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De
384 pages

Après un accident spectaculaire, Marie apporte son aide à un petit robot très convoité. Plusieurs enquêtes croisent son passé et bouleversent son présent.
Mais qui est vraiment Marie ?
La jalousie fratricide embrouille l’engrenage de la violence. Des sentiments confus se combinent aux pratiques d’entreprises concurrentielles qui n’hésitent pas à ôter ou mutiler des vies.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-71117-5

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

 

A Colette et Chantal, mes premières lectrices.

Une rencontre étonnante

Je m’ennuyais à regarder le ballet des voiliers sur le lac. J’aurai bien plongé dans l’eau tentatrice sans la présence des rochers, pointes dressées à quelques centimètres de la surface. Je portais sur le tibia les marques de mon dernier exploit et je ne tenais pas à réitérer l’expérience des points de suture. Ma lecture était terminée. J’attendais que Vincent, mon compagnon et notre fils, finissent leur partie de pêche.

Leur coin préféré était sympa si les regards s’appesantissaient sur la rive opposée avec les villas accrochées à la pente de la montagne. Dans mon dos, les deux axes parallèles de communication étaient lovés au pied de la falaise. La route surplombait la voie ferrée de quelques mètres. Cet endroit trépidant, s’apaisait le week-end.

J’entendis l’avertisseur sonore de l’omnibus se répercuter sur la paroi en granit et un fracas de tôles froissées. Je me levai. En contre-bas, genoux dans l’eau, Vincent et Fabien tournèrent leur tête en direction du vacarme. Ils ne pouvaient pas voir un camping-car dévaler le chemin de terre après avoir enfoncé la glissière de protection. L’engin avala une petite butte de terre qui servit de tremplin pour atterrir brutalement sur les rails. Le chauffeur ne maîtrisait ni sa vitesse, ni sa direction. Le seul omnibus du samedi après-midi approchait : la collision était inévitable. Les hommes de ma vie entendirent, tout comme moi, le crissement aigu des freins de la micheline se mêler aux hurlements de l’avertisseur désespéré de ne pouvoir chasser cet intrus sur la voie unique conduisant à Patay.

J’assistai, figée, à la scène qui se déroulait à trois cents mètres. Au-dessus du drame, sur la route, une voiture repartait après avoir stationné quelques secondes. Son conducteur donnait l’impression de s’enfuir. Une forme blanchâtre fut éjectée par la porte arrière du camping-car. Quelques secondes supplémentaires et le bruit de l’impact explosa dans mes oreilles, aussi puissant qu’un coup de tonnerre. Le véhicule se disloqua et s’éparpilla en plusieurs morceaux dans toutes les directions. La motrice vacilla sur son axe, puis dans un mouvement lent se coucha sur le mur de soutènement, entraînant son unique voiture avec elle. Elles se calèrent définitivement en une longue plainte d’agonie. Tout s’immobilisa lentement en grinçant. Le silence suivant était tout aussi assourdissant que le grondement du choc. Je restai là, indécise, jusqu’au moment où j’entendis la voix de Vincent.

– On déménage et vite !

– Les secours ?

– Le raffut a dû s’entendre à des kilomètres ! Je ne veux pas être témoin de quoi que ce soit ! Il murmura : notre situation ne nous le permet pas !

Je hochai la tête.

– On ne va pas aider ? s’inquiéta Fabien.

– Il faut des outils de désincarcération, nous n’avons ni le savoir-faire, ni les outils adéquats. Il vaut mieux laisser la place aux professionnels !

Nous rejoignîmes notre voiture. Au loin, on entendait les premières sirènes de secours. Au moment de s’engager sur la pente conduisant à la route principale, un objet blanc apparut à notre droite. Je distinguai la marche hésitante d’un enfant. Il portait un jogging blanc.

– Arrête-toi !

La silhouette s’approcha, je descendis la vitre.

– Help me !

Ce n’était pas un être humain. J’étais persuadée qu’il avait été éjecté de l’arrière du véhicule, encastré dans la motrice. Il s’agissait d’un robot avec une silhouette humaine. Ses vêtements avaient été déchirés, brûlés par endroits. L’alliage qui composait son épiderme, était griffé. Un œil était légèrement sorti de l’orbite. L’ensemble donnait à cette apparition une irréalité fantastique. Il tenait à la main un boîtier de la taille d’un CD.

– Que pouvons-nous faire pour toi ?

– Me protéger, on me veut du mal, aidez-moi, protégez-moi !

Dans un mouvement spontané, je sortis de mon véhicule, agrippa le robot par l’épaule, ouvris la portière arrière et le poussa à l’intérieur de l’habitacle.

– Assieds-toi à côté de Fabien et ne bouge plus.

– D’accord !

Le robot exécuta le mouvement que tout être humain aurait fait pour s’installer en position assise.

– Qu’est-ce que tu fais ! s’exclama Vincent.

– Tu veux que j’abandonne quelqu’un qui est blessé sur le bord du chemin ?

– Ce n’est pas un être humain !

– Il a imploré du secours, je n’ai jamais refusé une requête de ce genre, tu es bien placé pour le savoir ! On peut le prendre en charge en attendant d’avoir des éclaircissements sur ce qui vient de se passer.

– Des ennuis en perceptive, grommela-t-il.

La falaise amplifiait le hurlement des sirènes. S’extraire du chemin de terre ne fut pas aisé, le bouchon de curiosité s’allongeait. Vincent se dirigea vers Patay, il bifurqua à Galoma. Grâce aux petites routes de campagne qui surplombaient le lac, il évita l’embouteillage et rentra sans détour à la villa. Nous disposions du rez-de-chaussée. Les parents de Vincent, occupaient le premier étage. Ce compromis leur permettait de voir régulièrement leur petit-fils, ce qui n’aurait pas été le cas sans notre entorse aux différents codes français.

Dans la voiture, le petit robot d’un mètre cinquante environ, n’avait pas bougé et n’avait émis aucun son. Fabien lui avait attaché sa ceinture de sécurité en lui parlant, mais l’assemblage d’impulsions électroniques semblait en état de choc, tout comme un être humain l’aurait été dans la même situation. Vincent pénétra dans le garage, la fermeture automatique verrouilla les portes. Le robot suivit l’enfant.

– C’est malin, que va-t-on en faire ?

– Dans un premier temps, l’abriter. Il y a une petite pièce à côté de la chambre de Fabien, nous allons l’y installer, il pourra reposer son attirail électronique.

– C’est un robot très avancé, il doit appartenir à un laboratoire de recherche. Si ça se trouve, il appartient à des militaires ou à l’état !

– Comment t’appelles-tu ?

– Je lui ai déjà demandé, il ne m’a pas répondu, m’informa Fabien en déposant le boîtier de son nouveau copain sur sa pile de jeux vidéo.

– Pourquoi ne réponds-tu pas ?

– J’ignore la réponse.

– Il a peut-être la mémoire qui flanche, suggéra Fabien.

– Sa voix est celle d’un être humain. Le travail sur l’assimilation de la robotique à nos caractéristiques est fantastique. Tu as mal ?

– Ce n’est pas un être humain, c’est une machine ! explosa Vincent.

– Bon ! On garde le silence sur notre ami. Fabien ! Tu ne racontes rien sur notre découverte à tes copains que ce soit à l’école ou en live sur ta Xbox, compris ?

– Pas de souci, je sais tenir ma langue !

– On va cuisiner fiston pendant que ta mère s’occupe de sa trouvaille !

L’alliage qui constituait son épiderme était mat. Une substance imitant la peau humaine recouvrait une de ses mains. Le métal avait résisté à l’accident, mais certains endroits du revêtement étaient endommagés.

– Il faut m’aider, répéta-t-il.

– C’est fait ! Je t’ai amené dans un endroit calme.

– J’ai dû tomber et abîmer des circuits. Jonathan ne sera pas content.

– Qui est Jonathan ?

– Je l’ignore. Il était avec moi, on me voulait du mal, d’autres m’ont défendu… je ne sais plus qui.

– Ta chute a dû endommager ta mémoire ! Tu es chez Vincent et Marie.

– Tu t’appelles Marie ?

Je hochai la tête.

– Il va falloir te trouver un nom. En quoi puis-je t’aider ?

– énergie, répondit-il en défaisant un petit sac à dos que je n’avais pas remarqué. Avec ses indications, je branchai une batterie sur le secteur via un petit transformateur de voltage qu’il avait dans son sac. Je remis l’œil dans son orbite. Ce n’était pas trop grave, il était dévissé et le système visuel ne semblait pas abîmé. Il était déboussolé et ne semblait pas comprendre ce qu’il lui était arrivé. Je le laissai se recomposer lui-même, il ne bougeait plus.

Pendant le repas, Vincent exigea que je me débarrasse de l’amas de ferraille. Il était soupe au lait quand quelque chose ne fonctionnait pas comme il le voulait. Fabien partit jouer avec ses jeux et mon compagnon visionna un CD de ses anciens exploits ; ce qui n’arrangerait pas son humeur. Je disparus en le laissant à sa nostalgie du Grand Nord. Je rangeai la cuisine et quelques affaires de Fabien en songeant à mon assemblage électronique quand une idée vint me titiller. Je laissai Vincent avec le souvenir d’avoir réussi un challenge de Skagway à Québec dans un univers où les températures s’égayaient entre -30 et -45 degrés Celsius.

C’était un vrai passionné et le fait d’être coincé ici le rendait parfois grognon. Je n’avais pas eu réellement le choix, mais j’avais réussi à me libérer de pressions bien plus pénibles que le caractère de Vincent.

Une visite inattendue

J’avais protégé mon Intelligence Artificielle tout en retournant travailler. Mon robot me posait une infinité de questions. Sa mémoire était fragmentaire. Il m’avait confié qu’il s’appelait Arnold. Comment remettre cette entité à son légitime propriétaire ? La presse locale relatait l’accident, elle ne fournissait pas de renseignements précis. La micheline circulait à vide, le conducteur était décédé à l’hôpital. Les informations sur les passagers du camping-car, étaient inexistantes. Allez voir la police était hasardeux. Je ne savais pas comment m’en sortir discrètement sans impliquer Fabien. Son avenir m’avait toujours préoccupé.

Je rentrai mon véhicule dans la cour et adressai un signe amical à mon voisin qui possédait une vue imprenable sur notre jardin depuis sa véranda. C’était un journaliste sympathique, d’une quarantaine d’années, qui vivait seul avec sa fille. Il nous avait rendu service le jour où j’avais été immobilisée avec ma jambe : il avait accompagné Fabien et sa fille à l’école en m’évitant des efforts douloureux pour conduire.

Dans le salon, Fabien et Vincent se chamaillaient devant la télévision. Je préparais le repas quand l’interphone raisonna.

– Bonsoir, nous voudrions parler à monsieur Salins.

– De la part ?

– Police.

Vincent m’observa et ferma les yeux un bref instant.

– Pas de panique, murmurai-je en passant devant lui pour ouvrir la porte. Je sortis sous la marquise en attendant mes visiteurs. Ils étaient deux à porter le même style de costume froissé. L’un avait un peu d’embonpoint, l’autre était plus sportif avec deux ou trois centimètres supplémentaires. Ils exhibèrent une carte professionnelle dont la lecture plissa les rides de mon front. Les deux hommes, sans signe particulier, franchirent le paillasson. L’odeur fraîche du vétiver influença mon univers. Ils se présentèrent.

– Thomas Boyer et Gérald Garnier. Nous enquêtons sur l’accident de samedi dernier.

– Que viennent faire des agents de la Direction de la Sécurité du Territoire dans un accident ferroviaire ? s’enquit Vincent.

À la réplique de Vincent, ils affichèrent un sourire. Celui de monsieur Boyer était très séduisant, il laissait apparaître deux fossettes. Ses yeux, couleur noisette, détaillaient notre intérieur. C’est son copain qui nous posa la question qui électrisa un peu l’atmosphère :

– Que faisiez-vous samedi matin sur le parking du lac à Patay ?

– Une partie de pêche avec mon fils.

– Pourquoi vous êtes-vous sauvés ?

– Sauvés ? Nous avons plié nos affaires, ma compagne nous a indiqué qu’il s’agissait d’un terrible accident. Nous n’avons pas voulu encombrer les secours par notre présence, précisa Vincent.

Les deux hommes restèrent silencieux, Fabien fit une timide apparition dans le salon.

– Votre fils ?

– Il s’agit du fils de Maxwell Salins. Je m’adressai à Fabien : s’il te plaît mon garçon, retourne dans ta chambre jouer avec tes jeux !

– Oui maman !

– Il est obéissant cet enfant, vous êtes sa mère ?

Je hochai la tête.

– Qui est Maxwell Salins ?

Son expression soucieuse lui ridait le front en deux barres parallèles. J’eus un mouvement d’humeur contre ma façon absurde d’évoquer des détails superflus.

– Était, il est décédé il y a neuf ans maintenant.

– Ce n’est pas votre fils naturel, n’est-ce pas ? s’enquit monsieur Boyer avec une intuition remarquable.

– …

– J’attends une réponse.

– Je l’ai élevé depuis ses seize mois !

– Mon frère m’a demandé de protéger le petit. Marie était sa nounou. Je l’ai appelé et elle s’est occupée du petit comme une mère, intervint Vincent.

– Je vais être clair et précis, je ne suis pas là pour vous attirer des ennuis, absolument pas.

– C’est mon oncle, il m’a élevé à la mort de mon père. Ma mère est morte à ma naissance, je suis dans la maison de mes grands-parents, ma grand-mère m’a tout expliqué quand j’ai eu huit ans, intervint Fabien, revenu inquiet de cette intrusion vespérale.

– Que t’a raconté ta grand-mère ?

– Que mon oncle avait décidé de m’élever avec Marie ma nounou. Grand-père Louis et grand-mère Sophie l’on fait pour moi.

– Merci Fabien, mais pourquoi la famille de ton père a-t-elle pris ces mesures ? Pourquoi tes parents adoptifs ont-ils peur, là en ce moment ? Je sens une gêne, une réticence.

– Ils ont peur que je subisse des mauvais traitements. Ma mère leur avait raconté qu’elle n’était pas heureuse. Grand-mère m’a dit qu’elle m’expliquerait plus tard lorsque je serai un adulte et qu’il fallait ne rien dire sinon je me retrouverai dans une autre famille, loin d’eux. Je suis bien avec eux… Je ne veux pas les quitter !

– Tu as quel âge ?

– Dix ans, presque onze !

– Tu vas aller jouer tranquillement, je vais interroger tes parents sur l’accident.

– Vous n’allez pas m’emmener ?

– Non, je vais m’occuper de Marie, pourrais-tu t’occuper de Vincent ?

Monsieur Boyer me précéda dans la cuisine.

– Vous pouvez m’expliquer cette histoire, je comprends la motivation de la famille paternelle. Pourquoi avez-vous accepté cet arrangement, la belle famille est-elle si redoutable ?

Je décidai de faire confiance à ses hommes et de ne pas leur mentir, ce n’était pas le bon plan.

– Découvrez la famille Mescos et vous comprendrez. Marie a disparu, on a préféré raconter qu’elle était morte.

– La famille maternelle ignore l’existence de Fabien ?

– Oui et si vous avez du cœur, ne l’arrachez pas à ses grands-parents qui chérissent cet enfant. Ils finissent une croisière en Méditerranée.

– Comment une simple nounou peut devenir la mère d’un enfant sans enquête sociale ?

– Fabien vous l’a expliqué, je me suis occupée de lui, nous sommes venus nous installer ici.

– Vous avez usurpé l’identité de la mère ! Voilà la véritable origine de votre peur et Marie Vlasta n’a rien à voir avec le nom Mescos.

– C’était son beau-père, vous vous êtes renseigné avant de venir nous voir.

– Pourquoi avoir voulu changer d’identité ? Vous pouviez garder votre vrai nom. Le beau-père de la vraie Marie aurait pu vous retrouver.

– Cela m’étonnerait, il est toujours en prison pour meurtre.

– Vous avez profité d’une opportunité, reproduire un état civil n’était pas facile.

– Je ressemblais vaguement à Marie et les moyens techniques ne manquent pas pour contrefaire des documents administratifs.

– Pourquoi avoir changé d’identité ?

– Pourquoi toutes ses questions ?

– Je veux savoir pourquoi vous vous êtes enfuis du lieu de l’accident. Les vidéosurveillances nous ont permis d’étudier chaque plaque d’immatriculation et nous interrogeons chaque témoin. Sur celle du parking, qui est opérationnelle même le week-end, nous vous avons repéré tous les trois.

– J’ignorais que ce parking était surveillé.

– La petite boîte d’import-export a été cambriolée plusieurs fois, ils ont placé leurs biens sous vidéo… Vous avez quitté le parking cinq minutes après l’impact, vous aviez l’air d’être pressés.

Je lui racontai ce que j’avais vu.

– Je peux vous poser une question à mon tour ? Pourquoi êtes-vous si pointilleux pour retrouver des témoins, même ceux qui ne souhaitent pas s’exprimer ?

– La voiture, vous seriez capable de la reconnaître ? interrogea-t-il éludant ma question.

– Celle qui s’est arrêtée, puis est repartie… Non, mais si vous avez visionné les films, vous devez l’avoir identifiée.

– Votre impression est exacte, elle a tenté pendant plusieurs kilomètres de virer le camping-car de la route.

– Que cherchez-vous exactement ?

– Je vous réponds franchement si vous me donnez votre réelle identité et si vous me dites pourquoi vous avez aidé cette famille en usurpant l’identité de la véritable Marie Vlasta.

Son mobile bourdonna, interrompant un entretien qui me laissait songeuse. La sémantique vous aide quelquefois : « véritable », il savait en venant nous interroger que je n’étais pas Marie. J’écoutai discrètement sa conversation :

– On y va en douceur avec mes méthodes. Dis-lui que j’obtiendrai des résultats si on me laisse faire, ce sont des gens sympathiques.

– …

Il coupa son mobile, le tritura et leva son visage encadré de cheveux bruns.

– Que faites-vous dans la vie ?

– Je suis employée comme vendeuse dans la vieille ville. C’est une petite boutique très courue par la bourgeoisie du coin : accessoires de luxe et vêtements masculins réalisés sur mesure et des costumes prêt-à-porter de grands couturiers.

Je le sentis se détendre, puis il me fixa :

– Votre vrai nom ?

– Vous êtes têtu, vous savez !

– Oui, buté et arrogant !

– Non ! Vous n’avez pas ce défaut. Croyez-moi ! Je rencontre tous les jours des outres pleines de suffisance parce que papa et maman sont nés avant eux ou que leur position sociale leur donne du pouvoir.

– Vous aimez votre job ?

– J’apprécie de conseiller les gens sur les vêtements qu’ils doivent porter pour telle ou telle cérémonie. J’aime bien les mariés qui entrent dans la boutique et dont la plupart se sauvent en courant quand on leur annonce le prix du modèle qui leur plaît. Ma patronne les catalogue immédiatement et me reproche de perdre du temps avec eux, mais ces gens sont plus simples, plus vrais que l’image que certains veulent donner d’eux-mêmes.

– J’irai vous voir pour me faire conseiller.

– Les premiers prix d’un costume avoisinent les sept cents euros.

– J’espère que c’est de la qualité !

– Indéniablement.

– Marie votre vrai nom ! Je veux bien fermer les yeux pour une non-présentation d’enfant si elle est motivée, mais il faut que j’emboîte cette histoire. Je vous promets d’arranger votre situation.

Sa phrase s’accompagna d’un geste circulaire de son doigt. Je murmurai à son oreille en me levant sur la pointe des pieds.

– Mon vrai nom est Paule Alton d’Ambrieux.

Mon cœur battait la chamade. J’espérais que cet homme, une fois sa curiosité satisfaite, passerait à sa réelle enquête. J’étais nerveuse et mon point d’angoisse resurgit.

– Je comprends que vous ayez voulu en changer, ironisa-t-il.

À ce moment précis, Vincent et son guide entrèrent dans la cuisine.

– J’ai affaire à une huître ! On arrive, précisa-t-il en désignant un iPad qu’il avait dans la main. Sa grimace était très expressive : il avait gonflé ses joues, ses lèvres ne formaient plus qu’un trait mince, il expulsa un nom : Jaouen !

– Qui est-ce ? demandai-je en notant à nouveau les effluves de vétiver.

– Un idiot, je dois faire avec, il est mon supérieur hiérarchique. Monsieur Garnier renifla. Ça sent bon, ici ! dit-il en arrêtant son regard sur les restes d’une tarte aux pommes.

Les phares de véhicules balayèrent le parking de la maison dont les grilles étaient restées ouvertes. Monsieur Boyer examina par la fenêtre l’arrivée de trois personnes. Ce n’était plus une enquête, c’était une invasion.

– Que cherchez-vous ?

– Je ne peux pas tenir ma promesse, pas maintenant ! dit-il d’un ton calme en pivotant vers la porte de la cuisine.

– Alors ? questionna un mec rondouillard dont la silhouette était incompatible avec le port d’un costume trois-pièces, bien qu’il osait l’expérience. Je venais également d’intégrer la grimace suggestive de monsieur Garnier.

– C’est une gentille famille qui ne voulait pas d’ennui. Monsieur Salins indique qu’il n’a rien vu.

– Personne ne voit rien de nos jours ! Pour l’instant, nous n’avons rien trouvé sur le lieu de l’accident. Vous permettez que l’on fouille la maison et après on s’en va, continua-t-il en ouvrant les portes, ce que n’avaient pas fait nos deux investigateurs.

– La partie haute appartient à mes parents, j’ai les clés si vous voulez visiter, je vous précise qu’ils ne souhaitent pas vendre.

Je regardai Vincent faire l’éloge des rosiers de Sophie et de la terrasse plein sud, protégée par l’orme de la maison voisine.

– Il s’amuse ? chuchota monsieur Boyer en frappant le chambranle de la porte du salon avec son mobile.

– C’est son moyen de décompresser, il est rigolo… quelques fois… Vous cherchez quelqu’un ou quelque chose, pour en faire quoi ?

Il me dévisagea.

– Voilà une question des plus insolites… Je viendrai me faire conseiller, votre magasin ?

– « L’aristo », cela ne s’invente pas !

Quand ces messieurs eurent décampé pour enquiquiner d’autres témoins potentiels, Vincent s’approcha de moi.

– Ils vont nous foutre la paix ?

– J’ai confiance, ils vont vérifier notre histoire et comme nous n’avons pas menti, ils vont passer aux témoins suivants.

Ce soir-là, je sortis dans la cour et composai un message sur mon smartphone inutilisé depuis de nombreux mois, son système d’exploitation comportait de nombreuses fonctions.

Le réveil de la Belette argentée

J’installais une chemise sur un mannequin quand j’entendis le carillon indiquant l’entrée d’un client. Je ne me retournai pas puisque je finissais mon travail de présentation, je m’éloignai pour me rendre compte de mon œuvre d’art personnelle.

– Une chemise rose ?

– Oui, les hommes hésitent à porter cette couleur. Pourtant, elle s’associe avec ce costume anthracite.

– Puis-je vous être utile ? intervint ma patronne qui avait estimé le coût du vêtement de monsieur Boyer.

– Bonjour madame, voyez-vous, je suis un client très difficile. Je me marie avec une jeune femme dont le père est d’un classicisme déroutant. Elle portera une robe de mariée digne des Contes des mille et une nuits. Il me faut une tenue appropriée. Un ami a été servi par Marie, il n’a pas eu à se plaindre de ses conseils. Puis-je réquisitionner votre vendeuse ?

– Bien sûr ! Elle est à vous, je vous informe que nos prestations sont haut de gamme.

– J’y compte bien ! s’exclama-t-il en sourcillant.

J’examinai les vestes accrochées pour éviter d’afficher mon sourire moqueur et retrouvai mon ton professionnel.

– Avez-vous une idée particulière ?

– Je souhaite quelque chose de discret dont le modèle soit compatible avec ma silhouette, dixit ma fiancée !

– Vous cherchez vraiment un costume ? murmurai-je.

– Oui, discret, confortable, je refuse de me gratter tout le long de la cérémonie.

Ce fut à mon tour d’observer sa silhouette.

– Aucune femme n’a tourné de cette façon autour de moi ! rigola-t-il.

– Trois modèles pourraient vous convenir.

– J’aimerais quelque chose que l’on puisse réutiliser pour n’importe quelle occasion.

Je hochai la tête et lui désignai mon choix. Il repoussa immédiatement le troisième modèle en viscose.

– Je vous invite au restaurant en face de votre boutique.

– Vous plaisantez ! C’est le plus cher de la vieille ville.

– On prétend que sa cuisine est excellente.

– Fort possible, mais l’addition est aussi rondelette que mes prix !

– Aucune importance, ils seront pris en charge.

– Vous êtes donc en mission d’investigations.

– La même qu’hier et votre dernière question a éveillé tout un pan d’interrogations… J’ai l’intuition que vous ne m’avez pas tout raconté.

– Je suis bonne pour une nouvelle inquisition.

– Madame Demiac, dit-il sans se retourner puisqu’il l’avait vu arriver dans le miroir, puis-je solliciter votre aide ? Je ne dispose que d’un laps de délai très court. Puis-je inviter votre vendeuse au restaurant pour qu’elle me guide dans mes futures acquisitions ? Outre le costume, j’aimerais qu’elle me parle des accessoires indispensables lors de cette cérémonie, je ne veux pas faire de faute de goût. Mon futur beau-père est un vieux tatillon et bien qu’il m’enquiquine la vie, je dois faire avec.

– Marie que décidez-vous ?

– La proposition est inhabituelle, pourquoi pas ?

– Parfait, je vous emmène, inutile de prendre des affaires, expliqua-t-il en désignant le Valmont avec son doigt.

Nous pénétrâmes dans le restaurant dont j’avais l’habitude de voir l’enseigne depuis quelques années et dans lequel je n’avais jamais mis les pieds. L’accueil était à l’image de la décoration du restaurant : très sophistiqué. Les tables étaient dressées dans les nuances bleutées qui rappelaient la couleur des murs. Je choisis le menu le plus simple qui était déjà dans les sphères financières inappropriées pour moi. Au départ de la serveuse, il attaqua :

– Paule Alton d’Ambrieux a disparu, présumée morte noyée.

– J’espère que vous n’avez pas réveillé la suspicion de la famille d’Ambrieux pour cette incursion sur un état civil.

– La disparition n’est pas indiquée sur l’état civil. J’ai des amis.

– Le Chevalier aussi… Même si nous sommes en République les noms de la noblesse de l’ancien régime fascinent la bourgeoisie qui a tout fait depuis plus de deux cents ans pour prendre sa place… J’ai toujours été en décalage avec ma famille. J’avais 18 ans quand un soir on m’a annoncé mes fiançailles avec un parfait inconnu qui avait vingt ans de plus. Je n’avais pas envie de finir ma vie en infirmière, ce n’était pas mon objectif. Personne ne m’aurait écoutée j’ai donc organisé ma propre mort : je me suis noyée.

– Vous avez tué quelqu’un pour prendre sa place ?

– Mais non ! J’ai profité d’une opportunité près de Lancieux, à l’embouchure de l’Ille-et-Vilaine… il y a quelquefois des cadavres qui sont livrés par la mer… j’ai utilisé celui d’une femme méconnaissable en raison de son séjour dans l’eau. Dans le sac de la noyée, j’ai glissé une médaille et une bague qui venaient de ma grand-mère. J’étais libre ! Je connaissais Maxwell. Il m’a aidé, je n’avais pas d’identité, il m’a fait une proposition que Vincent a confirmée.

– J’ai vérifié, c’est Vincent qui découvre le corps.

– Maxwell était encore vivant, il lui a murmuré de protéger son bébé.

– La maison d’Ambrieux est renommée, mentionna-t-il en changeant de sujet.