Aller simple pour Tirana

Aller simple pour Tirana

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74 pages

Description

Dimitri Sidorela, à l’évidence, s’ennuie ferme entre les murs de son agence de détective privé.

Est-ce une raison suffisante pour accepter cette mission qui va l’entraîner dans un véritable guêpier ?

Ne peut-il exercer ses talents ailleurs que dans cette région des Balkans à la réputation sulfureuse ?

Et surtout, comment va-t-il s’y prendre pour retrouver la trace de cette fille dont il ignore à peu près tout ?

Mais il est trop tard pour se poser toutes ces questions.

Dimitri a empoché l’argent de ses commanditaires et il lui est désormais impossible de faire marche arrière...


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Informations

Publié par
Date de parution 05 novembre 2012
Nombre de lectures 46
EAN13 9791020324504
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ALLER SIMPLE POUR TIRANA

 

Christophe BARREAU

Aller simple
pour Tirana

Éditions Baudelaire

© Éditions Baudelaire, 2012

Envois de manuscrits :
Éditions Baudelaire – 11, cours Vitton – 69452 Lyon Cedex 06

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Les apparences suffisent largement à faire un monde.

Jean Anouilh, Le rendez-vous de Senlis

 

SOMMAIRE

Chapitre I. Le week-end approche… Les ennuis aussi
Chapitre II. La recherche
Chapitre III. Le voyage
Chapitre IV. L’espoir
Chapitre V. Le hasard
Chapitre VI. La rencontre
Chapitre VII. Le mensonge
Chapitre VIII. Le secret
Chapitre IX. La révélation

Dénouement

Épilogue

 

CHAPITRE I
LE WEEK-END APPROCHE… LES ENNUIS AUSSI

La fin de l’après-midi était étouffante et Dimitri Sidore la se sentait vaguement oppressé. Dans la pièce exiguë qui lui servait de bureau, le seul bruit qu’on entendait était celui d’un ventilateur asthmatique qui avait connu des jours bien meilleurs. Les pales semblaient brasser à contrecœur un air chaud et vicié. Un mal de tête lancinant ne quittait plus Dimitri, au point de lui faire regretter d’avoir allumé une énième cigarette. Pour couronner le tout, sa journée n’avait été qu’une succession de coups de fil infructueux et de questions non élucidées. Aucune des recherches qu’il avait entamées n’avait progressé d’un pouce. Pire, il n’avait récolté aucun indice. Tous les signes annonciateurs d’une bonne déprime semblaient réunis.

Heureusement le week-end approchait. Volontairement, comme tous les vendredis, Dimitri laissait se dissiper l’heure de pointe avant de quitter le bureau. Rien ne l’exaspérait davantage que de se retrouver coincé au milieu des embouteillages. D’une manière générale il détestait avoir le sentiment de perdre son temps. La perspective de devoir s’enfermer dans une voiture surchauffée ne fi t que raviver sa migraine. Il étendit le bras pour écraser son mégot à peine consumé dans la poterie qui trônait sur son bureau. Pas sûr que la plante verte déjà passablement défraîchie apprécie le traitement qu’il croyait bon de lui infliger plus d’une vingtaine de fois par jour. Il profi terait du week-end pour aller chez le fleuriste au bas de la rue en acheter une autre. Celle-ci avait fait son temps et ne lui procurait plus le moindre plaisir. Dimitri entretenait avec les plantes vertes les mêmes relations que celles qu’il entretenait avec les femmes : il ne pouvait s’en passer bien longtemps mais se lassait rapidement. Il aimait les regarder, était capable de les contempler sans rien faire pendant de longues minutes, les appréciait surtout pour leur côté éphémère. Il évitait soigneusement de s’y attacher, ne supportait que diffi cilement qu’elles se fanent. La fi délité n’était pas la première des qualités dont Dimitri pouvait s’honorer. Cette pensée parvint à lui arracher son premier sourire de la journée.

Il fit pivoter son fauteuil et se dirigea vers le réfrigérateur qui ronronnait dans un coin de la pièce. D’un geste machinal il se saisit d’une canette de bière, enregistra dans un coin de tête qu’il allait falloir renouveler les stocks. Le week-end arrivait aussi à point pour effectuer les corvées de courses au supermarché. Il s’appliqua la bouteille sur les joues et le front pour en apprécier la fraîcheur et referma d’un coup de talon la porte, plus violemment qu’il ne l’aurait souhaité, ce qui eut au moins le mérite de faire cesser le bruit du moteur. Le silence qui s’en suivit allait malheureusement être de courte durée car c’est précisément à cet instant que la sonnerie de l’interphone se mit à retentir. Dimitri regarda sa montre : il était à peine 17 heures. C’était sans doute une erreur car il prenait un soin particulier à ne jamais fixer de rendez-vous le vendredi après-midi. Il en faisait une question de principe. Le visiteur gardait le doigt appuyé sur le bouton. Le bruit strident, aussi insistant et désagréable qu’une roulette de dentiste, lui vrilla les tympans.

Dimitri décrocha et ne fit aucun effort pour masquer sa contrariété :

— Qu’est-ce que vous voulez ?
Une voix féminine lui fit écho :
— Nous voudrions parler à Monsieur Sidorela.
— C’est que j’étais justement sur le point de partir.
Une voix d’homme, cette fois, implorante :
— Excusez-nous d’insister. Nous aimerions vous entretenir d’une affaire importante. Nous ne vous retiendrons pas plus de cinq minutes, c’est promis.

C’était le principal inconvénient de ce métier : des jours entiers sans que rien de signifi catif ou presque ne se produise, des heures interminables à attendre dans des planques inconfortables et puis soudain l’imprévu surgissait, généralement au plus mauvais moment, en tout cas celui où l’on s’y attendait le moins. Et là, il n’était plus question de se dérober.

— Je vous ouvre. C’est au troisième étage à droite. Je vous préviens, l’ascenseur est en panne.

Dans sa précipitation, Dimitri avala de travers ce qu’il lui restait de sa bière déjà tiède. Il étouffa un juron, comprima la bouteille de fer-blanc entre ses mains jusqu’à la ratatiner sur deux centimètres d’épaisseur, visa la poubelle distante de quelques mètres et la rata d’un cheveu. Une journée décidément pourrie ou rien de ce qu’il entreprenait ne marchait ! Jetant un coup d’œil par la fenêtre, il constata que le fl ot de voitures sur le boulevard en contrebas devenait moins dense. Les habitants de Bari fuyaient la ville, désertaient ses faubourgs chauffés à blanc et fonçaient vers la mer toute proche à grands renforts de coups de klaxon. Les avis de canicule qui se multipliaient depuis quelques temps y étaient sans doute pour quelque chose.

Des pas lourds qui se traînent sur le palier. Un coup mat tambouriné à la porte, sans ménagement, de manière impérieuse. Tout ce qu’il détestait. Il avait presque oublié les importuns qui avaient décidé de lui gâcher son après-midi en retardant son départ en week-end.
   — Entrez !
  Un couple lui faisait face et semblait hésiter sur la conduite à tenir. Ils affichaient une cinquantaine terne, triste et fatiguée. Monsieur et madame tout le monde. Ni riches, ni pauvres, tout simplement quelconques. En dix ans de carrière, Dimitri avait appris à les évaluer au premier coup d’œil et il s’était rarement trompé : encore des personnes qui allaient lui demander de tout mettre en œuvre pour retrouver leur animal de compagnie qui s’était échappé de la maison. Ce ne serait pas la première fois. Ou bien des gens qui soupçonnaient leur voisin de palier d’avoir de mauvaises fréquentations, qui n’avaient pas le début d’une preuve mais qui, justement, s’en remettaient à son savoir-faire. Dans les deux cas l’affaire s’annonçait passionnante ! D’un geste las, Dimitri les invita à prendre place dans les deux fauteuils dépareillés et déglingués qui lui faisaient face. Leur inconfort permettait souvent d’écourter les entretiens fastidieux et celui-ci promettait de l’être particulièrement.

— Je vous écoute, leur dit-il, en regardant ostensiblement sa montre, pressé d’en fi nir.
C’est la femme qui, d’une voix assurée, prit la parole :
— Nous sommes venus vous voir pour que vous nous aidiez à retrouver notre fi lle qui a quitté notre domicile.
— Votre fi lle dites-vous ? Quel âge a-t-elle ?
— Elle va avoir vingt ans. Nous devions fêter son anniversaire la semaine prochaine.
— Et elle vit encore sous votre toit ?
— Oui, elle est étudiante.
— Il s’agit peut-être simplement d’une fugue passagère ?
— Si c’était le cas, nous ne serions pas venus vous voir. Cela fait maintenant dix jours que nous sommes sans nouvelles.
— Elle a peut-être un ami, un fi ancé, qu’elle aura voulu rejoindre ?
— Non, pas à notre connaissance.
— Pourquoi ne vous adressez-vous pas à la police ? Ce genre de recherche est plutôt de leur ressort.
Le couple échangea un regard gêné. Un silence pesant s’installa.
— Excusez-moi d’insister mais j’ai besoin de comprendre ce qui motive votre démarche.
— C’est que nos papiers ne sont pas totalement en règle, alors mon mari et moi préférerions éviter de nous adresser aux autorités administratives de ce pays. Nous ne voulons pas avoir d’ennuis, vous comprenez ?
— Je vois. Mais pourquoi faites-vous appel à moi si ce n’est pas indiscret ? Ce ne sont pas les détectives privés qui manquent dans la région et on ne peut pas dire que je fi gure dans les premières lignes de l’annuaire.
— Parce que vous êtes, si nos renseignements sont exacts, d’origine albanaise.

Dimitri accusa le coup, un bref instant, avant de se ressaisir. Il avait appris au...