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Anna Fitsch - Luttes et victoires

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116 pages

C’était un lundi, par une belle et brillante matinée. De blanches lessives flottaient au vent dans les prairies, comme de légères bannières. Le travail avait recommencé pour chacun avec la semaine ; le bien et le mal étaient en lutte, et le premier paraissait en ce moment sur le point de triompher.

Anna Fitsch venait de passer ce qu’elle appelait un « bon dimanche. » Son âme s’était élevée vers Dieu, et d’excellentes résolutions avaient germé dans son cœur comme les plantes après une pluie d’été.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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NE LE RÉVEILLEZ PAS, PEGGY !

Anonyme

Anna Fitsch

Luttes et victoires

CHAPITRE PREMIER

LUNDI MATIN

C’était un lundi, par une belle et brillante matinée. De blanches lessives flottaient au vent dans les prairies, comme de légères bannières. Le travail avait recommencé pour chacun avec la semaine ; le bien et le mal étaient en lutte, et le premier paraissait en ce moment sur le point de triompher.

Anna Fitsch venait de passer ce qu’elle appelait un « bon dimanche. » Son âme s’était élevée vers Dieu, et d’excellentes résolutions avaient germé dans son cœur comme les plantes après une pluie d’été. Elle s’était levée de bonne heure, en veine d’activité et de bonne humeur. Son mari était à l’ouvrage dès l’aube, et cependant la jeune femme ne se sentait pas seule, car un petit être débordant de malice et de gaieté s’ébattait auprès d’elle.

Maître Billy Fitsch, qui était le plus souvent pour sa mère un embarras plutôt qu’une aide, dirigeait dans ce moment ses grands yeux autour de lui et semblait se demander comment et pourquoi ce monde avait été créé. Billy était un petit philosophe à sa manière ; il était possédé du désir insatiable de connaître le fond des choses, et faisait chaque jour des découvertes nouvelles. Un jour, on l’entendait rire à gorge déployée, à la vue du fruit caché dans l’intérieur d’un pâté aux pommes ; une autre fois il se mit à pousser des cris de détresse, quand la vapeur d’eau bouillante l’eut puni d’avoir jeté un coup d’œil indiscret sous le couvercle de la bouilloire.

La cour de la maison était déjà pleine de linge aussi blanc que la neige, et Anna se disposait à remettre les cuves à leur place jusqu’au lundi suivant, toute contente d’avoir autant avancé son ouvrage, lorsqu’elle s’aperçut que Billy avait disparu. Où était-il, que pouvait-il faire ? se demandait-elle avec inquiétude. Un cri joyeux l’attira à la fenêtre ; l’enfant s’amusait royalement. Il s’était suspendu au coin d’un drap et se balançait de droite et de gauche, tantôt soulevé en l’air, tantôt relevant ses petits pieds nus pour ne pas les heurter contre le sol. Cette petite tête bouclée et rieuse, apparaissant et disparaissant tour à tour au milieu de la blanche lessive comme une lune d’été au travers des nuages, aurait pu faire le sujet d’un charmant tableau ; mais Anna n’était nullement disposée à l’admiration, car ses traits prirent soudain une expression d’impatience et de colère. Ce ne fut pas chose facile que de découvrir maître Billy, non qu’il se fût caché pour échapper à la punition, mais parce que son dernier élan avait amené au milieu du linge une telle confusion, qu’il se débattait vigoureusement pour revoir la lumière du jour.

Anna laissa échapper un flot d’épithètes trop grossières pour que nous puissions les rapporter ici. Hélas ! Billy les connaissait toutes par cœur, et il les répétait parfois, dans son langage enfantin, sans trop savoir ce qu’elles signifiaient. Les enfants retiennent plus facilement les mauvais propos de leurs parents que le catéchisme et les jolies poésies qu’on leur fait apprendre par cœur.

En attendant, Anna donnait à Billy la plus verte semonce qui soit jamais sortie des lèvres d’une maman en colère, et elle l’accompagna de coups si bien appliqués de sa large main, que le pauvre petit fit entendre des cris perçants.

L’ouvrage du lundi était à recommencer d’un bout à l’autre ; il n’y avait pas d’autre remède.

C’était un peu dur, il faut en convenir. Aussi Anna n’avait-elle guère l’air d’une chrétienne qui accomplit son devoir, tandis qu’elle allait et venait, jetant des regards furieux sur son enfant et renversant sur son passage tout ce qui lui faisait obstacle. Elle avait auparavant attaché sur une vieille chaise l’auteur du méfait, qui était ainsi empêché de donner essor à sa trop incessante activité.

Les mains seules de Billy étaient restées libres. Deux de ses doigts étaient enfoncés dans sa bouche en guise de consolation, jusqu’à ce que son dernier sanglot se changeât tout à coup en un bruyant éclat de rire, à la vue d’un petit livre placé sur la tableau près de lui. Billy s’en empara avec promptitude. Il s’amusa d’abord à contempler l’effet que ses doigts humides produisaient sur la couverture ; après quoi il s’occupa des images.

Le petit garçon promettait de devenir grand amateur de livres, à en juger par la rapidité avec laquelle il tournait les pages. Il regardait avec admiration les gravures de l’almanach illustré, quand un brusque mouvement de sa mère le fit tressaillir. Le livre lui échappa des mains et tomba dans un baquet plein d’eau, à côté de lui. L’effroi que l’enfant ressentit au premier abord fut changé en joie lorsqu’il vit le livre flotter à la surface de l’eau, une page en l’air lui tenant lieu de voile. Il souffla bientôt de toutes ses forces, et le navire improvisé avait déjà traversé plusieurs fois cet océan en miniature avant qu’Anna fût rentrée pour jouir de ce spectacle.

  •  — Cette fois tu n’échapperas pas à la punition, dit-elle lorsqu’elle vit l’almanach, l’un des rares livres de la famille, trempé de part en part et sur le point d’aller au fond de l’eau, pendant que Billy continuait à souffler de toute la force de ses poumons. Ton père te fouettera. Tu sais ce que cela veut dire ?

La punition en perspective réussissait seulement à rendre le petit garçon un peu plus sérieux, et il y avait encore un jour entier entre la menace et son exécution. Toutefois, cette journée lui parut longue. Sa mère n’était disposée à lui accorder ni un sourire ni une parole amicale. Le monde lui apparaissait comme un lieu triste et ennuyeux. A la fin, fatigué de ne rien faire, il se glissa sous la table et s’endormit profondément.

Cependant le veut et le soleil avaient exercé leur influence habituelle et fait sécher si rapidement le linge, qu’Anna, malgré les espiégleries de Billy, put le plier presque aussitôt que de coutume ; mais elle n’était, hélas ! guère disposée à en convenir. La mauvaise humeur et la contrariété se lisaient sur ses traits et se devinaient dans la rapidité de ses mouvements. Oui, Anna Fitsch se regardait comme une femme offensée et malheureuse. Quelle était donc la cause de ses soucis ?

Beriah Fitsch, son honnête mari, possédait 275 francs placés à la Caisse d’épargnes ; il y avait dans la cave un baril de bon porc salé, une provision de pommes de terre, et, dans l’armoire, un sac de farine ; elle n’avait donc pas à s’inquiéter de son pain quotidien.

Avait-elle perdu l’un de ses bien-aimés ?

Son mari était en parfaite santé et se vantait en ce moment même de pouvoir soulever de plus lourds fardeaux qu’aucun des ouvriers qui travaillaient avec lui.

Son unique enfant était couché sous la table, plein de vie et de santé, et dormait d’un sommeil si doux qu’il eût pu faire envie à un roi.

Des sentiments de reconnaissance et d’actions de grâce vous siéraient bien mieux, Anna Fitsch, que ces regards sombres et ces murmures intérieurs !

Anna n’était certainement pas en disposition de recevoir des visites quand elle entendit heurter à la porte.

  •  — Les gens devraient bien rester chez eux le lundi ; chacun a assez à faire dans sa propre maison, murmurait-elle en allant ouvrir.
  •  — Puis-je entrer, Anna ? Avez-vous le temps de recevoir une visite dans un jour si occupé ? demanda la nouvelle venue.

La dame qui parlait ainsi n’était plus très-jeune : mais sa figure, fraîche encore, avait une expression de bienveillance et d’aménité qui était faite pour attirer ceux qui avaient besoin d’amitié et de sympathie.

L’accueil d’Anna fut plein de cordialité ; il était évident que cette visiteuse était toujours la bienvenue dans sa maison.

Mlle Grâce Edgar s’assit sur une chaise et ôta son chapeau, comme si elle n’avait nulle hâte de repartir.