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Arcadia - Tome 1

De
354 pages

« Je voulais raconter mon histoire, celle de mon peuple, celle de ma meute... »

Suivez dans sa destinée Kay Lens, jeune femme métamorphe aux grands pouvoirs.
À travers sa vie, ses amours et ses nombreux combats, voyagez avec elle au cœur d'Arcadia, un monde issu du chaos, créé par les hommes. Un monde d'où l'on revient... changé.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-76356-3

 

© Edilivre, 2014

Dédicaces

 

A Maëlina, ma fille, je t’aime

A mon mari, ma mère, Romain et Laëtitia

A Laurie, mon amie, pour son soutien indéfectible

A Eric, merci.

Evolution

1

Bonjour, je suis KAY LENS.

Je voulais raconter mon histoire, celle de mon peuple, celle de ma meute.

J’hésite depuis des jours sur le début, puis avec le temps et la réflexion, je me dis que le plus simple est le mieux alors…

Je m’appelle Kay Lens. Je suis d’un physique plutôt commun avec des yeux marron (je vous préciserai plus tard un petit détail sur mes yeux), des formes plus que généreuses, des cheveux châtains mi longs, et surtout, je suis une METAMORPHE. Voilà un premier de mes secrets révélés. Finalement, c’est plus simple que je ne le pensais !

Un Métamorphe est un être en apparence humain mais avec des pouvoirs en plus, selon le degré de sa puissance. Nous pouvons selon les personnes concernées soit muter, voler, disparaître, déplacer des objets, ou encore contrôler les éléments… Bref, nous avons des spécificités bien à nous. Nous vivons en communautés hiérarchisées comme les meutes, car nos pouvoirs premiers résident dans la transformation en animaux de tout genre et tout poil. De plus, nous avons un métabolisme particulier avec de grandes facultés de guérison et un vieillissement beaucoup plus lent que les hommes simples. Dans mon cas, 32 ans ne veut vraiment rien dire car physiologiquement, mon corps est quasiment au début de son développement adulte et reste dans toute l’apogée de sa puissance à ce jour. Il restera ainsi pendant de nombreuses années. J’ai vécu plus de printemps que mon âge présenté sur mes papiers officiels, car une année de nos vies en représentent plusieurs chez les humains. Nous avons une croissance normale au début de notre existence, plus exactement les dix-huit premières années, puis notre corps arrête de vieillir de façon standard ensuite.

Voilà, c’est quand même un bon début !

Nous avons élu domicile dans des montagnes et des plaines gigantesques permettant à nos formes animales de s’ébattre et d’évoluer librement. Nous avons tenté de nous rapprocher des villes, mais les simples humains ont fait de ces endroits des zones polluées et laides.

En effet, nous sortons d’une période sombre. Les gouvernements de tous les pays se sont effondrés depuis de nombreuses années, suite à une crise sans commune mesure qui a touché même les peuples se croyant à l’abri, laissant ainsi l’humanité dans le plus grand chaos.

Nous existions nous aussi depuis longtemps, mais nous avons profité de cette occasion pour nous révéler au monde extérieur et éviter ainsi, grâce à nos pouvoirs, des guerres sans fin et une anarchie totale. Actuellement les plus hautes sphères de la terre sont tenues en main par les Métamorphes les plus puissants que nous appelons « les VENERABLES ». Associés aux Hommes, ils essayent de maintenir une stabilité relative pour le bien de tous.

Le monde a mis du temps à s’apaiser mais de nos jours, le calme revient. Et malgré quelques conflits rapidement réglés, nous les Métamorphes (ou autres groupes aux pouvoirs divers) nous entendons plutôt bien avec les humains. Tant que nous ne nous mélangeons pas trop.

J’ai omis quelque chose d’important. Les frontières, les régions, les villes, les pays eux-mêmes n’existent plus. Nous sommes tous au même niveau, nous sommes tous du même monde. La Terre a été rebaptisée : ARCADIA. Malgré les différences, nous sommes tous des Arcadiens. Plus de discorde pour la conquête d’un territoire ou d’un autre, Arcadia est à tous et le demeurera !

Voilà une première ébauche de tous les changements qui ont eu lieu. Mais ce n’est guère ça l’important. Le plus important étant l’histoire à venir !

Reprenons !

Je vis dans une meute : les Guerriers de La Lune Noire. L’une des plus grandes et des plus puissantes actuelles. Elle est composée de diverses espèces car nos meutes ne s’organisent pas par nom d’animaux, mais par affinité, puissance et surtout amour. Un clan a besoin de tous ses maillons pour fonctionner qu’ils soient faibles ou forts, guerriers ou intellectuels… Nous protégeons les nôtres jusqu’aux limites de l’impossible, jusqu’à la mort même.

Les accouplements entre espèces sont fréquents et sans aucune conséquence ou interaction sur notre bon fonctionnement. Il est vrai qu’avant d’avancer plus profondément dans cette explication, je ferais mieux de vous avouer que nous sommes issus d’une mutation génétique. Il y a des siècles, l’humanité s’est crue intelligente, forte et unique alors que nous existions déjà. Nos ancêtres se sont mêlés pendant des lustres aux vies des humains en sachant bien que leur savoir ne serait jamais égalé par les simples hommes.

Notre créateur était un savant fou connu de tous, mais je ne vous révélerai son nom que plus tard… ou pas. La réflexion, la recherche de la perfection ainsi que de grands talents personnels lui ont permis d’inventer des objets futuristes, d’avoir des idées visionnaires et hors de son temps. Mais un jour, il voulut créer une sorte d’humain amélioré, souffrant moins des maladies qui, à l’époque, étaient un véritable fléau exterminateur. Cet être devait pouvoir résister à de violents changements corporels et s’adapter à toutes les conditions de vie possible. C’est pourquoi par une soirée de folie et surtout sous l’emprise de sa créativité, il décida de coupler l’homme à l’animal, car pour lui rien n’était plus magnifique que la nature elle-même. La résistance des animaux à certains phénomènes météorologiques ainsi que la mutation naturelle de certains d’entre eux, l’art du camouflage, tout cela pouvait permettre d’inventer la machine de vie suprême. Après des années de manipulation en laboratoire, de recherche sur la nature, d’échecs, de morts, il réussit grâce au travail sur l’ADN liant l’homme à l’animal, créant ainsi les Métamorphes. Il ne s’attendait pas cependant à ce que certains d’entre nous perdent totalement le respect des êtres et des choses qui les entourent. Non, il fut surpris de voir chez certaines de ses créations, la bête prendre le pas sur l’être humain, réduisant à néant toute trace d’humanité, faisant ressurgir le prédateur sanguinaire entraînant dans son sillage des batailles de territoires, des…

– Kay, où es-tu ? L’entraînement doit commencer !

Je me penche à la balustrade du balcon pour apercevoir mon frère : Sam !

– J’arrive frérot. J’enfile ma tenue de sport et je suis à toi !

– Tu étais encore en train de lire ou de dessiner. Tu vas finir par te faire exploser le cerveau à force de réfléchir et de te concentrer !

Je laisse échapper un rire. S’il savait que je suis en train d’écrire notre histoire, d’avouer nos secrets, de mettre en lumière ce que je deviens… Sam se retourne et en une seconde, il passe de l’homme au tigre. Le voilà transformé en une bête énorme et somptueuse. Il me lance un regard par-dessus son épaule. Le type de coup d’œil qui veut dire ne soit pas en retard, sinon… ! Puis il file en courant vers la base d’entraînement.

Sam, mon Sam, mon frère de vie plus que de sang. Nous avons l’un pour l’autre un amour sans limite, inconditionnel, construit dans la souffrance et la froideur d’un laboratoire. Car à une certaine époque, des êtres humains sans scrupules et avides avaient lancé une campagne de diffamation contre les Métamorphes, mettant des contrats sur les têtes des adultes ou proposant des sommes d’argent faramineuses contre de jeunes enfants. C’est comme cela qu’un beau jour, quelqu’un a déposé deux enfants dans les bras d’un monstre.

Je secoue la tête pour me sortir de ces pensées qui m’entraînent irrévocablement vers un passé encore trop douloureux à évoquer. Il faut que je me dépêche de me changer et de rejoindre les autres. Tout en m’habillant, je pense à Sam. Nous sommes si différents. Il mesure 2m03 pour 125 kilos de muscles puissants, bien répartis et fermes. Des cheveux coupés ras à la militaire, des yeux noirs profonds et un sourire radieux. Mon frère a surtout un point qui fait tout la différence entre nous. Là où je suis blanche à l’extrême, il est d’un beau noir chocolat au lait. Bref, il est à croquer. En plus, il a le don de contrôler l’élément Terre, renforçant encore son pouvoir primaire. Il peut faire trembler le sol d’un seul mouvement ou vous faire apparaître un monticule d’une simple pensée. J’adore son don.

Quand on nous a déposés ensemble au laboratoire, notre geôlier a décidé très tôt de cultiver nos différences pour associer nos pouvoirs et en tirer le meilleur profit possible. Nous avons grandi dans un univers froid, dirigé d’une main de fer par un despote brutal et sans scrupule. Sans famille, nous faire disparaître n’était pas difficile alors. Nous avons grandi ensemble sans jamais savoir d’où nous venions vraiment. Le noir et le blanc. Frère et sœur malgré tout !

Sortant de chez moi, je me dirige en courant vers les membres de ma meute. Je n’arrive que quelques minutes après mon frère, car nous sommes quand même rapides sous forme humaine, vu que le sang animal imprègne encore nos organes et nos tissus. L’entraînement d’aujourd’hui est une initiation pour les adolescents du clan. Il s’agit d’apprendre au plus tôt au futur soldat ou sentinelle à défendre leur meute comme il se doit. Les responsabilités qui pèsent sur chacun des nôtres sont grandes. Chaque élément a une place stratégique et bien définie. Chacun participe à la stabilité de la meute et à sa sécurité. Les entraînements collectifs sont donc un bon moyen pour les jeunes de vivre des situations proches de la réalité et pour les adultes, de se défouler un peu.

J’approche de Sam et l’enlace par derrière. En m’appuyant contre son dos, je sens mon monde se remettre en place. Il apaise de sa simple présence mes angoisses et mes peurs enfouies. Surtout que depuis quelques temps, mon esprit tourbillonne sans cesse, assailli de questions sur ce que je perçois de l’évolution de mes capacités.

– Ça va, Moustique ? Tu as l’air si renfermée ces derniers temps ! Tu sais que tu peux me parler à tout moment, petite sœur.

– Ne fais pas attention, je vais très bien. Juste un peu de fatigue passagère. Et puis je te signale que je n’ai plus quatre ans, alors arrête avec ce surnom ridicule car tout le monde l’utilise à présent. Et franchement, j’en ai marre de devoir botter les fesses de tous les gens qui se moquent de moi.

Bien entendu, Sam est mort de rire ! Il se retourne et me soulève de terre pour que mon regard plonge dans le sien. Pour lui, j’ai toujours l’impression de ne rien peser, comme une brindille au vent.

– Pourtant il te va très bien. Il met en valeur ta taille minuscule et ta grande répartie. Ta langue acérée fait bien plus de dégâts à elle seule que tes pouvoirs.

Je tiens à préciser que je mesure 1m63, ce que je ne considère pas comme petit mais bon, pour le géant qui me fait face, forcément le monde n’est pas à la même hauteur. Tout en souriant à ses chamailleries habituelles, je décide de l’asticoter un peu et dès qu’il me repose, je lui envoie un bon coup de poing dans les côtes.

– Tu veux jouer, Moustique ! Tu sais bien pourtant que je vais t’écraser !

Je lui tire la langue, mais avant qu’il puisse me rendre le moindre coup, une voix retentit derrière nous.

– Et vous deux, c’est dans l’arène qu’ont lieu les combats. Si vous voulez vous battre, venez nous faire à tous une petite démonstration.

Celui qui vient de nous interrompre, c’est Steve Wolf, notre chef de meute. Grand, brun avec une carrure impressionnante, il a été forgé dans le même moule que mon frère. Bâti comme un athlète, il attire tous les regards féminins alentour. Sa peau bronzée et ses cheveux noirs de jais rappellent la bête qui sommeille en lui, le loup caché derrière l’homme. Ses yeux d’un bleu glacier renferment toute la férocité de cet animal majestueux. On sent sa bête affleurer en permanence, comme pour montrer à tous sa puissance supérieure. Il domine largement la plupart d’entre nous. Nous lui devons le respect d’une meute à son chef et aucun d’entre nous n’aurait idée de le contester. En nous approchant de lui, nous sentons la puissance qui l’entoure, marquant ainsi son rang, sa place dans la meute. Chacun d’entre nous a une aura plus ou moins forte qui l’englobe comme une couverture, comme une trace de nos pouvoirs cachés. Mais je sais, comme mon frère, que nous ne risquons rien. En effet, Steve sort du même endroit que nous. Même si nous sommes arrivés quelques temps après lui, le laboratoire a été pour lui aussi, le seul endroit qu’il a connu pendant l’enfance.

Je regarde ce visage tant connu, regrettant qu’il ne sourit quasiment jamais. Steve me fait penser à un roc inébranlable. Personne ne peut savoir à quoi il pense sur l’instant. Rien ne perce à travers ses yeux si bleus.

Je retire mes lunettes de soleil pour rencontrer son regard et lui dévoile ainsi l’une de mes particularités. La couleur de mes yeux est très changeante en fonction de mes émotions. A chaque fois, le marron se strie de nuances diverses comme une aurore boréale voilant le ciel. Je ne suis pas née ainsi. J’ai gagné cette particularité lors de mes années en enfer. Un de nos Vénérables pense qu’il s’agit de l’expression des fêlures de mon âme, des cassures de mon existence.

Steve semble méditer quelque temps et cela me fait peur. J’ai l’impression qu’il peut percevoir les changements qui se déroulent en moi et que je cache encore à tous. Je suis considérée comme quelqu’un de très fort. Je n’ai pas besoin de sortir mon animal pour être puissante. Nous sommes si liés tous les deux que nous nous communiquons notre propre force spontanément. A la base, je contrôle la matière, pouvant modifier ainsi la consistance de n’importe quel objet passant à portée de main. Cependant, je sens que je suis capable de bien plus encore. Je suis terrorisée par l’inconnu qui s’annonce et par les conséquences que cela pourrait avoir sur mon avenir et celui des gens que j’aime.

Normalement à vingt ans, nous atteignons l’apogée de notre puissance, contrôlant totalement notre don de transmutation et le deuxième que nous possédons. Même s’il est possible de renforcer notre puissance en ajoutant des caractéristiques particulières à ce que nous sommes. C’est pourquoi certains d’entre nous se spécialisent dans les armes, le combat rapproché, les arts martiaux… Bref, dans tout ce qui peut être un plus pour notre défense et surtout, ce qui permet à tout moment de surprendre un adversaire bien renseigné sur nos dons initiaux. C’est à cela que servent aussi les entraînements comme celui d’aujourd’hui. Ils permettent à nos adolescents de comprendre l’importance de ne pas se reposer sur leurs premiers acquis, sur leur puissance et de ne surtout jamais sous-estimer le pouvoir d’un autre ennemi. Car jusqu’à présent, nous avons pu constater dans nos combats ultérieurs que la recherche du pouvoir peut pousser Métamorphes et même simples humains à des cruautés sans nom, ainsi qu’à l’utilisation de toutes sortes de procédés des plus abjects.

– Kay, tu veux bien arrêter de rêvasser et revenir sur terre ? On t’a posé une question !

La voix de mon chef me sort de mes pensées. Flûte ! Vu comment tout le monde me regarde, j’ai dû rater un bon morceau de la conversation. En plus, je dois bien avouer que je n’ai aucune idée du sujet de leur échange et encore moins de la question posée. Les absences aussi m’arrivent de plus en plus.

Au moment où j’allais répondre en essayant de m’en sortir par une pirouette, Sam se met à rire et me prends dans ses bras. Sa force me surprend toujours alors même qu’il me soulève du sol comme un fétu de paille pour me faire virevolter dans les airs. Heureusement, il vient de créer une diversion.

– Tu ne changeras jamais, me dit Sam. Toujours à rêver, à penser ou réfléchir. Je crois te l’avoir déjà dit aujourd’hui, ton cerveau finira par exploser.

Son intervention a détendu l’atmosphère. Tout le monde se relâche.

Cependant, je ne peux m’éviter de penser. « Pourvu que tu aies raison, pourvu que ce que je ressens ne soit pas annonciateur de changements à venir. »

Todd, notre entraîneur à tous, vient vers nous.

– On se concentre les gosses. Et toi aussi, Moustique car même les plus piquants doivent s’entraîner !

Et voilà, encore un qui utilise mon surnom. Décidément, j’ai besoin d’avoir une conversation sérieuse avec mon frère et de lui arracher quelques poils en passant.

Todd est immense lui aussi, autant que son loup intérieur. Sa chevelure noire, son visage émacié ainsi que ses yeux gris font de lui un très bel homme. Il possède une connaissance excessive de l’art du combat et est depuis plusieurs années déjà, le chef des « EXTREMES ». Soldats, guerriers par excellence, chaque Extrême a une parcelle du territoire de la meute à surveiller. Ils se regroupent en équipes et veillent à ce qu’aucun ennemi ou étranger ne pénètre dans notre périmètre sans autorisation. Ils sont donc associés par deux : indivisibles, ils forment le binôme parfait. C’est aussi à Todd que revient la mission de trouver ceux qui, dès le plus jeune âge, formeront les duos en or. Il les choisit selon leur affinité, mais aussi selon leurs facultés respectives. En effet, il n’est pas rare qu’un guerrier au sol soit combiné avec un guerrier des airs. Ces techniques de combat permettent aux ennemis d’être débordés et à nos hommes, d’attaquer sur deux fronts. Et surtout, à ce que chaque équipe sache pouvoir compter sur les autres dès l’instant où un signal d’attaque est lancé. Notre réactivité fait partie des atouts pour que la meute reste à l’abri des attaques.

Steve et Todd se dirigent vers le centre de l’arène de combat. C’est un lieu conçu de toutes pièces par nos têtes pensantes pour pouvoir faire ressortir au mieux les avantages de chaque espèce présente parmi nos Guerriers, mais aussi de les mettre en difficulté dans les milieux qu’ils n’apprécieraient pas en temps normal. Surplombée par des hauteurs de granit, l’arène se compose de plusieurs plans de nature différente : sable, eau, marécage, graviers, herbe… Tout ce que dans la nature, des combattants peuvent rencontrer. Il y a aussi des arbres simples ou des arbres avec des lianes. Un coin est toujours enneigé par de la neige artificielle et un autre est surchauffé comme dans un désert. Nous pouvons aussi créer des pluies grâce à des lances à eau habilement dissimulées. C’est l’univers parfait pour apprendre à se battre efficacement. Encore faut-il que nos ados se conduisent comme des hommes plutôt qu’en gosses excités. Ce qui n’est pas gagné vu leur comportement et les gloussements que je perçois actuellement.

D’un seul regard, Steve arrive cependant à avoir le silence. C’est ça être un chef de meute !

Je jette un coup d’œil sur les nouvelles recrues. Ils ont tous plus de 18 ans et font partie des prédateurs. Garçon ou fille, leurs bêtes les élèvent dès le plus jeune âge à un avenir dans les Extrêmes. Bien que nous les poussions à poursuivre leurs études (car chacun de nous exerce un métier à côté), ils semblent en ce moment ne penser qu’à leur initiation. S’ils savaient… Dans les gradins qui entourent l’arène, leurs parents sourient devant tant d’impatience, sachant déjà qu’il n’est pas facile d’être initié et que rien, pas même leurs petites bagarres d’enfant, ne les a préparé à affronter les guerriers que nous sommes, ni les entraînements.

Steve prend la parole à ce moment :

– Aujourd’hui commence votre initiation à la vie d’Extrême. Nous allons vous montrer la réalité et la dangerosité des combats entre adultes Métamorphes. Tout ce que vous croyez savoir n’est rien, ce n’est qu’une douce plaisanterie. L’initiation de base aura lieu à partir de demain et sur 48 heures. Il s’agit de la grande randonnée. Chacun d’entre vous va se voir attribuer un binôme…

Certains des ados s’esclaffent ou râlent, mais un grognement puissant coupe court à cette interruption. En effet, quand un loup veut qu’on l’écoute, mieux vaut ne pas le contrarier.

– Je disais donc que vous serez dispersés par équipe de deux. Il vous faudra revenir des montagnes après une nuit entière passée là-haut, dans un laps de temps raisonnable et surtout sans égratignure. Les duos sont déjà formés et nous vous les transmettrons à la fin de la journée. Dans la montagne, vous devrez apprendre à vous fier à l’autre, à vous-même mais aussi à votre bête. Aucun de vous ne s’en sortira seul. Les mutations sont interdites. Vous devez vous servir de vos sens, sans faire ressortir complètement votre animal. Il vous faut communier avec lui pour qu’il soit assez en confiance et se laisse guider par vous. En aucun cas, vous ne devrez vous laisser déborder par la force brute qui nous habite tous. Chacun d’entre vous, humain ou animal, doit être libre mais dans le respect de l’autre. Si vous le laissez vous dominer, plus tard vous n’aurez plus aucune prise sur lui. Pour devenir un vrai guerrier, il faut avant tout être un Métamorphe accompli, c’est-à-dire ne faire qu’un avec sa bête intérieure. Et en plus, il faut savoir travailler en équipe. Votre binôme est présent pour vous servir là où vos sens propres ne sont pas les meilleurs. Aucun de nous ne possède toutes les qualités, votre moitié est là pour y palier. Si l’un d’entre vous s’oppose à cette idée, qu’il se lève et parte de suite. Mais nous n’offrons pas de seconde chance.

Chaque année, j’attends de voir si l’un des jeunes va se lever, mais bon encore une fois l’appel de la meute est le plus fort. Aucun ne bronche.

Chacun sait que les prédateurs sont faits pour devenir guerriers, point final. Les différentes espèces qui font une meute ont tous une mission réelle à l’intérieur de celle-ci. « Les PAISIBLES » comme nous les nommons, sont les animaux qui dans la nature sont les proies des prédateurs. Dans la meute, ils forment l’équipe tacticienne. En commun accord avec le chef de meute, ils créent nos lieux de vie, nos systèmes de protection, l’architecture de nos lignes de défense. Ils s’occupent aussi des recherches permettant de combattre nos ennemis et ils installent notre matériel de surveillance. Bien sûr, quand ils se déplacent, ils sont toujours accompagnés d’une équipe ou deux d’Extrêmes. La meute défend tous ses membres. Aucun prédateur n’aurait la patience ni l’envie de rester comme eux, enfermés pendant des jours dans des laboratoires d’analyse, sans devenir complètement dingue. Ces espèces fragiles font tout autant partie de la meute que les prédateurs, et apportent tout leur savoir pour que l’unité règne. Ainsi fonctionnent nos familles.

Steve se tourne vers nous, Guerriers, avant de reprendre :

– Chacun des Guerriers présents a déjà combattu nos ennemis. Ils savent tous ce qu’il en est de sous-estimer leur puissance. Vos ainés se sont construits dans le sang des batailles territoriales déclenchées par les Serpents et les Hyènes, nos ennemis jurés. Chacun d’entre eux a rendu à sa façon, votre vie possible dans ce monde où le calme et la paix sont instaurés entre les humains et nous. Votre génération grâce à cela, peut apprendre à son rythme et grandir sans peur. Vous devez avant tout assimiler qu’en plus de l’art du combat et de ses techniques, il vous faudra maîtriser aussi l’art de la stratégie. Rien ne sert d’être le plus fort, le plus puissant, si votre tête est vide de toute idée ou réflexion. Une coquille vide, même des plus solides, n’a jamais servi à personne. Mais remplissez-la d’un esprit futé et votre ennemi sera dérouté. Cela vous permettra aussi d’être respecté parmi les nôtres. Chaque démonstration que vous verrez aujourd’hui est le fruit d’un travail acharné de chacune des parties. L’ignorance est la faiblesse de nos peuples. Alors, vous allez apprendre. Vous deviendrez soldat quand votre heure aura sonné et pas avant. Todd, on va commencer. Choisis les premiers combattants, s’il te plaît.

Todd revient vers nous et désigne Juan et Howard pour débuter l’apprentissage des gosses. Intéressant ! Ces deux-là sont des ours. A proprement parler. Ils forment l’un des seuls binômes de la même espèce. Ensemble, ils sont indestructibles. Deux colosses surpuissants. Et pourtant à la base, ce n’était pas gagné. Leur différence majeure réside dans leur caractère. Juan, homme à femmes, est plutôt du style enjoué et toujours en mouvement. L’archétype du dragueur à succès. Il a tendance à jouer avec ses proies avant de les abattre, faisant tourner l’ennemi en bourrique, le désorientant complètement avant de l’achever. Howard, lui, n’hésite pas. Très silencieux par habitude, et ceci malgré sa corpulence impressionnante, il est comme une ombre. Son ennemi ne s’aperçoit de sa présence qu’une fois la blessure mortelle infligée. Il est plutôt taciturne et ne parle presque pas. Ce qui, vu le débit verbal de Juan, n’est pas plus mal car sinon ils ne s’entendraient pas causer.

Le combat débute lentement, chacun des adversaires jaugeant l’autre. Ces deux-là se connaissent par cœur depuis le temps, mais ils aiment bien s’affronter dans les entraînements pour améliorer leur union au combat. Juan attaque le premier. Il tourne autour d’Howard et en une fraction de seconde fait sortir sa bête. Un ours brun énorme se précipite vers Howard. Mais celui-ci a vu venir la manœuvre et quand l’impact se produit, deux ours extraordinaires s’entrechoquent. L’ours blanc qu’est devenu Howard se dresse sur ses pattes arrière gueule béante, toutes griffes dehors pour repousser l’assaut de l’ours brun. Les rugissements sont assourdissants. Les ados ont les yeux fixés sur leurs ainés. Ils assistent pour la première fois à un vrai combat, et non à leur entraînement habituel.

Je me concentre plus particulièrement sur Roman. Cet adolescent de 16 ans est une des rares exceptions que je connaisse à pouvoir intégrer les combattants avant l’âge requis. En effet, du haut de ses 1m78, il fixe la zone de combat. Il a été autorisé à incorporer le groupe des ados plus tôt car il fait déjà preuve de beaucoup de maîtrise de son animal. Il a réussi à canaliser son léopard très jeune, dominant par un calme sans faille les ardeurs de sa bête. Après un test passé auprès de Steve et Todd et dont nous n’avons eu aucun écho, ils l’ont intégré aux nouvelles recrues. Cependant ils le surveillent quand même, car les autres ont endurci leur corps tandis que Roman possède encore un corps fin et élancé. Ses muscles sont souples mais par encore totalement développés. Heureusement, il possède une technique de combat et une vitesse d’apprentissage qui semblent largement compenser ses faiblesses. Ce qui me rassure, car je dois avouer avoir un coup de cœur pour cet ado prometteur.

Dans l’arène, le combat se poursuit. Steve s’est approché de moi pendant ce temps et me fixe de ses incroyables yeux bleus. Un sourire étire lentement ses lèvres.

– Après, c’est à nous trois Moustique ! Prépare-toi à en baver, jeune fille. Ton frère et moi avons une vengeance à assouvir.

Je ris doucement, sachant très bien à quel incident il fait allusion. Nous sommes début novembre et pour Halloween, j’ai aidé les bébés à faire une vilaine farce à leurs ainés. Les Guerriers ont dû entièrement refaire leurs couches après avoir découvert que nous les avions infestées de poils à gratter. Hélas pour eux, certains s’en sont rendu compte trop tard, ce qui a créé une pagaille sans précédent dans les factions majestueuses de nos soldats. Cette histoire a fait rugir plus d’un prédateur. Les petits et les femmes ont bien ri de cette farce stupide. Mais hélas pour moi, les Guerriers ont décidé d’organiser une vengeance et la seule sur laquelle ils peuvent le faire sans trop la blesser, c’est moi ! Mon frère et Steve semblent avoir été désignés pour m’écraser. Tant pis, pas question de baisser les yeux. A moi de jouer. Aucun d’eux ne semble vouloir oublier sans cela. Vu les regards que me jettent les autres victimes de notre petit complot, cela fait un grand nombre. Cette fois, j’éclate franchement de rire.

– Il ne faut pas rêver les gars. Vous n’arriverez même pas à me voir sur le terrain. Alors pour me toucher, pffiou ! Préparez-vous à souffrir !

Bien entendu, je fanfaronne ! Il faut dire que me retrouver face à un tigre et un loup lors d’un combat n’est pas forcément la situation rêvée. Ce n’est pas de tout repos. Mais bon, j’ai quelques tours dans mon sac qui pourraient m’aider à ne pas trop me ridiculiser, à condition de ne pas montrer ce que je ne devrais normalement ne pas savoir faire.

Juan et Howard ont fini leur combat pendant notre échange. Ils se serrent la main en riant. Quelques égratignures dans le cou d’Howard et un œil au beurre noir pour Juan sont les seules traces visibles de la férocité des derniers instants. Juan ronchonne revenant vers nous.

– Tu aurais pu y aller plus doucement. J’ai un super rencard ce soir avec la belle Sophia pour une nuit pleine de promesses. Me voilà défiguré à présent.

Howard le regarde et après une grande bourrade dans le dos, lui répond :

– T’inquiètes pas Don Juan, cela n’enlève rien à ton charme dévastateur !

– Encore heureux que j’ai ce corps sublime pour compenser.

Je m’approche de lui et touche sa pommette.

– Il a parfaitement raison, tu sais. Tu n’as rien perdu de ton charme et en plus, je donnerai à Sophia un onguent pour ton œil, ce qui lui permettra de te bichonner davantage. Cependant ta vanité va finir par t’étouffer, mon ange. Je me demande même comment tu arrives à vivre avec, dans ton petit appartement. Tu ne te sens pas à l’étroit des fois ?

Il passe un bras autour de mes épaules pour me serrer contre lui.

– Viens me voir un soir et je te montrerai ce que moi et ma vanité savons faire. Moustique, un jour tu finiras par te rendre compte que je suis le meilleur !

Je le repousse d’une grande claque sur l’épaule, juste avant que mon frère ne m’attrape par le bras. A la vitesse où il se dirige vers l’arène, j’en connais deux qui sont pressés de me faire mordre la poussière.

Mes deux ennemis d’un instant ont choisi le sol sablonneux proche de l’eau comme zone de combat. Cet endroit nous laisse un espace assez vaste pour combattre, tout en étant proche d’autres éléments pouvant servir à nos offensives mutuelles. Les arbres et les parois rocheuses à proximité peuvent servir aux stratèges que nous sommes. Les gosses qui échangeaient des propos sur le précédent combat s’arrêtent aussitôt pour concentrer leur attention sur nous. Ce combat est une lutte de titan. Je me retrouve face à deux hommes que j’aime par-dessus tout : mon frère et mon meilleur ami. Deux des spécimens les plus dangereux de notre meute.

– Et Moustique, si tu as besoin d’aide, tu me siffles.

Todd est hilare ! Il se réjouit de la situation, sachant très bien que je n’oserai jamais siffler un loup surpuissant. En réponse, je lui tire la langue. Enfantin, mais au moins cela coupe son hilarité persistante.

– Sale gosse ! Fais gaffe à tes ailes tout de même !

Sa réponse ne contient aucune agressivité. Au contraire, elle est pleine d’affection qu’il me porte depuis toujours, et de tendresse.

– Ne t’inquiète pas. Prépare plus tôt des pansements pour ces deux-là. Ils vont en avoir besoin en grande quantité.

Mon frère est plié en deux à force de se marrer et Steve lève un sourcil interrogateur. Ils sont prêts à attaquer, mais ils ne sont pas les seuls. J’ai ma fierté. Même si à cet instant, face à ces deux-là, elle ne me tient guère chaud.

Le silence s’est fait autour de nous. Je croise un instant le regard de Roman. Il m’adresse un clin d’œil et me fait signe de m’accrocher. Il a de l’humour le petit monstre. Ils ont tous les deux pas mal de centimètres de plus que moi et des muscles à ne plus savoir qu’en faire. Je déglutis un bon coup. « Concentre-toi ma vieille, sinon ces deux-là vont t’écrabouiller lamentablement ».

La voix de Todd me ramène au combat. Il s’adresse aux gosses :