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Afssana… Contes pour Pa, mon enfant - Tome 2

De
318 pages

Après avoir obtenu une dérogation divine pour revenir à la vie, un père dialogue avec son fils et pose une mise en garde contre les méfaits de la drogue et les mauvaises fréquentations...
Il souligne l’importance du respect, du devoir, du patriotisme, de la religion ; déplorant l’absence de discussion entre les générations et insistant sur le fait qu'une fois le dialogue instauré, un enfant peut malgré cela être prêt à mettre en danger sa propre vie...
C’est le cas de William, personnage principal de cette histoire, qui affronte, dans des grottes, des êtres ignobles doués de pouvoirs surnaturels... Sont alors évoquées les conditions de vie des pauvres et des ethnies dites « maudites ».
Avec quelques anecdotes fondées sur des faits réels, l’auteur montre dans cet ouvrage le vrai sens de l’amour et de la fidélité.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-00228-8

 

© Edilivre, 2015

Chapitre 23
Retour sur terre, à la maison

J3 : dimanche, 10h du matin

Elle est là, sublime comme d’habitude, vêtue tout de noir avec ses yeux magnifiques de couleur émeraude dont le blanc est rouge. Elle est devant une de mes photos et lui parle : tu me manques, ce n’était pas prévu que tu partes. Nous avions projeté de passer quelques jours au Canada. Je la prends dans mes bras et je sens qu’un petit frémissement parcourt son corps magnifique. Intriguée, elle jette des regards à gauche et à droite puis se concentre de nouveau sur ma photo. J’allais déposer un baiser sur ses lèvres pulpeuses lorsque Ambre entre dans la chambre et lui dit : maman, papa me manque, je n’arrive pas à effacer son image de devant de mes yeux : pourquoi il ne m’appelle plus, ne m’envoie plus de SMS. Je pense qu’il a oublié sa Princesse, sa Boule. Ma femme la prend dans ses bras, lui caresse les cheveux, mais ne lui dit rien. Elle respecte son chagrin et la laisse parler, pleurer.

Lorsqu’elle se calme un peu, elle lui dit que papa lui manque aussi et qu’elle sent un grand vide depuis son départ mais, il faut admettre la réalité et respecter sa mémoire.

Papa avait dit : pensez aux bons moments que nous avons passé ensemble et soyez heureux. Essayons.

J’ai de la peine pour toutes les deux, je les embrasse tour à tour et pars voir Pa.

*
*       *

Je me rends chez Jade, il est près de midi. Je la trouve dans son séjour en compagnie de Pa. Ils discutent sur ce que mon fils doit préparer pour le trimestre qui arrive et comment gérer son temps entre ses cours, ses devoirs, ses activités sportives, ses loisirs. J’écoute et apprécie les propos de Jade en espérant que Pa les suivra et les respectera.

J’entends Pa qui dit à Jade qu’il a des partiels et qu’il préfère sacrifier le sport et les sorties pour avoir plus de temps à consacrer à ses cours. Jade lui dit non. Le sport ne doit jamais être sacrifié, c’est nécessaire à l’équilibre physique mais également mental. S’arrêter de temps à autre pour s’aérer l’esprit permet de mieux se concentrer sur son travail. Ce que tu dois faire ajoute-t-elle, c’est gérer ton temps correctement et respecter tes engagements. Pa acquiesce et cela me rassure.

Je les laisse à leur discussion et attends la tombée de la nuit pour monter voir Pa, seul.

*
*       *

Papa es-tu là me dit-il ?

Oui fiston. Es-tu prêt à voyager ?

Mais papa, tu sais bien que j’ai du travail.

Le temps que tu consacres à ces voyages ne compte pas dans ta vie. C’est « hors temps ».

On va commencer par l’Afghanistan, si tu le veux bien. Je voudrais te montrer ma famille, mon enfance, mon adolescence.

Comment ?

Nous remontons le temps.

Il est finalement tout excité et me donne son accord.

Nous partons.

Chapitre 24
Voyage dans le temps : l’enfance, l’adolescence, les études, la réussite

J3, dimanche, vingt-deux heures

Nous remontons dans le temps à une époque où j’étais adolescent d’une quinzaine d’année. Nous arrivons dans la demeure familiale et observons les allées et venues de ma famille.

Je désigne à Pa dans le jardin un garçon de 15 ans et lui demande son accord pour prendre sa place.

Comment je peux prendre sa place ? Ses parents s’en rendront compte.

Non Pa, approche-toi de lui et regarde-le bien, note ce qu’il fait et reviens vers moi.

Quelques minutes plus tard il me dit c’est étonnant, il me ressemble beaucoup, on dirait mon frère jumeau. C’est plus que ça, attends, sois patient et tu verras.

Viens, avant que tu te substitues à lui, il faut que je te présente les autres membres de la famille. Ainsi tu ne feras pas d’impair.

Mais ils sont nombreux, comment pourrai-je retenir leurs noms et mettre un visage dessus. Ne t’inquiète pas, cela fait partie de mon pouvoir et ton QI actuel te permettra de retenir tout ce que tu verras ou que tu entendras, même une seule fois.

J’aurais aimé avoir le même QI pour mes études.

Tu l’as Pa, mais tu ne l’exploites pas.

Laissons tes études de côté et concentrons-nous sur notre tâche actuelle. Tu voulais connaitre les us et coutumes d’une famille dans ce pays, alors allons-y.

C’est une famille qui fait partie de la classe moyenne haute. Dans ce pays, la classe moyenne n’existe pas vraiment, tu es riche ou tu es pauvre. Mais par rapport à chez nous en France, on peut dire que c’est une famille de niveau socioculturel et économique élevé.

Nous commençons par le chef de famille, que tout le monde appelle Aga Djan (Aga : père en afghan et Djan : cher). Il est de taille moyenne, un visage avenant, cinquantaine bien conservée. Il est PDG d’une grande usine qui se trouve dans le nord de l’Afghanistan et est venu passer quelques jours à Kaboul. Tu l’appelleras Aga Djan toi aussi et lui baiseras les mains matin et soir. A côté de lui, la jeune femme, élégante et élancée, que tu vois s’appelle Chahdjan, c’est sa troisième épouse. Tout le monde l’aime car elle est douce et agréable.

Les quatre filles, plus belles les unes que les autres, sont tes sœurs. Tu as l’ainée, Enjila, ta préférée Najiba – pourquoi ma préférée, je ne la connais même pas. Attends un peu – Massouda et enfin Meyriam. Les deux garçons sont Haroun et Salah, tes frères. Tes sœurs t’adorent et tes frères te suivent partout où tu vas. Mais tu t’entends mieux avec tes sœurs qui sont souvent sur ton dos.

Nous passons dans une autre pièce dans laquelle une dame très âgée avec un visage qui reflète la bonté est occupée à faire sa prière. Elle, c’est ta grand-mère que tu appelleras Bibidjan. Content de l’apprendre me dit Pa.

Dans la pièce d’à côté, se trouve la première épouse de ton père que l’on appelle Bobo.

Dans le bâtiment du fond, habite ton grand frère Hachem avec sa famille. La partie Est est occupée par ton frère et condisciple Zia et tes deux grandes sœurs Hachéma et Shazia.

Dans la dernière pièce à visiter nous trouvons une femme avec des cheveux poivre et sel, un visage qui reflète bonté et inquiétude. Elle, c’est ta mère.

Pourquoi elle a l’air inquiet me demande Pa.

Elle est comme cela. Elle ne vit que pour toi et a toujours peur qu’il t’arrive quelque chose. Elle passe ses journées à attendre ton retour et prie pour que tu rentres sain et sauf. Respecte-là, chéris-là, elle le mérite et appelle la Mother (mère). Et enfin voici tes propres sœurs, c’est-à-dire celles qui ont la même mère que toi, Amena et Sharanguine.

Mais papa j’ai combien de sœurs et frères ?

Pa, ton père (le mien en fait) a eu 3 femmes avec 8 filles, et 5 garçons. D’autres naissances, celle de Sophie et de Mostapha, viendront plus tard mais nous serons déjà partis.

Papa, tu penses que je pourrais m’en sortir avec tout ce beau monde ?

J’en suis certain.

Bon, je te laisse, tu verras que tu as une place privilégiée dans la famille. Tu as même une voiture.

Une voiture ?, Moi ? Mais tu m’as dit qu’ici, j’ai 15 ans. Je n’ai donc pas de permis de conduire et ne sais pas conduire.

Attends Pa. Il y a des choses que tu découvriras, un peu de patience. A bientôt. Je le laisse et je pars. Bien entendu, je l’observe sans qu’il le sache et suis prêt à lui venir en aide si besoin s’en fait sentir.

Resté seul, Pa va dans sa chambre, une petite pièce d’une dizaine de m2, meublée d’un lit et d’un bureau. Cela le change de son studio mais vu qu’ici il n’a que 15 ans, c’est amplement suffisant. De plus, il y a un grand séjour à sa disposition pour le cas où ses camarades de classe viendraient travailler avec lui.

La première chose qu’il fait, c’est de préparer ses cours, il est en seconde et étant dans un lycée français, la plupart des cours sont dispensés dans la langue de Molière par des professeurs français. Pa découvre un gamin studieux qui fait passer son travail et ses devoirs avant tout le reste. Il fait un peu de footing deux ou trois fois par semaine dans un parc pas loin de chez lui. Mais son plus grand défaut c’est sa gourmandise, il mange plus que nécessaire à la maison, au lycée, dans des petits snacks, bref partout où on peut manger quelque chose. Il est en surcharge pondérale et comme il n’est pas très grand, cela lui donne un physique un peu empâté que seule la beauté de ses traits parvient à estomper.

Il est respectueux de ses parents et de ses professeurs et tout le monde dans la famille l’aime. Il est particulière­ment agréable avec ses petites sœurs et ses petits frères notamment avec Meyriam et Najiba, deux petites-filles, belles et agréables, avec lesquelles il a des relations fraternelles privilégiées qu’il conserve d’ailleurs même aujourd’hui.

Au lycée, il est parmi les bons et son classement est toujours dans les 3 meilleurs. Cette situation, agréable, Pa la vit. Il se rend régulièrement à l’école où il a de bons amis, notamment, Emtiaz avec lequel il travaille ses cours et passe son temps libre à s’amuser et à draguer…

Durant les vacances scolaires de l’hiver, cette même année, il se rend dans le nord du pays où son père est en fonction. Le trajet se fait en compagnie de son père et de leur chauffeur à travers les montagnes de toutes les couleurs et de belles vallées à couper le souffle. Une de ces vallées, appelée Ajar, est tellement belle que des touristes du monde entier s’y rendent en « pèlerinage ».

Pa et son « père » font une halte et passent la nuit dans la vallée de Deux Awe, dans un petit motel. Il profite pleinement de la compagnie de son père qu’il ne voit guère durant l’année scolaire étant donné qu’il travaille dans le nord du pays. Le lendemain après avoir pris un copieux petit déjeuner, ils reprennent la route du nord et arrivent dans l’après-midi à destination. Après avoir pris possession de sa chambre et profité d’un repos bien mérité, il retrouve avec plaisir ses sœurs et frères et leur mère qui vivent, eux, en permanence avec leur père. Le lendemain, ce dernier le confie à un valet qui lui fait visiter le domaine et le conduit à l’écurie où il y a une vingtaine de chevaux, tous plus beaux et plus racés les uns que les autres. Il en choisit un particulièrement élégant, très stylé avec une robe marron qu’il monte et part se promener en compagnie d’un cavalier chevronné qui lui apprend les bases élémentaires de l’équitation. Petit à petit il progresse et au bout d’un mois devient un bon cavalier. Il n’a plus besoin de moniteur et se promène, seul, à cheval en montant les collines et en traversant les rivières peu profondes. Il est heureux et s’amuse énormément. Un jour en rentrant de sa balade équestre et après avoir attaché son cheval à l’écurie, alors qu’il regagne la maison familiale, il rencontre une superbe fille de son âge, un peu plus grande que lui, mince, avec de longues jambes et des courbes avantageuses dont il tombe amoureux – son premier vrai amour – Il engage la conversation avec cette fille, Leila, et apprend qu’ils sont voisins. Toute la nuit il pense à elle et dès le lendemain matin il se poste devant la maison où habite Leila et attend qu’elle sorte. Vers midi, la porte de la maison s’ouvre et Leila, vêtue d’une combinaison et de hautes bottes, se dirige vers l’écurie. Il la suit tout en admirant sa silhouette et en essayant de chasser les pensées « malsaines » de sa tête. Arrivée devant l’écurie Leila choisit un cheval et Pa se précipite pour prendre le sien. Elle part au galop et Pa la suit. Au bout d’un moment Leila se rend compte qu’elle est suivie, s’arrête et lui demande si c’est son itinéraire habituel ou s’il la suit. Pa est à la fois gêné et soulagé que Leila se soit rendu compte de son manège. Mais il n’a aucune expérience de drague et ne sait pas comment répondre ? Il bredouille une réponse quasi inintelligible, même de lui, rougit, perd l’usage de la parole et s’enfuit comme s’il avait le diable aux trousses. La nuit est longue, il n’arrive pas à dormir, pense à elle et s’en veut de son manque de courage et de sa « fuite » éhontée. Il se promet que demain, il l’abordera et lui dira qu’il est tombé amoureux d’elle, qu’il la trouve particulièrement belle et que… Et il sombre dans un sommeil peuplé de douceur. Il se voit sur son cheval, Leila dans ses bras, en train de traverser des rivières et d’accéder aux sommets des montagnes pleines de neiges et inaccessibles aux communs des mortels, ce qui suscite l’admiration de Leila. Il est heureux, se blottit contre elle et sent ses lèvres se poser sur sa joue. Il pousse des soupirs d’aise et de bonheur. Il sent que sa main droite et son pied gauche sont tirés en même temps, ce qui le réveille et le met en face de la réalité. C’est l’une de ses petites sœurs qui l’embrassait et une autre qui essayait le réveiller. Ce n’était donc pas la douce Leila qui lui posait des baisers sur la joue…

Il joue un peu avec elle, prend son petit déjeuner et part faire sa balade quotidienne à cheval.

Arrivé devant l’écurie, il est agréablement surpris en voyant Leila sur son cheval. Il la salue discrètement et rentre à l’intérieur prendre le sien. En sortant, il voit que Leila est toujours là et qu’elle n’a pas bougé. Il prend son courage à deux mains, s’approche d’elle et lui demande si elle a un problème ou si elle attend quelqu’un.

La réponse est tellement agréable qu’il a du mal à la croire et se demande si ses oreilles ne lui jouent pas un mauvais tour.

C’est toi que j’attendais.

Pardon ?

Oui c’est toi que j’attendais pour faire une balade ensemble si tu es d’accord. Il a envie de hurler sa joie et lui dire qu’il attendait ce moment depuis plusieurs jours mais se contente de dire : si tu veux.

Je veux bien puisque c’est moi qui te le demande. Alors on y va ?

Oui, allons-y.

Ils partent côte à côte à l’assaut des rivières qu’ils traversent et des collines qu’ils escaladent.

Vers midi, fatigués, assoiffés et affamés, ils s’arrêtent dans un petit village où ils prennent leur repas composé de poulet rôti accompagné de pommes frites, de yaourt et du tchai (thé).

Le retour se fait en hâte car ils ont traîné et il se fait tard. Arrivés à l’écurie, ils rendent les chevaux à l’écuyer et regagnent leurs maisons. Pa a envie de revoir Leila après le dîner. Il ne sait pas comment formuler sa demande.

Ils sont là, côte-à-côte et silencieux.

C’est Leila qui rompt le silence en lui souhaitant bonne nuit. Celui-ci prend son courage à deux mains et lui demande s’il peut la revoir pour une promenade le long de la rivière, qui coule derrière leurs maisons, après le dîner vers vingt heures.

Leila lui dit qu’elle voudrait bien mais que cela dépendra de l’autorisation de ses parents. Si elle peut, elle viendra sonner à sa porte à vingt heures.

Pa, après avoir accompagné Leila devant chez elle, rentre chez lui.

Le repas va être servi dans une heure leur annonce la servante.

Il se douche et demande à la servante de lui repasser un pantalon et une chemise. Il cire ses chaussures lui-même et va jouer un peu avec ses sœurs qui l’attendent depuis une bonne heure. Vers dix-neuf heures, son père rentre, il lui baise les mains et ils s’installent dans le séjour. Son père lui demande ce qu’il a fait de sa journée. Equitation, lui répond respectueusement et poliment Pa et il lui demande en même temps si, après le repas, il peut sortir. Son père s’étonne car les sorties nocturnes ne sont pas dans ses habitudes. Il lui donne son accord mais jusqu’à vingt et une heures.

Le repas est servi et Pa guette le moindre bruit en provenance de l’extérieur. Il n’a pas vraiment faim et ne se jette pas, pour une fois, sur la nourriture, ce qui surprend tout le monde. Son père lui demande s’il a déjà mangé quelque chose, il bredouille une réponse en disant qu’il est un peu fatigué et qu’il n’a pas très faim.

Enfin, la sonnerie retentit et Pa, comme poussé par un ressort, traverse la salle et disparait de la vue de ses parents. Il ouvre la porte et trouve derrière elle Leila, sublime dans un pantalon noir et un chemisier blanc. Elle lui dit avoir pu obtenir, non sans mal, l’autorisation de sortir jusqu’à vingt et une heures. Ce qui arrange Pa car lui aussi doit rentrer à la même heure. Son père, intrigué par son comportement, se poste derrière les rideaux de la fenêtre de la salle à manger et observe la scène. Lorsqu’il voit Leila, cela le rassure…

Pa ose prendre la main de Leila et ils se dirigent vers la rivière. Après s’être promenés un peu, ils voient un banc en pierre sur lequel ils s’installent. Le paysage est magnifique à cet endroit. La rivière coule calmement et cela procure un sentiment de quiétude. La beauté du paysage avec les collines, la montagne dans le lointain, la lune claire et des millions d’étoiles qui brillent, augmentent le romanisme de leur rencontre.

Après avoir échangé des banalités sur leur séjour, leur scolarité et leur famille, Pa commence fébrilement à caresser la main de Leila qui, à sa grande joie, ne la retire pas. Il ose aller plus loin et pose un petit baiser des bouts des lèvres sur la joue de Leila. Là non plus aucune protestation ne vient troubler son audace. Encouragé par cette passivité et excité par son désir, il continue ses caresses avec plus d’application et, lentement, s’approche de ses lèvres. Elle entrouvre sa bouche et Pa allait profiter de cette complicité amoureuse lorsqu’une voix venant de l’autre côté de la rivière gâche leur étreinte et brise l’espoir de Pa. La voix interpelle Leila lui demandant de rentrer sur le champ.

Fin d’un beau roman d’amour avant même son commencement.

Pa doit, dès le lendemain, regagner la capitale où il vit et n’a plus revu Leila. Il s’en accommode et se consacre à ses études. Bon élève, il n’a pas trop de mal à réussir et à obtenir deux ans plus tard son baccalauréat. Il passe l’hiver tranquillement dans sa famille et se prépare au concours général de l’enseignement supérieur et se classe 6ème/2000, ce qui lui a permet d’entrer à la faculté de médecine, ce qu’il souhaite.

Entouré de sa famille, cajolé par ses sœurs et adulé par sa mère, il mène la vie paisible d’un garçon de son âge et est un exemple de réussite scolaire pour son père qui ne manque jamais une occasion pour le signaler à qui veut l’entendre.

En première année de médecine, après quelques flirts occasionnels, il rencontre celle qui devient, plus tard, sa femme. Une superbe jeune fille élégante, sportive, belle et intelligente. Le mariage est célébré alors qu’ils ont à peine 20 ans. Et la même année il est père d’un petit et adorable garçon, Tom, qui le comble de joie.

*
*       *

Etant francophile, Pa a pu obtenir une bourse pour continuer ses études en France. Sa joie et sa fierté sont immenses. Il est heureux de partir. Mais, en même temps, malheureux de quitter son pays et ses parents. Il aime sa mère et adore son père. Il fait part à son père de cette possibilité tout en craignant qu’il lui interdise ce départ qui l’éloignerait pour de longues années de tous ceux qu’il aime. Il espère dans le fond de lui-même ne pas avoir l’accord de son père de partir pour pouvoir rester avec les siens. Mais quelle n’est pas sa surprise lorsque son père le prend dans ses bras et lui souffle dans l’oreille « je suis fier de toi, ton départ laissera un grand vide, c’est moi qui me sentirai orphelin, mais c’est une immense fierté pour moi. Que tous mes vœux de réussite t’accompagnent fiston, pars. Je prierai pour toi jusqu’à mon dernier souffle ». Il a les larmes aux yeux et Pa est heureux-malheureux. La nuit dans sa chambre il pense à ce que son père lui a dit et les mots reviennent comme un tourbillon de vent sans cesse à ses oreilles. Il l’entend lui dire être orphelin, être fier, être orphelin, être fier. Il prend, dans son imagination, son père dans ses bras et lui promet de réussir pour qu’il soit réellement fier de lui. Et il l’a fait. Il a réussi mais à quel prix. Onze années durant, il n’a pas bougé de Lyon où il a fait ses études. Pas de vacances, pas de loisir, pas de restaurant, faute de moyens financiers. Il avait fait venir sa femme et Tom mais ne pouvait pas subvenir aux besoins de la famille avec cinq cents francs mensuels. Il était donc obligé, en plus de se études, de travailler pour gagner quelques sous. Donc faculté la journée, réceptionniste dans un hôtel la nuit, nettoyage des supermarchés le week-end, remplissage des bouteilles de vins dans les caves de à vin… Il a souffert, beaucoup, en silence, de faim, de froid, de solitude, du regard des gens sur ses vêtements, sur ses chaussures trouées, de manque du sommeil… Mais, il s’acharnait à ses études. Il a eu son doctorat quelques années plus tard. Cependant, sa première « récompense » fut une intervention chirurgicale de l’estomac pour un ulcère, fruit des nuits blanches, du stress du travail et de la pauvreté.

Quand il a eu son doctorat, il a envoyé à son père ce courrier avec une seule phrase : « père je vous aime : signé docteur… ». Il a su par la suite que son père était le plus heureux des pères du monde du titre de doctorat de son fils et avait montré sa courte lettre à tous les gens qu’il rencontrait.

La promesse avait été tenue, une vraie, celle faite à un père par son fils.

Mais il ne s’est pas contenté de ce doctorat et a voulu aller plus loin. Il a continué six années supplémentaires pour obtenir son PhD et son habilitation à diriger des recherches. Voilà au bout de quinze années d’étude post-bac il a eu une très bonne situation dans une excellente université française. Plusieurs distinctions couronnent sa réussite.

Il a regretté et regrette toujours que son père ne soit plus là…

Il rend hommage à ses parents et à tous ceux qui l’ont aidé, particulièrement au Pr Rollet, son mentor, devenu lui un très grand spécialiste de notoriété mondiale en bactériologie.

*
*       *

Dans les années 80, il a pu se permettre de voyager. Il a parcouru en l’espace d’une trentaine d’années, plus d’une centaine de pays, l’Europe d’abord, l’Afrique du nord, l’Amérique, l’Australie et bien sûr l’Asie. Chaque voyage lui a appris des choses, lui a permis de découvrir des peuples différents avec des coutumes et des conceptions différentes de la vie. Il a fréquenté des gens bons et mauvais. Il n’a pas toujours compris certains aspects philosophiques notamment lorsqu’ils étaient teintés d’un vernis religieux, mais il s’adaptait et respectait les gens.

*
*       *

Pa vit en quelques heures plus de 30 ans de ma propre vie.

Papa me dit-il, tu étais courageux.

Non, seulement conscient.

Tu as souffert ?

Souffrir ? Non pas vraiment, pas physiquement en tout cas (juste un ulcère à l’estomac), peut-être moralement. Si, même sûrement.

Tu m’as dit avoir beaucoup voyagé, raconte.

Tu n’as fini Pa, tu es toujours dans ma peau. Tu vas voyager dans les pays que j’ai visités et ce sera toi qui me les raconteras.

Il me raconte plus tard plein d’anecdotes de ses voyages.

*
*       *

En Inde on lui propose une fille vierge pour une bouchée de pain. L’Inde ce magnifique pays d’une beauté époustouflante par ses paysages mais, ô combien conservateur. La religion, les religions (hindouisme, islam, christianisme, zoroastrisme, judaïsme) se côtoient dans un pays de constitution laïque. Mais ce qui a surpris Pa, c’était la misère de certaines couches de la société indienne appelées « intouchables ». Il se demandait et se demande toujours comment des êtres aussi religieux que les indiens supportent cette misère qu’ils pourraient éradiquer s’ils partageaient, tant soit peu leur richesse. Il se demande quelle est la philosophie de la religion. Dieu je te vénère, ne m’oublie pas mais moi, j’oublie les pauvres… Est-ce ça la philosophie de la religion… ?

Aux USA, Pa découvre des gens intéressants, fiers d’être américains, avec un accès à tout pour tout le monde ou presque. Mais une certaine ségrégation le frappe. Si les gens de toute couleur et de toute confession peuvent accéder à des postes de responsabilité, le mélange par mariage entre les White Irish et les autres américains reste encore un vœu pieux. Là où il est le plus choqué, c’est la misère des gens d’une certaine catégorie sociale qui n’ont pas accès aux soins et qui passent leurs journées dans les centres de welfare (aide sociale) et qui souffrent de manque de soins et de ressources alimentaires voire de ressources tout court. Enfin, il est choqué par le sort réservé aux noirs, leur arrestations et meurtres, même par les représentants de la loi…

Le Japon, ah le Japon, me dit Pa avec l’eau à la bouche. Le pays où il faut aller chercher une épouse, docile, serviable, soumise. Quel bonheur… Le respect du mari, la docilité des femmes même de niveau social, intellectuel et professionnel élevé. Pays riche, mais empêtré dans ses coutumes…

L’Iran, voilà un super pays où un homme célibataire peut, après une petite cérémonie de quelques minutes et le versement de quelques tomans (unité monétaire iranienne) à un Mollah et avec sa bénédiction, coucher en toute légalité avec une prostituée…

L’Australie, pays magnifique avec ses paysages de rêve, son immensité, la joie de vivre de ses habitants mais quelque peu gâchée, parfois, par des conflits de nature « raciste » envers les émigrés. Le plus surprenant, me dit Pa, ce sont les conflits interethniques. Mais globalement, une certaine joie de vivre des australiens dans un pays doté d’un climat agréable.

Le Brésil, un pays également superbe, plein de charme avec ses paysages féériques, à Rio mais aussi aux abords de l’Amazonie, à Manaus et, comble de beauté, les chutes d’Iguassu, situées à la frontière entre l’Argentine et le Brésil avec « la gorge du diable », la plus haute des chutes (90 m de hauteur). L’ensemble des cascades a un débit de six millions de litres d’eau par seconde. Des gens heureux tout le temps, mais là encore, la misère côtoie la richesse et le malheur des pauvres, le bonheur des riches. La drogue fait des ravages parmi la population notamment de ceux vivant dans des favelas (bidonvilles) qui accueillent plus de 30 % de la population citadine.

Papa, merci pour ces voyages et de nombreux pays que tu m’as fait visiter, plus d’une centaine. J’ai côtoyé des gens heureux, malheureux, riches, pauvres, voyous, honnêtes… Mais quatre pays m’ont beaucoup marqué :

L’Azerbaïdjan où j’ai ressenti pour la première fois de ma vie, la peur. Je suis à l’hôtel lorsqu’on frappe à la porte de ma chambre. J’ouvre et me trouve face à quatre individus patibulaires, mal rasés, avec de gros bras et des mines agressives qui me demandent de régler la note de ma chambre, en liquide. Je tends ma carte mais ils refusent. Je pars, en leur compagnie, retirer l’argent dans un distributeur et règle la note. Une promenade au bord de la mer Caspienne m’apaise un peu et me remonte le moral. Je dîne dans un charmant petit restaurant au bord de la mer et regagne ma chambre aux environs de vingt-deux heures après avoir laissé un message à Ma lui relatant mes mésaventures avec les quatre individus et les coordonnées de l’hôtel pour le cas où…

Je suis dans ma chambre depuis à peine cinq minutes qu’on frappe à ma porte. J’ouvre et une vision de cauchemar me laisse sans voix et sans réaction. Incapable d’articuler le moindre mot ou d’effectuer le moindre geste, celui de fermer la porte, par exemple. Je vois un mastodonte, cent cinquante kilos avec des yeux qui pendaient pratiquement sur ses joues et une poitrine monstrueuse et colossale qui me sourit (j’ai eu l’impression de me trouver face à une ogresse qui allait m’engloutir, tout cru…). Je vois ses lèvres, d’un kilo chacune, qui s’écartent sur une « salle à manger » heureusement dépourvue de chaise (de dents) et entends à peine les quelques mots qu’elle prononce où il est question de massage. Je vois mon pauvre corps écrasé sous ses mains pachydermiques et n’ai nullement envie de terminer mes jours éclaté et aplati recouvert de graisses… Que faire ? J’adresse une muette prière à tous les Saints, connus et inconnus (SAMU des Saints) et implore leur aide d’urgence. Je trouve comme parade l’excuse de la maladie et dis à la femme-éléphant, en anglais, en français, en afghan – tout en me reprochant de n’avoir pas appris le russe, ce qui aurait facilité le dialogue – que je suis malade. Je réussis, malgré ma peur, à fermer la porte et à la bloquer avec le lit. Je n’ai pas dormi de la nuit jusqu’à cinq heures du matin, l’heure à laquelle j’avais demandé un taxi pour me rendre à l’aéroport et prendre mon avion. Je quitte ma chambre en toute hâte et fuis l’hôtel avec bonheur.

L’URSS où j’ai fait plusieurs séjours. Un pays étonnant, plein de contrastes culturels, ethniques, intellectuels, religieux… La religion quasi absente dans les années 70, a retrouvé un nouveau souffle, après la pérestroïka. La lutte ouvrière des années 20 s’est transformée en lutte de pouvoir d’obédience mafieuse ayant pour objectif la conquête de « territoires », des filles, de drogues, de trafic d’armes… La prostitution bat son plein mais reste hors de portée des Russes moyens. Les tarifs sont exorbitants pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars… Elles sont soumises à la mafia et châtiées voire assassinées à la moindre désobéissance. Les nouveaux riches mènent la danse, s’octroient tous les droits, protègent le régime qui les protège. Le pauvre russe moyen qui pensait être sorti de la dictature communiste, avoir trouvé sa liberté de parole, de mouvement, d’action, tombe sous l’influence d’un autre pouvoir, pire cette fois, celui de la mafia et de ceux qui la protègent. Bon courage…