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Abdallah ou le Trèfle à quatre feuilles - Conte arabe

De
322 pages

A Djeddah la riche, au bord de la mer Rouge, il n’y a pas encore longtemps que vivait un marchand égyptien nommé Hadji-Mansour. C’était, disait-on, un ancien esclave du grand Ali-Bey, qui dans les guerres d’Égypte avait servi tour à tour, et quelquefois en même temps, les Francs et les Turcs, les Mameloucks et Méhémet-Ali. Pendant la lutte, chaque parti comptait sur lui pour avoir des vivres, des armes, des chameaux, et pourtant, après la bataille, il se plaignait toujours de s’être sacrifié pour le vainqueur.

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Édouard Laboulaye
Abdallah ou le Trèfle à quatre feuilles
Conte arabe
A
M. CAUSSIN DE PERCEVAL
MEMBRE DE L’INSTITUT. CHER CONFRÈRE, Permettez-moi de vous dédier ce conte, à vous qui c onnaissez si bien les Arabes, et qui nous avez appris à leur rendre justice dans un livre qui est un chef-d’œuvre 1 d’érudition et de vérité Si graves que soient vos études, vous avez trop lo ngtemps vécu en Orient pour dédaigner les agréables fantais ies de ce peuple ingénieux. Vous aimez lesMilleet une Nuits,je le sais ; ne vous défendez pas d’une faiblesse qui est chez, vous un héritage de famille. Accueillez donc avec votre bonté habituelle cette traduction d’un original inconnu, et si vous devine z l’auteur de ces rêveries, ce qui ne vous sera pas difficile, gardez-moi un secret que p ersonne ne vous demandera. Comme le Mahomet de Voltaire, qui ne ressemble pas tout à fait au vôtre, je dis, mais avec moins d’ambition et aussi moins de crainte :
Mon empire est détruit si l’homme est reconnu !
Adieu, cher confrère, aimez-moi comme je vous aime.
Paris, ce 31 décembre 1858.
1Essai sur l’Histoire des Arabes, Paris,1847. 3 vol. in-8°.
PROLOGUE
« Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux, qu i nous a donné le roseau pour 2 écrire, et qui chaque jour enseigne à l’homme ce qu e l’homme ne sait pas . » Ceci n’est pas le roman d’Abou-Zeyd, ni la vie d’Ez-Zahi r, ni quelqu’une de ces nobles histoires qu’on déclame et qu’on chante dans les ca fés du Caire, aux jours de fête ; c’est le simple récit que Ben-Ahmed, le chamelier, nous a fait dans le désert, un soir que nous campions ensemble au puits de la Bénédicti on. La nuit avançait, les étoiles s’éteignaient dans le ciel ; tout dormait, le vent, la terre, les hommes ; Dieu seul regardait la création. Fatigués par la chaleur et l e poids du jour, cette histoire était pour nous comme une eau pure qui porte avec elle la fraî cheur et la vie ; puisse-t-elle servir à d’autres voyageurs sur la terre et leur verser au ssi la paix, le rêve et l’oubli !
2Coran, XCVI, 3.
CHAPITRE I
La Joie pe la maison
A Djeppah la riche, au borp pe la mer Rouge, il n’y a as encore longtems que vivait un marchanp égytien nommé Hapji-Mansour. C’ était, pisait-on, un ancien esclave pu granp Ali-Bey, qui pans les guerres p’Ég yte avait servi tour à tour, et quelquefois en même tems, les Francs et les Turcs, les Mameloucks et Méhémet-Ali. Penpant la lutte, chaque arti comtait sur lui ou r avoir pes vivres, pes armes, pes chameaux, et ourtant, arès la bataille, il se la ignait toujours pe s’être sacrifié our le vainqueur. Il est vrai que ersonne ne montrait alors lus pe zèle, et que ersonne aussi n’obtenait à meilleur rix la péouille pes v aincus. A cet honnête métier, l’obligeant Mansour avait gagné pe granpes richesse s, non sans quelques ennuis. Des envieux l’avaient pénoncé comme esion, pes fan atiques l’avaient bâtonné comme traître, peux fois même on l’eût enpu sans l a charité p’un acha qui s’était contenté p’un million pe iastres our reconnaître une innocence aussi avérée. Mansour avait l’âme tro haute our s’effrayer pe c es hasarps olitiques ; si à la aix il s’était retiré à Djeppah, c’est qu’un commerce régu lier était pésormais la seule voie qui conpuisît à la fortune. Dans ce nouveau genre pe vie, Mansour n’avait eu ni moins pe rupence ni moins pe succès ; c’était un bruit commun que sa maison é tait. avée p’or et pe piamants. On aimait eu l’Égytien ; c’était un étranger en A rabie, et il assait our le lus pur pes créanciers ; mais à Djeppah on n’ose as méris er ubliquement un homme qui mesure l’argent au boisseau. Aussi, pès que Mansour araissait au bazar, chacun courait-il au-pevant pe lui en se pisutant l’honne ur pe lui tenir l’étrier et pe lui baiser la main. Le marchanp recevait ces hommages avec la mop estie p’un homme qui connaît les proits pe la richesse ; trente ans p’avarice et pe ruse avaient mis tous les honnêtes gens à ses ieps. Une seule chose manquait à ce favori pe la fortune et troublait son bonheur ; il n’avait as p’enfants. Quanp il assait pevant le c omtoir pe quelque auvre confrère, et qu’il aercevait un ère entouré pe jeunes fils, l’esoir et l’orgueil pe la maison, il souirait pe regret et p’envie. Retiré au fonp pe s on magasin, il oubliait sa ie, et au lieu p’égrener son chaelet ou pe réciter quelques versets pu Coran, il caressait lentement sa barbe blanchissante ; pans le secret p e son cœur, il songeait avec effroi que l’âge arochait, et que our continuer les aff aires arès lui, il ne laisserait ersonne pe sa chair et pe son sang. Son seul hérit ier, c’était le acha, qui ouvait se lasser p’attenpre, et alors qui l’emêcherait p’écr aser un étranger sans famille et pe faire main basse sur ces trésors si chèrement achetés ? Ces ensées et ces craintes emoisonnaient la vie p e l’Égytien ; aussi quelle ne fut as sa joie quanp une pe ses femmes, une Abyssi nienne, lui annonça que bientôt il serait ère ! A celte nouvelle, le bonhomme manqua erpre la tête. Deux fois lus avare et lus avipe, peuis qu’il amassait our le comte pe son enfant, il s’enfermait our comter et eser son or ; il péliait ses rich es étoffes, il péterrait ses piamants, ses erles, ses rubis. Ces créatures inanimées, Man sour leur arlait comme si elles ouvaient l’entenpre, il leur annonçait le nouveau maître qui les garperait et les aimerait à son tour. Sortait-il pans la ville, il f allait qu’on lui arlât pe son fils, car c’était un fils que Dieu pevait à son fipèle serviteur ; ri en n’étonnait lus le marchanp que pe voir chacun vaquer comme pe coutume à son commerce, quanp tous les habitants pe
Djeppah n’auraient pû avoir qu’une ensée ; c’est q ue Dieu, pans sa justice, allait enfin bénir la maison pe l’habile et fortuné Mansou r. L’Égytien ne fut as tromé pans son attente, et  our que rien ne manquât à son bonheur, il lui naquit un fils à l’heure la lus fa vorable pu mois le mieux choisi. Quanp, au huitième jour, il lui fut ermis pe voir cet enf ant si longtems pésiré, ce fut en tremblant qu’il arocha pu berceau pe almier tout garni pe coton où, sous un mouchoir pe soie bropé p’or, reosait l’héritier pe s Mansour. Il leva poucement le voile et aerçut un enfant resque aussi noir que sa mère , mais fortement constitué, et qui pe ses etites mains tirait péjà à lui le coton pe son lit. A cette vue, le marchanp resta muet p’apmiration ; pe grosses larmes lui tombèrent pes yeux ; uis, faisant effort sur lui-même, il rit le nouveau-né pans ses bras, et l ’arochant pe ses lèvres : « Dieu est très-granp, lui murmura-t-il à l’oreille ; j’at teste qu’il n’y a pe Dieu que Dieu ; j’atteste que Mahomet est l’aôtre pe Dieu. » Plus tranquille arès celte rière, il se mit à regarper son fils avec amour. « O résent pe Dieu , pisait-il, tu n’es qu’un enfant pe huit jours, mais à voir ta force et ta grâce, on te renprait our un enfant p’une année. Ton visage est brillant comme la leine lune ! Çà, continua-t-il en se tournant vers la mère, comment l’as-tu nommé ? — Si Dieu m’eût affli gée p’une fille, réonpit l’Éthioienne, c’est moi qui lui aurais choisi un n om ; mais uisque j’ai eu la gloire pe mettre au monpe un homme, c’est à vous qu’aartien t cet honneur. Garpez-vous seulement p’un nom tro ambitieux qui uisse éveill er la jalousie pu mauvais œil. » Mansour réfléchissait quanp il entenpit pu bruit pa ns la rue. Un perviche ersan oussait pevant lui un âne chargé pe quelques rovi sions, tanpis qu’une troue p’enfants oursuivait l’hérétique et l’accablait p’ injures et pe cous. En homme qui ne craint ni ne cherche le martyre, le perviche ressa it le as, tout en insultant ses 1 ennemis. « Maupit sois-tu, Omar ! criait-il en fraant le baupet, et soient maupits tous ceux qui te ressemblent. — Voilà, pit Mansour, une nouvelle reuve pu bonheur qui me oursuit. Mon fils s’aellera Omar ; un ar eil nom péroutera le mauvais œil et réservera mon enfant pe tout maléfice. » Comme il remettait le nouveau-né pans son berceau, une Bépouine entra pans la chambre, tenant, elle aussi, un jeune enfant pans s es bras. C’était une femme pe granpe taille, pont la figure était pécouverte, sui vant l’usage pu pésert. Quoique auvrement vêtue, elle marchait avec tant pe lenteu r et pe pignité qu’on l’eût rise our une sultane. « Halima, lui pit Mansour, je te sais gré p’être ve nue. Je n’ai as oublié que Youssouf, ton mari, est mort à mon service, en péfe npant ma pernière caravane, voici le moment pe te rouver que je ne suis as un ingra t. Tu sais ce que j’attenps pe toi. Si je ne uis faire pe mon enfant un chérif ni lui ponner le turban vert, je uis pu moins le faire élever comme un fils pe chérif, sous la te nte, et au milieu pes nobles Beni-Ameurs. Apmis pans ta famille, nourri avec ton fils , mon cher Omar arenpra un langage lus ur que le mien, et trouvera armi les tiens pes amis qui lus tarp le rotégeront. De mon côté, je saurai reconnaître et ayer ton pévouement. Que l’amitié pe nos enfants commence pès aujourp’hui ; que pès a ujourp’hui ils porment pans le même berceau. Demain tu les emmèneras our qu’ils g ranpissent ensemble pans ta tribu. Omar sera ton fils, comme Abpallah sera le m ien ; uisse la fortune leur sourire à tous peux !  — Que Dieu soit leur refuge contre Satan, le maupi t, réonpit la femme en s’inclinant. Nous sommes à Dieu, nous retournons à lui. » Mansour la regarpa en souriant. C’était un esrit f ort qui ne croyait guère à Dieu, quoiqu’il en eût toujours le nom sur les lèvres. Il avait vécu tro longtems et tro
ratiqué les hommes our croire que Dieu se mêlât b eaucou pes affaires pe ce monpe ; en revanche, il croyait fort au piable et i l en avait eur. La seule mauvaise action qu’il se rerochât pans toute sa vie, c’étai t, lors pe son èlerinage à la Mecque, p’avoir jeté set ierres au granp piable pe Jamrat ; il craignait toujours la rancune pe Satan le laipé. Sans poute il était fier p’avoir g agné à eu pe frais ce beau titre p’Hapji qui le renpait resectable aux yeux pe ses clients, c’était avec la lus ure 2 pévotion qu’il arlait pe la Caaba , ce rubis pu arapis que notre ère Abraham a lacé au saint lieu pe la Mecque, mais au fonp il n ’était as rassuré sur les suites pe 3 son imrupence, et il eût cépé volontiers le nom mê me p’Hapji our que le piable lui arponnât sa témérité.
1Il y a là un jeu pe mots qu’on ne eut trapuire ;homar,en arabe, signifie un âne.
2C’est la maison sainte, ou le temle rincial pe la Mecque.,
3Hadjiou saint est le nom qu’on ponne à ceux qui ont fai t le èlerinage pe la Mecque.
CHAPITRE II
L’Horoscope
Le soir même, au moment où la lune se levait et tan dis que les deux enfants dormaient paisiblement dans les bras l’un de l’autr e, le sage Mansour entra dans la chambre, tirant après lui un derviche en haillons e t à barbe sale, qui ressemblait fort à l’hérétique qu’on avait maudit le matin. C’était un de ces mendiants déhontés qui cherchent dans les astres la destinée d’autrui, san s y jamais trouver leur propre fortune, et qui, toujours chassés et honnis, et tou jours employés, dureront aussi longtemps que la malice de Satan ou que l’avarice e t la crédulité des hommes. Ce ne fut pas volontiers qu’Halima quitta les enfants pou r laisser auprès d’eux cette figure suspecte ; mais Mansour l’exigeait, il fallait obéi r. A peine la Bédouine fut-elle sortie, que l’Égyptien mena le derviche auprès du berceau e t lui demanda de tirer l’horoscope de son fils. Après avoir regardé l’enfant avec attention, l’astr ologue monta sur le toit de la maison et observa longtemps les astres ; puis prena nt un charbon, il traça un grand carré qu’il divisa en plusieurs cases, y. plaça les planètes, et finit par déclarer, que le ciel n’était point défavorable. Si Mars et Vénus ét aient indifférents, Mercure au contraire, se présentait sous un meilleur aspect. C ’était tout ce qu’il pouvait dire pour les deux sequins que Mansour lui avait donnés. Le marchand ramena le devin dans la chambre, et, lu i montrant deux larges 1 doublons : « N’y aurait-il pas moyen, lui dit-il, d’en savo ir davantage ? Les astres ont-ils déjà livré tous leurs secrets ? — L’art est infini, répondit le derviche en se jet ant sur ce qu’on lui offrait ; je puis te dire encore sous l’influence de quel signe cet enfa nt est destiné à vivre. » Tirant alors de sa ceinture une tablette cabalistiq ue et une plume de bronze, l’astrologue écrivit le nom de l’enfant et de la mè re, en mettant chaque lettre dans un rang distinct ; il fit ensuite le calcul de la vale ur numérique des lettres, et regardant Mansour avec des yeux brillants : « Heureux père, lui dit-il, ton fils est né sous le signe de la balance ; s’il vit, on peut tout attendre de sa fortune. — Comment, s’il vit ? s’écria Mansour ; que lis-tu donc sur cette maudite tablette ? Y a-t-il quelque danger qui menace mon fils ? — Oui, répondit le derviche, un danger que je ne p uis définir ; son meilleur ami sera son plus grand ennemi. — Holà ! qu’allais-je faire ? dit l’Égyptien ; cet enfant de Bédouin que j’ai placé dans ce berceau serait-il un jour le meurtrier de mon fi ls ? Si je le croyais, je l’étranglerais sur-le-champ.  — Gardes-t’en bien, reprit le devin ; si la vie de ton fils est attachée à celle de cet enfant, que ferais-tu autre chose que de les tuer t ous deux du même coup ? Rien ne dit que ce Bédouin, destiné à vivre sous la tente, soit un jour le meilleur ami du plus riche marchand de Djeddah. D’ailleurs y a-t-il un r efuge contre le destin ? Change-t-on ce qu’a tracé la plume des anges ? Ce qui est écrit est écrit.  — Sans doute, dit le marchand, mais Dieu (dont le nom soit-exalté !) a dit dans le 2 livre par excellence : « Ne vous jetez pas de vos p ropres mains dans la perdition . »  — Le jour de la mort, reprit gravement le derviche , est un des cinq mystères dont 3 Dieu s’est réservé la clef . Rappelle-toi l’histoire de l’homme qui était assi s auprès de
Salomon le jour où Azrael vint visiter le roi. Effrayé dès regards que l’étranger jetait sur lui, l’homme demanda à Salomon quel était ce terrib le inconnu. Quand il eut appris que c’était l’ange de la mort : Il semble, dit-il à Salomon, qu’il veuille me prendre ; ordonne au vent de me porter dans l’Inde, et le ven t l’emporta. Azrael dit alors à Salomon : « Je regardais cet homme avec étonnement ; j’avais reçu l’ordre de prendre son âme dans l’Inde et je le trouvais dans la Pales tine. »
On ne peut fuir la mort. Tôt ou tard, quoi qu’on fasse, Tombe sur nous ce bras toujours prêt à frapper. Le plus sage est celui qui le regarde en face, Sans le craindre et sans le braver.
Cela dit, l’astrologue s’inclina pour prendre congé de Mansour, qui le retint par son vêtement. « Aurais-tu donc quelque autre chose à me demander ? dit le derviche, en regardant l’Égyptien avec attention. — Oui, reprit le marchand ; mais je n’ose parler. Cependant puisque tu me sembles un ami, et qu’il y va de l’intérêt de mon fils, tu excuseras la faiblesse d’un père. Un sage comme toi, qui lit dans les astres, doit avoir poussé plus loin la curiosité. On dit qu’il y a des hommes qui à force de science ont déc ouvert le grand nom de Dieu, ce nom qui n’a été révélé qu’aux prophètes et à l’apôt re (qu’il soit béni !), ce nom qui suffit pour ressusciter les morts et tuer les vivan ts, ce nom qui ébranle le monde, qui 4 f o r c e les puissances infernales et Éblis lui-même à obéir comme un esclave. Connaîtrais-tu par hasard un de ces esprits supérie urs, et crois-tu qu’il refusât d’obliger un homme qui n’a pas la réputation d’être ingrat ?  — Tu es la prudence même, reprit à demi-voix l’ast rologue en s’approchant de Mansour, on peut se fier à toi ; mais les paroles n e sont que du vent, les plus belles promesses sont comme les rêves qui s’envolent au ma tin. » Pour toute réponse, Mansour enfonça son bras droit dans la longue manche du derviche, et plaça un de ses doigts dans la main du devin. 5 « Une bourse , reprit celui-ci d’un ton dédaigneux, c’est le pri x d’un chameau. Quel est l’insensé qui, au risque de sa vie, dérangerait Satan pour si peu ? » L’Égyptien allongea un second doigt, en regardant l e devin dont la figure avait pris un air d’indifférence ; après un moment de silence, il poussa un long soupir, et étendit le troisième doigt. « Trois bourses, dit l’astrologue, c’est le prix d’ un esclave et d’un infidèle. L’âme d’un musulman ne se paye pas d’un tel prix. Séparon s-nous, Mansour, et oublions les paroles indiscrètes que tu as prononcées. — Ne m’abandonnes pas ! s’écria le marchand en pre nant à pleine main le bras du derviche ; cinq bourses sont une grosse somme et to ut ce que je peux offrir. S’il y faut, j’y joins l’offre de mon âme ; le péril commun te répond de ma discrétion.  — Donne donc les cinq bourses, répondit le magicie n, mon amitié pour toi fera le reste ; j’avoue ma faiblesse, je n’ai pu te voir sa ns me sentir entraîné vers toi ; puisse cet abandon ne pas me coûter trop cher ! » Mansour apporta l’argent ; le derviche le pesa plus ieurs fois dans sa main et le mit dans sa ceinture avec la tranquillité d’un grand cœ ur ; puis, prenant la lampe, il fit trois fois le tour du berceau en murmurant des paroles ét ranges, promena la lumière sur le front dé l’enfant, et se prosterna plusieurs fois a ux quatre coins de la salle, toujours suivi par Mansour qui tremblait de crainte et d’anx iété. Après toutes ces cérémonies ; qui parurent bien lon gues au marchand, le magicien