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Anastasie et sa besace

De
331 pages

Connaîtriez-vous point, frère, vous à qui le ciel a donné une plume pour écrire et souffrir tout ensemble, une dame toujours voilée de noir, aussi sociable que ma concierge les jours de terme, ne disant jamais son âge de peur de vous montrer des dents qui ne tiennent plus, ridée, usée, grincheuse, coléreuse, maussade, longue comme un poteau télégraphique, maigre comme plusieurs clous à la fois ; enfin que vous dirai-je ? — une dame qui s’habille encore à l’ancienne mode, qui se drape à la Romaine, qui pose, qui se croit indispensable pour l’épanouissement des bonnes mœurs ou pour augmenter la quantité des bons ménages de France et faire que les jeunes filles ne fautent plus, qui porte la bonne parole de paix aux hommes sans volonté et qui charcute impitoyablement, de ses immenses ciseaux, le génie qui ose secouer le voile des anciens préjugés où dorment, dans l’attente du grand soleil, les jeunes idées d’un peuple qui se lève à peine du tombeau de son ignorance.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Louis de Chatillon
Anastasie et sa besace
Ce qu'il y a dedanS et ce que nouS allonS y mettre
AVANT-PROPOS
Ceci n’est qu’un volume, un livre, comme on dit, Le premier de quelqu’un qui n’est encor personne ; Si l’auteur par hasard n’avait pas réussi, C’est un retour forcé qui nullement l’étonne. On noircit aujourd’hui tellement de papier, Qu’il faut bien que quelqu’un succombe dans le nomb re, Sans quoi chaque écrivain choisirait son laurier Et ce serait un titre à qui serait dans l’ombre. Nous sommes loin de croire au succès, et pourtant Quelque chose nous dit que l’instant est propice, Que ce livre saura s’imposer en naissant, Et de gaité de cœur nous entrons dans la lice. Quant au sujet traité, bien nous en convenons, Il n’est pas des plus neufs, c’est une vieillerie ; Or, c’est même à ce point où venir nous voulons : Pouvais-je rajeunir Madame Anastasie ? Je sais bien que j’aurais pu trouver vingt sujets, Pour venir critiquer, blâmer ou même instruire ; Il est assez chez nous de chancres et d’abcès Pour émousser la plume et faire une Satire. Mais non, j’ai préféré m’attaquer au plus fort ; Non, je veux arracher le masque à la Censure, Je veux la mettre à plat et la fouetter encore. Jusqu’à vous faire voir sa vilaine ossature. Si quelqu’un me disait : Vous arrivez trop tard ; » Comme actualité, fallait aller plus vite ! » Ma foi, je lui dirais : « J’arrive par hasard, » Et c’est déjà beaucoup... Voyez plutôt la suite. »
PREMIÈRE PARTIE
LA CENSURE DRAMATIQUE
AUX PRISES AVEC L’ART FRANÇAIS
CHAPITRE PREMIER
OU L’AUTEUR PRÉSENTE SON HÉROÏNE SANS FEUILLE DE VIGNE
Connaîtriez-vous point, frère, vous à qui le ciel a donné une plume pour écrire et souffrir tout ensemble, une dame toujours voilée de noir, aussi sociable que ma concierge les jours de terme, ne disant jamais son âge de peur de vous montrer des dents qui ne tiennent plus, ridée, usée, grincheuse , coléreuse, maussade, longue comme un poteau télégraphique, maigre comme plusieu rs clous à la fois ; enfin que vous dirai-je ? — une dame qui s’habille encore à l ’ancienne mode, qui se drape à la Romaine, qui pose, qui se croit indispensable pour l’épanouissement des bonnes mœurs ou pour augmenter la quantité des bons ménage s de France et faire que les jeunes filles ne fautent plus, qui porte la bonne p arole de paix aux hommes sans volonté et qui charcute impitoyablement, de ses imm enses ciseaux, le génie qui ose secouer le voile des anciens préjugés où dorment, d ans l’attente du grand soleil, les jeunes idées d’un peuple qui se lève à peine du tom beau de son ignorance. Sûrement, vous l’avez rencontrée le long des quais de la Seine, aux flots lents, douce image dustatu quo,inistes enflairant de son nez épaté de tant de vie les bouqu plein vent ou bien détaillant de ses yeux verts de crapaud, à la lueur d’un prosaïque bec de gaz, la devanture de nos grands et petits éd iteurs. C’est la Censure ! ! ! Frère ! ne l’approchez pas, fuyez-la plutôt comme l a peste, comme l’ouragan qui se déchaîne parfois aux beaux jours de l’été sur nos r écoltes dorées, passez votre chemin, ne lui parlez point si elle vous accoste de sa voix doucereuse, laissez la pauvresse décatie, n’ayez pas pitié de sa grande vi eillesse de Juive Errante : Croyez-moi, frère ; car elle vous ôterait toute originalit é, tout espoir d’atteindre le but rêvé, tout pouvoir de penser, de dire, de crier ce qui vous ti ent au cœur ; elle vous rendrait plus impotent qu’un invalide, plus soumis qu’un caniche, plus nul qu’un zéro ou plus vide qu’une outre défoncée ; elle ferait de vous un être inutile, n’ayant aucun droit de penser seul, et ne vivant et végétant que par la Ce nsure qui le protège et lui coupe au besoin les ailes lorsqu’il veut s’élever trop haut dans le ciel des connaissances humaines. Si toutefois, frère, vous ne l’avez point vue, devos yeux vue, comme disait notre maître Molière, vous en avez entendu parler. D’aill eurs la noble dame aime assez que l’on parle d’elle ; elle a soif de publicité, de lo uanges, de renommée et quelquefois, par malheur très souvent, ce n’est que la critique de q uelque esprit aigri et vengeur qui vient la fouailler avec le fouet d’une satire bien méritée. Alors la mégère se réveille lourdement de son sommeil de personne repue et, pou r ne pas en perdre l’habitude, elle coupe les oreilles à l’auteur si hardi qui n’a pas tremblé en s’attaquant à cette institution sacrée et conservatrice des bonnes mœur s, du respect dû aux lois et à la religion. Cela n’empêche pourtant pas le vice de se glisser partout et notre littérature française est aussi pourrie en expressions naturali stes ou pornographiques que toutes les littératures d’Europe et même d’outre-mer. Néanmoins, frère, si vous connaissez la terrible Ce nsure, vous ne la connaissez point encore suffisamment pour que je ne puisse pas vous en parler sans vous redire tout ce que vous savez déjà. C’est pourquoi, j’ai p ris ma plume la plus pointue, la plus piquante, pour vous parler de celle qui nous pique tous plus ou moins, nous autres
auteurs, non avec une plume, mais avec une paire de ciseaux aussi vieille que l’affreuse pseudo-couturière qui s’en sert si mal. Je vais donc vous initier, non aux mystères de Vénu s, que vous connaissez déjà, mais aux faits et gestes de cettebonne àtout faire qu’on appelle Censure tout court dans le monde officiel et Anastasie dans la presse prétendue libre. Sur ce, passons à la vie et aux calembredaines de l a superficielle et très vieillotte demoiselle.
CHAPITRE II
QD’EST-CE QDE LA CENSDRE ET PODRQDOI L’ADTEDR EN PARLE-T-IL ?
Tout le monde se souvient, pour en avoir entendu pa rler, de la seconde de Thermidor, pièce anti-révolutionnaire de M. Victorien Sardou, que nous ne jugerons point ici, pour ne pas médire d’un auteur encore vi vant. M. Sardou, appartenant à l’opinion publique, qui l’a d’ailleurs souvent jugé à sa juste valeur, ne relève que du jugement populaire. C’est pour cela que nous ne jug erons point la pièce au point de vue de l’histoire littéraire et que le charmant aut eur deThermidordormir pourra tranquillement à l’ombre de ses anciens lauriers, d ans le genre duCrocodile par exemple, pour n’en citer qu’un et des plus verts. Thermidort de l’année 1891, futdonc, si l’on veut bien se reporter au commencemen autorisé par M. Bourgeois, ministre de l’instructio n publique. La première eut lieu à la Comédie-Française le 24 janvier. Tout alla bien, sa uf quelques mécontents ; mais gare à la seconde, tout se gâta ! Le public siffla et ne voulut point voir un Robespierre aussi malmené que celui que lui présentait M. l’académici en Sardou. Le lendemain, même tumulte, malgré la protection bienveillante de la p olice. Enfin le ministre de l’intérieur, M. Constans, sans autorisation pour cela et sous pr étexte de sauvegarder l’ordre public (encore un mot à double sortie !) osa interd ire le drame de M. Sardou et méconnaître ainsi le talent d’un homme qui fit laFamille Benoîton,qui valut à son ce auteur la croix de la Légion d’honneur. Mais hélas ! en ce temps-là nous étions sous l’empire, Napoléon III régnant, et aujourd’hui nous sommes en République, la troisième encore, si cela peut vous être agréable ! La pièce est interdite, disions-nous ; alors qu’arr ive-t-il ? Il arrive que la Comédie Française, qui a monté le drame à grands frais et q ui se voit frustrée dans ses propres intérêts, se révolte, ; son directeur, M. Claretie, menace de donner sa démission si l’on ne fait pas droit aux réclamations des sociétaires, et l’on adresse une pétition au ministre qui dirige nos beaux-arts. Le ministre res te muet ou tout comme, l’interdiction est maintenue et la Chambre des éputés s’empare de la question brûlante sous forme d’interpellation, qui ne fut que chaude. La C hambre, ainsi consultée, donne raison à son ministre de l’intérieur et la pièce de meure interdite, bien qu’ayant été autorisée légalement par la Censure. C’est à ce moment que la question de la Censure dra matique revint sur l’eau et que l’on se demanda à quoi servaient nos braves gens de Censeurs, si un ministre quelconque, voire même de l’Agriculture ou des Postes et télégraphes, avait le pouvoir illimité de défaire ce que ces messieurs de la Comm ission avaient statué. La question fut à nouveau portée par devant la Chambre des épu tés et notre Parlement décida qu’une Commission rogatoire serait nommée pour s’oc cuper de savoir si la Censure dramatique serait maintenue, quoique sous un Gouver nement Républicain, ou bien si elle serait rayée du chapitre du budget, où il est question des appointements des Censeurs, et mise tout bonnement au rancart avec le s vieilles guimbardes à deux roues et nos diligences d’il y a cinquante ans. Tel est le véritable motif qui nous fait parler Cen sure, la seule raison qui nous autorise à gribouiller un volume sur un sujet qui a fait couler déjà plus d’encre que nous ne voulons en répandre durant toute notre vie d’écrivain. Néanmoins nous avons pensé qu’un pareil sujet, quoique n’étant pas nouve au, était pourtant plein d’actualité.
C’est pourquoi nous vous dirons l’histoire de cette petite vieille qui règne encore en maîtresse souveraine sur les œuvres dramatiques de notre pays de France. Lui du moins, le pays, il a su s’affranchir de ses rois, i l a conquis sa liberté avec le sang de ses meilleurs enfants ; pourquoi ne nous affranchir ions-nous pas aussi de cette muselière de l’esprit ? Pourquoi ne lancerions-nous pas à notre tour la Censure par dessus bords ? Qui nous empêche, puisqu’on nous tro mpe, puisqu’on nous ment toujours, qu’on nous vante le progrès, la lumière, la liberté puissante et régénératrice ? La liberté !... Eh bien ! oui, il nous la faut plei ne et entière !... Autrement, retournons au Moyen-Age, redevenons serfs, soyons vassaux, man ants ou moutons et que le bon roi Louis, Charles ou Henri nous tonde avec les gra nds ciseaux de sa fidèle Censure. Mais pas de milieu, pas de moyen terme, pas de demi -mesure, pas une hypocrisie de plus : nous ne voulons plus vivre dans l’indécis, e ntre les pattes de l’ours prêt à nous déchirer ou à nous caresser ; nous voulons la liber té dramatique, comme toutes les autres libertés, ou qu’on nous mette des fers aux p ieds, qu’on nous coupe les mains et qu’on nous cloue la langue. A ce compte-là nous sau rons à quoi nous en tenir et nous pourrons gaiement, en gens avisés, en auteurs avert is, nous jeter dans la gueule du monstre qui n’attend que nos œuvres pour en faire u ne hécatombe agréable au pouvoir. e ce pas nous arrivons enfin à la Censure ou plutô t nous venons de nous emballer un petit peu à propos de la susdite dame. Nous ne l ’aimons pas. Oh ! mais là, pas du tout, sans ambage. Cela dit, parlons-en tout de mêm e. S’il est vrai, dit-on, que :
A l’œuvre on connaît l’artisan,
ce n’est qu’à « l’œuvre aussi qu’on connaît la Cens ure ; » j’ajouterai même que ce n’est qu’à ses ciseaux. C’est donc à l’œuvre qu’il faut la voir pour juger de sa valeur, c’est dans l’exercice de ses fonctions toutes sacer dotales qu’il faut la surprendre pour pouvoir apprécier la quintessence de son esprit soi -disant infaillible et l’odeur d’hypocrisie qui se dégage de sa petite personne à chacun de ses grands mouvements de répression. e même que l’on juge un grand homme d’après ses ouvrages, un roi d’après ses actes, un saint d’aprè s sa vie, un pays d’après son histoire, de même aussi l’on doit juger la Censure d’après son œuvre, ses actions, son existence arbitraire, en un mot, d’après son histoi re. Mais avant d’entreprendre l’histoire d’une aussi pu issante personne, il est bon de savoir ce que c’est que la Censure en général. ’ab ord, que veut dire le mot Censure ? Le mot Censure par lui-même ne veut rien dire de bo n, et soit qu’il réprime, qu’il blâme, qu’il corrige, qu’il retienne, en mettant le frein du pouvoir qu’on donne à la vieille institution qu’il désigne, il fait encore e t veut dire beaucoup d’autres choses. On l’applique à tout propos et toute personne qui fulm ine contre son voisin, tout homme qui en critique un autre, tout père qui réprimande son rejeton, tout ministre du culte qui vous fait la morale, vous parle du beau paradis, du péché noir, de l’enfer éternel et cherche par toutes les formules colorées de la myth ologie chrétienne à convertir votre âme au trône de son ieu bon et vengeur ; tous, gra nds et petits, convaincus ou farceurs, tous, en ce faisant, font acte de Censure . La Censure, en d’autres termes, est donc une dame f ort curieuse qui se mêle souvent de ce qui ne lui regarde pas. Elle trouve à redire à tout, excepté sur sa conduite cependant, passe son temps à critiquer les livres et les actes les plus inoffensifs, éprouve un besoin de ne jamais penser comme tout le monde et, sans
porter préjudice au caractère irascible et maniaque de l’honnête dame, nous pensons fortement que, si elle ne se retenait pas ou plutôt si on ne la retenait pas, elle bifferait avec plaisir d’un coup de crayon bleu la moitié de la Genèse pour recommencer une création du monde à sa façon et façonner aussi une créature à sa vilaine image. e là, deux espèces de Censures. La Censure libre o u républicaine, dite opinion publique, qui peut se tromper comme tout le monde ; mais qui du moins a un semblant de justice, puisqu’elle est faite et acceptée par t out le monde. Ensuite la Censure politique, celle-là découle du pouvoir, par conséqu ent elle punit selon les besoins de sa cause et ses jugements, n’étant pas « l’expressi on de la volonté de tous », fatalement une telle Censure tombe dans l’arbitraire d’où elle est sortie. Ecoutez à ce sujet la différence qu’en fait un Ency clopédiste moderne : « La Censure, magistrature républicaine et morale, est une antique et salutaire institution ; arbitre suprême de l’honnêteté publiq ue, sa juridiction ne s’arrête ni devant les faisceaux du pouvoir, ni devant les lauriers de l’illustration. Ici le Censeur défère à l’opinion les vices qu’il signale, il accuse : le p euple seul juge, c’est-à-dire que la Censure ne peut exister là où l’opinion n’est pas s ouveraine, là où l’égalité devant la loi n’est point un dogme consacré par le temps et l es mœurs. L’autre Censure, magistrature politique, est ce mon stre créé par les usurpations des Césars : juge cruel et lâche de tout ce qui porte o mbrage au pouvoir, elle surveille, dénonce, accuse et condamne les hommes et les chose s dont la vertu la gêne ou l’obsède. ire que c’est un grand instrument de tyr annie, c’est ajouter que toutes les puissances s’en sont emparé. Hors des Etats républicains, il ne peut donc existe r qu’une Censure politique toujours ombrageuse parce qu’elle veut tout embrass er, toujours persécutrice parce qu’elle est exercée dans l’intérêt du pouvoir. Tant ôt l’ambition ou la crainte, colorées de la gloire du ciel ou de la paix de la terre, veu lent régler les croyances religieuses ; alors la religion dominante, c’est-à-dire la raison du plus fort, porte la terreur dans les consciences ; l’islamisme persécute les anciennes t raditions de l’Orient ; le paganisme extermine les vieux sectateurs de Jupiter et d’Esus ; les catholiques assassinent les protestants ; les protestants massacrent les cathol iques. Tantôt le pouvoir combat les vérités ou les erreurs que la raison seule a le dro it de rejeter ou d’admettre, et escartes s’exile, et Galilée languit dans les fers , et Sidney meurt sur l’échafaud ; et dans ces luttes follement sanglantes, déshonorées p ar les persécuteurs, illustrées par les martyrs, la puissance n’a que la force pour app ui et succombe avec elle, tandis que l’opinion, soutenue par le temps et la vérité, triomphe à la fin pour l’opprobre des tyrans et le bonheur du genre humain. La Censure politique tend quelquefois à la morale, et met alors à nu toute son immoralité. Louis XIV envoie à la Bastille le duc d e Fronsac qui ne veut pas vivre avec sa femme, et exile le marquis de Montespan, parce q u’il veut vivre avec la sienne. Louis XV punit comme immoraux les écrivains qui ose nt censurer les turpitudes des Pompadour et des ubarry : et Piron, exclus de l’Ac adémie pour une ode licencieuse, reçoit de ce même roi, et pour ce même ouvrage, une pension sur sa cassette. Cependant, même dans les monarchies, les écrivains parlent de je ne sais quelle Censure placée dans je ne sais quelle opinion, dont ils se font les ministres Quels juges que ces hommes, et quel tribunal que ces livr es ! L’ignorance produit l’erreur, l’injustice, la haine, la calomnie, et les passions jugent les hommes, lors même que la raison voudrait s’établir juge des choses. Non, dan s les monarchies, la justice n’est pas contemporaine, et cette voix du genre humain, a rbitre suprême de toutes les renommées, n’éclate que sur les tombeaux. »