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Americana

De
274 pages

Jesse et Milo sont faits pour voyager. Leur prison dorée derrière eux, il est temps de découvrir la vie sur les routes américaines. Vassili Rodavian aurait préféré rester loin de sa Russie natale, mais les fantômes du passé l'ont maintenant rattrapé et l'horreur de son enfance est sur le point de recommencer. Pauvre Démon sans cœur. Pauvre Magicien sans avenir. Pauvres petits garçons riches et célèbres... les fous se nourrissent de vos souffrances ! Les voyages temporels mèneront David Williams à sa perte, à moins qu'il ne trouve un moyen d'échapper au temps. Tandis que les anarchistes de 1958 restent coincés dans le passé, Judith Mars et les Coper-Feeld se tournent vers une révolution « steampunk ».
Malgré les dangers et les risques, l'aventure ne saurait se refuser. Êtes-vous prêts à embarquer ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-19403-7

 

© Edilivre, 2017

Dédicace

 

À mes parents, mes frères,

la famille Tabanaud (soit ma seconde famille).

Ce voyage est pour vous.

Ainsi que mes compagnons « conventionnels »,

car nos périples à travers la France et le « monde » sont inoubliables !

Americana

 

Deux hommes sont entrés alors que je dormais.

Je me croyais encore dans un rêve, j’ai fermé les yeux.

Le sang dans ma bouche avait un goût amer de défaite.

Le temps de m’en rendre compte, j’étais déjà loin de ce monde.

Je flotte entre un rêve et une vie, autrefois mienne.

Mon enfer m’attend. Ou alors est-ce mon paradis ?

Je sais que je n’aurais plus le temps pour les regrets.

Mais cette vie, je m’y accroche, je la veux encore !

C’est ma dernière nuit sur terre, je le sais.

Une douleur s’empare de ma tête.

Je suis allongée sur le carrelage froid de mon salon.

Du sang, rien que du sang… suis-je seulement consciente ?

Le rire des deux hommes retentit.

Je ne veux plus me battre, je ne veux plus pleurer.

Mais je m’accroche encore. Je veux vivre.

Mais cette bataille n’a jamais été la mienne.

Les ombres autour de moi me rappellent des spectres.

C’est un bain de sang dans lequel je lave mes regrets.

Mon cœur ralentit, je suis prête à partir.

La lumière s’allume enfin et lève le voile de la vérité.

Je n’ai jamais été en danger. Je n’ai jamais rêvé.

Tout ceci s’est pourtant bien passé.

Sauf que ce cauchemar n’a jamais été le mien.

Mais celui des deux hommes qui ont essayé de me tuer.

1958

La Loi 1958.
Ou « comment rendre le monde meilleur »

Article de presse, 14 Janvier 1950

C’est le nouvel amendement prévu pour le 3 Juillet 1958. Gérer la criminalité dans les États-Unis d’Amérique. Depuis la fin de la guerre, le gouvernement a relevé des chiffres alarmants. La criminalité est des plus élevées : deux fois supérieure à celle de l’Europe, six fois à celle de l’Afrique et trois fois à celle de l’Asie ! Ainsi notre président, Harry Truman, a-t-il décidé d’adopter une politique radicale : les prisons ont été vidé, ces derniers jours. Les personnes accusées de vols ou d’autres délits mineurs ont été relâché mais seront surveillé de très prés. Quant aux meurtriers, violeurs, pédophiles et autres personnes accusées de crimes graves, ils ont tout simplement été exécutés.

Est-ce là, la nouvelle politique de notre pays ? Devenir pire que nos ennemis communistes et fascistes ? La terreur qui s’était emparée de l’Amérique s’est quelque peu adoucie : les gens sortent tard le soir, les jeunes filles n’ont plus peur d’être pris en stop par des étrangers. Comme notre président nous l’a récemment affirmé : la situation est sous contrôle. Je me dois de poser une question néanmoins : est-elle ou sera-t-elle toujours sous contrôle concernant des innocents ?

Article de presse, 10 Mai 1952

La nouvelle politique en vue d’accorder la loi 1958 a été mise en place et adoptée par tous les états des États-Unis. Les prisons se transforment en chambres de l’enfer : des procès sont prévus pour les délits mineurs, tels que vols, braquages (sans meurtres, prémédités ou non),… et autres crimes qui n’entraînent pas la mort de qui que ce soit. Ces derniers sont condamnés à la prison (la durée varie selon le type et la gravité de leur crime). Leur calvaire commence alors : horaires instables, nourris selon l’envie des gardiens, aucune activité productive, seulement des tortures psychologiques et parfois physiques. Avec ce genre de publicité en sortant, aucun de ces détenus ne recommencera. Ceci est la première catégorie. Vient ensuite les maisons de correction pour les enfants jusqu’à 14 ans ; passé cet âge, ils sont jugés comme des adultes et peuvent croupir dans ces prisons pendant des mois.

Le pire des traitements va aux criminels. Les meurtriers ont droit à un procès pour déterminer si leur crime a été prémédité ou non. Les tueurs en séries passent leur vie en prison et finiront par y mourir, au vue des traitements. Si le crime est non prémédité, seules quelques années suffiront… mais certains ne sortiront jamais, soit par oubli, soit parce qu’ils meurent avant la fin de leur peine.

Les pédophiles et violeurs, qu’ils aient tué ou non, n’ont pas droit à un procès. Leurs actes et leur mode de vie les désignent d’entrée. Ils sont tout simplement conduis en prison et dans les jours qui suivent, sont exécutés.

Voici donc à quoi se résumera notre pays dans sa gestion de la criminalité. Des affiches arborant un « votez 1958 » ont été placardé dans toutes les villes d’Amériques, des spots à la radio et à la télévision passent le message en boucle. Le monde sait de quoi sera fait l’Amérique de demain… de millions de cadavres. Certes de criminels, mais aussi d’innocents, victimes du système dit « infaillible ».

Article de presse, 21 Octobre 1953

La loi 1958 deviendra bien officielle du point de vue national au début de l’année prochaine. C’est une confirmation que nous a fait notre président, Dwight Eisenhower, plus tôt dans la matinée. Le système semble marcher cependant, et a fait taire tous les sceptiques. Tandis que le reste du monde crie à l’atteinte aux droits de l’homme, la moitié de la planète nous envie l’idée. Si la loi passe au point de vue national, il se pourrait qu’elle s’étende au point de vue international d’ici quelques années. La Chine et quelques pays africains essayent déjà de l’intégrer chez eux.

L’arrivé de la loi 1958 sur un plateau d’argent pouvait paraître violente mais elle n’en est rien. Tout le monde est au courant du traitement infligé aux prisonniers et criminels. Cette crainte fait en sorte que l’ordre soit maintenu.

Article de presse, 10 Décembre 1955

Cette année, Noël ne sera pas un moment heureux pour tous. Ce matin, le corps de la jeune Elisa Downey, disparue trois jours plus tôt, a été retrouvé sur les rives du Lac Michigan. D’après les premières constatations, elle aurait été violée, puis étranglé. Son père, George Downey, le célèbre homme d’affaires anglais, est en ce moment même en train de donner tous les moyens possibles à la police du Wisconsin pour retrouver l’assassin.

Elisa Downey, quinze ans, avait rejoint son père la semaine précédente, avec sa mère pour passer quelques jours ensemble avant ses premiers examens de l’année. D’après son père, elle est allée se promener avec leur chien sur les petites routes de campagne (qu’elle connaissait par cœur). Après deux heures sans donner de nouvelles, son père s’est inquiété. C’est en voyant le chien rentrer seul qu’il a appelé la police.

Depuis que la loi 1958 est entrée en vigueur, nous savons tous ce qu’il adviendra du meurtrier… et si la police ne le trouve pas, il se pourrait qu’il recommence. Il est aussi évident que, connaissant lui-même le sort qui lui est réservé, il ne lui prendra pas l’envie de se rendre. Tout est désormais entre les mains de la police.

Article de presse, 6 Octobre 1957

Cela devait arriver ! Nous assistons à une première faille du système de gérance de la criminalité ! Il y a quelques jours, dans une petite ville de l’Indiana, un jeune homme, Heydan Smith a échappé à la police lors de son arrestation. Ce dernier, apparemment sans histoires, mari et père de trois enfants, a été accusé du viol et du meurtre de la jeune Elisa Downey.

D’après sa femme, il serait incapable de faire une chose pareille, mais toutes les preuves indéniables convergent vers lui. Mr Smith a profité de l’inattention des policiers pour se débarrasser de ses menottes et prendre la fuite en voiture. Toutes les polices du pays le recherchent et passent son visage en boucle à la télévision. Plusieurs affiches ont d’ailleurs été placardées dans tout le pays. Nous ne savons pas s’il est armé, mais il reste très dangereux. Nous supplions alors la population de ne pas prendre d’initiatives et de laisser faire les forces de l’ordre.

Article de presse, 10 Octobre 1957

Heydan Smith a été localisé dans le Wisconsin. Nous ignorons comment il a pu passer les barrages et autres dispositifs de la police. Par contre, nous savons qu’il n’est pas seul. Il a été vu avec une complice (ou une otage) : Paige Granger.

Son nom est aussi diffusé dans les médias. Cette jeune fille, originaire de Californie, a vu ses parents se faire assassiner sous ses yeux. Son témoignage a permis l’arrestation du criminel qui a été reconnu coupable. Il est récemment mort en prison. Nous pouvons alors nous demander comment cette jeune fille, fervente croyante du système, peut aider un criminel… c’est pour cette raison que la police pense plus à une prise d’otage qu’à une complicité, d’autant plus qu’ils ne se sont jamais rencontré auparavant.

Mais ce qui inquiète le plus la police, c’est qu’Heydan Smith semble se diriger vers l’Est du pays, vers Washington.

Article de presse, 14 Octobre 1957

Il pourrait s’agir d’un moment historique… mais pas dans le bon sens du terme. L’affaire Heydan Smith vient de rebondir de façon inattendue. Avec l’aide de Paige Granger, il a pu démasquer le véritable assassin.

Hier, à Washington, Smith et Granger ont réussi à pénétrer dans la Maison Blanche. Leur but n’était pas de nuire au Président mais de trouver le sénateur Lodge. Après s’être enfermé avec lui dans son bureau, Smith lui a dit connaître la vérité, et qu’il la connaissait par son chauffeur. En effet, le sénateur est un vieil ami de Mr Downey. Et le jour de la disparition de sa fille, il se trouvait chez eux !

Voici les faits :

Le jour de la disparition d’Elisa, le sénateur Lodge quittait la maison des Downey. Sur le chemin, il a demandé à son chauffeur de s’arrêter. En effet, Elisa se trouvait au bord de la route. Le sénateur a discuté un peu avec elle… puis il est reparti. Quelques minutes plus tard, il a demandé à son chauffeur de s’arrêter sur le bord de la route et d’attendre son retour. Ce dernier l’a attendu plus d’une heure. Lorsqu’il est enfin revenu, ce dernier semblait énervé et était débraillé. Par la suite, il n’a pas été difficile de faire le lien… mais le sénateur a juré au chauffeur qu’il le tuerait aussi s’il parlait. Mais la culpabilité a eu raison de lui. Aussi, en tant qu’homme influent, il était facile pour le sénateur de falsifier les preuves. Le hasard a voulu qu’Heydan Smith soit le « coupable idéal ».

Tandis qu’Heydan Smith dégainait ces paroles, le sénateur Lodge s’est emparé d’une arme. Dans la confusion et la panique, Paige Granger a été tué. Or, ce qu’il ignorait, c’est qu’il était enregistré sur cassettes… preuve irréfutable que le sénateur était bel et bien le coupable. Mr Smith pourra alors retrouver sa famille dans les jours qui viennent, lorsque la police aura fini de l’interroger. Il ne sera pas poursuivi pour avoir échappé aux force de l’ordre.

Cette affaire a quelque peu éclaboussé la fiabilité de la future loi 1958. Les pays européens qui avaient déjà commencé à l’adopter ont annoncé qu’ils abandonnaient le projet. Le chaos régnera à nouveau, mais il sera géré à l’ancienne, a déclaré le président français.

Article de presse, 3 Juillet 1958

À l’unanimité, le loi 1958 a été annulé aujourd’hui. Désormais, les prisons reprennent leurs rôles initiaux et tous les prisonniers s’y sont retrouvés, comme « à l’ancienne ». Certains crient au scandale et des associations se battent et se réunissent déjà pour rétablir la loi. Ce n’est pas parce qu’une erreur a été commise, que nous devons abandonner, disent-ils pour défendre leur cause. Une erreur, certes. Une erreur que nous connaissons… mais qu’advient-il de toutes celles que nous ne connaissons pas ? De toutes ces erreurs dont nous n’avons jamais entendu parler ? Tous ces innocents morts pour rien, toutes ces vies détruites par le gouvernement, au nom du bien commun… qui peut se donner le droit de décider de ce bien… personne ne devrait posséder un tel pouvoir.

Désormais, les affiches « Votez 1958 » traînent encore dans certaines villes, vestiges d’un passé qui poursuivra notre Amérique bien-aimée et qui salira sa réputation pendant les années à venir. Nos enfants auront sans doute honte de leurs parents et de leur pays… un moment historique, voilà ce qu’est devenu ce 3 Juillet 1958. Mais au lieu d’apporter l’espoir d’un monde meilleur (comme cela était initialement prévu), il n’a fait qu’apporter le chaos et nous rendre responsable d’un génocide conséquent. La loi 1958… ou comment l’humanité a rendu le monde bien pire qu’il ne l’était déjà.

Edwyn Clay

Mon nom est Edwyn Clay et je suis journaliste à l’Independant View, à Los Angeles. Cet article ne sera pas comme mes précédents et l’histoire que je vais vous raconter, mérite d’être entendue depuis le début. Vous devez sans doute vous demander : quelle histoire ? Et pourquoi la raconter ? C’est très simple… j’ai découvert l’identité du tueur de John Collins et Oliver Graham.

J’ai grandi dans un quartier défavorisé de Los Angeles. À l’âge de douze ans, après le meurtre de mes parents, je me suis improvisée détective privé. Je connaissais ses bas-fonds par cœur, tout ce que j’entreprenais, je le réussissais. Jusqu’au jour où, à force trop jouer avec les armes, j’ai fini par être blessée. C’est là que Allan Barton a entendu parler de moi. À l’hôpital, il m’a proposé de travailler pour lui. À cette époque, il voulait lancer son journal et mon fort caractère, ainsi que ma volonté avaient fait leur effet. Il m’a aidé à me sortir (chose que mon grand frère n’avait jamais réussi à faire jusque là). Par la suite, j’ai travaillé dur pour pouvoir me payer des études dignes de ce nom. Mais il y a quatre ans, j’ai fait une rechute : mon fiancé a disparu, sans laisser de traces. Sa voiture abandonné dans un quartier pu fréquentable, aucune trace de sang, pas d’appels, juste sa secrétaire l’ayant vu quitter son travail tôt dans la soirée. Son permis, son argent, tout ce qui avait de la valeur était encore dans la voiture. Il avait juste disparu pour la police. Aujourd’hui encore, il reste toujours un disparu. J’ai eu beau chercher, enquêter, j’ai même laissé tomber mon travail pour me concentrer uniquement sur cette affaire… mais je n’ai jamais rien trouvé. Pas un témoin. Mon retour à l’Independant ne remonte qu’à un an. Et il y a quelques mois, une affaire m’a tenu à cœur.

Il y a exactement cinq mois, un fait divers a secoué toute l’Amérique. John Collins et Oliver Graham ont été assassiné, ainsi que leur fiancé respective. Acteurs très populaires du moment, ils étaient les rôles principaux d’une série à succès. Ils avaient tous les deux réussis, à partir de rien. D’après leurs collègues et les employés travaillant sur la série, ils avaient les pieds sur terre, étaient dotés d’une rare gentillesse envers tout le monde, mais surtout… ils étaient des amis très proches.

Ce fameux soir, Oliver Graham et sa fiancée, Miranda Kurt, allaient passer la soirée chez John Collins et sa fiancée, Beth Miller. L’une travaillait sur la série et l’autre était actrice et avait joué dans un épisode. Cela faisait un peu plus de deux ans qu’ils étaient ensembles. Vers une heure du matin, des voisins ont entendu des bruits sourds. Ce n’est que le lendemain que la femme de ménage a découvert les corps.

Je ne voulais pas spécialement cette affaire. Mais Allan pensait que ça serait une bonne idée de la couvrir. La police avait déjà conclu à la folie meurtrière de John Collins qui se serait terminée par un suicide. La raison à cela ? L’arme de John Collins avait servi pour le tuer lui et Miranda. Or, ce qui était bizarre, c’est qu’une autre arme avait servi pour Oliver et Beth.

Lorsque je suis entrée dans la maison, le légiste avait déjà emporté les corps, mais l’endroit grouillaient encore de policiers. Bizarre pour un soi-disant suicide… je connaissais bien l’officier Finlay Brendon. Je l’avais aidé plusieurs fois lors de mes « improvisations » de détective par le passé. Il me savait sérieuse et surtout, il savait par expérience que mes enquêtes conduisaient à de bons résultats. Il avait demandé aux policiers de sortir du salon. Nous étions seuls. Cette maison était très modeste, John Collins était le premier à le dire. Assez éloignée des quartier huppés, elle lui rappelait la maison dans laquelle il avait grandit.

– Alors, c’est toi qui couvre l’affaire du siècle, m’avait demandé Fin.

– Tu me connais. Là où il y a un enjeu, je suis prête à foutre la merde, lui avais-je répondu avec ironie.

– Pas de gros enjeux ici, en tout cas… sauf si tu m’apprends que Beth Miller couchait avec le sénateur de Californie.

– Pourquoi tout le monde pense que John Collins l’a fait ?

– Son arme, ses actes.

– Et la deuxième arme ?

– Il l’aurait caché.

– Bien sûr ! Il flingue sa fiancée et son meilleur ami avec une arme inconnue et pendant que Miranda regarde les autres agoniser, il va chercher son arme pour la tuer et se mettre une balle dans la tête !

– Ne commence pas, Eddy.

Pour lui prouver mon point de vue, je lui demandais de me raconter les faits et l’ordre dans lequel ils avaient été tués.

– On suppose que John Collins avait deux armes sur lui. Il les contraint à rester dans le salon. Oliver Graham essaye de le raisonner, Collins lui tire dans la poitrine ici.

Il me montre une tache de sang devant le canapé. La table basse s’était brisée : Graham était tombé dessus, en arrière.

– Il est mort dans la minute. Ensuite, il s’approche de Miranda et la tue ici, au niveau de la porte. Elle a dû essayer de s’enfuir. Une balle, venant de l’arme de Collins, on ne sait pas pourquoi il a changé. Elle est entrée directement dans son poumon gauche et est ressortie. La scientifique l’a retrouvé dans le mur en face.

Une nouvelle tache de sang au sol. Bien plus importante que la précédente.

– Vient le tour de Beth. Cachée derrière le canapé. Une balle en pleine tête avec notre arme inconnue. Elle est morte sur le coup.

Effectivement, derrière le canapé, une nouvelle tache se trouvait là. Je dis tache mais je devrais dire, mare. Je n’avais jamais vu autant de sans de ma vie.

M’entraînant dans le hall, vers la dernière mare, Fin ajouta :

– Puis, pour on ne sait quelle raison, il s’est débarrassé de l’arme inconnue et s’est fait sauter la tête ici même.

– C’est bizarre, ai-je lâché malgré moi.

– Quoi ?

– Pourquoi venir se suicider là ? Pourquoi pas sur le canapé, au milieu des autres ?

– Comment ça ?

– Pour en arriver à une telle violence, il faut un haut niveau de frustration. Quelqu’un s’en serait forcément aperçu. C’est impossible qu’un acteur en ait fini comme ça… il aurait mis en scène sa mort. Lui, au milieu de son carnage… mais pas dans le hall d’entrée.

Plusieurs théories germaient dans ma tête mais en entendant Finlay souffler derrière mon dos, je savais que ce n’était pas le bon moment pour les lui donner.

– Écoute, inutile de te dire que le patron est après moi, les familles aussi, sans parler du manager, et…

– Le manager ? Coupai-je.

– Harold Smith, oui. Dit Harry. Il gérait les carrières de Collins et Graham.

– Tu crois que je pourrais lui parler ?

– C’n’est pas vrai, tu ne vas pas commencer à foutre la merde !

– Eh ! Tu m’en dois une, Fin, souviens-toi. Combien de fois je t’ai aidé à sortir de la merde ? Sérieusement, après toutes ses années passées à me tuer pour toi, c’est comme ça que tu me remercies ? Je ne publierai rien avant d’avoir des preuves concrètes, tu me connais. Je ne suis pas Allan Baron, je ne cherche pas le scoop du siècle mais la vérité.

J’avais réussi à le convaincre et dans la demi-heure qui avait suivi, je m’entretenais avec « Harry ». Il était vraiment bouleversé. Je pouvais le voir dans ses yeux : ces deux acteurs étaient comme ses fils, il les aimait vraiment. Il ne savait pas ce qui avait pu pousser John à commettre un tel acte, il se refusait à le croire. Il m’avoua alors quelque chose qu’il n’avait pas encore dit à la police et qu’il ne comptait pas le faire.

– Récemment, John m’a demandé de lui acheter une arme à son nom. Il disait vouloir se protéger de quelques fans… envahissants.

– Oui, c’est celle qui a servi pour…

Devant son air fatigué et ses yeux rouges, je ne pouvais pas finir ma phrase.

– Je pensais vraiment qu’il voulait se défendre… mais si je dis ça à la police, ils vont bâcler l’enquête et penser qu’il avait tout planifié. Je les laisse enquêter. Je vais faire en sorte qu’ils disposent de tout l’argent nécessaire pour cela. Je ne veux pas qu’ils concluent à un suicide avant d’être sûr.

– Je comprends tout à fait.

Par la suite, les efforts d’Harry n’avaient rien donné. Un mois après leur assassinat, la police conclut à la folie meurtrière de John Collins, suivit par le suicide de ce dernier. Le fait que deux armes aient été utilisées ne semblait pas les déranger. Pourtant, je sentais au plus profond de mon être que quelque chose n’allait pas, qu’on passait à côté de quelque chose. J’avais un sentiment étrange, à vrai dire… comme si toute cette histoire s’avérait être bien plus que ce qu’elle paraissait.

Dans les semaines qui ont suivi, j’ai interrogé les voisins de John Collins, fouillé la maison, observé, cherché des réponses, je me suis plongée dans la vie de chacun pour essayer de comprendre. Encore une fois, je me retrouvai dans une impasse. Grâce à l’influence de Fin, j’avais libre accès au dossier. J’ai aussi pu parler à certains témoins et certains amis de John Collins. J’avais établi une liste de ceux qu’il voyait toujours depuis le lycée, de ceux du collège, de la fac,… mes listes étaient complètes, mais quelques personnes restaient introuvables. Plus précisément, trois personnes. J’avais donné leurs noms à Finlay afin qu’il les cherche pour moi.

Depuis le début de cette affaire, je ne dormais plus. Heureusement, ma forte envie de trouver la vérité m’éloignait de mon besoin en drogue. Je savais ce que je faisais : en trouvant une réponse à ce massacre, j’espérais compenser mes erreurs commises par le passé… notamment, l’échec dans la recherche de mon fiancé. Je l’avais abandonné… et je savais pertinemment que si les rôles avaient été inversés, il ne l’aurait jamais fait. Je ne vivais plus que pour trouver le ou les assassins de John, Miranda, Oliver et Beth. Même si je devais au final découvrir la même chose que la police : un massacre qui se termine par un suicide… il fallait que je sache. Théâtralement, je dirais que ma vie en dépendait.

Il y a un mois, je retrouvai Fin. Il avait du nouveau sur les amis de John Collins. Il m’avait donné rendez-vous dans un bar dans le sud de L.A. Tandis que je sirotais mon café, il disait :

– Je te préviens tout de suite, c’est rien de bien concluant. Robert Marshall est en voyage d’affaires à Londres depuis le début de l’année. J’ai parlé à sa secrétaire, il n’a pas eu de contact avec Collins depuis plus d’un an.

– Ok. Les autres ?

Il fouilla dans ses papiers un instant.

– Max Waldorf. Il n’a pas quitté Manhattan depuis… plus de six mois. Il a un cancer, son état s’est dégradé depuis qu’il a appris la mort de Collins. Les médecins ne lui donnent que quelques jours.

– Il a parlé à Collins ces derniers temps ?

– J’ai eu sa sœur au téléphone. D’après elle, Collins est allé voir son frère à New York lorsque son cancer a été diagnostiqué.

– Ok… et le dernier ?

– Une impasse aussi. Leonard Kermo est interné à l’institut St Gabriel, depuis quelques mois.

– Donc j’imagine qu’il n’a pas vu John Collins depuis un sacré bout de temps.

– C’est ça.

– Et merde ! Soufflai-je.

– Désolé, Eddy.

Dire que j’étais contrariée relevait de l’euphémisme. Je bouillonnai à l’intérieur ! Fin le remarqua.

– Tu sais, tu n’es pas la seule à avoir fouillé dans le passé de Collins et de Graham… j’ai fait quelques recherches aussi.

– Et alors ?

– Il est allée à UCLA.

– Qui ça ?

– John Collins. La même promotion que toi. C’est bizarre, vos deux photos sont sur la même page.

Je soufflai à nouveau. J’avais essayé de garder ce secret, pour éviter que les gens pensent que c’était mon unique motivation.

– Je ne le connaissais pas personnellement, si c’est ce que tu veux dire.

– Vraiment ?

– Okay, très bien : il était dans la même promo que moi… c’était à ses débuts, il était très populaire sur le campus, il faisait uniquement des photos et des spots publicitaires à la télé. Tout le monde était après lui. C’est vrai qu’il était du genre charmant avec tout le monde, et comme eux, j’aurais voulu m’approcher de lui.

– Et tu l’as fait ?

– Ouais, dis-je en haussant les épaules. Je révisai à la bibliothèque quand ses amis sont partis… il s’est retrouvé seul à cette table… je crois bien que c’était la première fois qu’il se retrouvait seul… bref ! Pour faire court, je le regardais fixement, il m’a vu, j’ai fait mine de ne plus regarder.

– Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?

– Il m’a souri et il est venu s’asseoir à ma table. Et on a discuté pendant plus d’une heure. Il trouvait mon prénom original.

J’avais sorti cette phrase malgré moi. Oui, je connaissais John Collins, et après ? Je me souvenais de lui, mais lui, il ne devait sans doute pas se souvenir de moi.

– J’ai dû aller en cours et c’est la seule et unique fois que je lui ai parlé. C’est drôle… avant que je m’en aille, il m’a dit : merci de t’être comportée comme une personne normale avec moi, Edwyn. J’avais presque oublié ce que c’était.

– Wahou ! Lâcha Fin. Ça, c’est de la drague !

– Ça n’a pas d’importance. J’étais une fille parmi d’autres… l’eau a bien coulé sous les ponts depuis.

Le lendemain, j’étais de retour à la maison de John Collins. La police avait déjà conclu à un suicide, mais certains (dont des personnes très haut placée et avec beaucoup d’influence) payaient de leur poche des policiers pour qu’ils vérifient d’autres pistes. Et par « autres », j’entends les plus démesurées qui soient !

L’endroit avait été complètement nettoyé, ou plutôt les « scènes de crimes » l’avaient été. Pour la énième fois, je tournai en rond dans le salon, imaginant leurs derniers instants face à John Collins… mais cette image ne collait pas. Seulement, mes sentiments ne feraient pas le poids dans un article. Il me fallait des faits. Je décidai de faire le tour de la maison. J’inspectai le jardin en premier. Si quelqu’un s’était introduit par une des fenêtres, le temps s’était chargé depuis d’effacer toute preuve éventuelle. Aussi, aucune trace d’effraction n’avait été relevée. Je poursuivis par la cuisine. J’avais vu et revu l’entrée et le salon tellement de fois… je préférais passer cette étape. J’empruntai les escaliers qui menaient à l’étage. Pour être plus précise, une fois dans le hall, le salon s’offre à notre gauche, la cuisine plus loin, en face de nous, et sur le côté, le long du mur, les escaliers. À en juger par la poussière sur les meubles et le carrelage impeccable au sol, personne n’avait dû venir ici pendant l’enquête. Ou du moins, cette personne ne s’y était pas attardée. Une trace au sol attira particulièrement mon attention : cela ressemblait vraisemblablement à des empreintes de chaussures. Passant mes mains, légèrement dessus, il s’agissait en fait de boue. La position m’intrigua : au niveau des rampes en haut de l’escalier. Je ne sais pas pourquoi (instinctivement, sans doute), je m’accroupis, plaçant mes pieds au niveau des empreintes et mon sang se glaça : de là où j’étais, je pouvais tout voir… tous les meurtres. Je délirais peut-être… ou alors… était-ce possible qu’il y ait eu une cinquième personne ce fameux soir… et qu’elle en ait réchappé ?

Le jour même, après avoir pris des photos, je fis analyser par une de mes connaissances les traces retrouvées dans la maison de John Collins. Pas de doutes : c’était bien des empreintes de chaussures, du 45, plus exactement. Je ne savais pas vraiment où cette piste allait me mener, mais au point où j’en étais… c’était mieux que rien.

Le soir, je décidai de me plonger dans les dossiers que Fin m’avait donnés plus tôt dans la matinée. Je les feuilletai rapidement. J’étudiai celui de Leonard Kermo avec plus d’attention. Quelque chose me frappa : il avait été admis à l’hôpital St Gabriel exactement deux jours après le massacre chez Collins. J’avais son dossier médical entre les mains et une autre chose me frappa : il y avait tous les détails de sa vie ! De sa préférence sexuelle… à sa taille de chaussures… du 45 ! Certes, il n’y avait pas de quoi s’emballer à ce moment, cela pouvait tout aussi bien être des coïncidences… mais c’était bien trop gros pour être ignoré… que changerait une petite visite à l’hôpital ? Pas grand-chose. Comme je l’ai dit, au point où j’en étais, je pouvais me permettre de suivre cette piste. Et je n’étais pas au bout de mes surprises.

Ce que Leonard Kermo m’a révélé, m’a complètement bouleversé. J’étais prête à entendre la vérité, n’importe laquelle… mais pas celle-ci. Au départ, il était réticent à me parler (sachant ce que je sais maintenant, je peux le comprendre…), il semblait ailleurs, presque endormi, sans doute à cause de son traitement. D’après son dossier, il avait été admis pour dépression. Cela ne collait en rien à cet homme : il avait grandi dans un quartier défavorisé et avait trempé dans plusieurs affaires louches… la dépression n’existe pas chez ce genre d’individu. Nous étions installés dans la salle commune de l’hôpital, d’autres passions déambulaient autour de nous, encadrés par des infirmiers qui ressemblaient plus à des gardes du corps. Je m’annonçai à lui, mais cela n’eut aucun effet particulier. Je préférai rentrer dans le vif du sujet pour lui arracher une réaction :

– Je suis ici pour vous parler de John Collins.

J’avais à peine fini de prononcer son nom qu’il fuyait déjà mon regard.

– Je ne connais pas… je ne sais pas qui c’est.

– Ce n’est pas ce que dit votre dossier. Vous étiez amis.

– Peut-être, je n’en sais rien.

Je m’en voulais de le brusquer. Mais si ma théorie était la bonne, il avait vu les meurtres… il avait toutes les réponses. Certes, il était traumatisé… mais je ne pouvais pas laisser passer cette chance. Me rapprochant...