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Au cœur des ténèbres - Prépas scientifiques 2017-2018

De
242 pages
Au cœur des ténèbres, la nouvelle la plus célèbre de Conrad, est le récit d’une descente aux enfers. Officier de la marine marchande britannique, le jeune capitaine Marlow part à la recherche de Kurtz, un chasseur d’ivoire qui a mystérieusement disparu dans la brousse africaine. À mesure que Marlow remonte le fleuve Congo, il s’aventure dans les ténèbres : celles d’une nature hostile où, loin de toute civilisation, résonnent les cris inquiétants des « sauvages » ; celles de l’âme humaine, dont la noirceur n’a d’égal que le mystère…
Dossier :
1. Conrad et la tradition du roman d’aventures
2. Mensonge et vérité
3. L’aventure moderne
4. L’épopée du langage
5. Postérité de Conrad
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Conrad
Au cœur des ténèbres
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 2017.
ISBN Epub : 9782081420588
ISBN PDF Web : 9782081420595
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081397453
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Au cœur des ténèbres, la nouvelle la plus célèbre d e Conrad, est le récit d’une descente aux enfers. Officier de la marine marchand e britannique, le jeune capitaine Marlow part à la recherche de Kurtz, un chasseur d’ ivoire qui a mystérieusement disparu dans la brousse africaine. À mesure que Mar low remonte le fleuve Congo, il s’aventure dans les ténèbres : celles d’une nature hostile où, loin de toute civilisation, résonnent les cris inquiétants des « sauvages » ; c elles de l’âme humaine, dont la noirceur n’a d’égal que le mystère… Dossier : 1. Conrad et la tradition du roman d’aventures 2. Mensonge et vérité 3. L’aventure moderne 4. L’épopée du langage 5. Postérité de Conrad
Du même auteur dans la même collection
AMY FOSTER. LE COMPAGNON SECRET. LA LIGNE D'OMBRE. LORD JIM. NOSTROMO. SOUS LES YEUX DE L'OCCIDENT. TYPHON.
Au cœur des ténèbres
Présentation
Une«diablerieartistique» : genèseetréceptiondel'œuvre
En 1898, ConradécritJeunesse, publié parl'éditeurWilliam Blackwoodet qui attirera l'attention surun écrivainencorepeu connu. La parutiondeson tout premierroman,La FolieAlmayer(1895), n'était certes pas passée inaperçue.MaisJeunesse innoveen introduisant la fiction incaredu narrateuren la personnede CharlieMarlow, qui vient ajouter unedimensionexplicitement orale à l'artdurécit. Conradrejoint parun là e tradition littéraire aussi ancienne que l'Odyssée, mais ses commentateurs polonais ont aussi souligné une parenté possible avec legawęda, forme populaire dans la littérature polonaise : une narration épique caractérisée par sa liberde compositionet ses nombreusesdigressions, illustrant souventdes faitset gestes héroïquesde la noblesse,destinée à 1 transmettreunesagessemorale. À la findecettemêmeannée, Conradreprendcequi étaitd'abordunenouvelleTuan Jim : une esquisse, appelé àdevenirLordJim(1900) –,et selanceendécembredans larédactiondeAu cœur des ténèbres. Dans ces trois textes, l'arrivéedeMarlow va permettreundispositif narratif sophistiqué quidonnera aurécit, malgré la complexitédes variationsdepointsdevueetdeseffetsdevoix, une souplessedeton incomparable. Il sembleparailleurs que, pourcequiestdel'écriture, l'inventionde Marlow va aussi libérerpa la roleainsi pou : rrait-onexpliquer un faitrarissimedans la carrre littérairede Conrad, à savoir larapiditédecomposition la deAu cœurdes ténèbres. Le titreenest mentionné pourla premièrefoisdans unelettreà William Blackwooddatéedu 13décembre1898. Cet éditeur bien installé sur la place londonienne,représentant une pressed'opinion plutôt conservatrice, publie unMagazines'app qui rête à célébrer son millième numéroen février 1899. Après leaccu bon eil fait àJeunesse, Blackwood proposeCon à rad, quiestde toute façondéjà au travail, unecontribution à cenuméro spécial.Au cœurdes ténèbresparaîtraeneffetdans les numéros defévrier, marset avril 1899. La publicationen volume était initialement prévue la même année : ildevait contenirJeunesse, Tuan JimetAu cœurdes ténèbres.MaisTuan Jimallait bientôt prendreuneampleurinattenduepour devenir unromande prèsdedeux cents pages. En même temps, Conradentreprend larédactionde Typhon. Le volume ne paraîtradonc que trois ans plus tard,en 1902. Il se composede trois longs récits :Jeunesse,Au cœurdes ténèbresetAu boutdurouleau(oùMarlow adisparu). En avril 1902, préoccupé par la traductionen françaisdurecueildès après sa parution, Conrad ledécrit ainsi,en 2 français, à son amiet traducteurH.D. Davray :
LevolumedeBlackwoodcontiendra 1.Youth : A Narrative2.Heart of Darknesset 3. Unehistoire qui jesuisen traindefabriqueren cemoment-cietdont letitreestTheEndof theTethercommequi dirait :À boutderessources. C'est ça l'idéemais letitreà l'airbête. Letout à peu près 75 000 mots. 1 & 2 ontdéjà parudans B'wood'sMagazine. 3 paraîtra prochainement. 1 & 2 à la première personneracontés parMarlow – le Scieur quiraconte lord Jim si vous vousrappelez. 1 Histoire d'un navire qui brûleen mer. 2 Se passeCongo B au elge. Histoire farouched'un journaliste qui devient chefdestation à l'intérieuret sefait adorerparunetribudesauvages. Ainsidécrit lesujet a 3 l'airrigolo mais il nel'e.st pas
Dans sa noted'auteurde 1917, Conrad précise que, siJeunesse a unedimension largement autobiographiquedont il ne sedéfend pas,Au cœurdes ténèbresau- va dede la fidélité à une expériencepersonnelle. L'effetrecherchéest celuidela transmissiond'un affect,et cela nécessiteun tout autreart qui solliciteles capacités modulatoiresdela langueanglaise. Conradarecours à une analogie musicale pourexpliquer qu'il a voulu produire une certainerésonance, une vibration, à la manièred'une basse continue : uneffet qui serait analogueg au rondementd'une voix,résidude la colèredeMarlow lorsdela visitefinaleà la « fiancée»deKurtz.
Cette étrange vibration a été immédiatement perçue par les lecteurs les plus perspicaces, comme l'écrivain CunninghameGraham. Celui-ci, fortementengagédans les causes politiquesdeson temps, n'apprécieguèreletonduMagazinedeBlackwood,destiné à un lectorat frianddedécorsd'aventures maritimes ouexotiques.Mais il a été immédiatement frappé parfo la rcede percussiondurécitde Conrad. Quant au public victorien, on peutdire quedans un premier temps il choisira plutôtd'en ignorer la ritable pore. Parexemple, l'auteur anonymed'un articleduManchester Guardian écrit, le10décembre1902, qu'il « nefaut pas croirequeM. Conradselivreà uneattaquecontrela 4 colonisation, l'expansion, voirecontrel'impérialisme ». Toutefois,Au cœurdes ténèbresva faire très vite son chemin auprèsdes cercles littéraires plus avertisen Angleterreeten FranceE : dward Garnett, parexemple, conseillerrespectédans lemondedel'éditiondel'époque, y voit l'événement littérairede l'année 1902,et unexemple consomméde «diablerie artistique ». Il faudra quelques annéeset quelques générationsdelecteursetdecritiques pourquelarichessedel'œuvresedéploie et continuede le faire, comme c'est le casde toute production artistiqueen avance surt son emps. Aujourd'hui, après avoirtraversé les vagues générationnellesdelectures critiques qui luidonneront une placede premier choix denouv la elle critique anglo-saxonnedes années 1940 aux théories structuralistesdes années 1970et post-structuralistesdes années 1990et au-delà –,Au cœurdes ténèbresreste un texteexceptionnellement vivantet productif. En témoignent larichessedes interprétations qu'il continuedesusciteret les étonnantesrésonances qu'il produit chez les créateurs 5 contemporainsdu mondeentier – écrivains, musiciens, peintres, cinéastePous . r prendre un exemplerécent,en 2016, Graham Swift, undes écrivains anglophones les plus luset traduitsdesa 6 générpubliation , eMothering Sundayqui setermineparunelongueditation surJeunesseetAu cœurdes ténèbresdela partdela narratriceet écrivaineen herbeJaneFairchild: C'étaitet cen'était pas unehistoired'aventure. C'étaitdifférent, il y avait quelquechosedespécial. Ça parlaitdecinq vieux briscards assis autourd'unetable– seracontantdes histoires –, mais tous avaient connu la merdans leurjeunesse. L'und'eux s'appelaitMarlowet c'était lui quiracontait son histoire. Ce n'était pasdu tout une histoired'aventure. […]Mais la choseremarquable, la chose vraiment étonnantesurJoseph Conrad, c'était quepourécriretous ses livres, il n'avait pas seulement appris à écrire, mais à écriredans une langueentièrement nouvelle pour lui. C'était commede franchir une barrre impossible,etelle sedit que c'était la plus grande chose, la plus grande 7 réussiteet la véritableaventure[…] . L'aventure: telest bien lemot qui colletoujours au nomdeJoseph Conrad, à tort ou àraison. Le moins quel'on puissedire, c'est qu'ilen adéployé lesensdansdemultiplesdirections. Cetteécriture si singulière laisse miroiterla fois l à es sirènesdudésiret l'inattendude la contingencedans les couches les plus insoupçonnéesdel'existencehumaine: qu'il s'agissedela façondont chacun tente deconduiresa vieoud'uneaventureartistiqueinédite.
L'aventurechaotiqued'unevie
La viede Joseph Conrad (1857-1924)est indissociabledeœuv son re ; nombreux sont les éléments biographiques qui sont à l'originedetel ou tel épisodefictionnel ou qui jettent unelumière intimesurses choix narratifs. Pourautant, son œuvren'est pas autobiographiqueau sens strict,dans la mesureelleprendnombredelibertés avec les faits avérés – c'est bien lepropredetouteécriture defiction. Néanmoins, il paraît indispensablederappelerquelques caractéristiques, à commencerpar la questiondela languedecet écrivain polyglotte. en 1857 à Berditchev,dans l'estdePologn la e, Joseph Konrad Korzeniowski passe la plus grande partiede sonenfanceetde son adolescencedans une provincede l'actuelle Ukraine. Sa famille appartient à la petite aristocratie terrienne sur ledéclin,dont la languedominanteest le polonais. Sonenfance, marquée pardesdeuils précoces,est loind'être heureuse. Son père, Apollo Korzeniowski,est arrêtéen 1862enraisondeses activités militantes anti-russesetdépordans le norddela Russieavec sa jeunefemmeet leurfils. Conrada neuf ans lorsquesa mèreEvelina meurt dela tuberculoseet treizelorsqueson pères'éteint à son tour. Ilest alors confié à la tutelledeson
oncle maternel, Thaddeus Bobrowski. Ilreçoit une instruction chaotique au gréde sesdivers déplacements : Berditchev, Zhytomyr, Lviv, Lublin, Varsovieet Cracovie. Il n'estdès lors guère surprenant qu'il ait très tôt cherché à fuir cette histoire familialeet qu'il ait été fasciné par la promessede territoires lointains. N'en trouve-t-on pas un témoignagedansAu cœurdes ténèbres lorsqueMarlow,dans la salled'attentedu médecin, contemple une cartedu monde coloniséde l'époque: 8 à un bout unegrandecartebrillante, marquéedetoutes les couleursdel'arc-en-ciel . Il y avait une grandequantitéderouge– qui fait toujours plaisirà voir, parcequ'on sait qu'il sefait là un travail rieux ; un sacré tasdebleu, un peudevert,des tachesd'orange,et surla côteest un morceaude violet […].Mais jen'allais ni ici ni là. J'allaisdans lejaune. En plein centre. Et lefleuveétait là – fascinant, mortel – commeun serpent (voir). Àdix-sept ans, Conradson oncl convainc e Bobrowskide l'autoriser à traverser l'Europeen compagnied'un jeune tuteur, voyage initiatiquel qui e conduisit jusqu'en Suisseet qui serait le préludeaux futurs péripleset aux aventuresexotiques. Rappelons quela Pologned'alors n'avait pas defrontières maritimes. L'annéesuivante,en octobre1874, Conrad, âgédedix-huit ans, part pourla Francedans l'espoir d'intégrer la marine marchande. Il pose ses valises àMarseille, où ilestd'abordembauché comme pilotindans le port, puis comme mousse à bordde voiliers au long cours. Il quitteraMarseilleen 1878 après y avoirmené unevietumultueuseentrela pertedeson argent au casinoet unetentative desuicide. À vingt ans il seretrouveen Angleterre, où ilentreprendunecarrredemarin, gravissant non sans peinetous les échelons jusqu'à atteindrelegradedecapitaineen 1886, l'annéemêmedesa naturalisation commesujet britannique. Il nepratiquera sa profession quepeudetemps, lesemplois sefaisantraresenraisondela concurrencedela marineà vapeur, qui finit parsupplanterla marineà voile. De fait, il ne commandera qu'un seul navireen tant que capitaine. Ildémissionneraen avril 1889 pourdes motifs obscurs – qui pourraient bien êtrecœu au rde l'intriguedenouv la elleUn 9 souriredela fortune. Pourgagnersa vie, il lui fautdès lors accepterdes postes moins prestigieux : c'est lecasdans l'épisodequi servitdepointdedépart àAu cœurdes ténèbres. Deux ans plus tard, il esteneffetrecruté parl'interdiairedesa tanteMargueritePoradowska pourpiloterun petit navire à vapeursurlefleuveCongo, uneexpériencepéniblequ'il lui fallut écourterpourraisonsdesanté. Au cœurdes ténèbresen évoqueles péripéties avec précision, y compris la visitechez ledecin à Bruxelles. Parailleurs, Conradprofitedes loisirs quelui laisselararéfactiondesemplois pourcommencerà écrireLaFolieAlmayer, transportant lemanuscrit avec lui au boutdu monde, aurisquedel'égarer. Il n'y adonc pasdedélimitation claireentreunecarrredemarin finissanteet lesdébutsdifficilesde celled'écrivain. Lepasdécisif fut la publicationdecepremierromanen 1895.
Les aventures linguistiques
Que Conrad soit considéré commeéc un rivain britanniquepa à rtentière se justifiedu fait qu'il écrivitdes œuvresdefictionexclusivementen anglais ; mais l'étiquetteoccultela singularitédeson parcours linguistique. Sa languematernelle,eneffet,est lepolonais, qu'il pratiquait avec sa famille et qu'il utilisa jusqu'à sa mortdans l'abondantecorrespondanceentretenueavec les siensen Pologne – notamment avec son oncle Thaddeus Bobrowski, tuteuret protecteur qui veillait aussi sur les dépenses parfoisextravagantesdu jeunehomme.Mais commelevoulait la traditiondans les familles aristocratiques, fussent-elles surledéclin, il apprit aussi lefrançaisdès son plus jeuneâgeavec une nursefrançaisepuis avec son père, traducteurentreautresdeVictorHugoetd'AlfreddeVigny. Son séjour àMarseilleach (1874-1878) evade luidonner une familiarité avec la langue paredes marins. Ceson contact av fut ec la littérature française quidétermina sa maîtrisede la languede manièredécisive. Il lisaitdans le texte Anatole France, Émile Zola, Pierre Loti, André Gide10 Certains témoinsdel'époquerapportent qu'il connaissait parcœurdes pagesentièresdeFlaubert etdeMaupassant, ce qu'ilest aiséde croirevu au des nombreuxemprunts à ces auteurs qu'il
11 incorporait, traduitsen anglais, à ses propresrPaécits . railleurs, ilentretient unecorrespondance 12 suivieen français avec sa tanteMarguerite Poradpuis avowska , ec les écrivains français contemporains comme André Gideet Saint-John Perse, mais aussi avec ses traducteurs (parmi lesquels Valery Larbaud). On notera que, si Conrad n'écrivit jamaisd'œuvrede fictionen français, qui constituait cequel'on pourrait bizarrement appelerunelanguematernelledesubstitution, il n'en écrivit pasdavantageen polonais. Parailleurs, s'il fit apprendrelefrançais à sesdeux fils, il nejugea pas utiledeleurfaireapprendrelepolonais. Le plus énigmatiquereste toutefois sonrapport à l'anglais, qu'il parlait avec un fort accent étranger. Letémoignagedeson contemporain RudyardKiplingest trèsexpliciteà cet égard: « Son anglais parlé était parfoisdifficileà comprendre, mais la plumeà la main il était lepremierd'entre 13 nous . » Parallèlement, les subtilités grammaticalesde l'emploides tempsetdes articles,entre autres, lui échappaient si largement qu'audébutdesa carrred'écrivain il faisaitrelireses textes par ses amis anglais. Ileut l'idéede collaborer avec FordMadox Ford pour écriredeuxromans : L'AventureetTheInheritorst (non raduit), qui n'apportent pas grand-chosesa gloi à re littéraire. Sa correspondancetémoigneabondammentdesdifficultés qu'ilrencontrait à écrireen anglais, cequi ne cessaitdeletourmenter. Il seplaignait constamment queletravailderédaction n'allait pas assez vite. Néanmoins, interpellédecôtés su tous r son choixde l'anglais, ildéclara clairement qu'il n'aurait jamais pu écriredans uneautrelangue. La questionestenréalité moins simplequ'il n'y paraît, carle 14 nombreimportantdegallicismes qu'onrelèvedans la majoritéde sesrécits suggère que le texte 15 conradien seprésentecommelelieu où s'affrontent lefrançaiset l'anglais . C'est cequeconfirme implicitement le même Kipling : « Quand je le[…], j'ai toujou lis rs l'impression que jeun lis e 16 excellentetraductiond'un auteurétranger. » Telleesten quelquesortesa marquedefabrique, ce qui nel'empêchepasd'avoirété considéré parlecélèbrecritiqueF.R. Leavis commeun grandstyliste 17 dela langueanglaise.
Uneœuvrevagabonde
Lesromanset nouvellesdeConradvoyagentdans lemondeau grédethématiques trèsdifférentes. Ilestde coutumedediviser l'ensemblede son œuvreen phases correspondant à undécoupage géographique, len tout e coïncidant pas forcément avec la chronologie. Cette classificationrend imparfaitement comptede la totalitéetdecompl la exitédep la roductionde Conrad, mais fournit néanmoins quelques pointsdereredont on nedoit toutefois pasexagérerl'importance. Ondistingueradonc la « phasemalaise»,regroupantdesrécitsdont l'intriguesesitueen Extrême-Orient (MalaisieIn ou donésie) :La Folie Almayer (1895),Un pariades îles, (1896),Victoire (1915),La RescousseVi (1920). ennentensuite lesromansde merdivisés par Conrad lui-même entre «romansde la tempête » Le Nègredu « Narcisse » (1897),Typhon (1901),Lord Jim (1900) –et « pièces calmes » –La Ligned'ombre (1917),Le Compagnon secret (1910). À ces derniers vient s'ajouterla sériedes trois grandsromans politiques –Nostromo(1904),L'Agent secret (1907),Sous les yeuxdel'Occident(1911) –, qui sedéroulentrespectivementen Amériquelatine, à Londreseten Russie. Enraisonde sa veine anticolonialiste, on peutestimer queAu cœurdes ténèbres fait partiede ce troisième groupeen compagniedenouv la elle qui l'a précédéde peu,Un 18 avant-postedu progrès. Cesdeux textes sont situésen Afrique centrale, tandis queNostromo, commeGaspa « r Ruiz »,est localiséen Amériquedu Sud. Si l'on ajoutec à ette liste lesrécits se déroulanten France –LeDuel (1908),LeFrère-de-la-Côte (1923),La Flèched'or (1919) – ainsi que ceux qui se situenten Italie –Suspens (1925)et la nouvelleIl Conde (1908) –, on mesure l'étenduedes pérégrinationsdes personnages conradienset les nombreuses possibilitésd'aventuresde toutes sortes qui s'offrent àeux. Au cœurdes ténèbres ne fait pasexception à larègle puisqueMarlow, marindésespérémenten quêted'un poste, sevoit contraintd'accepterlecommandementd'un minusculevapeursurlefleuve