A l'Ombre d'Enigma

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Quand les Polonais décryptaient le code de la machine ENIGMA et séjournaient à Uzès dans le Gard



Près de la ville d’Uzès dans le Gard, entre septembre 1940 et novembre 1942, des combattants polonais, à l'aide de la machine ENIGMA, ont écouté, déchiffré et transmis aux Alliés, les messages des armées allemandes. Leszek était un de ces hommes courageux. Pendant son séjour forcé dans le château des Fouzes, il devient l’ami d’une fillette du village voisin qui lui rappelle sa propre enfant restée là-bas en Pologne occupée.



Lorsque les Allemands envahissent la zone sud, il parvient à s’échapper grâce à la complicité de résistants. Il combattra auprès d’eux en Cévennes avant de rejoindre l’armée polonaise. Après guerre, il retrouvera sa famille et vivra dans la Pologne communiste en se faisant oublier.



Dans le village, la petite fille a grandi mais n’a jamais vraiment oublié son ami Leszek. Tous ses souvenirs sont consignés dans le journal qu’elle a tenu sa vie durant et que sa petite fille, Éléonore va lire après sa mort. Avec la chute du communisme, le petit fils de Leszek décide de tenir la promesse faite à son grand père de revoir les lieux, où celui-ci a vécu caché pendant la guerre.

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EAN13 9782368323632
Langue Français

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Annie SZUBA
A l’ombre d’Enigma La Rencontre des Fouzes
Roman NOMBRE 7
Pour Alain, Pour Sabine, qui m’a inspiré l’idée,
Avertissement
Si le village et les autres lieux où se déroule l’action sont bien réels, les personnages que l’on y rencontre, - àl’exception de ceux dont l’Histoire a retenu le nom -, les sentiments que l’on y exprime et les faits qui s’y déroulent sont le produit de l’imagination de l’auteur.
Selon le vocabulaire français et dialectal des cavités et phénomènes karstiques (Jean Yves Bigot – 2000), le mot fouzes a plusieurs sens et plusieurs orthographes selon le lieu. Il peut signifier une résurgence d’où l’eau sort en abondance, une fontaine, une source, un abîme, un gouffre ou une fondrière. Il me plait d’imaginer qu’au lieu-dit les Fouzes, près d’Uzès, il signifie une source.
Première partie Leszek
Les personnages de la première partie
Des personnages historiques,
Gwido Langer le chef de l’équipe des Chiffreurs du Biuro Szyfrow, Marian Rejewski, Jerzy Roczycki et Henryk Zygalski, mathématiciens de génie, décodeurs d’ENIGMA le commandant Bertrand, responsable Français du deuxième bureau
Et des personnages « inventés »
Leszek Witkiewicz, officier chiffreur de l’armée polonaise Anya, son épouse Alina, sa fille, Wladyslaw, son fils Pauline Dumas, la fillette du village Jean Bonifas, Marcel Agevin, Elie Bénézet et Martin Arnaud, membres des réseaux de Résistance Sébastien et Marie, passeurs pour les Résistants Szymon Duda, un Polonais du maquis cévenol Bogdan Kopacz, un soldat Les frères Kusz, Pawel et Jacek, compagnons de voyage de Leszek
Chapitre 1
Ce matin à l’aube, l’Allemagne nous a envahis. Nous sommes en guerre et pourtant je ne vais pas rejoindre une unité combattante. On a trop besoin de moi, de nous les chiffreurs à l’arrière. J’ai honte, Anya, ma femme et notre fille sont exposées aux bombardements, et notre unité reste protégée. La dernière fois que je les ai vues, les femmes de ma vie, c’était le dimanche 27 août L’Allemagne nazie et l’Union soviétique, deux monstres aux idéologies contraires se sont réconciliées sur le dos de la Pologne, le 23 août dernier. Le début de la fin. Nos officiers nous ont donné une permission, en nous disant clairement que ce serait la dernière avant longtemps. Pendant ces deux journées avant la tempête, j’ai cherché à profiter de chaque instant auprès d’elles. J’ai serré le petit corps grassouillet et qui sentait le lait de Alina. Je la serrais trop fort et soudain ses yeux couleur du ciel d’azur, les mêmes que ceux de sa mère, se sont remplis de larmes. Alors j’ai embrassé son doux visage et je l’ai bercée, comme si je devais la perdre à jamais. C’est-ce qui arrivait, non, avec cette guerre qui allait éclater. La fin de notre monde. En tant que soldat du chiffre, au cœur du renseignement militaire, j’étais sans illusion sur ce que nous pourrions aligner face aux armes blindées et motorisées allemandes. Quand j’ai pris Anya dans mes bras cette nuit-là, je me suis enivré de son parfum, j’ai senti son corps répondre à mon ardeur et perdu en elle, je l’ai aimée comme jamais je ne l’avais aimée jusque-là. Elle a senti que ce moment était un adieu pour longtemps. Le lendemain, je lui ai fait promettre de se rendre à Sandomierz où étaient installées nos familles. Petite ville sur la Vistule, elle ne devrait pas se trouver sur une ligne de feu et j’espérais que mes femmes seraient à l’abri. Anya a accepté, presque sans discuter, ce qui n’a pas manqué de me surprendre, car elle a toujours eu un caractère bien trempé et n’hésitait jamais à prendre le contre-pied de mes propos et demandes particulières. Mais cette fois, elle a compris que c’était de la vie d’Alina dont il était question, alors elle a accepté. Aussi, le lendemain, quand je suis parti pour Varsovie retrouver mon unité, je n’avais plus à penser qu’à des choses matérielles, rejoindre mon unité, éviter de tomber en des mains ennemies, et sauver ma peau. Les Allemands et leur Blitzkrieg avaient enfoncé nos lignes et ce n’était plus qu’une question d’heures avant que la capitale ne tombe. Puis, comme si l’heure n’était pas suffisamment grave, le 18 septembre, les Russes nous ont attaqués par l’Est. Ils ont franchi simultanément, Bug et Dniepr et pris entre deux ennemis, notre pays ne pouvait plus se défendre. Le gouvernement a fui en Roumanie avec une partie de l’armée. C’est ainsi qu’un beau matin, nous nous sommes retrouvés avec quelques camarades à mendier l’aide des consulats étrangers pour continuer le combat. Ce n’est pas si simple ! La drôle de guerre comme on dit à l’Ouest, ne suscite aucun mouvement. Curieusement ce sont les généraux allemands eux-mêmes qui craignent une offensive, mais le généralissime Gamelin, soutenu par l’opinion publique française, pas encore remise de ses presque deux millions de victimes de la première guerre mondiale, n’a aucune envie de mourir pour Dantzig. Quand nous arrivons à Bucarest, avec deux exemplaires de notre machine à décoder les messages ennemis, nous tentons d’abord d’approcher le représentant consulaire britannique, mais en vain. C’est finalement le consul français de Bucarest qui comprend très vite l’intérêt de notre offre. Il contacte rapidement les services français compétents, et le capitaine Bertrand aussitôt prévenu, nous invite à rejoindre son pays, nous les spécialistes du chiffre qu’il avait déjà rencontrés à Varsovie avant-guerre. Nous sommes exfiltrés en France où va commencer ma nouvelle vie qui va durer six ans, six longues années avant que je ne retrouve le sol natal.
*** En fait toute mon histoire a commencé il y a maintenant près d’une dizaine d’années. Je suis né en 1916 à Sandomierz, ville de l’empire austro-hongrois, territoire qui allait devenir deux ans plus tard, la Pologne. Mon père était un petit fonctionnaire de l’empire qui a su se reconvertir sans grande difficulté dans l’administration de la nouvelle république polonaise, et ma mère, une femme au foyer. Elle était née à Saint Petersburg devenue Léningrad avec les Bolcheviques, où son père était musicien. Dans son enfance, elle avait appris le russe et considérait les écrivains russes comme les meilleurs du monde. Elle avait donc voulu que j’apprenne cette langue ! Ils avaient déjà deux enfants, deux filles quand je suis venu au monde. Mes parents se sentaient polonais, mais sans ostentation ; mon père était surtout très fier d’être fonctionnaire de l’empire autrichien. Il n’affichait donc aucune inclination patriotique particulière. Cependant quand le général Pilsudski devient l’homme fort de la Pologne en 1918, mon père s’est glissé facilement et avec la même fierté dans la peau d’un fonctionnaire polonais de la II° République. A l’école, je me révèle rapidement comme un gamin plus doué pour le sport et les activités de plein air que pour la salle de classe, et pourtant mes résultats en mathématiques attirent l’attention des maîtres et je suis envoyé en pension au lycée de Cracovie. Je vais y passer six années et me passionner pour cette discipline. Après le baccalauréat, je décide de suivre les cours de l’université à Poznan où le département de mathématiques délivre un enseignement de haut niveau. C’est là que ma vie va prendre un nouveau tournant. Je ne tarde pas à me lier d’amitié avec un véritable génie des mathématiques, Marian Rejewski. Il est tellement brillant en algèbre et algorythmes que le Biuro Szyfrow, le centre de renseignements militaires va faire appel à ses talents. Pour moi, le recrutement de Rejewski au Chiffre, va entrainer des conséquences dans ma vie. En effet, et bien que je sois très loin de ces petits génies, Rejewski parviendra à me faire embaucher dans cet univers d’espion. Et voilà comment je me retrouve maintenant en France, loin de ma femme ! Nous sommes dans les années Trente et les périls montent en Europe, comme sur nos frontières. A l’Est, les Bolcheviques ont sans hésiter épouser l’expansionnisme russe des tsars ; à l’Ouest, le chancelier Hitler promet aux Allemands de venger l’injuste défaite de la glorieuse armée allemande en 1918, et d’effacer le déshonorant traité de Versailles. En clair, la Pologne est prise entre deux feux. Toutefois, l’inquiétude de notre gouvernement porte sur le réarmement allemand qui ne cache pas son ambition de restaurer la grandeur de l’empire prussien. Aussi, notre gouvernement décide de tout mettre en œuvre pour déchiffrer les codes militaires de l’armée allemande. En fait depuis la fin des années Vingt, les Allemands utilisent pour coder et décoder leurs messages radio une machine commercialisée sur le marché, appelée ENIGMA. Cependant si la machine est disponible commercialement, et les Polonais vont en acheter quelques exemplaires à cette société allemande qui la fabrique, la société Scherbius, le mystère réside dans l’utilisation d’un code mathématique sophistiqué. Et ce code, notre état-major a un besoin impérieux de le déchiffrer. Alors le commandant Gwido Langer, chef du Bureau du chiffre, le contre-espionnage, a la brillante idée de faire appel à un trio de jeunes mathématiciens brillants, Marian Rejewski, et ses deux amis, Jerzy Roczycki et Henryk Zygalski. Ils sont affectés au service du contre-espionnage chargé du décodage où ils travaillent avec acharnement. Finalement Marian réussit, en quelques semaines, à établir la théorie mathématique du chiffrage de l’Enigma, à reconstituer les câblages internes des pièces mobiles de l’appareil et à élaborer les premières méthodes de décodage. Un prototype est réalisé par une société d’électromécanique de Varsovie, qui permet de vérifier les hypothèses émises par le jeune savant.
Pendant ce temps, je poursuis mes études vers un doctorat, tout en étant enseignant au lycée de Poznan. Un jour en fin de matinée, j’ai la surprise de retrouver mon ami Marian qui m’attend à la sortie du lycée.
Marian, je l’ai connu à l’université de Poznan où à peine plus jeune que ses étudiants, il était chargé de cours. Je ne sais toujours pas pourquoi après tant d’années, il avait considéré que je devais mieux faire. Pendant les deux années où je l’ai eu comme professeur, il m’a poussé à travailler, à aller toujours plus loin. Et si plus tard, j’ai eu envie de continuer vers le doctorat, c’est surtout pour lui, pour ne pas le décevoir. Entre temps, il avait quitté l’université pour aller travailler dans un étrange bureau militaire à Varsovie où en tant que maître espion, il cherchait à décoder les messages ennemis. Et Dieu sait, combien la Pologne ne manquait pas d’ennemis ! Marian, mais qu’est-ce que tu fais là ? C’est moi que tu attendais ? En effet, je t’attendais et je t’invite à déjeuner répond mon ami. Nous sommes au mois de novembre 1936, et je n’ai pas revu Marian depuis notre mariage avec Anya au mois de juin dernier. Je le regarde étonné quand même de le voir là devant moi, plutôt qu’à son bureau varsovien. Et je me demande ce qu’il me veut. Tu as un moment, n’est-ce-pas poursuit-il, comme s’il connaissait déjà mon emploi du temps. Pourquoi pas lui dis-je, impatient d’en savoir plus. Nous entrons dans une petite brasserie, qui sert également des plats roboratifs mais délicieux en accompagnement d’une bière légère. Un de ces établissements où bière et bonne chère font bon ménage, héritage direct de l’époque où Poznan s’appelait Posen et était territoire allemand. Une fois installés, Marian me demande des nouvelles d’Anya, Comment va ton épouse ? Elle s’est bien adaptée à Poznan, demande-t-il ? Elle a trouvé un travail ? Anya est comme moi du Sud du pays, de Sandomierz exactement. Une ville de moyenne importance, où grâce à la débonnaire administration de l’empire austro-hongrois, il était possible de se considérer comme un Polonais. A Poznan, où les Allemands tenaient le haut du pavé et l’administration, être polonais n’était pas évident et il en reste encore des traces, ne serait-ce que dans le style architectural ou bien même dans les noms de rue. C’est pourtant de cette ville qu’est partie l’insurrection victorieuse de 1918, qui a permis au général Pilsudski de rétablir l’indépendance du pays. Oui, elle se sent bien, enfin je pense. Elle a trouvé un travail d’infirmière à l’hôpital et elle a été bien accueillie. Tu lui transmettras mon souvenir, dit-il. Tu le feras toi-même, viens dîner à la maison, ce soir. Anya sera ravie. Non, je ne peux pas, mais ça sera pour une autre fois, si tu acceptes ma proposition. Intrigué, j’attends avec impatience ce qu’il va me dire. Mais la serveuse nous apporte notre commande et je dois patienter quelques instants. J’en profite pour observer mon ami. Il a minci, ses traits se sont durcis et il a l’air épuisé. Il est sur le point de prendre une bouchée de son bigos, quand il pose sa fourchette, lève les yeux et me regarde sans ciller.