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Cassilda ou la Princesse maure de Tolède - D'après une légende espagnole

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201 pages

L’an 711 de l’ère chrétienne, les Arabes ; traversant le détroit de Gibraltar, avalent pénétré en Espagne, et défait en bataille rangée, près de Xérès de la Frontera, l’armée de Rodrigue.

Après trois années d’une lutte acharnée, les Arabes soumirent tout le pays jusqu’aux Asturies. Là s’était réfugiée, après le désastre de Xérès de la Frontera, sous la conduite de l’héroïque Pélage, une poignée de braves Visigoths, jaloux de leur liberté.

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BIBLIOTHÈQUE DE LA JEUNESSE CHRÉTIENNE APPROUVÉE PAR MGR L’ARCHEVÊQUE DE TOURS

3e SÉRIE IN-8°.

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« Cassilda, tu portes plus d’affection qu’il ne faut aux Infidèles maudits par le Prophète. »

Abbé G.-A.-L.

Cassilda ou la Princesse maure de Tolède

D'après une légende espagnole

CHAPITRE I

DON SÉBASTIEN BT BEN-DAVID

L’an 711 de l’ère chrétienne, les Arabes ; traversant le détroit de Gibraltar, avalent pénétré en Espagne, et défait en bataille rangée, près de Xérès de la Frontera, l’armée de Rodrigue.

Après trois années d’une lutte acharnée, les Arabes soumirent tout le pays jusqu’aux Asturies. Là s’était réfugiée, après le désastre de Xérès de la Frontera, sous la conduite de l’héroïque Pélage, une poignée de braves Visigoths, jaloux de leur liberté. Les successeurs de Pélage, valeureux comme lui, ne repoussèrent pas seulement toutes les attaques des Arabes où Sarrasins, et plus tard des Maures, ils sortirent de leurs retraites, et reprirent Oviédo et Léon. Le premier royaume chrétien fut fondé par Ordogne II (914), à Léon, et dès lors la puissance des chrétiens fit des progrès sûrs, quoique lents. Bientôt surgirent, il est vrai au prix de terribles combats, les royaumes chrétiens de Castille, de Navarre, d’Aragon ; Barcelone aussi était gouvernée par des comtes chrétiens. Ferdinand Ier (1035-1065) et son fils Alphonse serrèrent de près les Sarrasins ; et si ces derniers purent soutenir le choc des armées catholiques, ce fut grâce aux secours que leur amena d’Afrique Ioussouf, chef des Mauritaniens.

Ce qui favorisait singulièrement les chrétiens, c’étaient les divisions de leurs ennemis. L’ommiade Abd-er-Rhaman (756-787) avait réuni toute l’Espagne arabe en un seul royaume dont Cordoue était la capitale. Mais, après l’extinction de sa maison, les gouverneurs des différentes provinces, se détachèrent de Cordoue, et devinrent des émirs indépendants. Il y en avait de la sorte à Séville, à Tolède et à Merida.

La lutte entre les Espagnols et les mahométans dura trois cents ans ; trois mille sept cents combats furent livrés avant que ces derniers, vaincus par les efforts opiniâtres des chrétiens, quittassent le sol de l’Espagne. L’an 1492, Ferdinand, roi d’Espagne, conquit Grenade, la dernière ville restée au pouvoir des infidèles. Ce fut à genoux que Al-Zaquir présenta les clefs de la ville au vainqueur, et il retourna en Afrique.

C’était durant le troisième siècle de cette guerre à mort, au temps où le roi Alphonse II régnait sur la Castille. Un chevalier espagnol, jeune, d’une allure martiale et pleine de distinction, traversait les montagnes qui s’étendent sur la rive droite du Douro, vers Sala-manque, et qui avaient été bien souvent le théâtre de combats sanglants. En effet, cette contrée était sillonnée de passages étroits qui menaient aux Asturies, le boulevard des chrétiens. On était au milieu de l’été : le soleil dardait ses rayons brûlants, et le gentilhomme n’avançait qu’avec peine, menant son cheval par la bride. Selon toute apparence, le cheval et le cavalier avaient fourni déjà une longue marche ce jour-là. Le pays ne paraissait pas inconnu au chevalier ; car il se dirigeait sans embarras au milieu des chemins qui se croisaient, et de sentiers dont la trace se perdait dans le sable ou dans les bruyères.

Il atteignit enfin le sommet de la montagne. Là se dressait une croix, avec l’image du Sauveur et de sa virginale mère. Comment un chevalier chrétien eût-il pu passer outre, sans adresser une courte prière à Jésus et sans se recommander à la protection de Marie ! Le gentilhomme ôta son casque, fléchit les genoux, et récita la prière si chère alors à tout guerrier espagnol, la prière pour l’exaltation de l’Église et pour la confusion des infidèles. Puis il se remit en selle, et descendit l’autre pente de la montagne. Il entra bientôt dans une forêt épaisse et ombreuse. La main sur la garde de son épée, et l’œil toujours au guet, comme s’il eût craint un ennemi caché, il avançait lentement à travers la forêt, lorsqu’il se trouva devant un ruisseau qui, gonflé par les dernières pluies, était devenu un torrent. Le pont sur lequel on passait d’ordinaire le ruisseau avait été enlevé par la violence des eaux. Une simple poncette fort endommagée pouvait encore servir au piéton s’il ne manquait ni de sang-froid ni d’agilité.

Le chevalier n’était pas homme à se laisser arrêter par un tel obstacle. Sans perdre de temps, il fendit les flots, et déjà il touchait l’autre bord, qui était escarpé, lorsque tout à coup se fit entendre un cri de détresse. Surpris, le chevalier se retourne, et aperçoit au milieu du torrent une forme humaine parmi les débris de la poncette, qui venait de céder sous le poids du voyageur. Il fallait une prompte résolution pour sauver le malheureux daus cette extrémité ; le chevalier, se souvenant de ses serments, n’hésita point ; il poussa son cheval vers lui, et l’atteignit au moment où, à bout de forces, il allait disparaître sous les eaux. Il l’enleva rapidement sur son cheval, et lui recommanda de se tenir à sa ceinture. Le malheureux saisit la ceinture avec une force si désespérée, qu’il l’eût sûrement mise en pièces, si elle n’avait pas été en forte peau de daim, garnie de plaques d’acier. Dès qu’il eut regagné le bord, le gentilhomme descendit de cheval et voulut aider l’infortuné voyageur à en descendre à son tour, lorsque celui-ci tomba à terre, épuisé et poussant de faibles gémissements. Le chevalier jeta un regard scrutateur sur l’homme qu’il avait secouru, mais ne se hâta plus cette fois de lui tendre la main. « Un juif ! s’écria-t-il d’un ton méprisant, un juif ! Comment est-il arrivé ici ? Veut-il faire des affaires avec les charbonniers ou avec les chasseurs ? Il est vrai qu’il n’y a pas en Espagne un endroit où l’on ne rencontre un juif. Par saint Jacques ! je n’aurais pas cru un juif capable d’un tel courage. Eh quoi ! se hasarder à passer l’eau sur cette poncette ! » Cependant il présenta au malheureux une bouteille contenant du vin, et l’invita à en boire et à s’en laver le visage. « Pour la bouteille, tu peux la garder, ajouta-t-il ; car tu comprends qu’un chevalier chrétien ne saurait plus boire à un flacon qui a été touché par un juif. » Le juif fit en silence ce que le chevalier lui avait recommandé, pendant que celui-ci, de son côté, secouait l’eau et la boue qui couvraient ses vêtements, et laissait paître son cheval dans les herbes. En peu de temps le vin produisit son effet ; le juif soulagé respira plus à l’aise ; il se jeta aux pieds de son sauveur et lui dit : « Puisse le Seigneur mille fois et encore mille fois vous récompenser de ce que vous avez fait en faveur du pauvre juif ! Que jamais ne vous fassent défaut sa grâce et sa protection, et qu’en chaque nécessité il vous secoure, comme vous m’avez secouru moi-même. Que sur toutes les eaux il vous prépare un pont, ou un bateau qui, semblable à l’arche de Noé, vous porte à l’autre rive. Que le Seigneur vous donne la sagesse de Salomon, les richesses de David, la force de Samson. Que ses anges vous conduisent comme Raphaël conduisit autrefois le jeune Tobie. Que la lune vous éclaire pendant la nuit, et pendant le jour le soleil. Que tous vos ennemis plient devant vous, et se prosternent à vos pieds dans la poussière. Que tous vos souhaits s’accomplissent, et s’il est donné à un pauvre juif de pouvoir contribuer à la réalisation de vos vœux, soyez sûr qu’il n’y manquera pas...

  •  — Assez, assez, interrompit le chevalier pour mettre un terme aux protestations de reconnaissance et aux louanges du juif. Mais, dis-moi, où donc avais-tu mis tes yeux ? Vous autres juifs vous dites pourtant que l’eau n’a pas de poutres ; ne voyais-tu pas que la poncette était brisée par le milieu ? Il t’aurait fallu sauter comme un chat, ou savoir nager comme un poisson, pour te tirer de ce passage.
  •  — C’est vrai, noble seigneur, répondit le juif ; mais je n’avais pas le choix. Qui est-ce qui ne préfère passer par l’eau plutôt que par le feu ? Des brigands, de vrais dragons d’Amalec, m’ont tué mon mulet sous moi ; ils m’auraient dévalisé peut-être ou même m’auraient en foncé leur fer dans le cœur, si le Seigneur n’avait accordé à mes pieds force et agilité. »

Le chevalier, qui l’avait écouté attentivement, repartit : « Quoi ! des brigands t’ont poursuivi ?

  •  — Oui, seigneur, ils s’étaient attachés à mes pas comme un feu brûlant ; mais je coupai par le plus court, je gagnai du terrain sur eux, et je pus atteindre la poncette. »

A cette réponse le chevalier jeta un regard inquisiteur autour de lui : le pays était montagneux et planté d’épaisses forêts ; les bords mêmes du ruisseau étaient couverts de saules et de buissons, de telle façon que l’horizon s’était libre d’aucun côté. Rien ne troublait le silence du soir, que le cri des corbeaux, ou le souffle du vent qui agitait avec force le sommet des chênes et des hêtres. Et pourtant il semblait au chevalier qu’il entendait dans le lointain un léger bruissement, comme si quelque chose rampait sous les buissons et les haies. Le juif ne remarqua rien, mais la peur l’agitait encore ; les mains jointes, il supplia le chevalier de lui permettre de le suivre ; il pressentait que tout danger n’était point passé.

« Mais où veux-tu aller ? lui demanda le chevalier, qui, confiant en sa force et en sa bonne armure, ne s’inquiétait pas du danger. J’ignore si ton chemin est aussi le mien.

  •  — Par ce chemin, seigneur, vous ne pouvez arriver qu’au château de don Garcias de Vellano, et c’est là précisément que voudrait aussi se rendre votre serviteur.
  •  — Comment ! juif, tu vas au château de don Garcias ! s’écria le chevalier étonné. Don Garcias autrefois se gardait des gens de ton espèce comme vous vous gardez de certains animaux. Qu’as-tu donc à faire là-bas ?
  •  — Le temps change beaucoup de choses, répondit le juif, et maint seigneur qui jadis méprisait la race d’Abraham est revenu de ses injustes sentiments ; j’ai été appelé au château de don Garcias pour acheter des pierres précieuses, des parures et autres choses rares.
  •  — Que dis-tu ? tu dois acheter au château de don Garcias des parures et des pierres précieuses ? Juif, tu mens ; don Garcias, étant le plus riche chevalier du pays, est habitué à acheter et non à vendre, et certes un juif serait bien le dernier à qui il aurait recours.
  •  — Seigneur, quel intérêt ai-je à vous tromper, vous le sauveur de mes jours ? Dieu le sait, tout ce que je vous ai dit est la pure vérité ; si vous n’avez honte de la société du pauvre juif, venez avec moi, et vous verrez bien que le mensonge n’est pas sorti de ma bouche. »

Ce que le chevalier venait d’apprendre l’avait visiblement impressionné ; il s’arrêta pensif, et, comme malgré lui, il tourna un regard plein d’inquiétude et de terreur vers l’endroit où était situé le château de don Garcias. Soudain un sifflement se fait entendre, une flèche passe devant le chevalier ; une seconde flèche suit la première avec la rapidité de l’éclair ; mieux dirigée, elle atteint le cheval qui paissait tout à côté de son maître, le blesse mortellement au cou, et l’étend à terre. Trois brigands bien armés débouchent en même temps des buissons, et se précipitent sur le juif et sur le chevalier. Le juif pousse un cri de détresse ; il veut fuir, mais la peur paralyse ses membres ; il tombe à terre presque sans connaissance ; déjà l’un des brigands le saisit, et bientôt c’en sera fait de lui. L’attaque des brigands a été si inopinée et si prompte, que le chevalier n’a pas même le temps de tirer son épée pour sauver le juif ; il ne tient d’autre arme que son casque, il s’en sert comme d’une fronde, et d’une main si vigoureuse et si sûre, qu’il brise le crâne au premier agresseur ; puis, d’un mouvement rapide comme l’éclair, il saisit sa bonne épée, juste à temps pour parer un coup qu’un autre malfaiteur dirigeait contre son front désarmé.

Celui-ci allait essayer un second coup ; mais le chevalier le prévient et lui perce l’épaule.

Le troisième brigand ne trouva pas de son goût de se mesurer avec un tel combattant ; il se hâta de prendre la fuite.

« Alors même que mille hommes tomberaient à ta gauche et dix mille à ta droite, l’ennemi ne pourra s’approcher de toi ; car Jehovah a ordonné à ses anges de te garder et te défendre dans toutes tes voies, murmura pieusement le juif, tremblant encore de tous ses membres.

  •  — Tu n’as pas tort, juif, reprit le chevalier ; les anges de Dieu viennent de nous porter secours. Mais sont-ce là les coquins qui t’ont déjà attaqué dans la forêt ?
  •  — Oui, seigneur, ceux-là mêmes.
  •  — Il faut qu’ils aient trouvé un autre chemin pour traverser l’eau. Les drôles ! c’est bien là leur manière de rôder inaperçus, et de tomber à l’improviste et par derrière sur leur proie. Hélas ! mon pauvre Aquila ! ajouta-t-il en contemplant d’un regard plein de tristesse son fidèle cheval, qui venait de rendre le dernier soupir, tu méritais un plus noble trépas ; tu n’aurais pas dû mourir de la main d’un voleur de grand chemin. »

Cependant le juif arrangeait ses vêtements mis en désordre, et, tout en la dissimulant aux regards de son compagnon, il serrait plus fortement sa bourse de cuir autour de son corps. Le chevalier remarqua cette précaution, et, malgré le chagrin que lui causait en ce moment la perte de son cheval, il ne put retenir sur ses lèvres un sourire moqueur. « Vous autres juifs, dit-il, vous restez juifs en tous lieux et en tous temps ; » et ce disant, il indiqua du pied quelques pièces d’or échappées de la bourse, et qui étaient tombées dans l’herbe. « Je ne m’étonne pas que de fins limiers te suivent à la piste et cherchent à te prendre ; ils ont senti ce gibier. »