Attachement

Attachement

-

Livres
512 pages

Description

Le coup de foudre est possible, même avant le premier regard !

1999. Lincoln, gentil geek aux faux airs d’Harrison Ford, travaille dans une entreprise où son rôle consiste à contrôler les mails des employés. C’est ainsi qu’il parcourt les échanges de Jennifer et de Beth, deux copines aussi drôles et imprévisibles qu’attachantes.

Sans même l’avoir vue, Lincoln va tomber amoureux de Beth.

Mais comment lui déclarer sa flamme sans passer pour un fou ? Surtout que la jeune femme semble avoir un faible pour un « inconnu » qui travaille dans le même immeuble...

« Un savant mélange de romance et d’humour... Le premier livre de Rainbow Rowell saura vous charmer. » - Chicago Tribune
« Romantique, hilarant et... attachant ! Un vrai bonheur ! » - Heat


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 septembre 2012
Nombre de visites sur la page 192
EAN13 9782820507297
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Rainbow Rowell
Attachement
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claire Allouch
Milady Romance
À Kai, qui dépasse tout ce que la fiction pourrait imaginer.
Chapitre premier
De :Jennifer Scribner-Snyder À :Beth Fremont Envoyé le :mer 18/08/1999, 9 h 06 Objet :Où es-tu ? Ça te tuerait de te pointer avant midi ? Je suis là, assise au milieu des ruines de ma vie telle que je l’ai toujours connue, et toi… telle que je te connais, tu te réveilles à peine. Tu es sans doute en train de manger tes flocons d’avoine devant un talk-show. Réponds-moi dès que tu arrives, toutes affaires cessantes. Avant même d’avoir lu les strips. Beth à Jennifer : OK, je te donne la priorité sur les strips, mais fais vite. J’ai une dispute en cours avec Derek pour savoir siFor Better or for Worse se passe au Canada, et c’est peut-être aujourd’hui qu’ils me donneront raison. Jennifer à Beth :Je crois que j’attends un enfant. Beth à Jennifer :Quoi ? Pourquoi ça ? Jennifer à Beth :J’ai bu trois verres samedi dernier. Beth à Jennifer :crois qu’il faut que nous ayons une conversation sur les Je petites fleurs et les abeilles. Ce n’est pas exactement comme ça qu’on fait les bébés. Jennifer à Beth :Chaque fois que je bois trop, je commence à me sentir enceinte. Je pense que c’est parce que je ne touche jamais à l’alcool, alors ça ne serait pas étonnant que justement, la seule fois où je me laisse aller, je me retrouve en cloque. Trois heures de faiblesse, et le reste de ma vie à me débattre avec les problèmes d’un alcoolique fœtal. Beth à Jennifer :Je ne crois pas que ce soit l’appellation exacte. Jennifer à Beth :Le pauvre petit aura les yeux trop écartés, et tout le monde me dévisagera au supermarché en chuchotant : « Regarde-moi cette poivrote. Incapable de se priver de monaco pendant neuf mois. C’est affreux. » Beth à Jennifer :Tu bois des monacos ? Jennifer à Beth :C’est très rafraîchissant. Beth à Jennifer :Tu n’es pas enceinte. Jennifer à Beth :Si. Normalement, deux jours avant mes règles, je suis couverte de boutons et j’ai mal au ventre. Mais aujourd’hui j’ai la peau douce comme des fesses de bébé. Et, au lieu de la douleur habituelle, j’ai une sensation bizarre en bas de l’abdomen. Presque une présence. Beth à Jennifer :Chiche d’appeler le docteur pour lui dire que tu as une présence dans le ventre ? Jennifer à Beth :D’accord, ce n’est pas la première fois que je me fais une frayeur de ce genre. Je reconnais que me croire enceinte fait presque partie de mon état prémenstruel normal. Mais je t’assure, ce n’est pas pareil. Je ne me sens pas comme d’habitude. C’est comme si mon corps me disait : « Ça a commencé. » Je ne peux pas m’empêcher de penser à la suite. D’abord, les nausées. Ensuite, les kilos. Puis une rupture d’anévrisme fatale en salle d’accouchement.
Beth à Jennifer : OU BIEN… puis tu donnes le jour à un beau bébé. (Tu vois comme tu as réussi à m’embarquer dans ton délire ?) Jennifer à Beth :OU BIEN… puis je donne le jour à un beau bébé, que je ne vois jamais parce qu’il passe tout son temps à la crèche en compagnie d’une pauvre fille qui gagne des clopinettes et qu’il prend pour sa mère. Mitch et moi, on essaie de dîner en tête-à-tête une fois que le petit est au lit, mais on est tous deux perpétuellement épuisés. Je commence à m’endormir pendant qu’il me raconte sa journée ; ça l’arrange, il n’avait pas envie de parler, de toute façon. Il mange son hamburger en silence, en rêvant à la nouvelle prof d’économie domestique du lycée et à ses jolies courbes. Elle porte des escarpins noirs, des collants chair et des jupes en rayonne qui remontent sur ses cuisses chaque fois qu’elle s’assied. Beth à Jennifer : Et Mitch, qu’est-ce qu’il en pense ? (De la présence dans ton ventre, pas de la nouvelle prof d’économie domestique.) Jennifer à Beth :Il pense que je devrais faire un test de grossesse. Beth à Jennifer : Voilà un homme raisonnable ! Peut-être qu’un garçon plein de bon sens comme Mitch aurait été plus heureux avec cette prof d’économie domestique. (Elle ne lui aurait jamais servi un hamburger pour le dîner.) Mais j’imagine qu’il ne peut pas te quitter, surtout maintenant que vous attendez un enfant handicapé.
Chapitre2
— Lincoln, tu as une mine affreuse. — Merci, maman. Il était bien obligé de la croire sur parole. Il ne s’était pas vu dans une glace ce jour-là. Ni la veille. Lincoln se frotta les yeux et se passa les doigts dans les cheveux, dans l’espoir de les aplatir… ne serait-ce qu’un peu. Il aurait peut-être dû se peigner en sortant de la douche la veille au soir. — Sérieusement, regarde-toi ! Et regarde l’heure. Il est midi. Tu viens de te réveiller ? — Maman, je ne rentre pas du travail avant 1 heure du matin. Elle fronça les sourcils, puis lui tendit une cuillère. — Tiens, remue ces haricots. (Elle alluma le robot et dut élever la voix pour se faire entendre.) Je ne comprends toujours pas ce que tu fais dans cet endroit qui ne puisse pas être fait de jour… Non, chéri, pas comme ça, là tu les chatouilles à peine. Il faut vraiment les mélanger. Lincoln mit plus d’énergie à tourner sa cuillère. Dans la cuisine flottait une odeur de jambon, d’oignon, et d’autre chose encore, un parfum sucré. Il avait l’estomac qui gargouillait. — Je te l’ai dit, reprit-il d’une voix forte dans le bruit ambiant, il faut que quelqu’un soit là. Au cas où il y aurait une panne informatique et… je ne sais pas… — Qu’est-ce que tu ne sais pas ? Elle éteignit le robot et le regarda. — Je pense que c’est peut-être pour que je ne me rapproche pas des autres, qu’ils me font travailler la nuit. — Quoi ? — Eh bien, si je connaissais les gens, je pourrais… — Remue. Parle en mélangeant. — Si je connaissais des gens… (Il tourna la cuillère.)… je ne serais peut-être pas suffisamment impartial quand je dois faire respecter les règles. — Je n’aime toujours pas l’idée que tu lises les e-mails des autres. Surtout la nuit, dans un immeuble désert. Ça ne devrait pas être un emploi, de faire ça. (Elle plongea le doigt dans ce qu’elle venait de fouetter, avant de lui tendre le bol.) Tiens, goûte… Dans quelle société vivons-nous, pour qu’il y ait de tels métiers ? Du bout de l’index, il ramassa ce qui dépassait sur le bord du récipient et le lécha. Un glaçage. — Est-ce qu’on sent le sirop d’érable ? Il acquiesça. — Je ne suis pas tout seul dans le bâtiment, dit-il. Il y a du monde dans la salle de rédaction. — Et tu leur parles ? — Non, mais je lis leurs e-mails. — Ce n’est pas bien. Comment les gens peuvent-ils s’exprimer dans un endroit comme celui-là ? En sachant que quelqu’un rôde dans leurs pensées. — Je n’explore pas leurs pensées. Seulement leurs ordinateurs, qui appartiennent à la société. Et tout le monde est au courant.
Ça ne servait à rien d’essayer de lui faire comprendre. Elle n’avait même jamais vu un e-mail. — Passe-moi la cuillère, dit-elle avec un soupir. Tu vas gâcher toute la fournée. (Il s’exécuta et s’attabla, à côté d’une assiette de galettes de maïs fumantes.) On avait un facteur, à une époque… Tu te souviens ? Celui qui lisait nos cartes postales ? Et il faisait toujours des commentaires : « Votre amie a l’air de bien s’amuser en Caroline du Sud, on dirait. » ou bien : « Je ne suis jamais allé au mont Rushmore. » Je suis sûre que tous les postiers lisent les cartes. Et les postières aussi. C’est un travail répétitif. Mais celui-là, il en était presque fier… il s’en vantait. Je pense que, quand je me suis abonnée à mon magazine féministe, il l’a dit aux voisins. — Ce n’est pas pareil, dit Lincoln en se frottant de nouveau les yeux. Je lis juste assez pour voir si quelqu’un enfreint une règle. Ce n’est pas comme si je lisais leur journal intime, ou quelque chose comme ça. Sa mère ne l’écoutait pas. — Tu as faim ? Tu as l’air affamé. Tu as même l’air franchement carencé. Tiens, chéri, passe-moi cette assiette. (Il se leva pour la lui donner, et elle en profita pour lui attraper le poignet.) Lincoln, qu’est-ce qu’elles ont, tes mains ? — Mes mains ? Rien. — Regarde tes doigts : ils sont gris. — C’est de l’encre. — Quoi ? — De l’encre, maman ! Lorsque Lincoln travaillait auMcDonald’s, quand il était ado, l’huile de cuisson s’infiltrait partout. Le soir, en rentrant à la maison, il ressentait dans son corps tout entier cette sensation qu’on a sur les mains quand on a fini un cornet de frites. L’huile imprégnait sa peau et ses cheveux. Le lendemain, il l’exsudait dans son uniforme du lycée. A uCourrier, c’était l’encre. Malgré tous les efforts qu’on pouvait faire pour s’en débarrasser, un film grisâtre recouvrait chaque objet, jusqu’aux murs texturés et aux dalles d’isolation phonique du plafond. Les secrétaires de rédaction de l’équipe de nuit manipulaient les articles de chaque édition encore chauds à leur sortie des presses. Ils laissaient des traces de doigts sur leur clavier et leur bureau. Lincoln trouvait qu’ils ressemblaient à des taupes. Des gens sérieux, avec des lunettes en cul de bouteille, le teint grisâtre.C’est peut-être seulement l’éclairage, pensait-il. Peut-être qu’il ne les reconnaîtrait pas s’il les voyait à la lumière du jour. En couleurs. Eux, en tout cas, ne le remettraient certainement pas. Pendant la majeure partie de son temps de travail, Lincoln restait en bas, dans la salle informatique. Cinq ans auparavant, avant l’installation de la vingtaine de néons, la pièce était sombre. À présent, avec toutes les lampes et les serveurs allumés, on avait l’impression de pénétrer dans le royaume de la migraine géante. Lincoln aimait bien être appelé dans la salle de rédaction, pour restaurer un ordinateur ou réparer une imprimante. C’était une grande salle ouverte, avec une large baie vitrée, et qui n’était jamais totalement déserte. Les gens de l’équipe de nuit avaient les mêmes horaires que lui. Ils s’asseyaient tous ensemble à un bout de la pièce, sous une rangée de téléviseurs. Deux des collaboratrices, côte à côte près de l’imprimante, étaient jeunes et jolies. (Oui, Lincoln avait décidé qu’on pouvait ressembler à une taupe et être tout de même attirante.) Il se demandait si les gens qui travaillaient de nuit avaient une vie amoureuse pendant la journée.
Chapitre3
De :Beth Fremont À :Jennifer Scribner-Snyder Envoyé le :ven 20/08/1999, 10 h 38 Objet :Ça me gêne de te poser la question, mais… Est-ce qu’on a fini de faire semblant que tu es enceinte ? Jennifer à Beth : Pas avant quarante semaines. Peut-être trente-huit, maintenant… Beth à Jennifer :que ça veut dire qu’on n’a pas le droit de parler d’autre Est-ce chose ? Jennifer à Beth : Non, ça signifie au contraire qu’on doit à tout prix parler d’autre chose. J’essaie de me changer les idées. Beth à Jennifer :Sage décision. OK. Alors, hier soir, j’ai eu un coup de fil de ma petite sœur. Elle va se marier. Jennifer à Beth :Et ça ne dérange pas son mari ? Beth à Jennifer : Je te parle de mon autre petite sœur. Kiley. Tu as déjà vu son copain… pardon, son fiancé, Brian, chez mes parents pour le Memorial Day. Tu te souviens ? On s’est moquées de son tatouage de la fraternité Sigma Chi sur la cheville… Jennifer à Beth :Ah oui, Brian. Je me rappelle. On l’aime bien, non ? Beth à Jennifer :l’adore. Il est super. C’est exactement le genre de types On qu’une mère rêverait que sa fille rencontre lors d’une soirée téquila paf. Jennifer à Beth :C’est une blague d’alcoolique fœtal ? Ce mariage, c’est la faute de tes parents. Ils l’ont appelée Kiley. Elle était vouée dès sa naissance à épouser un bel étudiant en médecine, membre d’une fraternité. Beth à Jennifer : Il fait du droit. Mais Kiley pense qu’il finira par reprendre la société de plomberie de son père. Jennifer à Beth :Ça pourrait être pire. Beth à Jennifer :Ça pourrait difficilement être mieux. Jennifer à Beth :Oh. Désolée. Je comprends seulement maintenant que ce n’est pas une bonne nouvelle. Qu’en dit Chris ? Beth à Jennifer :d’habitude. Que Brian est un crétin. Que Kiley devrait Comme arrêter d’écouter du Dave Matthews. Puis il a dit : « J’ai une répétition ce soir, alors ne m’attends pas. Eh, tu peux me passer les Zig Zag, s’il te plaît ? Est-ce que tu es demoiselle d’honneur ? Super, au moins ça me donnera l’occasion de te voir encore une fois en robe de Scarlett O’Hara. Tu es sexy en demoiselle d’honneur, viens par ici. Est-ce que tu as écouté la cassette que je t’avais laissée ? Danny dit que je joue plus fort que sa basse mais, en réalité, je lui fais une faveur. » Et là, il m’a demandé de l’épouser. Dans un univers parallèle, où tout est inversé. Dans la vraie vie, Chris ne me demandera jamais ma main. Et je n’arrive pas à savoir si ça veut dire que c’est un pauvre type… ou si c’est moi qui suis conne parce que j’ai tellement envie que ça se produise. Et je ne peux même pas lui en parler, parce qu’il risque de prétendre qu’il en a envie. Bientôt. Quand il sera lancé. Quand le
groupe cartonnera de nouveau. Qu’il ne veut pas être un fardeau pour moi, qu’il n’a pas envie que je sois obligée de l’entretenir… Merci de ne pas me faire remarquer que c’est déjà le cas… parce que c’est vrai, mais pas entièrement. Jennifer à Beth :Pas entièrement ? Tu lui paies son loyer. Beth à Jennifer :je paie LE loyer. Il faudrait bien que je paie un loyer, dans Non, tous les cas… Il faudrait que je règle les factures de gaz, le câble et tout ça, même si j’étais toute seule. Je ne ferais pas un centime d’économie s’il déménageait. Et ça ne me dérange plus de payer la majeure partie des factures maintenant, et ça ne me gênera pas davantage quand nous serons mariés. (Mon père a toujours payé les factures de ma mère, et personne ne la traite de parasite.) Le problème, ce n’est pas de savoir qui fait bouillir la marmite. C’est de se comporter comme un adulte. Dans le monde de Chris, c’est acceptable pour un gars de vivre avec sa copine tandis qu’il bosse sur une maquette. Ce n’est pas aussi cool de poursuivre ses rêves de rock star pendant que son épouse travaille. Si on a une femme, c’est qu’on est un adulte. Et ce n’est pas ce que souhaite Chris. Peut-être que moi non plus, je n’en ai pas envie. Jennifer à Beth :Tu voudrais qu’il soit comment, alors ? Beth à Jennifer :plupart du temps ? Je pense que j’aime son côté musicos La chevelu. Le gars qui te réveille à 2 heures du mat pour te lire le poème qu’il vient d’écrire sur ton ventre. J’aime son côtéLucy in the Sky. Jennifer à Beth : Je doute qu’il continue à t’écrire des poèmes sur le ventre à 2 heures du matin, s’il prend un vrai emploi. Beth à Jennifer :Exactement. Jennifer à Beth :Donc tout va bien ? Beth à Jennifer : Non. Je vais de nouveau devoir faire des essayages pour une robe de demoiselle d’honneur. Sans bretelles. Kiley a déjà choisi. Je suis à des années-lumière d’aller bien. Mais je ne pense pas être en droit de me plaindre, n’est-ce pas ? Je veux être avec lui. Lui, il veut attendre. Et je suis d’accord pour rester avec lui. Alors, je n’ai pas le droit de me plaindre. Jennifer à Beth : Bien sûr que si ! C’est un droit inaliénable. Mais regarde le bon côté des choses : tu n’es pas enceinte. Beth à Jennifer :Toi non plus. Fais un test.