Le Château

Le Château

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386 pages

Description

"C’était le soir tard, lorsque K. arriva. Le village était sous la neige. La colline du Château restait invisible, le brouillard et l’obscurité l’entouraient, il n’y avait pas même une lueur qui indiquât la présence du grand Château. K. s’arrêta longuement sur le pont de bois qui mène de la route au village, et resta les yeux levés vers ce qui semblait être le vide…"
K. entame là un long et harassant combat avec ce mystérieux Château, comme dans Le Procès un autre K. luttait contre un Tribunal omniprésent et pourtant insaisissable.
Le fondé de pouvoir Joseph K. rêvait de se justifier. Le géomètre K. désire être reconnu et accepté. Parviendra-t-il même à prendre la mesure de son impuissance et de son ignorance.

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Date de parution 17 octobre 1984
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EAN13 9782081405349
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Franz Kafka
Le Château
www.centrenationaldulivre.fr
GF-Flammarion © 1984, FLAMMARION, Paris, pour la traduction franç aise.
ISBN Epub : 9782081405349 ISBN PDF Web : 9782081405356 Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782080704283
Ouvrage numérisé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur « C’était le soir tard, lorsque K. arriva. Le villa ge était sous la neige. La colline du Château restait invisible, le brouillard et l’obscu rité l’entouraient, il n’y avait pas même une lueur qui indiquât la présence du grand Château . K. s’arrêta longuement sur le pont de bois qui mène de la route au village, et re sta les yeux levés vers ce qui semblait être le vide… » K. entame là un long et harassant combat avec ce my stérieux Château, comme dans Le Procès un autre K. luttait contre un Tribunal om niprésent et pourtant insaisissable. Le fondé de pouvoir Joseph K. rêvait de se justifie r. Le géomètre K. désire être reconnu et accepté. Parviendra-t-il même à prendre la mesure de son impuissance et de son ignorance ?
Du même auteur dans la même collection
AMERIKA OU LE DISPARU LE CHÂTEAU DANS LA COLONIE PÉNITENTIAIRE ET AUTRES NOUVELLES LA MÉTAMORPHOSE – DESCRIPTION D'UN COMBAT LE PROCÈS UN JEÛNEUR ET AUTRES NOUVELLES
Le Château
PRÉFACE Le géomètre et le messager
« C'était le soir tard, lorsque K. arriva. Le village était sous la neige. La colline du Château restait invisible, le brouillard et l'obscurité l'entouraient, il n'y avait pas même une lueur qui indiquât la présence du grand Château. K. s'arrêta longuement sur le pont de bois qui mène de la route au village, et resta les yeux levés vers ce qui semblait être le vide… »
K. entame là un long et harassant combat avec ce my stérieux Château, comme dans leProcèsun autre K. luttait contre un Tribunal omniprésent et pourtant insaisissable. Le fondé de pouvoir Joseph K. rêvait de se justifie r. Le géomètre K. désire être reconnu et accepté. D'emblée, on est frappé par l'analogie entre les de ux grands projets romanesques de Kafka. Ils étaient, jusqu'à un certain point, inter changeables. En outre, plusieurs des différences qui les distinguent sont, nous le verro ns, des symétries, qui confirment donc leur parenté. D'ailleurs, quelques semaines avant de commencer leProcès, en 1914, Kafka rédige le début d'une nouvelle qui s'intituleTentation au villagequi nous apparaît et aujourd'hui comme l'ébauche duChâteau, commencé seulement huit ans plus tard, en 1922. On y voit en effet, comme dans notre roman, u n étranger arrivant un soir dans un village hostile qui le suspecte et le rejette, et o ù il ne trouve quelque asile et assistance, dans son désarroi et son incompréhensio n, que chez des êtres eux-mêmes en marge… La nouvelle tourne court et reste inachev ée, et l'on objectera à ce rapprochement suggéré par Max Brod qu'elle ne parle d'aucun château et préfigure tout au plus la situation de départ du roman ultérieur. À quoi l'on peut répondre qu'en un certain sens il n'y a pas non plus de château dans leChâteau, dont le sujet est en somme, malgré qu'en ait son héros et quoi qu'il en pense, que le Château n'existe peut-être pasréellement. Quant à la situation de départ, elle est dans leChâteau, comme d'ailleurs dans leProcèsmême dans la ou Métamorphose, déjà et d'un coup l'argument du récit tout entier, qui n'est qu'une s érie de variations, au cours desquelles le héros part et repart, inlassablement et désespér ément, à l'assaut du paradoxe incontournable posé dès les premières pages. Comme plusieurs écrivains parmi les plus grands, Ka fka n'a guère qu'un sujet, et c'est précisément cetassaut immobileacharné contre une instance que le langage et lui-même s'épuise à vouloir cerner et dont finaleme nt (mais c'est une fin que jamais le héros ni le narrateur n'atteignent) rien ne peut êt re dit de cohérent ni de certain, sinon peut-être qu'elle n'est rien d'autre que l'objet de cet assaut. Les tentatives ne manquent pas, dans l'histoire lit téraire et la critique « kafkaïenne », pour préciser ce schéma, dont on supporte mal l'ext rême généralité et qu'on s'efforce donc de traduire dans les termes plus précis d'une idéologie positive. LeChâteau semble se prêter particulièrement bien à ce genre d e prétendu décryptage. Siège de l'autorité suprême et suprême objet de toutes les a spirations humaines, l'inaccessible Château est ainsi, par exemple, baptisé château du Graal ou de la Grâce, et la quête angoissée de K. interprétée comme crainte et trembl ement du croyant doutant d'être élu. Les biographes venant à point rappeler que Fri eda peut avoir emprunté quelques-uns de ses traits à Milena Jesenska, seule femme ai mée de Kafka qui ne fût pas Juive, on fait remarquer qu'inversement la famille de Barn abé se trouve dans une situation économique, sociale et même politique qui n'est pas sans évoquer celle des Juifs en pays chrétien. Se mettent ainsi en place, de bric e t de broc, les éléments d'une belle
interprétation globale et réductrice du roman, qui serait en somme une image transposée de la condition juive telle que Kafka l'éprouvait ou la pensait. Leibniz disait que toutes philosophies sont vraies par ce qu'elles affirment et fausses par ce qu'elles nient. S'agissant de pareilles tent atives pour plaquer un schéma idéologique sur un texte littéraire, il y a de même toujours quelque vérité dans les perspectives ouvertes, ne serait-ce que par métapho re, mais cette vérité s'arrête aux aspects du texte qu'elle ne peut intégrer et que pa r conséquent on ignore, on escamote ou l'on déforme. Ainsi, dans leChâteausous l'angle d'une lecture inspirée par et l'histoire religieuse, de deux aspects de la « fabl e » qui ne sont pas escamotables : Comme de tous les héros de roman, on peut dire du g éomètre K. qu'il cherche, peu ou prou, à faire son salut. Son homonyme duProcès faisait évidemment de même. Mais quand on prétend descendre de ce grand thème t héologique, qui est sans doute en effet le ressort du genre romanesque, au décrypt age littéral d'un texte comme celui d uChâteaudes termes empruntés à l'histoire religieuse de l'Europe, il faudrait que en l'exégèse gardât sa cohérence. Or, comment le pourr ait-elle lorsque nous voyons K. trembler d'angoisse et de ravissement non pas devan t ce qui correspondrait à la divinité, mais devant ses ministres les plus subalt ernes, devant les derniers de leurs sous-fifres, corrompus de surcroît, odieux et déris oires ? Ou encore, si l'on admet que la famille de Barnabé est frappée d'anathème parce qu'Amalia, telle la synagogue dans les mystères médiévaux, a refusé de recevoir la « b onne nouvelle », cela signifierait par conséquent que Kafka « symbolise » l'Évangile p ar le poulet outrageant et obscène de l'ignoble et méprisable Sortini ! Il faut le dire tout net : ça ne marche pas. Pas pl us que ne « marche » le Kafka « marcionite » d'un Günther Anders (Dieu serait fon cièrement mauvais) ou le Kafka « manichéen » d'un Erich Heller. Non plus que l'eff ort, plus touchant que convaincant, de Max Brod pour supposer tout gratuitement auChâteaudénouement optimiste, un parce que K. s'est démené de manière méritoire et a urait ainsi gagné son salut aux points… Cela ne signifie nullement qu'avec tout ce bain rel igieux et pseudo-religieux, il faille jeter aussi l'enfant théologique. Entendons que ces exégèses plates et plaquées sur le texte du romancier ne doivent pas nous faire oublie r leur propre fond de vérité, à savoir le débat » pensé par la théologie chrétienne (et el le seule) et rêvé par le roman européen (et lui seul), entre l'individuet une instance qui le dépasse infiniment. Ce débat, Kafka le reprend sous une forme presque b rutalement épurée, que le roman du XIXe siècle avait tendu à oublier au profit de formes p lus concrètement sociologiques, et le meilleur commentaire qu'on pui sse en donner consiste à citer non des commentateurs armés d'abstractions, fussent-ell es cautionnées par l'histoire des idées religieuses, mais Kafka lui-même. Les deux textes qui suivent sont à coup sûr parmi c e que Kafka a laissé de plus dense et de plus lumineux. Ils ont la prodigieuse p résence compacte de chefs-d'œuvre plastiques. En même temps, comme de grands textes r eligieux, on n'a jamais fini de les méditer.
« … Devant la porte de la Loi se tient un gardien. Ce gardien voit arriver un homme de la campagne qui sollicite accès à la Loi. Mais le gardien dit qu'il ne peut le laisser entrer maintenant. L'homme réfléchit, puis demande si, alors, il pourra entrer plus tard. C'est possible, dit le gardien, mais pas maintenant.ˮla grande porte de la Loi est Comme ouverte, comme toujours, et que le gardien s'écarte, l'homme se penche pour regarder à l'intérieur. Quand le gardien s'en aperçoit, il rit et dit : Si tu es tellement attiré, essaie donc d'entrer en dépit de mon interdiction. Mais sache que je suis puissant. Et je ne suis
que le dernier des gardiens. De salle en salle, il y a des gardiens de plus en plus puissants. La vue du troisième est déjà insupportable, même pour moi.ˮde la campagne L'homme ne s'attendait pas à de telles difficultés ; la Loi est pourtant censée être accessible à tous à tout moment, pense-t-il ; mais en examinant de plus près le gardien dans sa pelisse, avec son grand nez pointu, sa longue barbe de Tartare maigre et noire, il se résout à attendre tout de même qu'on lui donne la permission d'entrer. Le gardien lui donne un tabouret et le fait asseoir à côté de la porte. Il y reste des jours, des années. Il fait de nombreuses tentatives pour être admis et fatigue le gardien par ses prières. Le gardien lui fait fréquemment subir de petits interrogatoires, lui pose toutes sortes de questions sur son pays et sur bien d'autres en choses, mais ce sont des questions posées avec indifférence, comme le font les gens importants ; et il conclut à chaque fois en disant qu'il ne peut toujours pas le laisser entrer. L'homme, qui s'est muni de beaucoup de choses pour ce voyage, les utilise toutes, si précieuses soient-elles, pour soudoyer le gardien. Celui-ci accepte bien tout, mais en disant :J'accepte uniquement pour que tu sois sûr de ne rien avoir négligé.ˮtoutes ces années, l'homme observe le gardien presque sans Pendant interruption. Il oublie les autres gardiens et ce premier gardien lui semble être l'unique obstacle qui l'empêche d'accéder jusqu'à la Loi. Il maudit le hasard malheureux, à voix haute et sans retenue les premières années ; par la suite, avec l'âge, il ne fait plus que grommeler dans son coin. Il retombe en enfance : étudiant le gardien depuis des années, il connaît même les puces de son col de fourrure, et il supplie jusqu'à ces puces de l'aider à fléchir le gardien. Finalement, sa vue baisse et il ne sait pas s'il fait réellement plus sombre autour de lui, ou bien si ce sont seulement ses yeux qui le trompent. Mais il distingue bien dans l'obscurité une lueur que rien n'éteint et qui passe par la porte de la Loi. Alors il n'a plus longtemps à vivre. Avant qu'il meure, toute l'expérience de tout ce temps passé afflue dans sa tête et prend la forme d'une question, que jamais jusque-là il n'a posée au gardien. Il lui fait signe d'approcher, car il ne peut plus redresser son corps de plus en plus engourdi. Le gardien doit se pencher de haut, car la différence de taille entre eux s'est accentuée nettement au détriment de l'homme.Qu'est-ce que tu veux encore savoir, dit le gardien. Tu es insatiable. – N'est-ce pas, dit l'homme, tout le monde voudrait tant approcher la Loi. Comment se fait-il qu'au cours de toutes ces années il n'y ait eu que moi qui demande à entrer ?ˮ Le gardien se rend compte alors que c'est la fin et, pour frapper encore son oreille affaiblie, il hurle : « Personne d'autre n'avait le droit d'entrer par ici, car cette porte t'était destinée, à toi seul. Maintenant je pars et je vais la fermer.ˮ»…
Ce texte admirable et proprement terrible figure da ns leProcès. C'en est même le seul passage que Kafka ait publié de son vivant, co mme un apologue isolé. Dans le roman, on le trouve dans le grand chapitre intitulé « Dans la cathédrale », qui précède le dénouement (c'est du moins ce qu'on peut raisonn ablement supposer, le roman étant comme on sait resté en chantier) et le prêtre qui le « cite » à Joseph K. pour lui expliquer sa situation d'accusé, le fait suivre d'u ne longue exégèse contradictoire dont la dialectique et l'humour ne sont pas sans rappele r les commentaires rabbiniques. Orson Welles en a fait l'introduction et la conclus ion du film très infidèle et très beau qu'il a tiré duProcès. De fait, c'est le résumé du débat qui sous-tend l eProcès, mais à un degré de généralité (concrète !) qui en fait aus si le résumé du débat qui sous-tend leChâteau. Dans cette parabole de la Loi comme dans les deux r omans, il est question du désir et de l'impossibilité d'accéder. Mais certaines différences existent entre tels de ces trois textes, qui méritent d'être évoquées ici pour mieux les éclairer. C'est avec à la fois terreur et adoration que Josep h K. regarde vers le Tribunal, l'homme de la campagne vers la Loi, et le géomètre K. vers le Château. Face à des
désirs semblablement ambivalents, ces trois instanc es de pouvoir se démultiplient à l'infini en des hiérarchies vertigineuses dont chaq ue échelon est un nouvel obstacle au désir du héros et devient à son tour objet de ce dé sir. C'est ainsi que l'homme de la campagne finit par implorer les puces dans le col d e la pelisse du plus subalterne des gardiens de la Loi ou que, dans leChâteau, la patronne de l'Auberge du Pont vénère comme une relique la mauvaise photo jaunie d'un sim ple messager du chef du X e bureau. Ces cas extrêmes et dérisoires de fétichism e montrent qu'à force d'aimanter de proche en proche ses obstacles successifs, le désir perd irrémédiablement son objet premier, au point que la question de sa nature exac te n'a plus d'intérêt, ni même proprement de sens. La parabole de la Loi est d'ail leurs très claire là-dessus, dans la mesure même où elle fait silence sur ce que vient c hercher l'homme de la campagne : réparation, acquittement ou condamnation, qu'import e en somme, puisque seuls sont certains l'échec et la mort, comme pour Joseph K. e t sans doute pour le géomètre K. Si le désir est foncièrement ambivalent et son obje t premier finalement indifférent, on comprend que cela ne fasse pas de différence, non p lus, que Joseph K. soit embarqué dans un procès qui lui tombe dessus sans qu'il quit te sa ville et sa vie, tandis que le géomètre K. « débarque » en terre inconnue. Bien sû r Kafka reprend là un archétype narratif qu'on trouve dans lesMille et Une Nuits, les romans médiévaux, les contes de Grimm ou encore leChâteau des Carpathes (lui aussi relié à l'auberge du village par un étrange téléphone), mais son château n'est ni en chanté, ni hanté, ni truqué comme celui de Jules Verne. Il est dit plusieurs fois qu' il n'est pas différent du village, un peu de la même façon que le tribunal duProcèspartout dans la ville. Sédentaire et est pèlerin sont en fait dans la même immobilité acharn ée, qui est aussi celle de l'homme de la campagne devant l'enfilade interminable des p ortes de la Loi. Il s'agit donc moins de parcourir un espace concret, que de comprendre l a géométrie abstraite des structures de pouvoir, concentriques à l'infini. Te lle est la tâche désespérante du géomètre K. Dans un espace ainsi conçu, le temps non plus ne fa it donc rien à l'affaire. « Il y reste des jours, des années, » dit la parabole de l a Loi. Les six jours qu'est censée durer l'action duChâteaude même, tout aussi bien, des années. En term es de sont vraisemblance psychologique, l'évolution des relati ons entre K. et Frieda ou, plus généralement, l'impatience et la lassitude du héros ne « tiennent » pas dans si peu de temps. D'ailleurs ce cadre étroit, plus fait pour u ne nouvelle que pour un roman, le narrateur et surtout les personnages l'oublient san s cesse, parlant de ce qui est censé s'être passé la veille en disant « un jour », « une fois », etc. C'est qu'en vérité (dans la vérité romanesque de Kafka) la vraisemblance psycho logico-temporelle n'est pas pertinente. Ce n'est pas un hasard si un autre texte court de K afka, également paradigmatique de la même cosmologie, joue encore plus audacieusem ent avec les échelles chronologiques, confondant cette fois les heures du soir qui tombe avec les millénaires. Ce texte constitue le symétrique inver se de la parabole de la Loi : le parcours (ou le non-parcours) y est entrepris non d e la périphérie vers le centre, mais au contraire. Il s'agit sans doute de « l'empire du milieu » et l'apologue s'intituleUn message de l'Empereur.
« L'empereur, à ce qu'on dit, t'a adressé, dans ton isolement d'individu, de misérable sujet, d'ombre infime fuyant le soleil impérial jusque sur les confins ultimes, oui c'est toi que l'empereur a choisi pour t'adresser, de son lit de mort, un message. Il a fait s'agenouiller le messager à son chevet et lui a chuchoté le message à l'oreille ; il y attachait tant de prix qu'il se l'est fait encore répéter à l'oreille. D'un signe de tête il en a confirmé les termes. Et