Critique de la raison pure

Critique de la raison pure

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190 pages

Description

La Critique de la raison pure a révolutionné notre rapport à la connaissance. L’Introduction de 1787 reproduite dans la présente édition est la voie royale pour entrer dans cette oeuvre cathédrale. Le texte propose une définition puissante de l’objectif d’ensemble de la Critique : tracer les frontières du savoir humain. Mais l’enjeu est plus grand encore. Il s’agit de déterminer le destin de la métaphysique, que ce soit pour la replacer sur la voie sûre de la science, ou pour faire résonner le requiem de la « reine des sciences » désormais déchue.
L’Introduction ne présuppose aucune lecture préalable d’une œuvre kantienne pour être comprise. Entamer la lecture de Kant par un tel point de départ est la promesse d’un regard nouveau. En procédant pas à pas et en définissant chaque concept clé, ce texte méthodique déploie sous nos yeux ce que l’on pourrait appeler l’ordre kantien des raisons.

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Ajouté le 05 avril 2017
Nombre de lectures 4
EAN13 9782081407145
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Kant
Critique de la raison pure
Introduction
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 2017.
ISBN Epub : 9782081407145
ISBN PDF Web : 9782081407152
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081397477
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur La Critidue De la raison pure a révolutionné notre rapport à la connaissance. L’IntroDuction De 1787 reproDuite Dans la présente éDition est la voie royale pour entrer Dans cette œuvre cathéDrale. Le texte propose une D éfinition puissante De l’objectif D’ensemble De la Critidue : tracer les frontières D u savoir humain. Mais l’enjeu est plus granD encore. Il s’agit De Déterminer le Destin De la métaphysidue, due ce soit pour la replacer sur la voie sûre De la science, ou pour fa ire résonner le reduiem De la « reine Des sciences » Désormais Déchue. L’IntroDuction ne présuppose aucune lecture préalab le D’une œuvre kantienne pour être comprise. Entamer la lecture De Kant par un te l point De Départ est la promesse D’un regarD nouveau. En procéDant pas à pas et en D éfinissant chadue concept clé, ce texte méthoDidue Déploie sous nos yeux ce due l’on pourrait appeler l’orDre kantien Des raisons.
Critique de la raison pure
Introduction
Présentation
I. Par-delà empirisme et innéisme : la connaissancea priori
Les jugements que nous nommons nos « connaissances » forment un ensemble composite : descriptions de faits, lois physiques, théorèmes, informations à propos de tel ou tel champ d'objets. Les philosophes Locke, Berkeley et Hume, que l'on d ésigne comme des « empiristes » parce qu'ils font de l'expérience (e n grec,empeiria) l'origine de toutes les pensées et le principe de leur vérité, affirmen t que l'acquisitionet lecontenude nos connaissances ne peuvent être pensés indépendamment de la suite de nos perceptions. De fait, peut-on nier que, depuis notre naissance, ce sont nos perceptions, leur richesse, leur répétition, leur enchaînement q ui nous ont appris à distinguer les objets, à les classer, et progressivement à connaît re les propriétés et connexions les plus générales de toutes choses ? Pourrait-on recue illir des leçons sur les vivants, les planètes, les autres êtres humains si nous ne comme ncions par observer, étudier, entrer en contact avec tous ces objets possibles de connaissance ? Allons plus loin : pourrait-on même apprendre à compter, sans nos doig ts et sans nos bouliers ? N'avons-nous pas appris la géométrie en observant d es figures dessinées sur des feuilles et des tableaux ? Pour Locke, indépendamme nt de l'expérience, l'esprit n'est qu'une table rase et une page blanche ; pour Berkel ey et Hume, toutes nos pensées 1 dérivent ultimement de nos sensations . Pourtant, par un autre côté, certaines de nos conna issances paraissent dépasser, par leur portée, ou par leur caractère indubitable, les instructions directes de l'expérience. Qu'on songe seulement aux théorèmes g éométriques (par exemple, « la somme des angles de tout triangle est égale à la so mme de deux angles droits ») ou encore aux formules arithmétiques (par exemple, « 2 + 2 = 4 »). Ces propositions sont tellement sûres qu'elles ne semblent pass i m p l e m e n tdériver de l'expérience. Pourrions-nous saisir leur vérité si notre connaiss ance n'était vraiment édifiéequpartir de suites finies et contingentes de sensatio ns ? Avant Kant, et contre les empiristes, plusieurs philosophes rationalistes (De scartes, Malebranche, Leibniz, Wolff) ont estimé que certaines connaissances sont inhérentes à notre esprit, et s'y trouvent présentesa v a n ttoute expérience, de façon innée. Leibniz déclare p ar exemple qu'« il y a des idées et des principes qui ne nous viennent point des sens, et 2 que nous trouvons en nous sans les former ». Sur ce différend opposant empiristes et innéistes, la première page de laCritique de la raison pureopère un déplacement inouï. Dès la toute première phrase de son grand-œuvre, Ka nt donne entièrement raison aux empiristes contre les innéistes. Selon lui, « q ue toute notre connaissance commence avec l'expérience, il n'y a là absolument aucun doute » (B 1). Mais dans le même temps, Kant affirme que la grande leçon des em piristes n'interdit pas que nous disposions de certaines connaissances «a prioric'est-à-dire », indépendantes de l'expérience quant à leur validité! Comment comprendre cet éminent paradoxe ?
1. L'enjeu des définitions
La section I de l'Introduction offre, en vue de rép ondre à cette question, une mise au
point définitionnelle et terminologique. Qu'on y pr enne garde. Il ne s'agit pas encore pour Kant de proclamer directementqu'il existedans l'esprit humain des connaissances dépassant, par leur validité, les con tenus de l'expérience. La section I vise simplement à proposer des notions permettant d 'éclaircir le sens de la discussion, cela afin de montrer que l'idée même de « connaissa ncesa priori » (c'est-à-dire l'idée de connaissancesindépendantes de l'expérience quant à leur validité, non quant à leur origine) n'est ni absurde ni contradictoire et ce, même si l'on admet l'un des grands principes de l'empirisme. Telle est la stratégie remarquable de Kant : plutôt que de fournir directement des exemples paradigmatiques de connaissances « empiriq ues » et de connaissances «a prioriil préfère », prévenir un refus de principe, opposable par des empiristes dogmatiques, la possibilité même qu'il y ait des co nnaissances dépassant l'expérience. L'objectif qui se dégage des définitions avancées p ar Kant est donc d'établir la compatibilitéentre l'idée empiriste selon laquelle il n'y a en aucun homme de formation de connaissances qui précède l'expérience, et l'idé e rationaliste selon laquelle il peut y avoir des connaissances dépassant néanmoins l'expér ience,quant à leur validité. Kant entame ainsi un double combat, contre les excès inn éistes d'un côté, contre certains excès empiristes de l'autre. D'un côté, il soutient que nous n'avons pas de savoir disponible en nous à la naissance. D'un autre côté, il indique que le rôle de l'expérience au sein de la formation du savoir n'ex clut pas l'existence de connaissances dépassant l'expérience du point de vu e de leur vérité. En somme, on peut dire que Kant élabore une thèse de non-exclusi on. En cela, il amorce d'emblée une révolution ; car son objectif est moins de pren dre part au débat entre innéistes et empiristes que de désamorcer le débat même, de révé ler qu'il s'écroule lorsque l'on discerne qu'il a été mal posé.
2. Toute notre connaissance commence avec l'expérie nce
« Que toute notre connaissance commence avec l'expé rience… » : la tournure propositionnelle ouverte par « que » ne laisse pas de doute, le texte n'introduit pas une thèse kantienne, mais bien untopos, un lieu commun. Cetopos, qui constitue en quelque sorte la vérité de l'emp irisme aux yeux de Kant, concerne notre savoir (humain) et lui seul, car on ne saurait exclure sans pétition de principe qu'il puisse exister d'autres manières de connaître, animales (par l'instinct), extra-terrestres, angéliques voire divines (par des idées innées ou des intuitions intemporelles), ne requérant pas l'appui de l'expérience. À propos de l'humanité, la vérité de l'empirisme ne fait « aucun doute » (B 1) aux yeux de Kant. Plutôt que de chercher à étayer la pr oposition liminaire, le maître de Königsberg fait donc comme s'il n'y avait, en la ma tière, nul besoin de raisonner. C'est, en l'occurrence, à un truisme, une évidence allant de soi, que nous avons affaire. Et, à la vérité, qui oserait attribuer des pensées géométriques, spéculatives ou éthiques à un nourrisson ? Qui ne voit qu'il nous faut parcourir divers processus, nous instruire et progresser au fil des ans, pour nous élever à l'int elligence des principes logico-mathématiques, métaphysiques ou moraux ? Kant se contente donc d'esquisser une justification indirecte de la vérité de l'empirisme en formulant une question rhétorique : « car par quoi le pouvoir de connaître devrait-il être éveillé et mis en exercic e, si cela ne se produisait pas par l'intermédiaire d'objets qui affectent nos sens […] ? » (B 1). Que la connaissance soit à propos de métaux, animaux, planètes, nombres, figur es géométriques, qu'elle comprenne la position d'obligations morales telles que celle de ne pas mentir ou de ne
pas voler, dans tous les cas, il faut bien que l'es prit trouve à exercer son activité à propos de contenus donnés aux sens. D'ores et déjà, le propos de Kant préfigure l'analy se de l'esprit qui sera offerte dans le corps de laCritique. La métaphore de l'éveil (« par quoi le pouvoir de connaître devrait-il être éveillé [erwecktnomènes]… ») signale l'irréductibilité de l'esprit aux phé qu'il ordonne. L'esprit estsollicité par tles impressions des sens, mais son action n'es pas intégralement commandée par ce qui l'affecte. P our une part, certes, les impressions produisent d'elles-mêmes les représenta tions, c'est-à-dire que les 3 représentations sont un effet de la rencontre des o bjets . Mais, pour une autre part, l'esprit possède une activité qui ne se réduit pas à la pure réceptivité, et cette activité 4 se découvre dans le fait que nous comparons, lions ou séparons les sensations . La comparaison du travail de l'esprit avec le trava il de l'artisan a une visée précise. Kant compare les contenus empiriques à une matière (Stoff), et il assimile le travail (Verarbeiten) de l'esprit à une suite d'opérations permettant l 'élaboration de cette matière. Le point est le suivant : on sait qu'il n' existe pas de construction artisanale ou de sculpture sans bois ou sans airain. Un burin et un marteau ne font pas à eux seuls un Apollon. Pour autant, la statue n'est pas direct ement contenue dans le bloc de marbre, elle est produite par la main humaine. Par analogie, la connaissance exige la co-intervention deplusieurss pourconditions nécessaires, respectivement insuffisante produire la connaissance. Kant indique d'emblée son refus de considérer les connaissances comme de nature simplement intellectu elle (tout acte de conception suppose que l'esprit ait été affecté) ou simplement sensible (une impression n'est pas un jugement).
3. La possibilité des connaissancesa priori
Kant distingue donc entre le fait que notre expérie nce « commence » ou « s'amorce » avec l'expérience (anfangen/anheben), et le fait qu'elle n'en « dérive » pas entièrement (entspringendes). Il représente ainsi les jugements humains comme produits de plusieurs « sources » ; selon cette mét aphore, la connaissance se voit représentée comme le produit d'une confluence de pl usieurs fluides (à la manière dont un fleuve se forme grâce à la rencontre de plusieur s affluents). C'est toujours la même leçon : que l'expérience soit une condition nécessa ire de toute connaissance n'implique pas qu'elle soit pour autant une conditi on suffisante. La vérité dutoposissu de l'empirisme ne peut jamais permettre de décider de la nature de la connaissance. Kant offre une seconde image pour penser la connais sance : celle du composé (das Zusammengesetztesensibilité). On comprend ainsi pourquoi l'entendement et la s seront à de nombreuses reprises décrits comme les « éléments » de la connaissance, dans la partie de laCritique. L'idéeintitulée « Théorie transcendantale des éléments » essentielle est toujours qu'il n'y a pas de bonne r aison de considérer la connaissance comme mobilisant un seul type d'ingrédients. L'esprit est certes mis en mouvement par les sens, mais cela n'implique pas qu'il soit semblable à un récipient, passivement rempli par la diversité des contenus sensoriels. Les connaissances, même empiriques, ne sont pas les contenus perceptifs eux-mêmes. La tâche de la philosophie consistera à déga ger par l'analyse (Absonderung) les composants des connaissances qui ne se trouvent , en réalité, jamais séparés au sein des jugements ordinaires, ou au sein des jugem ents de la physique et des mathématiques.
4. L'effectivité des connaissancesa priori
Étant donné la notion qui est celle des connaissanc esa priorisont vraies (elles indépendamment de l'expérience, bien qu'aucun indiv idu ne les possède en son esprit de façon innée), on a vu qu'il n'y a pas de contrad iction logique entre la primauté chronologique de l'expérience et la possibilité de l'a priori. Mais, pour autant, peut-on passer de l'affirmation de la possibilité de telles connaissances à l'affirmation de leur effectivité? La thèse de la section II est qu'on ne doit pas che rcher à prouver rationnellement que nous possédons des connaissancesa priori, on peut se contenter de le constater, de le montrer, en quelque sorte, par le fait. La st ratégie de Kant, pour le faire voir, consiste à recueillir, à nouveau, les bénéfices des analyses empiristes de Locke à Hume, en passant par Berkeley. En effet, d'un côté, Kant puise implicitement aux ouvrages et réflexions de ces auteurs pour assurer que l'on ne peut garantir à partir de l'expérience aucun jugement et aucun concept univer sel et/ou nécessaire. D'un autre côté, il s'oppose frontalement à ces auteurs, en es timant qu'il estindéniableque nous possédons les connaissances en question, en dépit d u fait que l'expérience n'a pas pu établir leur contenu ou leur validité. Que l'on ne puisse tirer de l'expérience aucune con naissance universelle et nécessaire, et qu'en conséquence on ne sache déduir e de l'expérience les concepts de substance et de cause, les théorèmes mathématiqu es ou le principe de causalité, les philosophes empiristes l'ont amplement montré. (I) L'expérience ne nous présente jamais que des séries de cas particuliers, et l'on peut certes résumer les propriétés de ces séries limitées dans des formules générales, ma is cela ne nous autorise pas à nous prononcer avec certitude sur les propriétés de s cas à venir. L'expérience ne nous donne donc à connaîtreaucune vérité universelle, c'est-à-dire valable pour tous les cas d'un certain type, sans exception possible. ( II) L'expérience nous enseigne que les choses sont de telle et telle façon, mais non qu'il ne pourrait pas en être autrement. En d'autres termes, les informations que nous obtenons par expérience sont marquées du sceau de la contingence. La perception ne nous donn e pas à connaître desvérités nécessaires, c'est-à-dire des vérités telles que leur négation se donne comme impossible ou inconcevable. (III) L'expérience nous livre des conjonctions de situa tions ressemblantes, des conjonctions régulières relative ment à un certain segment temporel. Mais elle ne nous permet pas de savoir si ces conjonctions dépendent ou non de certaines lois. Elle ne nous donne donc aucu ne certitude concernant l'existence possible descausesdes et effets. (IV) L'expérience est une suite ininterrompue de perceptions se succédant les unes les autres, elle est essentiellement changement, et n'enveloppe aucune conscience stricte de la permane nce et de l'invariance. Elle ne nous donne donc jamais à reconnaître avec certitude le fait qu'il y ait dessubstances. Les empiristes ayant précédé Kant ont bien remarqué ces quatre points. Leur tort aura été d'en tirer une conclusion hâtive. Parce qu e les connaissances universelles et nécessaires, de même que les concepts purs tels que la substance et la causalité, ne peuvent être tirés de l'expérience, les empiristes ont tenu ces connaissances et ces concepts pour de simples chimères ou pour des produ its confus de l'imagination. Hume est à cet égard le philosophe le plus emblémat ique. (I) Selon lui, parce que nous ne connaissons que des cas particuliers, « il ne pe ut y avoir d'argumentsdémonstratifs prouvantque les cas dont nous n'avons pas eu d'expérience r essemblent à ceux dont 5 nous avons eu l'expérience(II) De même, puisque l'expérience ne nous livre que ». des états de fait effectifs, nous ne pouvons jamais affirmer connaître quoi que ce soit de nécessaire : « le contraire d'un fait quelconque est toujours possible, car il n'implique pas contradiction et l'esprit le conçoit aussi facilement et aussi distinctement
6 que s'il concordait pleinement avec la réalité ». (III) Il est donc envisageable que les notions de « cause » et d'« effet » ne soient rien de plus que des fictions : « quand l'esprit passe de l'idée ou de l'impression d'un ob jet à l'idée d'un autre, ou à la croyance en un autre, il n'est pas déterminé par la raison m ais par certains principes qui 7 associent l'une avec l'autre les idées de ces objet s et qui les unit dans l'imagination ». (IV) Enfin, l'expérience ne déployant qu'une « collect ion de perceptions différentes, qui se succèdent avec une rapidité inconcevable et sont dans un flux et un mouvement 8 perpétuels », il n'y a rien d'étonnant à ce que la notion de substance, ou celle d'existence continue, soit elle-même à ranger au ra ng des produits de 9 l'imagination : « cette fiction, toute comme l'iden tité, est fausse ». Le bouleversement kantien ne consiste donc pas à fa ire de l'universalité et de la nécessité les marques des connaissancesa priori, pas plus qu'il ne consiste dans le choix des exemples privilégiés que sont le concept de substance, le principe de causalité, etc. Kant s'avère, sur tous ces points, un héritier direct de l'empirisme lockéen et humien. Son originalité se marque plutôt dans le fait que l'effectivité (Wirklichkeit) des connaissancesa priori constitue à ses yeux un champ de factualité impossible à mettre en question. Pour Kant, le fait qu'on ne puisse gager la validité du principe de causalité sur les contenus particuliers de l'expérience ne doit pas nous conduire à nier la certitude qui s'attache à ce pri ncipe : à moins de sombrer dans l'irrationalité complète, à moins de croire aux mir acles et de confondre la réalité et le rêve, aucun homme sensé ne songera à nier que tout changement possède une cause. Le registre du discours de Kant, dans la sec tion II, est « assertorique » ; il correspond à l'énonciation de propositions d'existe nce non appuyées sur des prémisses antérieures. On ne se situe pas dans le r egistre « apodictique » de la fondation, car Kant ne cherche nullement àp ro u v e r(aufzeigen) qu'il existe des connaissancesa priori. Il se contente de montrer (zeigen), de prendre acte de ce que nous possédons. Dans le § 14 de l'édition de 1787 d e laCritique de la raison pure, Kant affirmera que l'empirisme de Hume et de Locke « ne se peut accorder avec la réalité des connaissances scientifiques dont nous d isposons, la mathématique pure et la physique générale, et [qu'il] est contredit par le fait » (B 128). Point n'est besoin de déduire la connaissancea priori, il suffit de l'exposer, de la présenter devant le s yeux.
II. Par-delà dogmatisme et scepticisme : la connaissance synthétiquea priori
Tout homme possède donc certaines connaissances, ac quises au fil du temps, mais que l'expérience ne constitue pas quant à leur cont enu et dont elle ne garantit pas la portée objective. Ces connaissances, nommées «a prioripar Kant, semblent » recouvrir un champ extrêmement étendu, puisqu'on co mpte parmi elles les théorèmes mathématiques ainsi que certains principes de conna issance, les notions de substance et de cause, etc. Pourquoi importe-t-il tant au phi losophe de s'intéresser à ce genre de connaissances, dont la présence dans l'esprit ne sa urait être niée ? La section III le révèle et constitue de ce fait le pivot de l'ensemb le de l'Introduction : les connaissancesa priorile thème inévitable de l'enquête philosoph ique du fait forment qu'elles enveloppent en elles tous les jugements de lamétaphysique, l'entreprise théorique la plus précieuse et fondamentale que l'h umanité ait jamais menée. Au cours de l'histoire, la validité incontestable de nombreu ses connaissancesa priori (logique, mathématiques, physique) a conduit l'humanité à pré sumer favorablement de la possibilité de connaître des objets suprasensibles tels que l'âme, Dieu, l'au-delà, etc.