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Au bord de la mer

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9 septembre 186...

A la mer !

Plonger dans la vague, s’enivrer des brises qui viennent d’Égypte, regarder aussi loin qu’on peut voir, sans découvrir le bout, voilà notre rêve.

Vous avez senti ce tressaillement qui marque l’approche des grands plaisirs. L’âme possède, et pourtant l’espérance garde sa fleur.

Dans tout bonheur présent je saisis une note triste, le son des heures qui tombent l’une après l’autre, et quand elles seront toutes tombées, nous resterons en face d’une coupe vide.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Valérie de Gasparin

Au bord de la mer

Rêveries d'un voyageur

Vous nous connaissez, vous savez qui nous sommes, des oiseaux voyageurs dont l’aile tantôt effleure la crête des montagnes, tantôt rase les flots de la mer.

Fidèles en amitié mais discrets ; trop fiers pour nous imposer, trop désireux de sympathie pour affronter la froideur, nous rabattons sur notre phalange les plis d’un voile que nulle main ne soulèvera plus.

Si, de loin en loin, quelque souffle venu je ne sais d’où l’écartait un instant, si quelqu’un de nos profils y marquait son ombre, donnez-lui un bon regard, comme aux choses passées, dont l’attrait se révèle alors qu’elles ne sont plus.

9 septembre 186...

A la mer !

Plonger dans la vague, s’enivrer des brises qui viennent d’Égypte, regarder aussi loin qu’on peut voir, sans découvrir le bout, voilà notre rêve.

 

Vous avez senti ce tressaillement qui marque l’approche des grands plaisirs. L’âme possède, et pourtant l’espérance garde sa fleur.

Dans tout bonheur présent je saisis une note triste, le son des heures qui tombent l’une après l’autre, et quand elles seront toutes tombées, nous resterons en face d’une coupe vide. Il faut, je l’ai toujours pensé, une forte foi pour être gai dans le bonheur. Les félicités absolues me laissent le cœur craintif ; ce sont des voyageuses ; à peine ai-je touché le bord de leur robe étoilée, déjà je sens sur mon front le vent de leurs ailes qui s’étendent, qui battent l’air et les vont emporter. C’est pourquoi l’avenir me plaît ; il garde ses trésors que la main du temps n’a pas dispersés. J’ai besoin de l’infini pour y étancher ma soif ; le sursis du condamné ne me satisfait pas ; sa courte ivresse m’épouvante.

Peur d’esclave ! dites-vous.

Eh ! je le sais bien ! Le chrétien vaillant ne connaît point ces terreurs ; pour lui la douleur est de passage et non pas le bonheur ; le fantôme des lendemains voilés de deuil ne le hante point ; nul sanglot sinistre ne vient scander ses cantiques d’allégresse ; aujourd’hui, ce sont les dons de Dieu ; demain, c’est le ciel éclatant de victoire.

Que voulez vous ! telle quelle mon âme se donne, avec ses tristesses, avec sa foi ; sincère, même au prix de vos illusions.

Et nous voilà bien loin de Gênes !

Comment vais-je vous y ramener ? Tout droit.

J’ignore l’art des transitions. Tel esprit ressemble à ces palais de rois où se succèdent, dans leur majesté bien ordonnée, maints salons en enfilade. A chaque porte stationne un huissier, et pour vous faire passer d’un appartement dans l’autre, force maîtres des cérémonies, manchettes au poignet, épée au côté, vous présentent le bras. Nous autres, pauvres hères de village, nous n’en savons pas tant ; chez nous point d’étiquette, elle ne sied qu’aux grands seigneurs ; notre logis à nous, c’est le logis des bohémiens ; tantôt le bois, tantôt la clairière. On va tout au travers du sentier, quelquefois tout au travers des épines, on se déchire un peu l’habit, on n’a pas très-bon air ; du moins on vit au soleil, et l’on picore de ci, de là, selon qu’il plaît à Dieu.

 

Nous voilà donc à Gênes ! Sur quel rivage planterons-nous notre tente ? car il s’agit de mer, et d’y nager, et de trouver une bonne plage. Appelons un docteur et prenons ses avis, quitte à faire au rebours de l’ordonnance.

Le docteur X * * *, un homme jeune et grave, frappe à notre porte. En trois mots il élucide la question. Sestri possède une plage excellente ; nous n’irons pas à Sestri, c’est clair. Chiavari s’ouvre à toutes les tempêtes ; je parie que Chiavari nous verra. Après on cause ; de l’Italie, cela va de soi. Ce nom : Italia ! fait jaillir un éclair des yeux du docteur. Et si vous voulez savoir ce que c’est que la plus noble des langues, parlée avec l’éloquence la plus entraînante, écoutez le médecin patriote.

Sa voix douce et puissante s’insinue et domine. Sa parole, docile comme un coursier fougueux que le cavalier tient bien en main, obéit aux moindres mouvements de la pensée ; même dans l’emportement, elle connaît son maître. Ce sont des flots d’harmonie sans mollesse ; c’est tout à coup, quand il faut, une diction sobre, un tranchant d’épée qui rappellent Tacite. Tel sourire fait penser à l’Arioste ; telle sentence, frappée par un coin de fer, restitue l’austère profil de Dante. L’idée est ce quelque chose d’essentiel que j’ai toujours rencontré chez les vrais Italiens, j’entends chez les hommes d’intelligence ; une abstraction dépouillée jusqu’à la nudité, exacte jusquà la sécheresse. Ces hommes-là méprisent souverainement la mise en scène, dont on les croit idolâtres. Leur âme saisit les problèmes, elle les scrute, elle s’enfonce avec eux dans des lieux arides, elle les y tient serrés et les y force. La parole est coloriste, l’âme ne l’est pas. Elle ne s’amuse ni à la poésie : un délassement pour les oisifs ; ni aux images : un passe-temps pour les niais. Dante, Machiavel, voilà l’esprit italien.

Je ne puis retenir un sourire, lorsque j’entends la légèreté de nos hommes sérieux taxer d’enfantillage ce peuple penseur. Subtil et se complaisant aux habiletés, oui ; futile, non.

On nous montre les Napolitains avec leurs oscillations, avec leurs défaillances, avec leurs fêtes païennes, et l’on nous dit : Regardez-les !

Je vois une race que de longs esclavages ont maintenue aux lisières, je vois des ignorants tels que les fait au dix-neuvième siècle comme au onzième le despotisme clérical, je vois ce qu’on voit sous tous les gouvernements paternels, ce qu’on trouve sous tous les éteignoirs, et lorsqu’on me vient parler des enivrantes influences du soleil, de la tyrannie des latitudes, lorsqu’on me vient dire que les peuples du midi sont, de par la fatalité de leur situation géographique, voués aux sornettes de la fable, je m’écrie à mon tour : Regardez !

Voyez le Bédouin, dans les déserts qu’incendie le soleil ; voyez l’Arabe de Damas sous les bosquets d’amandiers en fleurs qu’arrosent ses fontaines ; voyez l’Égyptien parmi les roses du Fayum et les bananiers d’Alexandrie ; voyez, sous les tropiques, le Nubien au milieu de ses épis que dore janvier : pour tous ceux-là, le ciel n’a que des sourires ; or quel est l’objet de leur adoration ? Dieu, un Dieu unique, pur esprit. Leur culte ! le muezzin, du haut des minarets, les appelle à la prière, l’iman leur lit le livre dans la chaire des mosquées. Point d’images, point de statues. Une fois l’an, la caravane de la Mecque part et revient, quelques fanatiques se précipitent sous les pas du scheik qui ramène l’étendard sacré ; quelques rares derviches célèbrent dans le secret de leur couvent des invocations mêlées de contorsions et de cris ; passé cela, rien. Et la religion de ces peuples que devrait paganiser leur zone brûlante est si absolument destituée de formes, qu’il faut retourner aux temps bibliques pour retrouver une pareille austérité.

 

Je crois que j’ai laissé le docteur X * * * dans notre salon. Sa politique est un peu trop sinueuse ; il prononce ces mois : il nostro Machiavele ! (notre Machiavel) avec un peu trop de complaisance ; il s’appuie un peu trop sur l’épée étrangère ; il rêve un peu trop la gloire de l’Italie aux dépens des nationalités voisines : — Le jour, dit-il, où nous donnerons à l’empereur des Français cent cinquante mille hommes pour conquérir les frontières du Rhin...

 — Doucement ! quoi ! l’Italie à peine indépendante voudrait asservir des peuples libres ! quoi ! elle réclame le droit de se gouverner, et pèserait de tout son poids sur le cou des autres pour le ployer au joug ! Elle qui a chassé de son pays les envahisseurs, elle se ferait envahissante à son tour ! Allez ! si vous voulez des sympathies, respectez le droit.

Le jour ! avez-vous dit ? Et moi je vous l’affirme, le jour où l’on pourrait croire que l’indépendance italienne, c’est l’asservissement européen, ce jour-là, l’Europe tout entière se lèverait contre l’Italie, et le monde y applaudirait.

Le docteur se récrie. Nous l’avons mal compris. Dieu garde qu’il attente aux nationalités ! — No ! no ! — Et d’un accent dont le timbre se fait suave : Prêter main-forte à la France, à la Prusse, voilà ce qu’il veut ; s’unir à ce peuple constitutionnel ; écraser avec lui l’Autriche, éternel ferment de despotisme ; former une grande Allemagne, une grande Unità Tedesca1, c’est tout !

M. de Gasparin secoue la tête :

 — Formez l’Italie, croyez-moi, formez-la vous-mêmes, et laissez la Prusse, pour ne parler que d’elle, faire ses affaires seule.

Le docteur prend congé.

Voilà un patriotisme à mettre le feu au quatre coins de la terre. Que Dieu nous en préserve, et de ces magnificences d’égoïsme !

10 septembre 186...

Depuis cinq mois pas une goutte d’eau n’est tombée sur la riva di Levante. Nous roulons enveloppés d’un tourbillon de poussière ; mais chaque fois qu’une bouffée d’air en déchire les spirales, la transparence des plaines liquides vient nous parler de fraîcheur.

Jardins en fleurs, sourires des petites plages que pressent les bosquets de citronniers, courants paresseux qui passez sous l’arche des ponts pour vous perdre à la mer, toiles restreintes qu’a touchées avec tant d’amour un pinceau caressant, je préfère à votre grâce, tout enchanteresse qu’elle soit, ces lambeaux de route jetés à de grandes hauteurs, là où l’étendue sans bornes, d’un seul bleu, s’enivre de lumière, là où les pins, tranchant l’immensité de leurs tiges capricieusement inclinées, vont étaler sur les abîmes un parasol embaumé.

Alors, au travers des séductions de la terre, on entend des accents plus mâles. Une voix monte de l’infini. Elle parle de tempêtes, et des douleurs d’ici-bas, et des victoires au prix du sang ; elle parle du jour où le temps s’enfuira, de l’heure suprême où, tous les voiles se repliant l’un après l’autre, la vérité dardera tous ses rayons. Ces pensées fortifient le cœur. Si souvent nous sommes découragés de vivre, — le triomphe du faux nous a si souvent donné de mortelles défaillances, lutteurs fatigués avant le soir, nous avons si souvent caché nos visages pour ne plus voir l’arène, et bouché nos oreilles pour ne plus entendre le cri du combat ! — eh bien, la création a de ces paroles à nous dire ; fortes paroles qui relèvent notre âme d’un coup d’éperon.

 

Mais nous allons à la mer.

Voici Rapallo. Que dites-vous de cette anse, unie comme un miroir ?

 — Ce n’est plus la Méditerranée.

Et ces trois pointes de Porlo-Fino, lumineuses sur le fond vert pâle ?

 — On les retrouvera bien ailleurs.

Et cette tour qui plonge dans l’eau ?

 — Une prison !

Tous et chacun trouvent Rapallo beau pour y passer, laid pour y rester. Laissons les chevaux manger l’avoine, et musons un peu.

Les hommes de Rapallo, jeunes et vieux, font comme nous : ils flânent ; ceux-ci plantés à califourchon sur le parapet, les autres adossés contre la muraille. Il y a là un pêcheur, entre deux âges, l’œil indécis, la langue déliée, avec certain regard qui dit autre chose que les lèvres. Celui-là pérore à plaisir. Il s’est campé de travers, jambes pendantes, sur le pont ; il parle chemins de fer, politique, impôts, et lorsque apparaît son étrange sourire, on croit voir une de ces clartés qui courent le long des horizons bas, les soirs d’orage, et leur jettent de sinistres lueurs. Le babil de cet homme trahit je ne sais quelle appréhension du silence intérieur. L’esprit craintif erre çà et là, comme le regard. Ses compagnons, qui le laissent dire, ne l’écoutent guère ; notre homme va toujours ; la voie ferrée le préoccupe ; il discute le projet du gouvernement :

  •  — J’aimais mieux, dit-il, celui de... un certain... comment s’appelait-il donc ?
  •  — Un ingénieur ?
  •  — Non... un autre... qui est mort !
  •  — Un ministre ?
  •  — Oui !
  •  — Cavour !
  •  — C’est ça !

Quelle pitié ! vous tenez l’Europe suspendue à vos lèvres, vos lèvres se glacent, et quatre mois après, un homme de votre pays, un citoyen de cette patrie que vous avez faite et qui tressaillait au bruit de vos pas, un homme s’enquiert de votre nom à des étrangers, et la seule chose dont il se souvienne, c’est du tracé de chemin de fer au bas duquel vous aviez mis votre signature !

Cependant nous causons, de la ville, de ses curiosités.

 — Est-elle antique, cette tour ?

Le pêcheur a détourné la tête ; les assistants se taisent. Tout à coup : — Oui ! fait résolûment notre homme ; elle est antique ; je la connais ; j’y ai vécu.

— Là ?

 — Oui, là, dans le carcere (prison).

 — Pour quelque petit péché ?

 — Ambe un grosso — (aussi un gros), dit tranquillement un des auditeurs. L’autre rit d’un rire muet, ce rire désolé qu’oppose la volonté pervertie aux rougeurs du visage.

Demander à cet homme quel fut son crime ! Non. L’orgueil indiscret des perquisitions d’honnêtes gens me révolte. Vous n’avez ni tué ni volé, c’est bien ; votre innocence, qui vient beaucoup plus de l’éducation reçue que de la supériorité morale, fait-elle de vous un juge ? vous donne-t-elle droit d’enquête ? vous permet-elle d’entrer par effraction dans le for intérieur des autres ? Pour moi, jamais la grande solidarité de race, jamais la grande égalité des misères humaines ne saisit mieux mon âme qu’en face d’un de ces malfaiteurs, signalés à l’anathème par la réprobation publique. Je ne vois en lui ni une victime ni un héros ; je me sens son frère, je me sais son pareil, et mon cœur s’adresse au sien.

 — Vous connaissez Jésus ?

Le pêcheur fait signe que oui.

 — Mon ami, priez-le. Celui-là ne repousse personne.

 — La pénitence ! je l’ai accomplie dans ce purgatoire ! — D’un mouvement d’épaule, il montre la vieille tour.

 — Il ne s’agit pas de pénitence, mais de pardon, et d’aimer, et de croire.

 — Je ne crois pas aux prêtres.

 — Eh ! qui vous parle de prêtres ? Allez à Dieu, franchement ; Dieu vous sauvera !

Mais notre homme, qui balbutie, fuit devant sa conscience. Ses camarades se sont rapprochés, ils écoutent, leurs yeux brillent.

En resterons-nous là ?

On parle de tout : questions étrangères, intérêts locaux, hier, demain ; la pensée se meut librement dans ces larges espaces ; et le souffle lui manquerait pour franchir les cieux, et lorsque des hommes rencontrent des hommes, la seule chose dont ils se tairont, c’est la seule qui importe !

Appelez-nous du nom qui vous plaira, nous avons trop le respect de l’âme pour passer à côté d’elle sans faire semblant de la voir. Derrière chaque visage, au fond de chaque regard, c’est l’individu que nous cherchons ; c’est par ce grand côté, l’immortel, que se touchent nos pensées ; ils l’ont bien compris les gens de Rapallo ! et quand nous les quittons, des mains cordiales ont serré nos mains.

 

Que vous dirai-je ? nous montons toujours.

Les aromes flottent dans l’air. Des couleurs vives et transparentes imprègnent l’atmosphère. Il y a des oppositions de bleu et de vert, hardiesses royales qui tiennent nos yeux charmés. Toutes les facultés se concentrent en une prodigieuse énergie de contemplation. Rien de moins passif ; c’est une conquête.

Le ciel et la terre ouvrent leurs vastitudes  ; vous luttez avec ce géant qui ne se laisse pas saisir, l’infini. Quand, superbe et dédaigneux, il se perd vers les lointains pleins de vapeurs où l’imagination fatiguée semble s’affaisser sur elle-même, vous y courez après lui : Où tu iras, j’irai ! si tu t’enfonces aux déserts d’Afrique, j’en affronte les ardeurs ; si tu te dérobes dans les glauques profondeurs sous-marines, si tu m’opposes les mystères de ce monde insondable où règne une nuit bleuâtre, où rien de ce qui vit ne pénètre, où rien de ce qui a vu le soleil ne s’aventure, excepté quelque corps de matelot, boulet aux pieds, passant comme une lueur blanche à travers les ténèbres, là je descends avec toi. Plonges-tu dans l’azur, fermes-tu derrière toi les murailles de l’éther, je les ai renversées ; je t’ai trouvé là, aux pieds de mon Dieu ; j’y tombe épuisé, mais tu es à moi !

 

Chiavari nous tire de nos rêves. La petite ville s’assied au milieu de ses vergers. Une plage douce mène à Sestri. En face de nous se déroule la haute mer, jusqu’aux horizons les plus perdus, la grande vague, impétueuse, d’un seul élan, dans son autorité ; une ligne d’écume qui étincelle de Porto-Fino à Porto-Venere !

Restons en ce lieu. Respirons du matin au soir les brises salées.

Nos voitures s’arrêtent devant l’hôtel de la poste, sur une place fermée par ce vieux château crénelé. L’hôte se précipite aux portières.

 — Voit-on la mer de chez-vous ?

 — Pocchino ! (un peu) !

 — Hum ! et vos appartements ?

 — Eccelenza, venez !