Ce que le mirage doit à l

Ce que le mirage doit à l'oasis

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Français
188 pages

Description

"Mon histoire avec le livre, le désert et les Hommes, c'est l'histoire d'un partage, l'histoire d'un amour vieux comme le monde, l'amour du rêve…"
Ainsi parle Yasmina Khadra qui entreprend de raconter le désert, comme il l'a connu dès son enfance, en Algérie. Dans cet exercice d'autofiction, le célèbre romancier emmène le lecteur dans l'immensité des lieux, si arides en apparence et pourtant si vivants, où la musique rythme la poésie et les mirages accouchent toujours d'oasis…

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Date de parution 08 novembre 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782081423374
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Désert algérien (Tassili) et ses pitons rocheux, Photographie de Sarah Caron
©FLAMMARION,2017 ISBN: 978-2-081-42337-4
Aux peintresGuerrouiA. d ’Alger,Sehoul deSa a,Djahlat deMascara et aux artistes Lardjane SidAhmed et Leila Boutamine Ould Ali
EDÉSERTAh!LeDésert… Ltrsoioummipsshieosncoocmmmmeelleas ssioegèevus,iarneslétxeepécladiirtoionnnsanptuenidteivcesescaopmprmeentilsessocrhceiemrsinsqudnoecraopixp,elllae Toutechose en ce monde a une n,semble-t-il décréter.Lesjoiescomme lespeines,les les Hommes,persuadés,du hautdeleur vanité,denir par conquérir l’univers etparmettre lesdieuxà genoux. LeDésert… Quelaffront pourmoi, cemot! avoue-t-il, tandis quelesoleils’embraseauloin,suspendu entrel’immolationet la prophétie.Ily adesmillionsd’années,j’étais gorgé d’eauet de chants. Mes forêts se ramiaientàperte de vue, frémissantesde fraîcheur, peupléesdefauves gigantesquesetde rapacesgrandscommedesvaisseauxspatiaux. Je naissaisaujour dansle coup de gueule des volcanset m’assoupissaislesoirdansleclapotisdes cascades. Mesarbresse mouchaient danslesétoiles ;mesgouffresplongeaientaunfonddesabysses;mescavernes tenaient lieudejoutesoratoiresauxbourrasques;mesclairièressevoulaientarènes pour le combat des titans.J’étais fabuleux jusqu’au bout de mes mystères,avec mespérilsmortels pourmegarderdesintrus et mes animaux-roisen guise decourtisans.Je me croyais éternel, sauvage etindomptable,aussiredoutablequemes plantescarnivores,aussi imprenable quele bruissementde mestaillis… Etregardez ce quele Tempsa faitdemoi: undésert! Ilm’aconsqué mes6euves,jadistorrentiels,mes lacsauxalluresdemersintérieures, mes jungles inextricablesetmes incendies féconds,neme laissantqu’aversespour pleurer lesâges farouches où j’inventais le miracle du bout de mesdoigts.Aujourd’hui, pauvre, misérable et nu,livré aux morsures des corrosions, j’assiste, impuissant,l à aruinedemes rochers-cathédrales, auxbarkhanesinhumantmesoasis, aulitde mes rivièresdisparues,tantôtrides tant cicatrices,où mes rêvesd’autrefois s’endormentpourne plus se réveiller. Mes cratères ne sont plus quedes fractures ouvertes entrain denécroser; ententantde sesouvenirde mes étangsvolatilisés,mes miragesnefont querappelerceslarmesqu’on oublied’essuyer. S’ilm’arrivedem’apitoyersurmon sortoude mevengersurdes pèlerinségarés,si,parfois, jemerecroquevillesurmesblessures commese loveleserpent autourde sa proie,c’est parce que leTempsnese négocie pas. Cet Attilacosmique, ceHunaveugleet méchantnesaitrien laisser au hasard ni aux saints patrons. Ilcourt versl’inniem en portantnos trônes et en jalonnantsonsillagedetoutcequin’estplus. Et toi, morteldéluré, qui rêvedepostéridans un Mais que sais-tu de corps périssable, avec tongénieinstableet tes quêtes inassouvies, qu’espères-tu décelerdans mon infortune?Despiègesà éviter? Une sagessepourtoi-même ? Tes tes chimères ?Que cherches-tu dans la poussière deprières ? Tes serments tempérer tes ardeurs? Une vérité pour tedéfaire de d’assimiler la tienne ?La trace d’unancêtre poursur la montagne ? mesentrailles ?Une histoire à teraconteran assujettirle doute quiteronge telunver le fruit ?Je n’aipasgrand-choseà te livrer, sinon l’inconsistancedetoutechose encemonde ettapropre inconsistance. On abeaumarcher dans lespas des destinées, suivre à latracechaqueinstant surterre,onn’estjamaisqu’uneempreintesur lesableque lamoindrebrise effacerait enun tourdepasse-passe.Une illusiond’optique,voicequetues, ôsingesavant.Tusaistantde choses autour de toi, mais quesais-tu de toi-même?Tes prièresTes ?  serments sur la montagne ?Tes obsessions de forcené ? Ils ne sont pas toi ;ils ne sont rienque des d’autre attrape-nigauds qui te font miroiter des palmeraiesquetun’atteindras jamais, desterres promisesquinexistentpas. Regarde-moi,toidu V l’enfant erbe etsonsujet, etexplique-moi pourquoilacs les doivent
s’assécher, et lesforêtssepétrier etlesvolcans subir le retour de leurs propres 6ammes ? Dis-moi pourquoicequifutn’est plus, pourquoi ruerdans lesbrancardsquandla mise enbière estau bout des courseséperdues,pourquoitant de déspoursi peu divresse et tantdepromessesquand on estbien peude chose?Quand tu auraslaréponse, tune seraspluspourla légueràtessurvivantset tu aurasfaitdetonexistenceunegrossièrediversion. Tuasfait tontemps, ditl’hommeauDésert. Laisse-moifairelemien. Alors,contente-toi devivre, ô morteloublieux, necherche pasailleurs ce quiestà portéede tes mains. Sois humble et mée-toi des tentations, car il n’estpire insolation qu’unrêve de conquérant et plusterriblemirage qu’unvœu déternité. Letemps m’estcomp,ditl’hommeexcédé. Jesuis venuaumondepour le posséder etje dois medépêcher.Parce que la vieestcourte,je réclame lapostéricomme unesorte decompensationà mesefforts arbitrairementinterrompus.Je ne mérite pasdedispartreaprèsavoirdonné lemeilleurde moi-me,moiquiai régné, sévi,vaincu, espéré sansjamais renoncer. Jeveux quelestracesdemes pasdeviennentdessentiers battus qu’empruntent randonneurs,explorateurs, pèlerins etaventuriers; jeveuxquelestracesdemesdoigtss’impriment surles livres et sur les toiles des prodiges, qu’ils continuent deveillersurlesfruitsqu’ils ontcueillis, demontrer laLuneauxinsomniaquesetl’horizon auxporteursdeslibertés;v je euxquemon nom ornemes prouesses,quematombesupplanteles monumentsetqu’on la 6eurissedans la ferveurau grédes générations. Jétais plusquune prouesse, dit le Désert, plus quel’ensemblede tes désirs etl’ensemble de tes vœux pieux.Jétais lesanctuairedessurvivances pendantdesmillénaires,etquevois-tumaintenant? Unenudité obscèneécarteléeausoleil,sans pudeur aucune etsans espoirderégénération. oùtucroisdécelerdesréverbérationsenliesse, ilny aquemes lamentations. Jelanguisdemes mers quej’aibues avecmes larmes,mes forêtsme manquent, lemutisme de mesvolcans scelle mes silenceset lecrissement des dunes ne berce plus monâme. Tunepeuxpascompr me endre,l’ dit homme auDésert. Toi,tuavaistout,moi,jen’ai qu’un rêve. Maistun’auras jamais letempsdele rendre possible,ôtrappeurdevents. Qu’importe, s’entêtel’homme,puisquejesuis cerêve.Il estvo ma cation, mon élément, ma nature, maraison d’être. C’est lerêvequi motive, cestlerêve qui faitvivre.Je suis venusurterre pour essayerderéaliser le mien.q Ce ui importe n’estpasd’yarriver,maisd’y croire jusqu’aubout. Auboutdequoi, pauvreprétentieux? Del’Histoire… Laquelle ?Mes épopéesn’ontpas réussi à préservermesédens.Toute cette terre déshydratée, écorchée vive, livrée aux fournaiseset auxtempêtes, qu’attend-elledes lendemains ?Pas grand-chose. Demainque l n’est e clone daujourd’hui et hier n’a plus de mémoire. Chaquejourmedépossèded’unecouchedeterre,dévoile unpeuplusla pierretel unsquelettedéfaitdesapeaupourrie. Jene suisplusunmonde,je suis unatelier vacant où l’érosion sérige enartiste, faisant de monmartyredesfresquescuisantes. Regardece que les intempériesontfaitde mes cimes,cequesont devenusmestemplessacréssousla bottedes âges, comment je me décompose dansla curée des saisons.Pour moi, l’Histoire n’estque