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Le Joueur d’échecs

De
144 pages
Sur un paquebot reliant New York à Buenos Aires, en 1939, le champion du monde d’échecs est mis en difficulté par un inconnu lors d’une partie improvisée.
L’homme, qui affirme ne pas s’être assis devant un échiquier depuis plus de vingt ans, confie au narrateur sa terrible histoire : rescapé de la terreur nazie en Autriche, il a été soumis pendant plusieurs mois à la torture psychologique d’un isolement total, auquel seul le jeu d’échecs, qu’il pratiquait mentalement, lui a permis d’échapper…
Le Joueur d’échecs, que Zweig rédigea en 1941 depuis l’exil et qu’il acheva peu de temps avant de se donner la mort, est l’unique texte de fiction dans lequel il évoque frontalement le nazisme. Œuvre d’un auteur orphelin de sa patrie comme de ses idéaux, cette nouvelle est aussi une réflexion sur le destin de l’Europe et du monde – ce monde devenu, à l’heure où écrit Zweig, un grand échiquier où « plus rien n’est à sa place ».
Illustration de couverture : Virginie Berthemet © Flammarion
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Le Joueur d’échecs
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Du même auteur dans la même collection
AMOK LETTRE D’UNE INCONNUE VINGTQUATRE HEURES DE LA VIE D’UNE FEMME
Extrait de la publication
Le
ZWEIG
Joueur d’échecs
TRADUCTION PRÉSENTATION NOTES DOSSIER CHRONOLOGIE BIBLIOGRAPHIE
par Diane Meur
GF Flammarion Extrait de la publication
Diane Meur, ancienne élève de l’École normale supérieure, a notam ment traduit des textes de Paul Nizon, Robert Musil, Heinrich Heine, ou encore Erich Auerbach. Elle a obtenu en 2010 le prix Halpérine Kaminsky pour l’ensemble de son uvre de traduction. On lui doit, dans la GF, les éditions de laLettre d’une inconnue, deVingtquatre heures de la vie d’une femme, d’Amoket duJoueur d’échecsde Zweig. Elle est par ailleurs l’auteur, chez Sabine Wespieser, de plusieurs romans :La Vie de Mardochée de Löwenfels écrite par luimême(2002), Raptus(2004),Les Vivants et les ombres(2007) etLes Villes de la plaine(2011).
© Flammarion,Paris,2013. ISBN : 9782081226562 ISBN : 9782081297630 Extrait de la publication
P r é s e n t a t i o n
À l’automne 1941, lorsqu’il commence à rédigerLe Joueur d’échecs, Stefan Zweig est à la fois un écrivain au sommet de sa gloire et un homme vieillissant, que les dernières années ont durement éprouvé. Pacifiste fervent, il a vu la fragile paix de l’entredeuxguerres se fissurer puis voler en éclats. Juif autrichien, né dans une famille assimilée de la bourgeoisie viennoise, il est une des étoiles montantes des lettres germanophones, celui qui a pro noncé les éloges funèbres d’aînés aussi illustres que les 1 poètes Rilke et Hofmannsthal ; il est traduit dans de nombreuses langues et invité dans le monde entier. L’arrivée au pouvoir des nazis en 1933 l’a déjà privé d’une partie de ses assises, ses livres ont été brûlés en place publique, retirés des bibliothèques, sa maison d’édi tion allemande Insel a dû rayer de son catalogue l’essen tiel de ses uvres. Il lui restait l’Autriche, sa patrie : il l’a quittée en 1934, inquiet de l’instabilité politique et de la propagation des idées hitlériennes, pour vivre à Londres. Et avec l’annexion de l’Autriche au Reich allemand en 1938, ce départ est devenu un exil sans retour. C’est un homme discret dans ses opinions, peu politisé, à qui répugne la prise de position dans le débat public. Mais qui, à cette date, peut encore se permettre d’être apolitique ? C’est aussi un homme dont les liens avec le judaïsme sont distendus, dont la culture religieuse ne va
1. Voir Chronologie, années 1927 et 1929. Extrait de la publication
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L e J o u e u r d ’ é c h e c s
guère audelà d’une bonne connaissance de l’Ancien Tes tament. Pour les nazis toutefois, l’identité juive est une pure et simple question de sang. Le voilà placé, à son corps défendant, parmi les innombrables opposants poli tiques et « non aryens » qui ont dû fuir l’Allemagne et l’Autriche, puis la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Hol lande, la Belgique, la moitié nord de la France, et qui ne pensent plus que visas, exil, coin de terre où il leur soit encore possible de vivre. Il avait donc, quant à lui, trouvé l’Angleterre, où il était allé jusqu’à demander la nationalité britannique. Mais il doit bien constater que son vieux monde n’est plus. Quand il participe en mai 1939 à une cérémonie à la mémoire de Joseph Roth, mort à Paris dans l’alcoolisme et la misère, quand il prononce quelques mois plus tard l’éloge funèbre de Sigmund Freud qui a dû fuir à Londres, lui aussi, à l’âge de quatrevingtdeux ans, ce n’est plus un gratifiant passage de relais entre brillants esprits : c’est bel et bien l’enterrement de la Vienne et de l’Autriche qui étaient les siennes, et de l’Europe où il se sentait partout chez lui. L’Angleterre, après le déclenchement de la guerre, a cessé d’être un havre sûr pour lui et son ancienne secré taire et compagne, Lotte Altmann, jeune juive allemande avec laquelle il vient de se remarier. Même réfugiés, les ressortissants du Reich, désormais «enemy aliens», y sont soudain considérés avec méfiance, voire menacés d’internement. Même sujet britannique, ce qu’il est devenu début 1940 grâce à l’appui de Herbert George Wells, il a ressenti la montée en Angleterre d’une certaine xénophobie, la diffusion de thèses fascisantes au sein de mouvements comme celui d’Oswald Mosley, et s’est pris à craindre que sa naturalisation ne soit un jour révoquée ou qu’on ne le traite éternellement en citoyen de « septième 1 zone ». En proie à l’angoisse et au découragement, il a
1. Voir Zweig,Journaux 19121940, trad. J. Legrand, Paris, Belfond, 1986, entrées du 30 mai et du 2 juin 1940. Extrait de la publication
P r é s e n t a t i o n
saisi l’occasion d’une invitation au Brésil pour quitter l’Europe avec sa seconde femme, cette fois définitivement.
PETRÓPOLIS, LA PATRIE RETROUVÉE ?
Après quelques allées et venues entre l’Amérique latine et les ÉtatsUnis, il a choisi de se fixer au Brésil, où il avait fait un premier séjour en 1936 et avait été reçu avec 1 tous les honneurs . Le pays est pourtant loin d’être une paisible démocratie : au pouvoir depuis 1930, déjà res 2 ponsable de sanglantes répressions , le président Getulio Vargas est devenu dictateur depuis son coup d’État de novembre 1937. Mais Zweig aime ce pays, sa nature, la richesse culturelle et humaine de ses forces vives.Brésil, terre d’avenir, ainsi intituletil de façon éloquente le livre 3 documentaire qu’il vient de lui consacrer ; luimême espère y entamer une nouvelle vie. Il élit domicile à Petrópolis, lieu de villégiature à la périphérie de Rio et ancienne résidence d’été du dernier souverain Pierre II, dont les ressemblances avec des coins d’Autriche l’avaient déjà frappé cinq ans plus tôt :
Été en voiture à Petrópolis, randonnée qui rappelle notre 4 Semmering . [] Petrópolis n’est plus aujourd’hui qu’une petite ville banale habitée par les Allemands que le roi fit
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1. Sur les détails de ce séjour et les attentions presque gênantes dont Zweig avait fait l’objet, voiribid., entrées des 23, 29 et 31 août 1936 : réception au Jockeyclub en présence du ministre des Affaires étran gères et des filles de Getulio Vargas, visite d’unefavelasous l’escorte d’un préfet de police, dupenitenciarioscène grode São Paulo où (« tesque », notetil) trente détenus entonnent en son honneur l’hymne national autrichien appris pour la circonstance. 2. Comme celle de la tentative d’insurrection de novembre 1935, après laquelle de nombreux officiers et militants de l’« Alliance natio nale » avaient été arrêtés et torturés et plusieurs communistes alle mands en exil extradés vers l’Allemagne nazie. 3.Brasilien. Ein Land der Zukunft, Stockholm, BermannFischer, 1941. 4. Station touristique des Préalpes autrichiennes, où Zweig avait plu sieurs fois séjourné et où il situe l’intrigue de la nouvelleBrûlant Secret.
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L e J o u e u r d ’ é c h e c s
venir (les quartiers portent le nom de provinces allemandes), on les reconnaît encore à la blondeur des enfants. [] Nous nous rendons dans une ferme [], la propriétaire parle très bien notre langue et, naturellement (comme chacun ici), elle 1 a lu tous mes livres .
C’est donc une petite Autriche que l’exilé a retrouvée à l’autre bout du monde. Il le souligne à nouveau dans une lettre qui, significativement, est adressée à Franz et Alma Werfel, deux figures importantes de la Vienne artistique défunte (qu’Alma pourrait résumer à elle seule, ayant été la femme du compositeur Gustav Mahler, puis de l’architecte Walter Gropius, et la maîtresse du peintre Oskar Kokoschka) :
Nous vivons dans un minuscule bungalow composé de trois pièces de maison de poupée, mais au beau milieu d’un paysage qui semble avoir été transposé de l’Autriche sous les tropiques  un paysage de montagne, mais très doux et saturé de vert, habité par une culture d’une primitivité émou 2 vante , mais pourtant une culture très ancrée .
Oublié, lebreakdowndont Zweig dit avoir récemment 3 souffert aux ÉtatsUnis . Il travaille d’arrachepied, revoit l’autobiographie dont il a rédigé le premier jet dans les mois précédents et qui paraîtra sous le titreLe Monde d’hier, commence un roman,Clarissa, poursuit le livre consacré à Balzac qu’il rêve d’écrire depuis son pre mier essai sur l’homme de lettres français en 1920, en prépare un autre consacré à Montaigne La situation du monde ne porte guère à l’optimisme en ces premières années de guerre, mais Zweig a réussi à se mettre à l’abri quand tant d’autres voyaient se refermer sur eux la nasse des avancées nazies, tel Walter Benjamin, qui s’est suicidé à PortBou en septembre 1940. Il peut compter sur quelques éditeurs dans le monde, garde assez d’aisance matérielle
1.Journaux,op. cit., p. 266267. 2. Zweig,Correspondance 19321942, trad. L. Bernardi, Paris, Gras set, 2008, lettre du 20 novembre 1941, p. 411. 3.Ibid., p. 409.
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