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Bouquet de bruyères

De
254 pages

A MmeGaveaux-Sabalier.

Jeanne, sois sans crainte
Pour ton âme sainte,
Si la cloche tinte,
T’appelle au saint lieu !
Travaille avec zèle,
Ta tâche fidèle
Est toujours, ma belle,
Agréable à Dieu !

File, file, file, file Jeanne,

Dieu, notre père, est indulgent,

Bien indulgent ;

Ta quenouille fait tomber la manne

Entre les mains de l’indigent,

De l’indigent !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Francis Tourte

Bouquet de bruyères

Ballades et chansonnettes

AVANT-PROPOS

Je vous entends, cher lecteur, vous écrier : Encore une Préface ! encore un Livre ! Mon Dieu ! rassurez-vous : ce n’est rien de tout cela. J’ai rassemblé ces petites fleurs, éparses sur les pianos ; j’en ai fait un bouquet : je viens modestement vous l’offrir. J’ai donné à ces strophes le nom de BRUYÈRES, parce que, semblables à leurs sœurs, elles sont écloses à l’ombre des chênes, sur la lisière des bois ; ce ne sont pas des bruyères cultivées, mais bien ces humbles fleurs qui se cachent sous les églantiers du chemin ; dans leur obscurité, un rayon lumineux les révèle au passant, qui se baisse pour les ramasser. Cher lecteur, soyez pour ces pauvres ignorées ce passant si plein de bienveillance, comme les mélodies de mes amis Arnaud, Darcier, Abadie, Henrion, ont été pour elles le rayon fécondant qui les a tirées de l’oubli. Par leur verve musicale, plusieurs de ces refrains ont attiré le sourire sur des lèvres rosées ; quelques-unes de ces petites élégies ont ému des cœurs de jeunes filles, ont attaché une perle humide à de beaux yeux de femmes. N’est-ce pas, en vérité, une assez douce récompense pour mes faibles travaux !

Je ne vous demande pas une place dans votre bibliothèque. Je vous l’ai dit : ce n’est pas un livre ; c’est quelque chose de fugitif comme la mode, une fantaisie que l’on prend, que l’on quitte sans fatigue, comme sans regrets.

 

FRANCIS TOURTE.

A MmeGaveaux-Sabalier.

FILE, FILE, JEANNE.

Jeanne, sois sans crainte
Pour ton âme sainte,
Si la cloche tinte,
T’appelle au saint lieu !
Travaille avec zèle,
Ta tâche fidèle
Est toujours, ma belle,
Agréable à Dieu !

 

File, file, file, file Jeanne,

Dieu, notre père, est indulgent,

Bien indulgent ;

Ta quenouille fait tomber la manne

Entre les mains de l’indigent,

De l’indigent !

File, file, file, file, file, file, file, file Jeanne,

Travailler
C’est prier,

Jeanne, c’est prier.

Depuis l’aube éclose,
Sous ton beau doigt rose
Se métamorphose
La blancheur du lin ;
A plus d’une épreuve,
Le pauvre s’abreuve,
File pour la veuve
Et pour l’orphelin !...

File, file, file, file Jeanne,

Dieu, notre père, est indulgent,

Bien indulgent ;

Ta quenouille fait tomber la manne

Entre les mains de l’indigent,

De l’indigent !

File, file, file, file, file, file, file, file Jeanne,

Travailler,
C’est prier,

Jeanne, c’est prier !

Fais tourner, bien vita,
Ton fuseau, petite,

Pour le saint ermite,
Le preux accablé ;
File avec constance
Pour chaque souffrance ;
Pour rendre la France
Au pauvre exilé !...

File, file, file, file Jeanne,

Dieu, notre père, est indulgent,

Bien indulgent ;

Ta quenouille fait tomber la manne

Entre les mains de l’indigent,

De l’indigent !

File, file, file, file, file, file, file, file Jeanne,

Travailler,
C’est prier,

Jeanne, c’est prier !

MOINE ET BANDIT

Illustration

Mais quand la nuit plus sombre obscurcit la campagne,
Le serviteur de Dieu redevient le maudit ;
Garde à toi, voyageur perdu dans la montagne,
Le brigand qui te guelte (bis) est l’homme qui t’a dit :

Illustration

Bien habile celui dont le butin m’échappe :
Riche, à moi ta valise, à moi, tissus, bijoux,
Et si j’entends au loin les lourds dragons du pape,
Le bandit se prosterne (bis) et chante à deux genoux :

Passant, soulagez ma misère,

Illustration

Mieux que le crucifix, cette vieille espingole
Attendrit le seigneur qui passe le front haut ;
Ce matin j’implorais une chétive obole :
Mais ce soir c’est de l’or (bis), c’est de l’or qu’il me faut :

Comme vous, je veux dans Venise,
Riche et puissant, briller un jour ;
Je veux l’amour d’une marquise,
Je veux un palais, une cour ;

Je veux, je veux un palais, une cour.

Mais jusque-là, fuyant dans l’ombre ;
Toujours damné, toujours proscrit,
Dans les ravins de ce bois sombre
Je dois rester moine et bandit !
Dans les ravins de ce bois sombre
Je dois rester (bis) moine et bandit !

D’OU VIENS-TU, BEAU NUAGE ?

Quel oiseau te dépasse,
Vapeur que rien ne lasse ?
Quand tu fuis dans l’espace,
Mon front devient rêveur.
Où l’aurore se lève,
Je cherche, dans mon rêve,
Le village, la grève,
Où m’attend le bonheur...

Illustration

As-tu vu ma compagne ?
As-tu vu la montagne ?
Notre ciel de Bretagne ?
Notre ciel étoilé ?

As-tu vu le calvaire
Où, chaque soir, ma mère
Va dire une prière,
Pour le pauvre exilé ?

Illustration

Là-bas, près de l’église,
Dis-moi si ma Louise,
Dont la main m’est promise,
Me garde encor sa foi ?...
Oui, Louise est fidèle,
Là-bas, sa voix m’appelle ;
Comme j’attends loin d’elle,
Elle attend loin de moi !...

Illustration

A Chaudesaigues.

TOUT CE QU’ON PERD.

Dans ce monde, tout s’égare,
Ce qui fait mon désespoir ;
Celui-ci perd son cigare,
Celui là perd son mouchoir :
Le joueur perd à la Bourse,
Et cet autre à l’écarté,
Ce beau jockey perd la course,
Ce malade, la santé !.

 

En vérité, c’est étonnant,

Tout ce qu’on perd en cheminant,

En vérité, c’est étonnant, (bis.)

Tout ce qu’on perd en cheminant.

 

Le chien courant perd la trace,
L’ambitieux le bonheur ;
Cet employé perd sa place,
La jeune fille, son cœur...
On perd souvent, en soirée,
Son chapeau neuf et soyeux ;
Mais la chose est avérée,
On ne perd jamais les vieux.

 

En vérité, c’est étonnant,

Tout ce qu’on perd en cheminant,

En vérité, c’est étonnant, (bis.)

Tout ce qu’on perd en cheminant.

 

Le faux brave perd courage,
La coquette, ses amours ;
L’orateur, dans le tapage,
Perd le fil de son discours ;
Le docteur perd son malade,
L’épicier toujours vous dit :
Qu’il perd sur sa cassonade
Et qu’il en perdra l’esprit...

 

En vérité, c’est étonnant,

Tout ce qu’on perd en cheminant,

En vérité, c’est étonnant, (bis.)

Tout ce qu’on perd en cheminant.

 

L’embonpoint perd la tournure,
L’imprudent perd ses paris ;
Le macadam, la chaussure,
Le malheureux, ses amis ;
On perd les vieilles coutumes,
Dans ce siècle aventureux ;
Les canards perdent leurs plumes,
Les grands hommes leurs cheveux !...

 

En vérité, c’est étonnant,

Tout ce qu’on perd en cheminant,

En vérité, c’est étonnant, (bis.)

Tout ce qu’on perd en cheminant.

 

Aujourd’hui chacun est libre
De perdre au wisth, au loto ;
Le buveur perd l’équilibre,
Et le ténor perd son do !...
Vous avez perdu, sans doute,
Votre éventail ou vos gants ;
Au moins celui qui m’écoute
N’aura perdu que son temps !

 

En vérité, c’est étonnant,

Tout ce qu’on perd en cheminant,

En vérité, c’est étonnant, (bis.)

Tout ce qu’on perd en cheminant.

A Poultier

CE QUI MANQUE A LA PLAINE

Voici l’instant où Berthe
Vient animer ces lieux :
Que la prairie est verte
Et que d’azur aux cieux !
Que les buissons pleins d’ombre
Ont de fraîches senteurs !
Qu’ils ont d’oiseaux sans nombre,
De chansons et de fleurs ! (bis.)

 

Si ma bien-aimée

Passait comme un rayon d’or,

O plaine embaumée,

Tu serais plus belle encor !

 

La feuille au vent frissonne,
Au bord du lac si bleu,
Et le soleil rayonne,
Comme un regard de Dieu !
Que de nids sous les herbes !
Que de bruits enchanteurs !
Que d’épis dans les gerbes !
Que d’espoir dans les cœurs ! (bis.)

 

Si ma bien-aimée

Passait comme un rayon d’or,

O plaine embaumée,

Tu serais plus belle encor !

 

Ce qui manque à la plaine,
C’est Berthe aux blonds cheveux ;
L’encens de son haleine,
L’éclair de ses beaux yeux ;
C’est Berthe que j’appelle,
Dans mes soupirs constants,
Ce qui manque, c’est elle,
C’est elle que j’attends. (bit.)

 

C’est ma bien-aimée,

Qui vient comme un rayon d’or ;

O plaine embaumée,

Tu parais plus belle encor !

LE MENDIANT D’ESPAGNE

Pauvre gueux, je cours la campagne
Sans contenter mon appétit,
Autrefois je fus grand d’Espagne,
Un coup de dés m’a fait petit !...
Drapé dans ma bure grossière
Rien ne peut dompter ma fierté ;
Si je mendie, en vérité,
Ne riez pas de ma misère.

 

N’êtes-vous pas tous sur ma foi,
N’êtes-vous pas tous sur ma foi,
Mendiants, mendiants comme moi !

 

Esprit d’astuce et de malice,
Gros fournisseur, petit marchand,
Qui, pour un léger bénéfice,
Vous courbez devant le chaland ;
Près de Lola, sous sa tourelle,
Bachelier le cœur plein d’espoir,
Toi qui vas mendier le soir
Un doux regard de sa prunelle,

 

N’êtes-vous pas tous sur ma foi,
N’êtes-vous pas tous sur ma foi,
Mendiants, mendiants comme moi !

 

Toi, plaideur, tu cours par la ville
Pour mendier de bons procès ;
Fier guitaréro de Séville
Partout tu quêtes des succès ;
Balérina, coquette et belle,
Hidalgos, bourgeois ou valets ;
Sous le chaume, dans les palais,
Sous la bure, sous la dentelle !

 

N’êtes-vous pas tous sur ma foi,
N’êtes-vous pas tous sur ma foi,
Mendiants, mendiants comme moi !

A MmeIweins- d’Hennin.

TROP TARD !

Mon brick, combien la marche est lente,
Ton calme égare ma raison ;
La vague toujours renaissante,
Toujours la mer à l’horizon !...
Le soir, lorsque le vent contraire
M’éloigne de ces bords fleuris,
Où volent, avec ma prière,
Mes soupirs, mes rêves chéris
Je dis en fixant une étoile,
Une larme dans le regard :
N’arrive pas, ma blanche voile,
Trop tard ! trop tard ! trop tard !

 

Absent si longtemps du village,
Que de parents seront partis,
Partis, sans moi, pour ce voyage
Que nous faisons grands ou petits !...
Ma mère, hélas ! ma sainte mère,
Vient-elle encor comme autrefois,

 

A genoux, au pied du calvaire,
Compter son chapelet de bois ?
Et dire en fixant une étoile,
Une larme dans le regard,
Mon Dieu, nous rendras-tu sa voile,
Trop tard ! trop tard ! trop tard !

 

Dieu soit béni, car dans la brume
Qu’emporte et disperse le vent,
C’est un clocher, un toit qui fume,
Non, ce n’est plus le flot mouvant...
La terre est là !... chacun arrive !
Pour fêter les marins joyeux ;
Combien d’amis j’ai sur la rive !
Mais ma mère est-elle avec eux ?
Ma sœur vient à moi la première,
Une larme dans le regard,
Et dit en montrant sa chaumière
Trop lard ! trop tard ! trop tard !

LA FÉE AUX MARIS

Croyez sans en rien rabattre,
Mes enfants je vous le dis,
Au temps du bon Henri quatre
C’était un vrai paradis ;
Les fillettes, plus gentilles,
Plaisaient toujours aux garçons,
On avait plus de chansons
Et bien moins de vieilles filles.

Alors à Paris
Vivait une fée,
De roses coiffée,
La fée aux maris.