait son temps libre dans les bibliothè-
ques, dans les librairies ou chez les bouquinis-
tes. Il aimait tous les genres, historiques, ro-
mans, policiers, aventures, essais, autobiogra-
phies, poésies… mais il adorait plus particuliè-
rement les nouvelles.
Courtes, nerveuses, il s’y plongeait souvent
entre midi et deux pour s’évader un instant de
son cadre rigide.
A 34 ans, il n’avait connu que de brèves
aventures sentimentales qui avaient toujours
gravité autour ou plutôt échoué sur les livres. Il
14 Le livre
considérait le sexe comme un besoin physiolo-
gique, certes fort agréable, qu’il satisfaisait
somme toute assez facilement avec des incon-
nues lorsque c’était nécessaire.
Toute son affection, toutes ses occupations
extra professionnelles se portaient sur les livres.
L’histoire d’amour commençait bien avant la
lecture. François passait des heures à caresser
les livres, les admirer, les toucher, les feuilleter.
Il aimait à en sentir l’odeur profonde, comme
on sent un sexe de femme. Il aimait à s’enivrer
de la musique des pages tournées.
François achetait très souvent ses livres à
l’avance. Il les laissait trôner là, sur sa bibliothè-
que, des jours et des semaines pour attiser son
désir de les lire.
Il répertoriait ses livres avec méthode. Il
s’était fait offrir pour un anniversaire, un petit
embossoir de poche qu’il utilisait chaque fois
avec délectation. Chacun de ses livres portait sa
marque, signe discret imprimé dans la chair
même du livre, pénétration, tatouage… son si-
gne se lisait avec les doigts, et il aimait en suivre
les contours les yeux fermés, en demi-extase.
Quand il découvrait un nouvel auteur, Fran-
çois César ne tenait plus en place. Il dévorait,
voulait tout lire, et devenait capricieux et terri-
blement impatient si un des ouvrages était in-
disponible.
15 Le Reste Manque
Bien que François aimât beaucoup les livres
anciens, il répugnait d’ordinaire à les toucher ou
les acheter. Ils sentaient souvent la poussière, la
vieillesse ou pire encore l’odeur et la misère
d’un autre. En fait c’est ce qui le dégoûtait pro-
fondément. Il ne supportait pas qu’un autre ait
pu toucher le livre avant lui. Pour lui, c’était
comme un viol, une défloraison qui souillait à
jamais l’essence même, l’âme du livre.

Il fit pourtant une exception.
Au printemps, alors qu’il flânait parmi les
bouquinistes du quartier latin, il remarqua un
magnifique ouvrage doré à l’or fin au titre latin
énigmatique :
« De te fabula narratur »
Qui pouvait se traduire par :
« C’est de toi qu’il s’agit ».
Il ouvrit délicatement le livre qui était enlu-
miné avec beaucoup de goût. Le livre était en
fait manuscrit et composé avec soin dans un
français étonnement moderne et châtié. Par ré-
flexe, il porta le livre à son visage qu’il plongea
un instant parmi les pages. Il fut si surpris qu’il
eut un mouvement de recul. Le livre ne sentait
ni la poussière, ni la vieillesse, mais un bouquet
subtil de ses parfums préférés : lavande, vanille
et vétiver !
François César dépensa une petite fortune et
acheta ce qu’il considérait déjà comme une
16 Le livre
pièce maîtresse de sa bibliothèque. Il le posi-
tionna bien au centre de son rayonnage et déci-
da de faire durer son plaisir. Il ne le commence-
rait qu’aux vacances d’été. D’ici là, il le contem-
plerait, en apprécierait la reliure, la texture, la
caresse du cuir.
Tous les soirs, François admirait son livre
avant d’aller dormir. Et toutes les nuits il se mit
à rêver comme jamais auparavant, des rêves in-
tenses, profonds, de ceux qui marquent le
sommeil.
Ce changement imperceptible, subtil, s’était
maintenant installé avec insistance. François eut
d’abord l’impression de mal dormir. Jusque là,
ses nuits étaient sans rêve, pleines, compactes,
d’une traite, comme une pause entre deux pro-
grammes. En tout cas, s’il rêvait, ce dont il ne
doutait pas, le matin effaçait toute trace oniri-
que.
François ne se souvenait pourtant pas de ses
nouveaux rêves, il savait, il sentait, qu’il avait
rêvé intensément.
Au début de l’été, juste avant les vacances,
ses rêves persistants devinrent vraiment gê-
nants. Il en perdait presque sa concentration
pourtant légendaire. Il mit ceci sur le compte du
surmenage et attendit patiemment l’arrivée des
vacances.
Aux premiers jours, François César ouvrit
enfin son livre. Ce fut un véritable cérémonial.
17 Le Reste Manque
Il se prépara, se rasa de près, se parfuma
comme pour faire l’amour à une dame d’antan.
Le livre était d’auteur inconnu et semblait se
présenter sous forme de brèves nouvelles ma-
nuscrites.
La première nouvelle se passait dans
l’antiquité. La langue était exquise, recherchée,
un ballet de mots et de musique à lire tout haut.
L’histoire en était étrangement familière bien
que très originale. François passa un moment
délicieux et s’arracha avec difficulté à la lecture
de son nouveau trésor.
Sa nuit lui parut plus calme bien que peuplée
de prêtres musagètes et de rois antiques aux re-
gards ophites. Vers le matin, son rêve fut si fort
qu’il se réveilla en transes bien qu’étrangement
reposé.
Il expédia ses activités diurnes aussi vite qu’il
le put. Il n’avait qu’une hâte, se réfugier dans
son nid d’aigle et retrouver les moments déli-
cieux qu’il avait connus la veille en découvrant
son livre.
Le soir venu, il s’installa confortablement, à
demi nu dans la chaleur tombante, et il ouvrit
son livre là, où la veille il l’avait laissé. La bou-
quiniste lui avait offert avec un sourire complice
un petit signet de vermeil où un homme et une
femme s’enlaçaient dans des noces chimiques.
Il fut à nouveau transporté. Il pesait chaque
mot, le goûtait, le savourait. Il lisait les phrases à
18