Deux lettres sur l

Deux lettres sur l'individu, la société et la vertu

-

Livres
56 pages

Description

Le rousseauisme a nui à la réception de la philosophie de Jean-Jacques, qui avait une conception de l’homme et de la société plus nuancée que celle que lui a prêtée la postérité. C’est ce que nous dévoile admirablement deux lettres méconnues du Genevois qui résument très efficacement sa philosophie politique avant qu’il n’écrive Du contrat social et L’Émile. En 1755, il expose à un naturaliste suisse qui a pour nom de plume Philopolis (Lettre à Philopolis) les principes de vertu que requiert de tous les hommes l’état social, laborieux, forcément laborieux collectivement. En 1757, dans une lettre oubliée (Lettre sur la vertu), il revient sur le passage de l’état de nature à l’état social, et la transformation de la bonté naturelle en un nécessaire rapport à autrui. La vertu et le souci du commun ont une place centrale. On est bien loin de l’idée réductrice propagée ensuite par l’individualisme : la société, c’est mal !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 mars 2012
Nombre de lectures 36
EAN13 9782755504965
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

Illustration de couverture : Arrivée de Jean-Jacques Rousseau aux Champs-Élysées (détail). Gravure de Charles François Adrien Macret d’après une œuvre de Jean-Michel Moreau le jeune © Photothèque Hachette Livre.

Illustration, p. 48 : portrait de Jean-Jacques Rousseau. Gravure de Jean-Jacques Frillez © Photothèque Hachette Livre.

© Mille et une nuits, département de la Librairie Arthème Fayard,
mars 2012 pour la présente édition.

ISBN : 978-2-75550-496-5

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

n° 602


Textes intégraux

Source du recueil :
– « Lettre à M. Philopolis » (1755) in Œuvres de J.-J. Rousseau, citoyen de Genève, Paris, A. Belin, 1817, tome III, Ire partie, pp. 329-334 ;
– « Lettre sur la vertu » (« Lettre première » des Quatre « Lettres sur la vertu et le bonheur ») (1757) in Œuvres et correspondance inédites de J.J. Rousseau, édité par Georges Streckeisen-Moultou, Paris, Michel Lévy Frères, 1861, pp. 133-144.

Notre adresse Internet :

Jean-Jacques Rousseau

Deux lettres sur l’individu,
 la société et la vertu

Lettre à M. Philopolis

(1755)

Vous voulez, Monsieur, que je vous réponde, puisque vous me faites des questions. Il s’agit, d’ailleurs, d’un ouvrage dédié à mes concitoyens : je dois, en le défendant, justifier l’honneur qu’ils m’ont fait de l’accepter. Je laisse à part dans votre lettre ce qui me regarde en bien et en mal, parce que l’un compense l’autre à peu près, que j’y prends peu d’intérêt, le public encore moins, et que tout cela ne fait rien à la recherche de la vérité. Je commence donc par le raisonnement que vous me proposez, comme essentiel à la question que j’ai tâché de résoudre.

L’état de société, me dites-vous, résulte immédiatement des facultés de l’homme et par conséquent de sa nature. Vouloir que l’homme ne devînt point sociable, ce serait donc vouloir qu’il ne fût point homme, et c’est attaquer l’ouvrage de Dieu que de s’élever contre la société humaine. Permettez-moi, Monsieur, de vous proposer à mon tour une difficulté avant de résoudre la vôtre. Je vous épargnerais ce détour si je connaissais un chemin plus sûr pour aller au but.

Supposons que quelques savants trouvassent un jour le secret d’accélérer la vieillesse, et l’art d’engager les hommes à faire usage de cette rare découverte : persuasion qui ne serait peut-être pas si difficile à produire qu’elle paraît au premier aspect ; car la raison, ce grand véhicule de toutes nos sottises, n’aurait garde de nous manquer à celle-ci. Les philosophes, et surtout les gens sensés, pour secouer le joug des passions et goûter le précieux repos de l’âme, gagneraient à grands pas l’âge de Nestor, et renonceraient volontiers aux désirs qu’on peut satisfaire, afin de se garantir de ceux qu’il faut étouffer : il n’y aurait que quelques étourdis qui, rougissant même de leur faiblesse, voudraient follement rester jeunes heureux au lieu de vieillir pour être sages.

Supposons qu’un esprit singulier, bizarre, et, pour tout dire, un homme à paradoxes, s’avisât alors de reprocher aux autres l’absurdité de leurs maximes, de leur prouver qu’ils courent à la mort en cherchant la tranquillité, qu’ils ne font que radoter à force d’être raisonnables ; et que, s’il faut qu’ils soient vieux un jour, ils devraient tâcher au moins de l’être le plus tard qu’il serait possible.