Apologie de Raymond Sebon

Apologie de Raymond Sebon

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Livres
295 pages

Description

Dans ce livre extrait des Essais et derrière la défense apparente de Raymond Sebond, Montaigne utilise la méthode de pensée purement rationnelle et empirique de ce théologien catalan du XVe siècle pour établir la vanité de l’homme et de sa science. Il dénonce l’anthropocentrisme, place l’homme sur un pied d’égalité avec l’animal et conteste un culte de la raison triomphante dès lors qu’elle est exercée au mépris de la vie et de la nature. Résolument avant-gardiste, Montaigne prône la bienveillance à l’égard des bêtes et le respect pour la sensibilité du vivant quel qu’il soit.
Communication, langage corporel, sens de la fidélité, organisation sociale, sensibilité, autant de qualités que Montaigne reconnaît aux animaux. Exercer son humanité, c’est savoir étendre les limites de la communauté au-delà des hommes, et reconnaître l’existence des animaux en tant qu’individus.
D’une grande modernité, les thèses de Montaigne préfigurent admirablement celles sur la libération animale.

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Date de parution 16 mai 2018
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EAN13 9782081436176
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Montaigne
Apologie de Raymond Sebond
© Flammarion, Paris, 2018. Tous droits réservés
ISBN Epub : 9782081436176 ISBN PDF Web : 9782081436183 Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081428560
Ouvrage composé IGS-CP et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Dans ce livre extrait des Essais et derrière la défense apparente de Raymond Sebond, Montaigne utilise la méthode de pensée purement rat ionnelle et empirique de ce théologien catalan du XVe siècle pour établir la va nité de l’homme et de sa science. Il dénonce l’anthropocentrisme, place l’homme sur un p ied d’égalité avec l’animal et conteste un culte de la raison triomphante dès lors qu’elle est exercée au mépris de la vie et de la nature. Résolument avant-gardiste, Mon taigne prône la bienveillance à l’égard des bêtes et le respect pour la sensibilité du vivant quel qu’il soit. Communication, langage corporel, sens de la fidélit é, organisation sociale, sensibilité, autant de qualités que Montaigne reconnaît aux anim aux. Exercer son humanité, c’est savoir étendre les limites de la communauté au-delà des hommes, et reconnaître l’existence des animaux en tant qu’individus. D’une grande modernité, les thèses de Montaigne pré figurent admirablement celles sur la libération animale.
Michel de Montaigne (1533-1592) consacra la plus gr ande partie de sa vie à la rédaction de ses Essais, sans cesse remaniés, dans lesquels, tout en se peignant lui-même, il s’attacha à démontrer la faiblesse de la r aison humaine et à fonder l’art de vivre sur une sagesse prudente, faite de bon sens e t de tolérance.
Apologie de Raymond Sebond
NOTE SUR LA PRÉSENTE ÉDITION
La présente édition s’appuie sur l’édition de 1588 annotée de la main de Montaigne. Certains termes ont été modernisés. Cependant, aucu ne explication de vocabulaire ou de grammaire n’a été ajoutée : l’expérience montre que tout lecteur, même mal préparé, s’adapte très vite au langage et à l’ortho graphe desEssais. Les notes se bornent à traduire les citations latin es ou grecques dont Montaigne a largement parsemé ses pages.
C’est, à la vérité, une très utile et grandepartie que la science. Ceux quila méprisent, témoignent assez leurbêtise ; mais je n’estimepaspourtant sa valeurjusques à cette mesure extrême qu’aucuns luiattribuent, comme Herillus lephilosophe, quilogeait en elle le souverain bien, et tenait qu’il fût en ellede nousrendre sages et contents, ce que je ne croispas, nique ce d’autresontdit, que la science est mèrede toute vertu, et que tout vice estproduitpar l’ignorance. Si cela est vrai,il est sujet à une longueinterprétation. Ma maison a étéde longtempsouverte aux gensde savoir, et en est fort connue, carmonpère, qui l’a commandée cinquante ans etplus, échaufféde cette ardeur nouvellede quoi le Roi François Premierembrassa les lettres et les mit en crédit,rechercha avec grandsoin etdépense l’accointance des hommesdoctes, lesrecevant chez lui commepersonnes saintes et ayant quelqueparticulière inspirationde sagessedivine,recueillant leurs sentences et leursdiscours commedesoracles, et avec d’autantplusderévérence etdereligion qu’il avait moinsde loid’en juger, caril n’avait aucune connaissancedes lettres, nonplus que sesprédécesseurs.Moi, je les aime bien, mais je ne les adore pas. Entre autres, Pierre Bunel, hommede granderéputationde savoir en son temps, ayant arrêté quelques jours àMontaigne en la compagniede monpère avecd’autres hommesde sa sorte, luifit présent, audéloger,d’un livre qui s’intituleTheologia naturalis sive liber creaturarum magistri Raymondide Sabonde. Etparce que la langue Italienne et Espagnole étaient familières à monpère, et que ce livre est bâtid’un Espagnol baragouiné en terminaisons latines,il espérait qu’avec un bien peud’aideil enpourrait faire sonprofit, et luirecommanda comme livre très utile etpropre à la saison en laquelleil le luidonna ; ce fut lors que les nouveautésde Luthercommençaientd’entreren crédit et ébranlerbeauc en oupde lieux notre ancienne créance. En quoiil avait un bon avis, prévoyant bien,pardiscoursderaison, que ce commencementde maladiedéclinerait aisément en un exécrable athéisme ; car le vulgaire, n’ayantpas la facultéde jugerdes chosespar elles-mêmes, se laissant emporter à la fortune et aux apparences, après qu’on lui a mis en main la hardiessede priseret contre-rollerlesopinions qu’il avait eues en extrêmerévérence, comme sont cellesoùil vade son salut, et qu’on a mis aucuns articlesde sareligion endoute et à la balance,il jette tantôt après aisément enpareilleincertitude toutes les autrespiècesde sa créance, quin’avaientpas chez lui plusd’autorité nide fondement que celles qu’on lui a ébranlées ; et secoue comme un joug tyrannique toutes lesimpressions qu’il avaitreçuespar l’autorides loisourévérencede l’ancien usage, 1 Nam cupide concultaturnimis ante metutum , entreprenantdès lors en avantde nerecevoirrien à quoiil n’aitinterposé sondécret etprêté particulierconsentement. Or, quelques jours avant sa mort, monpère, ayantde fortunerencontré ce livre sous un tas d’autrespapiers abandonnés, me commandade le lui mettre en Français. Il fait bon traduire les auteurs comme celui-là,oùil n’y a guère que la matière àreprésenter ; mais ceux quiontdonné beaucoupà la grâce et à l’élégancedu langage,ils sontdangereux à entreprendre : nommémentpour lesrapporterun à idiomeplus faible. C’était uneoccupation bien étrange et nouvellepour moi ; mais, étantde fortunepourlorsde loisir, et nepouvantrienrefuserau commandementdu meilleur père quifutonques, j’en vins à bout comme jepus ; à quoiilprit un singulierplaisir, etdonna charge qu’on le fitimprimer; ce quifut exécuté après sa mort. Je trouvailes belles imaginationsde cet auteur, la contexturede sonouvrage bien suivie, et son desseinpleindepiété. Parce que beaucoupde gens s’amusent à le lire, et notamment lesdames, à qui nousdevonsplusde service, je me suis trouvé souvent à mêmede les secourir,pourdéchargerleur livrededeuxprincipalesobjections qu’on luifait. Sa fin est hardie et courageuse, caril entreprend, parraisons humaines et naturelles, établir et rifier contre les athéistes tous les articlesde la religion Chrétienne : en quoi, àdire la vérité, je le trouve siferme et siheureux que je nepensepoint qu’il soitpossiblede mieux faire en cet argument-là, et crois que nul ne l’a égalé. Cetouvrage me semblant tropriche et tropbeaupourun auteurduquel le nom soit sipeu connu, etduquel tout ce que nous savons, c’est qu’il était Espagnol, faisantprofessionde médecine àToulouse,il y a environ deux cents ans ; je m’enquis autrefois à AdrienTournebu, qui savait toutes choses, que cepouvait êtrede ce livre ;il merépondit qu’ilpensait que ce fût quelque quintessence tiréede S.Thomas d’Aquin : car,de vrai, cet esprit-là,pleind’une éruditioninfinie etd’une subtilité admirable, était
seul capablede tellesimaginations.Tant y a que, quiconque en soit l’auteuretinventeur(et ce n’est pasraisond’ôter sansplus grandeoccasion à Sebond ce titre), c’était un suffisant homme et ayant plusieurs bellesparties. Lapremièrerépréhension qu’on faitde sonouvrage, c’est que les Chrétiens se font tortde vouloir appuyer leur créancepardesraisons humaines, quise c ne ooit quepar foi etpar uneinspiration particulièrede la grâcedivine. En cetteobjectionil semble qu’il y ait quelque zèledepiété, et à cette cause nous faut-il avec autantplusdedouceuretderespect essayerde satisfaire à ceux quila mettent en avant. Ce serait mieux la charged’un homme versé en la théologie, quede moiquin’y saisrien. Toutefois je juge ainsi, qu’à une chose sidivine et sihautaine, et surpassantde siloin l’humaine intelligence, comme est cette véride laquelleil aplu à la bontéde Dieu nous éclairer,il est bien besoin qu’il nousprête encore son secours,d’une faveur extraordinaire etprivilégiée,pour la pouvoir concevoir et logern en ous ; et ne croispas que les moyenspurement humains en soient aucunement capables ; et, s’ils l’étaient, tantd’âmesrares et excellentes, et siabondamment garnies de forces naturelles ès siècles anciens, n’eussentpas faillipar leurdiscoursd’arrivercette à connaissance. C’est la foiqu seule i embrasse vivement et certainement les hauts mystèresde notre religion.Mais ce n’estpas àdire que ce ne soit une belle et louable entreprised’accommoderencore au servicede notre foilesoutils naturels et humains que Dieu nous adonnés. Il ne fautpasdouter que ce ne soit l’usage leplus honorable que nous leursaurionsdonner, et qu’il n’estoccupation ni desseinplusdigned’un homme chrétien quede viserpar tous ses études etpensements à embellir, étendre et amplifierla véride sa créance. Nous ne nous contentonspointde servirDieud’esprit et d’âme ; nous luidevons encore etrendons unerévérence corporelle ; nous appliquons nos membres mêmes et nos mouvements et les choses externes à l’honorer. Il en faut fairede même, et accompagner notre foide toute laraison qui est en nous, mais toujours avec cetteréservationde n’estimerpas que ce soitde nous qu’elledépende, nique nos efforts et argumentspuissent atteindre à une sisupernaturelle etdivine science. Si elle n’entre chez nouspar uneinfusion extraordinaire ; si elle y entre non seulementpar discours mais encoreparmoyens humains, elle n’y estpas en sadignité nien sa splendeur. Et certes je crainspourtant que nous ne la jouissions queparcette voie. Sinous tenions à Dieuparl’entremise d’une foivive ; sinous tenions à Dieuparlui, nonparnous ; sinous avions unpiedet un fondement divin, lesoccasions humaines n’auraientpas lepouvoirde nous ébranler, comme ellesont ; notre fort ne seraitpaspourserendre à une sifaible batterie ; l’amourde la nouvelleté, la contraintedes Princes, la bonne fortuned’unparti, le changement téméraire et fortuitde nosopinions, n’auraient pas la forcede secoueralté et rer notre croyance ; nous ne la lairrionspas troubler à la mercid’un nouvel argument et à lapersuasion, nonpasde toute larhétorique qui fûtonques ; nous soutiendrions ces flotsd’une fermetéinflexible etimmobile,
Illisos fluctusrupes ut vastarefundit, Et varias circum latrantesdissipat undas 2 Mo.le sua
Si cerayonde ladivinité nous touchait aucunement,il yparaîtraitpartout ; non seulement nos paroles, mais encore nosopérations enporteraient la lueuret le lustre.Tout ce quipartiraitde nous, on le verraitillumide cette noble clarté. Nousdevrions avoirhonte qu’ès sectes humainesil ne fût jamaispartisan, quelquedifficulté et étrangeté que maintînt sadoctrine, qui n’y conformât aucunement sesdéportements et sa vie ; et une sidivine et célesteinstitution ne marque les Chrétiens queparla langue. Voulez-vous voir? c cela omparez nos mœurs à unMahométan, à un Païen ; vousdemeurez toujours au-dessous : làoù auregardde l’avantagede notrereligion, nousdevrions luire en excellence,d’une extrême etincomparabledistance ; etdevrait-ondire : « Sont-ils si justes, si charitables, si bons ?ils sontdonc Chrétiens. »Toutes autres apparences sont communes à toutes religions : espérance, confiance, événements, cérémonies,pénitence, martyres. La marquepéculière de notre véridevrait être notre vertu, comme elle est aussi laplus céleste marque et laplus difficile, et que c’est laplusdigneproductionde la vérité Pourtant eutraison notre bon Saint Louis, quandce RoiTartare quis’était fait Chrétien,desseignaitde venirà Lyon baiserlespieds au Pape et y reconnaître la sanctimonie qu’il espérait trouver en nos mœurs,de l’endétournerinstamment,de peurqu’au contraire notredébordée façonde vivre ne ledégoûtâtd’une sisainte créance. Combien
quedepuisil advint toutdiversement à cet autre, lequel, étant à Romepourmême effet, y voyant la dissolutiondesprélats etpeuplede ce temps-là, s’établitd’autantplus fort en notrereligion, considérant combien elledevait avoirde force etdedivinité à maintenir sadignité et sa splendeur parmitantde corruption et en mains sivicieuses.
« Sinous avions une seule gouttede foi, nousremuerions les montagnesde leurplace »,dit la sainte parole, nos actions, qui seraient guidées et accompagnéesde ladivinité, ne seraientpas simplement humaines ; elles auraient quelque chosede miraculeux comme notre croyance. «Brevis estinstitutio 3 vitœ honestœ beatœque, sicredas. »
Les uns font accroire au monde qu’ils croient ce qu’ils ne croientpas. Les autres, enplus grand nombre, se le font accroire à eux-mêmes, ne sachantpaspénétrerque c’est que croire. Et nous trouvons étrange, si, aux guerres quipressent à cette heure notre État, nous voyons flotter les événements etdiversifierd’une manière commune etordinaire. C’est que nous n’y apportonsrien que le nôtre. La justice quiest en l’undespartis, elle n’y est quepourornement et couverture ; elle y est bien alléguée, mais elle n’y est nireçue, nilogée, niépousée ; elle y est comme en la bouchede l’avocat, non commedans le cœuret affectionde lapartie. Dieudoit son secours extraordinaire à la foi et à lareligion, nonpas à nospassions. Les hommes y sont conducteurs et s’y serventde la religion ; cedevrait être tout le contraire. Sentez sin’est ce par nos mains que nous la menons, à tirer commede cire tantde figures contrairesd’unerègle sidroite et si ferme. Quand s’est-il vu mieux qu’en France en nos jours ? Ceux quil’ontprise à gauche, ceux quil’ontprise àdroite, ceux quiendisent le noir, ceux quien disent le blanc, l’emploient sipareillement à leurs violentes et ambitieuses entreprises, s’y conduisent d’unprogrès siconforme endébordement etinjustice, qu’ilsrendentdouteuse et malaisée à croire la diversité qu’ilsprétendentde leursopinions en chosede laquelledépendla conduite et loide notre vie. Peut-on voirpartirde même école etdisciplinedes mœursplus unies,plus unes ? Voyez l’horribleimpudencede quoi nouspelotons lesraisonsdivines, et combien irréligieusement nous les avons etrejetées etreprises selon que la fortune nous a changédeplace en cesoragespublics. Cetteproposition si solenne : S’il estpermis au sujetde serebellera et rmer contre sonprincepour ladéfensede lareligion, souvienne-vous en quelles bouches, cette année passée, l’affirmativedicelle était l’arc-boutant ; etoyez àprésentde quel quartier vient la voix et instructionde l’une etde l’autre ; et siles armes bruyent moinspourcette cause quepourcette-là. Et nous brûlons les gens quidisent qu’il faut faire souffrirla vé à rité le jougde notre besoin. Etde combien fait la Francepis quede ledire ? Confessons la vérité : quitrieraitde l’armée, même légitime et moyenne, ceux quiy marchentpar le seul zèled’une affectionreligieuse, et encore ceux quiregardent seulement laprotectiondes lois de leurpaysou servicedu Prince,il n’en saurait bâtirune compagniede gendarmes complète. D’où vient cela, qu’il s’en trouve sipeu qui aient maintenu même volonté et mêmeprogrès en nos mouvementspublics, et que nous les voyons tantôt n’allerque lepas, tantôt y courirà bride avalée ; et mêmes hommes tantôt gâter nos affairespar leur violence et âpreté, tantôtpar leur froideur, mollesse etpesanteur, si ce n’est qu’ils y sontpousséspardes considérationsparticulières et casuelles selon ladiversidesquellesils seremuent ? Je vois cela évidemment que nous neprêtons volontiers à ladévotion que lesoffices quiflattent nospassions. Il n’estpointd’hostilité excellente comme la chrétienne. Notre zèle fait merveilles, quandil va secondant notrepente vers la haine, la cruauté, l’ambition, l’avarice, ladétraction, la rébellion. À contrepoil, vers la bonté, la bénignité, la tempérance, si, commepar miracle, quelque rare complexion ne l’yporte,il ne va nidepied, nid’aile. Notrereligion est faitepourextirperles vices ; elle les couvre, les nourrit, lesincite. Il ne fautpoint faire barbede foarre à Dieu (commeondit). Sinous le croyions, je nedispaspar foi, maisd’une simple croyance, voire (et je ledis à notre grande confusion) sinous le croyions et connaissions comme une autre histoire, comme l’unde nos compagnons, nous l’aimerions au-dessus de toutes autres choses,pour l’infinie bonté et beauté quireluit en lui ; au moins marcherait-il en mêmerangde notre affection que lesrichesses, lesplaisirs, la gloire et nos amis. Le meilleurde nous ne craintpointde l’outrager, commeil craintdoutrager son voisin, son parent, son maître. Est-il sisimple entendement, lequel, ayantd’un côté l’objetd’unde nos vicieux plaisirs, etde l’autre enpareille connaissance etpersuasion l’étatd’une gloireimmortelle, entrât en
trocde l’unpourl’autre ? Et si, nous yrenoons souventdepurpris : carquel goût nous attire au blasphémer, sinon à l’aventure le goût mêmede l’offense ? Lephilosophe Antisthène, commeon l’initiait aux mystèresd’Orphée, leprêtre luidisant que ceux quiv se ouent à cettereligion avaient àrecevoir après leur mortdes biens éternels etparfaits : « Pourquoine meurs-tudonc toi-même ? » luifit-il. Diogène,plus brusquement selon sa mode, et horsde notrepropos, auprêtre qui leprêchaitde mêmede se fairede sonordrepourparveniraux biensde l’autre monde : « Veux-tupas que je croie qu’Agésilas et Épaminondas, sigrands hommes, seront mirables, et que toi, quin’es qu’un veau, seras bien heureuxparce que tu esprêtre ? » Ces grandespromessesde la béatitude éternelle, si nous lesrecevionsdepareille autorité qu’un discoursphilosophique, nous n’aurionspas la mort en telle horreurque nous avons. Non jam se moriensdissolviconquereretur; Sedmagisire foras, vestemquerelinquere, ut anguis, 4 Gauderet,prœlonga senex aut cornua cervus . Je veux êtredissous,dirions nous, et être avec Jésus-Christ. La forcedudiscoursde Platon,de l’immortalide l’âme,poussa bien aucunsde sesdisciples à la mort,pourjouirpluspromptement des espérances qu’il leurdonnait. Tout cela, c’est un signe très évident que nous nerecevons notrereligion qu’à notre façon etpar nos mains, et non autrement que comme les autresreligions seroivent. Nous nous sommes rencontrés aupaysoù elle était en usage ;ou nousregardons son anciennetéou l’autorides hommes quil’ont maintenue ;ou craignons les menaces qu’elle attache aux mécréants ;ou suivons sespromesses. Ces considérations-làdoivent être employées à notre créance, mais comme subsidiaires : ce sont liaisons humaines. Une autrereligion,d’autres témoins,pareillespromesses et menaces nouspourraientimprimerparmême voie une croyance contraire. Nous sommes Chrétiens à même titre que nous sommesou Périgourdinsou Allemands. Et ce quedit Platon, qu’il estpeud’hommes si fermes en l’athéisme, qu’undangerpressant ne ramène à lareconnaissancede ladivinepuissance, cerôle ne touchepoint un vraiChrétien. C’est à faire auxreligions mortelles et humainesd’êtrereçuesparune humaine conduite. Quelle foidoit-ce être, que la lâcheté et la faiblessede cœurplantent en nous et établissent ? Plaisante foiquine croit ce qu’elle croit quepour n’avoirc le ouragede ledécroire ! Une vicieusepassion, comme cellede l’inconstance etde l’étonnement,peut-elle faire en notre âme aucuneproductionréglée ? Ils établissent,dit-il,par laraisonde leurque ce qu jugement, i serécitedes enfers etdespeines futures est feint.Mais, l’occasionde l’expérimenters’offrant lorsque la vieillesseou les maladies les approchentde leurmort, la terreurdicelle lesremplitd’une nouvelle créanceparl’horreurde leur condition à venir. Etparce que tellesimpressionsrendent les courages craintifs,ildéfenden ses lois touteinstructionde telles menaces, et lapersuasion quedes Dieuxilpuisse venirà l’homme aucun mal, sinonpoursonplus grandbien, quandil y échoit, etpourun médecinal effet. Ilsrécitentde Bion qu’infectsdes athéismesdeTodore,il avait été longtemps se moquantdes hommesreligieux ; mais, la mort le surprenant, qu’il serendit auxplus extrêmes superstitions, comme si lesdieux s’ôtaient et seremettaient selon l’affairede Bion. Platon et ces exemples veulent conclure que nous sommesramenés à la créancede Dieu,oupar amour,oupar force. L’Athéisme étant uneproposition commedénaturée et monstrueuse,difficile aussiet malaiséed’établiren l’esprit humain,pourinsolent etdéréglé qu’ilpuisse être ;il s’en est vu assez,parvanité etparfierde concevoirdesopinions non vulgaires etréformatricesdu monde, en affecter laprofessionpar contenance, qui, s’ils sont assez fols, ne sontpas assez fortspour l’avoir plantée en leur consciencepourtant. Ils ne lairrontde joindre les mains vers le ciel, si vous leur attachez un bon coupd’épée en lapoitrine. Et, quand la crainteou la maladie aura abattu cette licencieuse ferveurd’humeur volage,ils ne lairrontde serevenir et se laisser toutdiscrètement manier aux créances et exemplespublics. Autre chose est undogme sérieusementdiré ; autre chose, cesimpressions superficielles, lesquelles, néesde ladébauched’un espritdémanché vont nageant témérairement etincertainement en la fantaisie. Hommes bien mirables et écervelés, qui tâchentd’êtrepires qu’ils nepeuvent ! L’erreurdupaganisme, et l’ignorancede notre sainte vérité, laissa tomber cette grande âmede Platon (mais granded’humaine grandeurseulement), encore en cet autre voisin abus, que les enfants