Barack Obama, la grande désillusion

Barack Obama, la grande désillusion

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173 pages

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Nouveau Messie, Barack Obama devait, d'un coup de baguette magique, transformer les États-Unis et redonner espoir à notre planète. On nous l'a fait croire, et nous l'avons cru. Après quatre années de présidence, la déception est générale.






Obama n'a réalisé son programme que partiellement et imparfaitement. Il n'a pas mis un terme à la crise économique, financière et sociale. Les États-Unis n'ont toujours pas retrouvé le chemin de la croissance et du plein emploi. La réforme du système de santé n'est pas encore appliquée, même si la Cour suprême l'a validée par cinq voix contre quatre. L'opinion publique est profondément divisée. Dans le domaine de la politique étrangère, quelques succès spectaculaires, comme l'exécution d'Oussama Ben Laden, dissimulent bien des échecs, complets ou partiels.
Pour André Kaspi, les explications ne manquent pas. La conjoncture, diront les uns, a été trop défavorable. L'Amérique, ajouteront les autres, est inexorablement confrontée à son déclin. À moins que les promesses aient été inconsidérées. La personnalité d'Obama est, tout compte fait, sans doute moins exceptionnelle qu'on l'a cru. Les électeurs américains trancheront en novembre 2012. Ils compareront les promesses du candidat républicain avec le bilan du président sortant. Et accorderont, ou non, un second mandat à Barack Obama.
Un bilan sans concession de la présidence Obama, par l'un des meilleurs spécialistes français des États-Unis.



Professeur émérite à la Sorbonne, André Kaspi a beaucoup publié sur l'histoire et la civilisation des États-Unis. Parmi ses ouvrages, Les Américains (2 vol., Le Seuil, éd. 2002), John F. Kennedy. Une famille, un président, un mythe (Complexe, 2007), Les Juifs américains (Plon, 2008), Franklin D. Roosevelt (Perrin, coll. " Tempus ", 2012), Les Présidents américains (avec Hélène Harter, Tallandier, 2012)








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Date de parution 06 septembre 2012
Nombre de lectures 25
EAN13 9782259219433
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Du même auteur

La Mission de Jean Monnet à Alger, mars-octobre 1943, Éditions Richelieu et Publications de la Sorbonne, 1971.

Le Temps des Américains : le concours américain à la France, 1917-1918, Publications de la Sorbonne, 1976. Prix de l’Académie des sciences morales et politiques.

L’Indépendance américaine, 1763-1789, Gallimard-Julliard, coll. « Archives », 1976.

La Deuxième Guerre mondiale : chronologie commentée, Perrin, 1980 ; Bruxelles, Complexe, 1995.

La Vie quotidienne aux États-Unis au temps de la prospérité, 1919-1929, Hachette, 1980 ; 1993. Prix de l’Académie française.

Le Watergate, 1972-1974 : la démocratie américaine à l’épreuve, Bruxelles, Complexe, 1983.

États-Unis 68 : l’année des contestations, Bruxelles, Complexe, 1988 ; Bruxelles, André Versaille, 2008.

Franklin Roosevelt, Fayard, 1988 ; Perrin, coll. « Tempus », 2012.

Les Juifs pendant l’Occupation, Éditions du Seuil, 1991 ; coll. « Points-Histoire », 1997.

La Guerre de Sécession : les États désunis, Gallimard, coll. « Découvertes », 1992.

La Libération de la France, juin 1944-janvier 1946 (en collaboration), Perrin, 1995.

Histoire des relations internationales de 1919 à nos jours (ouvrage écrit par Jean-Baptiste Duroselle, revu et complété par André Kaspi), 2 vol., Armand Colin, 13e édition, 2002.

Jules Isaac ou la passion de la vérité, Plon, 2002.

La Peine de mort aux États-Unis, Plon, 2003.

La Civilisation américaine(en collaboration), PUF, nouvelle édition 2006.

John F. Kennedy : une famille, un président, un mythe, Bruxelles, Complexe, 2007.

Les Juifs américains, Plon, 2008 ; coll. « Points-Histoire », 2009.

Comprendre les États-Unis d’aujourd’hui, Perrin, coll. « Tempus », 2008.

Les Américains, 2 vol., Éditions du Seuil, nouvelle édition 2008. Prix France-Amériques.

Des espions ordinaires : l’affaire Rosenberg, Larousse, 2009.

Saint-Maur-des-Fossés :quand la banlieue peut avoir une âme (en collaboration), Gallimard, coll. « Découvertes », 2010.

Chronologie commentée de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, coll. « Tempus », 2010.

Les Présidents américains : de Washington à Obama (en collaboration), Tallandier, 2012.


 

André Kaspi

Barack Obama :
la grande désillusion

Editions Plon

PLON

www.plon.fr

 


 

 

 

 

 

© Plon, 2012

ISBN : 978-2-259-21943-3

© Joedson Alves/dpa/Corbis

Création graphique : V. Podevin

 

 

 

Dans quelques semaines, Barack Obama achèvera le mandat que ses compatriotes lui ont donné en novembre 2008. Peut-être sera-t-il réélu. À moins que son adversaire républicain, Mitt Romney, ne l’emporte. Il est temps de comparer les promesses électorales et le bilan des quatre dernières années.

Obama n’a réalisé son programme que partiellement et imparfaitement. Il n’a pas mis un terme à la crise économique, financière et sociale. Les États-Unis n’ont toujours pas retrouvé le chemin de la croissance et du plein-emploi. La réforme du système de santé, votée après d’interminables débats, n’est pas encore appliquée et ne le sera peut-être jamais. L’opinion publique est profondément divisée. En politique étrangère, quelques succès spectaculaires, comme l’exécution d’Oussama Ben Laden, dissimulent bien des échecs, complets ou partiels. En Irak comme en Afghanistan, face à l’Iran ou dans le conflit israélo-palestinien, les États-Unis n’ont pas obtenu les succès qu’ils espéraient. En Asie, la Chine est à la fois un rival coriace et un partenaire inévitable. En un mot, voici venu le temps de la grande désillusion.

Les explications ne manquent pas. La conjoncture, diront les uns, a été trop défavorable. L’Amérique, ajouteront les autres, est inexorablement confrontée à son déclin. À moins que les promesses n’aient été inconsidérées. La personnalité d’Obama, si difficile à cerner, est, tout compte fait, sans doute moins exceptionnelle qu’on l’a cru. Les électeurs américains trancheront le 6 novembre 2012. En toute connaissance de cause, ils accorderont ou refuseront un second mandat à Barack Obama.

Ces questions difficiles, il faut les aborder avec sérieux et sérénité. Des réponses incertaines, il faut se garder de faire des vérités éternelles. Bien sûr, c’est courir un grand risque que de disserter sur un présent encore brûlant, sur des faits que l’on ne connaît pas dans leur intégralité, sur des personnalités qui n’ont pas révélé toutes leurs facettes. Il vaudrait mieux attendre quelques mois, voire quelques années de plus. Surtout lorsqu’on est historien et que l’on a l’habitude de prévoir le passé plus que l’avenir. Mais on peut aussi renoncer à la prudence pour mieux comprendre le monde qui nous entoure. Avec la naïveté d’espérer que l’inattendu ne viendra pas démentir des analyses qu’on croyait solides et raisonnables.

1

Le cadeau norvégien

 


Le 9 octobre 2009, vers 6 heures du matin, branle-bas de combat à la Maison Blanche. Il faut réveiller le Président pour lui annoncer une nouvelle inattendue, extraordinaire : le Comité Nobel vient de lui attribuer le prix Nobel de la paix. L’information fera, à n’en pas douter, le tour de la planète. Elle suscitera des commentaires de toutes sortes. Il faut la gérer.

Un prix prestigieux

Le prix a été fondé par Alfred Nobel, sans doute parce qu’il éprouvait des remords d’avoir inventé la dynamite. Il récompense une personnalité ou une organisation qui a contribué au rapprochement entre les peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la propagation des progrès pour la paix. Il est décerné par un comité de cinq membres, tous norvégiens, désignés par le Storting, le parlement de la Norvège – à la différence des autres prix Nobel qui, eux, relèvent de l’Académie suédoise. La procédure est à la fois longue et obscure. Des politiques, des universitaires, d’anciens lauréats de toutes nationalités adressent leurs propositions à Oslo. En 2009, 205 noms furent ainsi cités. Les propositions restent secrètes pendant cinquante ans – du moins, en principe. Le vote intervient en octobre.

Depuis sa création en 1901, l’attribution du prix est un événement de première importance. Cela tient, sans doute, à la qualité des récipiendaires. Les deux premiers ont été Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge, et Frédéric Passy, le président de la Société française pour l’arbitrage entre les nations. Dans le dernier demi-siècle, Albert Schweitzer, René Cassin, Willy Brandt, Andrei Sakharov, Mère Teresa, Desmond Tutu, Mikhaïl Gorbatchev, Aung San Suu Kyi, Nelson Mandela ont été honorés. Une vingtaine d’Américains figurent sur cette liste prestigieuse, comme Martin Luther King, George C. Marshall, Elie Wiesel. Trois présidents des États-Unis y sont également inscrits : Theodore Roosevelt en 1906 pour avoir servi de médiateur entre Russes et Japonais et les avoir convaincus de signer la paix, Woodrow Wilson en 1919 pour avoir fondé la Société des Nations, et l’ancien président Jimmy Carter en 2002 pour ses efforts en faveur de la démocratie, des droits de l’homme et du développement économique. On peut ajouter à cette liste Al Gore, ex-vice-président, devenu le champion de la défense de l’environnement, prix Nobel en 2007. Certes, tous les choix des jurés norvégiens n’ont pas suscité le même enthousiasme. Henry Kissinger et Le Duc Tho, les négociateurs de la paix au Viêtnam, méritaient-ils cette récompense, que le Vietnamien a d’ailleurs refusée ? À Shimon Peres et à Yitzak Rabin, fallait-il associer Yasser Arafat ? La désignation de Sakharov en 1975 a profondément irrité l’Union soviétique. Celle de Liu Xiaobo ne cesse de susciter la colère de la Chine. On sait aujourd’hui que Staline et Hitler ont été proposés, mais qu’heureusement leur candidature n’a pas été retenue. Gandhi, cinq fois pressenti, n’a pas été couronné. Bref, les décisions du comité Nobel n’ont jamais provoqué les applaudissements de la planète tout entière, mais, dans l’ensemble, elles ont conforté la réputation internationale du prix.

Un cadeau empoisonné

Dans quelle catégorie placer Barack Obama ? A-t-il mérité ou non la récompense qui lui arrive de Norvège ? Président des États-Unis depuis moins de dix mois, qu’a-t-il fait de glorieux ? Quels succès a-t-il remportés dans le domaine international ? Cet homme, encore inconnu quatre ans auparavant, a-t-il accédé prématurément à la célébrité ? Les questions surgissent immédiatement. Lui-même déclare avec humilité qu’il est « honoré », qu’il accepte cette distinction « comme un appel à l’action », et non pas comme la reconnaissance de son action passée. Il est prêt, ajoute-t-il, à partager ce prix avec ceux qui militent pour la paix, pour le désarmement nucléaire, pour la défense des libertés et contre le réchauffement climatique. En un mot, voilà un honneur qui l’embarrasse. Impossible de le refuser, car ce serait froisser les jurés norvégiens. Difficile de l’accepter, car, à la différence de Theodore Roosevelt, de Woodrow Wilson et de Jimmy Carter, rien de fondamental ou de décisif ne le justifie. D’autant que les États-Unis sont engagés dans deux guerres, celle d’Irak (qu’Obama a condamnée depuis plusieurs années, mais qu’il a, malgré tout, héritée de son prédécesseur) et celle d’Afghanistan pour laquelle il est sur le point d’envoyer 30 000 soldats supplémentaires.

Il n’empêche qu’aux applaudissements, sincères ou rituels, viennent s’ajouter des interrogations, voire une perplexité certaine. Les jurés justifient leur décision et soulignent « ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie internationale et de la coopération entre les peuples ». Ils font allusion à la main tendue en direction de l’Iran, du Venezuela, de la Corée du Nord, de la Syrie, de Cuba, de la Russie. Obama a manifesté la bonne volonté de son pays, qui souhaite la paix dans le monde et ne veut plus apparaître comme le policier, plus ou moins brutal, de la planète. Et les jurés d’ajouter : « Il est très rare qu’une personne ait, dans la même mesure qu’Obama, capté l’attention du monde entier et donné à son peuple l’espoir d’un monde meilleur. » Une appréciation particulièrement flatteuse.

À l’étranger, les chefs d’État et les responsables politiques ne ménagent pas leurs éloges. C’est la politesse des grands de ce monde. Nicolas Sarkozy déclare que le prix Nobel « consacre le retour de l’Amérique dans le cœur de tous les peuples du monde [...] et rend justice à votre vision en faveur de la tolérance et du dialogue ». Selon Angela Merkel, « c’est une incitation pour le président Obama et pour nous tous à faire encore plus pour la paix ». Jimmy Carter, Benyamin Nétanyahou, Ismaël Haniyeh (le leader du Hamas à Gaza), Desmond Tutu, Hamid Karzaï, Silvio Berlusconi, beaucoup d’autres encore ne tarissent pas d’éloges. Lech Walesa, prix Nobel de la paix en 1983, est plus réservé. Avec franchise, il estime que la récompense est prématurée, mais il ne désapprouve pas. Aux États-Unis, l’opinion est partagée. John McCain, le concurrent malheureux d’Obama à l’élection présidentielle, félicite le Président « pour cette récompense prestigieuse ». Bien entendu, les soutiens et les membres de la majorité présidentielle sont ravis. Leur héros n’a rien perdu de son statut de star internationale. L’Amérique d’Obama est autrement plus populaire, autrement plus admirée que celle de George W. Bush.

Mais il faut reconnaître que nombreux sont les Américains qui n’ont pas surmonté leur étonnement ni leur scepticisme. Ils expriment leurs doutes. Leurs questions ne manquent pas de pertinence. À quoi sert le prix Nobel, lorsque l’on veut faire passer une loi sur le système de santé ou bien lorsqu’on cherche à créer des emplois ? Sénateurs et représentants ne seront certainement pas influencés par la Norvège ou par ce que l’on peut baptiser l’opinion internationale. Le prix Nobel ne fera pas gagner les élections. Il ne redonnera pas vigueur à une Amérique affaiblie, inquiète, parfois désespérée. C’est sur les réformes de la société et sur le retour de la croissance économiqueque les électeurs d’outre-Atlantique jugeront leur Président. En conséquence, il n’est pas exclu, entend-on ici et là, que « les Américains en déduisent qu’Obama fait beaucoup pour se faire des amis dans le monde, mais pas assez pour les intérêts de l’Amérique ». Chacun sait que les compatriotes du Président n’apprécient guère que les étrangers les poussent à aimer ou à soutenir leurs dirigeants. À l’égard du monde en général, de l’Europe en particulier, ils ne cachent pas leur méfiance, voire leur défiance.

Les conservateurs, qui n’ont pas voté et qui ne voteront pas pour Obama, font observer que la main tendue de l’Amérique n’a saisi que du vide. Il est même arrivé que cette politique ait produit les effets contraires à ceux que l’on espérait, qu’elle ait fait éclater au grand jour la faiblesse et non la force des États-Unis. Des exemples ? L’Iran n’a pas modifié sa politique nucléaire. La Corée du Nord vient de procéder à un tir de missile. Hugo Chavez reproche à Obama de tenir des propos qui n’ont rien d’apaisant ni de pacifique. Newsweek propose une comparaison intéressante. L’admiration à l’étranger pour Obama ressemble, soutient le journaliste, à celle qu’on manifestait dans les années 1980 pour Gorbatchev. Il y eut alors une gorbymania, comparable à l’obamania d’aujourd’hui. Quand il venait aux États-Unis, le leader soviétique était applaudi, adulé, porté en triomphe. Lui aussi a reçu en 1990 le prix Nobel de la paix. « Tout s’est terminé brusquement. En fait, il n’avait pas compris un point fondamental : le système communiste qu’il s’efforçait de réformer n’était pas réformable. Sa popularité a disparu avec l’Union soviétique. Gorbatchev est devenu un personnage méprisé dans la Russie postsoviétique. Son côté sympathique n’était plus porteur d’espoir, mais de faiblesse. » Obama serait la réincarnation américaine de Gorbatchev.

Somme toute, si l’on en croit les sceptiques, les jurés du Comité Nobel ont fait à Obama un cadeau empoisonné. Ils ont consacré une vision des relations internationales qui tranche avec celle de George W. Bush. Mais ils sont allés trop vite en besogne. Rien de concret n’a résulté des belles paroles du président des États-Unis. Le prix Nobel ressemble, dans ces conditions, à une avance, une sorte d’acompte sur des résultats qui n’ont pas encore été engrangés. Pour un journaliste russe de Vremia Novostlei, « récompenser Barack Obama est à la fois un geste de désespoir et un symbole de foi dans les miracles ». Désespoir à l’égard du système international, profondément perturbé, inquiétant, bouleversé par le terrorisme et la prolifération nucléaire. Foi dans les miracles, comme si un seul homme, fût-il le Président de la plus grande puissance du monde, pouvait, d’un coup de baguette magique, établir la paix universelle et perpétuelle.

L’embarras de Barack Obama

Et si le lauréat du prix Nobel devait commencer par faire la guerre ? C’est la question que pose Barack Obama lui-même, lorsqu’il vient à Oslo recevoir son prix. Dans son discours, il évoque « la guerre juste », « la guerre justifiée », suivant la doctrine exprimée par saint Augustin, saint Thomas d’Aquin et l’École de Salamanque. Il rappelle que le combat contre l’Allemagne nazie, que la riposte contre les Coréens du Nord qui ont envahi la Corée du Sud en juin 1950, que l’intervention armée de l’Otan dans les Balkans ont été autant d’exemples de « la guerre juste ». Tout comme les opérations militaires en Afghanistan. Il arrive que la recherche de la paix passe inévitablement par la guerre. « Dire que la guerre est parfois nécessaire n’est pas un appel au cynisme. C’est la reconnaissance de l’histoire. » Un discours courageux, qui souligne, à gros traits, que les jurés norvégiens ont cédé à leurs sentiments plus qu’à la raison, à l’optimisme plus qu’à la réalité, aux fantasmes plus qu’à l’observation des faits.

 

La décision d’Oslo incite à la réflexion sur l’information dont nous disposons, sur nos enthousiasmes, sur la fragilité de nos jugements. Elle marque l’apogée de l’obamania qui a parcouru le monde pendant deux bonnes années. Elle révèle les ambiguïtés d’une admiration exagérée, sans bornes, qui confine à l’idolâtrie, qui fait d’Obama une sorte de messie. Elle illustre cette obamania qui, deux années durant, a parcouru la France et le reste du monde.

2

L’obamania envahit la France

 


L’obamania, c’est un mot qui entre dans notre vocabulaire en 2008. Il désigne cette sorte de folie, cet engouement formidable qui a saisi le monde, l’Europe comme l’Afrique, le Moyen-Orient comme le reste de l’Asie, un peu moins l’Amérique du Nord. Ce fut une vague géante qui a tout emporté sur son passage. L’Amérique des bons sentiments était de retour. Barack Obama, le nouveau Messie, devait, d’un coup de baguette magique, transformer les États-Unis et redonner espoir à notre planète. On nous l’a fait croire, et nous l’avons cru. Certains continuent de le croire.

Le raz-de-marée

Il faut rappeler l’ampleur de l’obamania en prenant notre pays pour exemple. Jusqu’à la fin de l’année 2007, qui connaît en France ce jeune sénateur de l’Illinois, élu pour la première fois dans la Haute Assemblée fédérale trois ans auparavant ? Personne ou presque ne prête la moindre attention à ses ambitions présidentielles. L’ignorance des Français est partagée par le reste du monde, certainement aussi par une grande majorité des Américains. Au début de l’automne 2007, deux jeunes chercheurs français, l’historien François Durpaire et le civilisationniste Olivier Richomme, publient chez Demopolis L’Amérique de Barack Obama. L’ouvrage compte 189 pages. Il présente « le premier homme noir à avoir des chances de devenir Président de la première puissance mondiale ». Les auteurs restent modestes. Il est possible, écrivent-ils, qu’Obama ne devance pas dans les primaires démocrates Hillary Clinton, qui pourrait alors être la première femme candidate à la présidence au nom d’un des deux grands partis. L’homme est jeune, sympathique, charismatique. Ce nouveau Kennedy, qui fait rêver les États-Unis (il vaudrait mieux dire : une partie des États-Unis), est l’étoile montante du monde politique américain. Ce qui fascine nos deux chercheurs, ce n’est pas le programme politique d’Obama, auquel ils ne consacrent qu’un chapitre et demi sur neuf. Ils se passionnent pour le multiculturalisme, pour le nouveau melting-pot, pour une personnalité qui incarne le métissage.

Les six premiers mois de l’année 2008 sont illustrés par la bataille des primaires démocrates. Les Français découvrent Barack Obama et s’enflamment. Durpaire et Richomme sont les inévitables invités des stations de radio et des émissions de télévision. Ils s’y produisent avec un plaisir qu’ils ne dissimulent pas et une compétence qu’on ne peut pas sous-estimer. Les journalistes de la communauté africaine et antillaise manifestent les premiers leur intérêt, avant d’être rejoints par les médias généralistes qui comprennent que, de l’autre côté de l’Atlantique, la campagne pour les élections présidentielles ne ressemble pas aux précédentes. D’autres ouvrages sur Obama paraissent alors pour tirer parti du filon. Une nouvelle édition mise à jour du Durpaire-Richomme succède à la première édition, qui a été plusieurs fois réimprimée. Il y aura même en 2009 une troisième version, limitée à Obama face à la crise. Avec pour sous-titre : 100 jours pour sauver la planète. En attendant le quatrième, voire le cinquième avatar d’un succès de librairie qui ne se dément pas.

D’autres éditeurs traduisent les discours du candidat, devenu peu après le Président. Les politologues entrent, à leur tour, dans le circuit pour analyser le phénomène. Hubert Védrine livre ses réflexions sur La Politique étrangère américaine : les défis d’un monde globalisé et instable. Un auteur raconte l’histoire d’Obama « aux enfants de 8 à 88 ans ». Tout laisse à penser que l’activisme des maisons d’édition françaises est comparable à celui des autres éditeurs, européens ou non. Les périodiques vont dans la même direction. Au début de juillet 2008, Les Inrockuptiblesfait sa couverture sur « Obama : il était une fois l’Amérique ». Quatre mois plus tard, nouvelle couverture avec cette fois l’annonce d’un dossier spécial, modestement intitulé « Obama : la dernière chance de l’Amérique ».L’Express,Le Point ne sont pas en reste. Les quotidiens, les stations de radio et de télévision entrent dans la danse. Les commentateurs de tous horizons ne cachent pas leur admiration, quand ce n’est pas leur adoration.

Les Français, qu’ils le regrettent ou non, ne votent pas dans les élections américaines. Peu importe. Un comité de soutien à Obama est fondé. Il regroupe plus de 5 000 membres. Inès de la Fressange est photographiée dans Elle vêtue d’un T-shirt aux couleurs du candidat démocrate. Jean-Charles de Castelbajac inclut dans sa collection printemps-été 2009 des robes en lamé à son effigie. De passage à Paris, Stevie Wonder fait acclamer Obama par 15 000 spectateurs réunis au Palais Omnisports de Bercy. Dans une galerie proche de la Bastille, une trentaine d’artistes créent des œuvres sur le thème d’Obama. Le visage du sénateur se retrouve sur des huiles, des dessins, des hologrammes entourés d’étoiles. Benjamin Franklin, l’inventeur du paratonnerre, le représentant des révolutionnaires américains, avait été accueilli en héros par le Tout-Paris et le Tout-Versailles. John et Jackie Kennedy avaient séduit Charles de Gaulle et les Français. La popularité d’Obama atteint un niveau bien supérieur, sans pareil. C’est un véritable délire. Lorsque Barack, accompagné par Michelle, passe par Paris le 25 juillet 2008 pour un séjour d’une étonnante brièveté, des centaines de personnes l’attendent devant la grille de l’Élysée. Peu avant, 200 000 auditeurs l’ont acclamé à Berlin. Il suffit de prononcer le nom du magicien pour que la foule applaudisse à tout rompre, manifeste un soutien sans réserve, réclame encore plus d’ouvrages et d’articles, encore plus d’émissions de radio et de télévision sur Obama l’enchanteur.

Il faut lire et relire les articles et les titres que la presse française lui consacre. Pour le Nouvel Observateur (5-11 juin 2008), « il fait aimer l’Amérique. Jeunesse, idéalisme, métissage... Barack Obama incarne une certaine idée des États-Unis que huit années de bushisme avaient fait oublier ». Le Monde (26 juillet 2008) nous assure que « L’Europe [est] sous le charme de Barack Obama », alors que John McCain « mise sur l’Amérique profonde ». Le Figaro (23 octobre 2008) rapporte les propos d’une jeune Américaine qui nous jure ses grands dieux qu’il « n’est lié à aucun ghetto, ni celui des Noirs revendicateurs, ni celui des riches professionnels, ni celui des politiciens de Washington ». Une sorte d’ovni, semble-t-il. La Croix (6 novembre 2008) chante la gloire du « Président pluriel », du « conciliateur » qui vient de remporter « une victoire éclatante » et, « fort de ses origines multiculturelles, il se veut l’homme d’un nouveau consensus pour ressusciter le rêve américain ». Michel Gurfinkiel, dans Valeurs actuelles (13 novembre 2008), tâche de démontrer que « la victoire d’Obama traduit une révolution politique, démographique, intellectuelle ». Il entrevoit, toutefois, « entre romantisme et pragmatisme, des choix difficiles pour le nouveau Président ». On pourrait poursuivre cette revue de presse, en citant Christophe Barbier dans L’Express du 6 novembre 2008 : « Une fois de plus dans l’histoire, l’Ouest de nos crépuscules brille d’une lumière d’aurore. Plus que de l’enthousiasme, mieux que de la joie, c’est un immense espoir qui vient de l’Amérique et nous submerge. » La couverture du n° 3002 (15 au 21 janvier 2009) est consacrée à Michelle et Barack Obama, enlacés, le regard dirigé vers le haut, donc vers l’avenir, sourire aux lèvres, avec ce sous-titre : « L’espoir Obama ». Il ne faut pas oublier Le Point qui ne ménage pas ses dithyrambes. Quant à Libération, son soutien est total, son enthousiasme sans limites. Obama est un « poète qui a capté l’imagination et les voix de ses citoyens » (21 mai 2008). Il « a bousculé tous les codes traditionnels de la politique américaine. [...] Il a transformé son espoir d’une autre Amérique en un formidable mouvement d’adhésion » (5 juin 2008).