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C'est lui, mais pas de lui - Ou Réflexions sur le manuscrit dit de Sainte-Hélène

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Livres
79 pages

Description

Si Napoléon était l’auteur du manuscrit qu’on lui attribue, on pourrait croire qu’il a voulu prouver ce qu’a dit de lui un de ses élèves, aujourd’hui son ennemi était la plus belle conception de l’enfer ; ; mais comme ce n’est pas lui qui est intéressé à administrer cette preuve, nous hasarderons la conséquence que le manuscrit vient d’un autre.

Ce n’est pas à Napoléon qu’il importe d’établir qu’il était un être aussi atroce que ridicule ; or, comme cela serait prouvé par le manuscrit, s’il était de lui, nous persistons à l’attribuer à un autre.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 23 septembre 2016
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EAN13 9782346101412
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Jean-Claude-Hippolyte Méhée de La Touche
C'est lui, mais pas de lui
Ou Réflexions sur le manuscrit dit de Sainte-Hélène
AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR SUR CETTE-ÉDITION
J’ÉTAIS à Liége en 1817, lorsque parut le Manuscrit prétendu de Sainte-Hélène. Il n’était pas difficile de reconnaître que l’ouvrage, tout mauvais qu’il soit, n’était pas de celui à qui on l’attribuait ; mais les spéculateurs qui l’avaient publié n’auraient pas trouvé leur compte à cette opinion. L’on mit donc e n œuvre toutes les puissances qui influaient alors sur les journaux pour accréditer l a croyance qui devait favoriser le débit. Jusque là il n’y avait pas grand mal. Qu’une spéculation de librairie réussisse ou non ; que Bonaparte fût ou non l’auteur des atroces niaiseries que l’on faisait circuler sous son nom, le public, en les achetant, les payan t, et les méprisant, en eût fait la seule justice qu’il importât d’obtenir. On ne s’en tint pas là ; on voulut d’abord prouver que l’ouvrage était de Bonaparte ; puis on avança qu’il était excellent, et que les ma ximes morales et politiques du héros étaient admirables. Plusieurs feuilles françaises, impriméesalors en Belgique, professaient les principes les plus honorables ; ma is il leur arriva de tomber dans une erreur qui n’est que trop commune aux écrivains du parti libéral. Une persécution injuste et impolitique pesait sur quelques partisan s du régime impérial, et l’on crut devoir étayer d’une faveur particulière des hommes dont le courage et le caractère pouvaient faire oublier quelques erreurs. Cette gén érosité, plus estimable que prudente, amena les écrivains libéraux à reporter s ur les opinions l’indulgence qu’ils ne devaient qu’aux individus, et Bonaparte fut loué par ceux qu’il avait maltraités avec le plus d’obstination, les amis de la liberté. On l ut avec douleur et surprise, dans le Vrai Libéralne et les principes duBruxelles, un article où l’écrit de Sainte-Hélè  de héros étaient présentés à l’admiration de l’univers . Ici commençait le mal. Beaucoup de gens s’étaient réunis à Napoléon dans les cent j ours, parce que de l’autre côté étaient l’Angleterre, la Russie, l’Autriche, l’Euro pe coalisée. On ne connaissait pas alors comme aujourd’hui toute la générosité de nos ennemis. Nous-mêmes, nous les soupçonnions d’en vouloir à d’autres qu’à Bonaparte . Nous nous imaginions déjà voir la France envahie et livrée à une soldatesque barba re et animée de souvenirs inquiétans ; déjà notre imagination nous présentait le spectacle d’une longue occupation de notre territoire, et des contribution s écrasantes venaient encore rembrunir la perspective de nos désastres. Ces crai ntes, si heureusement dissipées depuis, avaient marqué notre place à côté de l’homm e qui commandait à l’armée française ; mais cette réunion, purement politique, n’impliquait en aucune manière notre goût pour ses principes de gouvernement. Combien les véritables libéraux ne furent-ils pas p éniblement affectés, lorsqu’ils virent l’éloge d’un tyran tracé par des plumes libé rales !..... Les circonstances ajoutaient encore à la poignante contrariété qu’ils en éprouvaient. Tous les peuples de l’Europe sollicitaient alors et pressaient de leurs vœux l’établissement du système représentatif ; c’était le moment de fixer les idée s, et de poser les principes constitutifs de la liberté : or qu’y avait-il de plus contraire à la liberté, que la politique de Bonaparte et que l’éloge de cette politique ? Je crus devoir faire encore une fois ce que j’avais fait toute ma vie, mettre de côté les considérations particulières qui me commandaien t le silence, et négliger cette sagesse de quelques hommes qui n’oseraient jamais a vouer les sentimens les plus naturels, avant d’avoir calculé et pesé les avantag es et les périls d’une résolution. Fais ce que dois, advienne que pourra,qu’un principe moral ; j’ai toujours eu n’est l’intime conviction qu’il y aurait beaucoup à gagne r à en faire un axiome de politique,
et j’écrivis alors la petite pièce qui suit, sous u n nom qui n’est celui de personne. Je m’étais bien attendu à être blâmé par les partis ans de Bonaparte ; mais il arriva pis, car je le fus aussi par quelques-uns de mes am is, qui, dupes d’une fausse et très-fausse générosité, prétendaientque le moment oùl’hommeétait prisonnier n’était pas 1 celui où il convenait de l’attaquer. Je crois aussi qu’il est plus utile, et conséquemme nt plus honorable d’attaquer un tyran dans toutes puissance, que lorsqu’il est abat tu. Heureusement j’avais pour moi de l’avoir combattu lorsqu’il faisait trembler la F rance, et de ne le faire en ce moment que lorsque l’on répandait sous son nom, et que l’o n affectait de louer des principes aussi dangereux qu’exécrables. Je n’admets pas d’ai lleurs tous ces ménagemens, qui sont des devoirs de société que ne peuvent réclamer ceux qui se placent eux-mêmes au-dessus de la société et en dehors de l’humanité.
1Voir la lettre adressée à l’auteur, page 67, et la réponse, page 68.