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Adolescence - Poésies

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296 pages

La poésie, un jeu ?... cette injure insensée,
Où donc était ton cœur quand ta main l’a tracée ?
Quel ennui te dicta cet amer contre-sens ?
Le monde prête-t-il aux fils du sanctuaire
Les mots vides et faux de son vocabulaire,

Et ses vains jugements ?

La poésie, un jeu ?... quand le soir, sous les ormes,
Nous allions contempler dans l’air les vagues formes
Des nuages rougis par le couchant vermeil ;
Quand nous allions glaner sur la ruine amère
Un parfum d’autrefois, une pensée austère,

Souvent un bon conseil ;

Quand nous trouvions épars sur la pelouse verte,
Dans un germe naissant, dans une fleur ouverte,
De bons fruits de sagesse.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Numa Boudet

Adolescence

Poésies

I

A UN PRÊTRE

La poésie, un jeu ?... cette injure insensée,
Où donc était ton cœur quand ta main l’a tracée ?
Quel ennui te dicta cet amer contre-sens ?
Le monde prête-t-il aux fils du sanctuaire
Les mots vides et faux de son vocabulaire,

Et ses vains jugements ?

 

La poésie, un jeu ?... quand le soir, sous les ormes,
Nous allions contempler dans l’air les vagues formes
Des nuages rougis par le couchant vermeil ;
Quand nous allions glaner sur la ruine amère
Un parfum d’autrefois, une pensée austère,

Souvent un bon conseil ;

 

Quand nous trouvions épars sur la pelouse verte,
Dans un germe naissant, dans une fleur ouverte,
De bons fruits de sagesse... — et nous avions dix ans, — 
Nous étions des enfants jouant avec leurs langes ;
C’étaient bien là des jeux, mais des jeux dont les anges

Connaissent le goût et le sens.

 

Heureux enfant ! nourri dans l’aire des prophètes,
Toi qui dans un grand jour as goûté les tempêtes
D’un Sinaï brûlant, voilé, mystérieux ;
Toi qui vécus, caché sur les flancs du Calvaire,
As-tu pu renier la nourrice sévère

Qui te berça sur ces hauts lieux ?

 

Mais, pendant que ton cœur se détourne et renie,
C’est elle qui te fait une gloire, un génie,
En cadençant ta marche, en exaltant ta foi ;
Elle revêt ton corps de l’aube virginale ;
Quand tu parles, sa main grave et sacerdotale

Plane et pose sur toi.

 

Elle donne la force à ta voix, à ton geste,
Et son écoulement à la source céleste ;
Elle indique le mot et l’instant opportuns ;
Puis elle se plaît tant aux pompes catholiques !
Elle en emprunte tout, guirlandes et cantiques,

Symboles et parfums.

 

Elle aime les vieux murs glacés, la sombre ogive ;
C’est un ange exilé qui, d’une aile plaintive,
Cherche en tous lieux l’odeur de son Éden pleuré ;
Elle est l’ardent flambeau qui brûle et qui s’abrite
Sous la main diaphane et vierge du lévite,

Sous un pan du voile sacré.

 

Elle sait au devoir fixer l’âme fidèle,
Prêtre, quand tu reçois dans la sombre chapelle
Les aveux d’un orgueil qui s’écroule à tes pieds ;
Par son charme le cœur fortifié surmonte
Les craintes, les dégoûts, l’ironie et la honte ;

Elle tient nos genoux ployés.

 

Ah ! si la poésie était un vain mensonge,
Illusion des sens où notre âme se plonge,
Qui fuit et s’évapore au grand jour des autels,
Mon pied se poserait sur de plus doux rivages ;
Je n’aurais point livré mon âme à ces orages

Dévorants et mortels !

 

Je te l’ai dit souvent : Cache au dédain du monde,
Cache ce don fatal dans une ombre profonde ;
Ecris tes vers et puis jette-les dans un coin,
Pour que ta chambre en soit peuplée et parfumée,
Pour avoir de toi-même une relique aimée,

Visitée au besoin.

 

Garde tes vers dormants, châsse auguste qui s’ouvre
Dans les jours solennels, trésor qu’on ne découvre
Qu’aux amis les plus chers dans les secrets abris ;
Je t’ai dit : Garde-les dans un chaste mystère,
Couvre-les de respect, de pudeur, de prière ;

Mais non pas de mépris.

 

Le lieu de ton pouvoir est la hauteur suprême.
Nul n’en peut approcher ; le prophète lui-même
A sa place marquée aux gradins de l’autel ;
Mais près de ces hauts lieux où la foi prie et rêve,
D’un seul degré plus bas la poésie élève

Un sommet fraternel.

 

On peut bien apaiser la harpe intérieure
Qui toujours, dans un coin secret, se tait ou pleure,
Quand on est une force, une base, un essieu ;
Quand on donne l’élan, quand on ouvre la voie
A tout ce qui s’en va dans le deuil ou la joie,

Du cœur de l’homme au cœur de Dieu ;

 

Quand on peut, jeune encore, ouvrir des bras de père ;
Quand on sait humecter d’un rayon de lumière,
D’un pleur de repentir, d’amour, d’humilité,
Une paupière aride ; ou, semence embaumée,
Jeter furtivement dans une âme fermée

Un grain de vérité.

 

Le fier torrent qui voit, du haut des blanches cimes,
Les rochers qu’il doit fendre ou creuser en abîmes,
Les champs, les prés qu’il doit féconder en chemin,
Ne sauraient envier la triste et vague course
Du nuage ignorant sa mission, sa source,

Et qui fondra demain.

 

On peut bien dédaigner et rejeter la gloire,
On peut bien reléguer dans la poudreuse armoire
Les fruits d’un vain loisir et les mettre au rebut,
Quand on a les hauteurs d’une chaire chrétienne
D’où la parole coule, abondante et certaine

De la source et du but.

 

Tout est petit et vain devant ton œuvre auguste,
Je le sais ; mais tu dois être clément et juste
Pour ceux qui sont plus bas dans le même sentier.
Tout est poussière et cendre, et misère, et folie
A qui puise son onde à l’océan de vie,

Et sa flamme au divin foyer.

 

Mais, ô ma poésie ! ô ma reine ! ô ma sainte !
Tout n’est pas vain en toi : ta sympathique plainte
Parfois donne l’élan au soupir rédempteur.
Le luth et l’encensoir peuvent s’aider l’un l’autre
Dans l’œuvre fraternelle, et le barde à l’apôtre

Servir de précurseur.

 

La poésie est tout, ami ; la poésie,
C’est l’aspiration, c’est l’être, c’est la vie
Remontant à sa source en soupirs éperdus.
Heureux, toi qui pourras rendre à l’heure suprême,
Au Maître, au Créateur, magnifique poëme,

Une gerbe d’élus !

 

Oh ! si j’étais la voix qui domine et console,
Si je pouvais jeter le vent de ma parole
Sur un clavier humain, docile et subjugué ;
Si j’avais seulement cette flûte champêtre
Dont le pâtre couché sous l’ombre du vieux hêtre

Tire un chant triste ou gai !

 

Non, je n’écrirais pas ; je n’irais point répandre
Sur ce papier muet ou sur la froide cendre
Ces vers sans avenir, avortons malheureux ;
Je n’aurais pas pressé tous ces amers calices,
Pour en faire couler les stériles prémices

De ce miel douloureux.

 

Hélas ! j’étais bien faible et je fus téméraire
Quand je voulus porter le poids du grand mystère !
J’ai laissé pénétrer en moi les grandes eaux,
J’ai voulu m’élever dans un air trop sublime,
Et mon âme appelait les souffles de l’abîme

Dans une harpe de roseaux.

 

Vous m’avez foudroyé, sublimes perspectives,
Sous ces impressions trop profondes, trop vives ;
Je sens mon être rompre et le ressort faiblir ;
Mon cœur tombe, il est las de porter solitaire
Ce poids d’amour que Dieu rejette, et que la terre

Ne saurait contenir.

 

Oui, je fus insensé quand je livrai mon âme
Au torrent qui l’entraîne, à la secrète flamme
Qui, pour moi, s’est changée en dévorant bûcher.
Maintenant tout mon être est langueur et détresse,
Si la flamme s’apaise ou si le torrent cesse

Un instant de me submerger.

 

La poésie ! ô Dieu ! j’ai bien souffert par elle !
Bien souvent je me vis emporté par son aile
Sur le roc déchirant, dans l’antre ténébreux ;
Elle m’a bien trempé dans ses lacs d’amertume,
Et mes lèvres d’enfant n’ont goûté que l’écume

De ses flots savoureux.

 

Quand elle m’a plongé dans ses flots qu’elle azure,
Dans tes ravissements célestes, ô nature !
Dans la sérénité de ton bleu firmament ;
Quand, du haut des sommets que sa chaleur inonde,
Vide et lourd, je retombe aux glaces de ce monde,

Tout est mort et néant.

 

Et pourtant rien en moi, rien ne la désavoue :
Je garde dans mon sein, je garde sur ma joue
Son haleine bénie et son baiser fervent.
Elle sait adoucir les maux qu’elle a fait-naître ;
Elle en montre le prix secret aux yeux du Maître,

Les allége en les élevant.

 

Elle étanche mes pleurs de ses voiles de vierge,
Elle a mis dans mes mains fidèles l’humble cierge,
Assoupli mes genoux que roidissait l’orgueil ;
Elle a mis dans mon cœur de sereines tristesses,
Des trésors de pardon, sur mon front des sagesses,

Et des puretés dans mon œil.

 

Quand la foi, s’éloignant. de moi, mystère sombre,
Fuyait, abandonnant dans le froid et dans l’ombre
Ma pâle adolescence à l’écueil séducteur ;
Elle me confiait, dépôt tremblant et frêle,
Au bercement pieux, à la chaste mamelle

De cette tendre sœur.

 

Et puis, aurais-je pu, sans ce guide propice,
O Vérité ! Nature ! Amour ! Beauté ! Justice !
A toute heure du jour, sans repos, vous chercher ?
Dans ces lieux désolés, dans ces sentiers de larmes,
Aurais-je consacré ma jeunesse à ces charmes

Que tout s’obstine à me cacher ?

 

Et toi, pieux ami, dont la main fraternelle
M’a souvent soutenu dans ma route mortelle,
Qui m’aidas à porter le poids brûlant du jour,
Ame, dont le parfum me suit et me protége,
Si je n’avais au cœur cette flamme, pourrais-je

T’aimer de tant d’amour ?

II

DÉPART

Quo ibo a spiritu tuo

J’ai remis à mon pied la poudreuse sandale ;
De nouveaux horizons devant moi vont s’ouvrir ;
Oh ! pourquoi s’agiter ainsi ? Pourquoi courir ?
Que trouverai-je loin de la plage natale ?
Qu’ai-je à fuir ? Qu’ai-je à voir ? et pourquoi revêtir,
Comme une mission solennelle et fatale,
Sur mes reins fatigués la ceinture de cuir ?

 

Pourquoi saisir ainsi, plein d’une fière ivresse,
Mon lourd bâton dormant, au fond du-corridor,
Comme un sceptre de paix, de gloire ou de sagesse,

Qui me fait grand et fort ?

 

Eh ! que rapportons-nous de ces lointaines courses ?
Espère-t-on, hélas ! d’en revenir meilleur ?
La poudre des chemins contient-elle une source
Qui retrempe l’airain amolli de nos cœurs ?

 

Pourquoi ne pas rester sur ces pauvres collines
Auxquelles mon cœur tient par tant d’âpres racines,
Dans ces doux lieux d’enfance où les objets aimés
A mes chastes réveils envoyaient, chaque aurore,

Leur voix fraternelle et sonore,
Leurs sourires accoutumés ?

 

Ces lieux dont les couleurs tristes me révélèrent
De douteuses clartés, qui pour toujours fixèrent

Mes yeux aux sommets éternels ;

Chaste abri d’où j’ai vu sous un vent d’amertume
Fuir et se dissiper, vaine bulle d’écume,
Les germes et les fleurs de mes espoirs mortels ;
Où dorment mes bonheurs et mes deuils domestiques,

Toutes mes pieuses reliques,
Tous mes cultes, tous mes autels ?

 

Ces lieux où tous mes jours, nébuleux ou prospères,
Trempent leurs fraîches fleurs et leurs branches amères
Dans les rayons vivants d’un calme et pur soleil ;
Où les souvenirs font, sur mon nid solitaire,
Un long voile odorant qui recueille et tempère
L’éclat d’un jour parfois trop vif et trop vermeil ?

Ces lieux où tout m’aime et me berce,

Où tout vit avec moi dans un pieux commerce

De caresse et de bon conseil ?

 

Quel vent me chasse ainsi ? C’est une lassitude
De vivre de longs jours à rêver, à m’asseoir
Dans l’ennui croupissant de la morne habitude ;
C’est un besoin de trouble et de vicissitude ;
Je pars, je pars, poussé par mon inquiétude

Comme par le cri d’un devoir.

 

J’aime ce mouvement qui me berce et m’enchante ;
J’aime à semer ainsi partout ma vie errante ;
J’y trouve ce plaisir que je trouvais, enfant,
A livrer une feuille au fil de l’eau courante,

A jeter une plume au vent.

 

Peut-être qu’en secret aussi mon âme espère
Que l’ennui secoué se fera moins pesant,
Et qu’elle trouvera, dans quelque onde étrangère,
Une fraîcheur nouvelle, un baume salutaire,

Et surtout l’oubli du présent !

 

Je ne vais point gagner, sur la plage lointaine,
L’obole que je dois à la science humaine ;
Je ne vais point chercher des documents perdus,
Ni vos vierges trésors, rivages inconnus ;
Je ne vais pas, au loin, lever les voiles sombres
Qui cachent le passé ; ni, parmi les décombres,
Du fond de ce chaos poudreux faire jaillir
Quelque lumière utile au douteux avenir.
Je n’ai point à jeter ma boule blanche ou noire

Dans l’urne du conseil ; ni ma gerbe de gloire
A cueillir mûrissante au soleil étranger ;
Je ne vais point, au fond des cieux, interroger,
Sur la cause et la fin de nos mortels orages,
Le Sphinx toujours debout sur le rocher des âges ;
Je ne vais point ravir aux sables du désert
Un secret séculaire à tous les yeux couvert ;
Je ne vais point forcer l’hiéroglyphe antique
A révéler le sens d’un passé fatidique ;
Mon œil vague et distrait ne sait pas découvrir,
Mon esprit impuissant peut à peine saisir,
Dans son rapide vol l’impression furtive,
Qui donne son parfum à ma strophe plaintive.

 

Que vais-je donc chercher par delà plaine et mer ?
Hélas ! de poésie une vaine promesse,
De soins et de regrets une confuse ivresse,
Dans un peu de plaisir beaucoup de trouble amer ;
Je pars pour agiter ma pesante tristesse ;
Je pars pour employer mon aride loisir
A ce travail sans fruit qui ronge ma jeunesse,

Contempler, observer, souffrir.

 

N’aurais-je point trouvé tout cela dans la brise
Qui donne à mon bois sombre un murmure si doux ?
Dans le chêne courbé si tendrement vers nous ?
Dans le coin de mon feu, dans la paix de l’église ?
Dans l’angle où chaque soir s’affaissent mes genoux ?

 

Quel vent m’arrache donc à ces calmes rivages ?
Qui me pousse à marcher ? C’est la voix des vieux âges
Dont un écho trop faible à mes pieds vient mourir.
C’est un culte qu’on doit à quelque souvenir.
C’est le parfum puissant, c’est les lointains mirages
Des monts, des bois, des mers, des champs, des paysages,
Peut-être l’invincible et souverain désir,
But suprême et caché de tous nos grands voyages :
Vous chercher, ô mon Dieu ! vous chercher et vous fuir.

 

Vous fuir, vous fuir surtout ! Nos œuvres ténébreuses
Ont besoin de nuit sombre ou de clartés douteuses ;
D’ailleurs, devant l’éclat de votre jour vivant,
Notre justice même, ô Dieu ! n’est qu’un néant.