Les Filles du Feu

Les Filles du Feu

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432 pages

Description

Janvier 1854 : en faisant paraître Les Filles du feu, recueil de nouvelles suivi de douze sonnets rassemblés sous le titre Chimères, Nerval, par-delà les crises de folie et la maladie, prouve au monde que son génie reste intact. Abolissant les frontières entre ici et ailleurs, entre autrefois et aujourd’hui, entre autobiographie et songe, ces textes ont fasciné les plus grands auteurs du siècle suivant, de Proust à Yves Bonnefoy, en passant par André Breton ou encore Julien Gracq, qui écrivait : «Il y a chez Nerval une infusion omniprésente du souvenir, une chanson du temps passé qui s’envole et se dévide à partir des rappels même les plus ténus de naguère comme de jadis, et que je ne vois à aucun autre écrivain.»

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Date de parution 05 mars 2018
Nombre de lectures 3
EAN13 9782081406360
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Gérard de Nerval
Les Filles du Feu
Les Chimères Sonnets manuscrits
GF Flammarion
www.centrenationaldulivre.fr
© 1994, Flammarion, Paris, pour cette édition.
ISBN Epub : 9782081406360
ISBN PDF Web : 9782081406377
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081270046
Ouvrage numérisé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Janvier 1854 : en faisant paraître Les Filles du fe u, recueil de nouvelles suivi de douze sonnets rassemblés sous le titre Chimères, Nerval, par-delà les crises de folie et la maladie, prouve au monde que son génie reste intact . Abolissant les frontières entre ici et ailleurs, entre autrefois et aujourd’hui, en tre autobiographie et songe, ces textes ont fasciné les plus grands auteurs du siècle suiva nt, de Proust à Yves Bonnefoy, en passant par André Breton ou encore Julien Gracq, qu i écrivait : « Il y a chez Nerval une infusion omniprésente du souvenir, une chanson du temps passé qui s’envole et se dévide à partir des rappels même les plus ténus de naguère comme de jadis, et que je ne vois à aucun autre écrivain. »
Du même auteur dans la même collection
AURÉLIA ET AUTRES TEXTES AUTOBIOGRAPHIQUES LES FILLES DU FEU. LES CHIMÈRES LÉO BURCKART. L'IMAGIER DE HARLEM VOYAGE EN ORIENT (2 volumes)
Les Filles du Feu
Les Chimères Sonnets manuscrits
INTRODUCTION
L'ultime livre
Janvier 1854 : publication desFilles du Feu. Nerval a encore un an à vivre. Un an pour écrireAuréliaqui ne sera pas véritablement achevée ; un an po ur amener au – jour les derniers souvenirs d'enfance avecPromenades et Souvenirs– dont on ne sait 1 s'ils ne devaient pas se prolonger au-delà du terme que nous leur connaissons . L'un et l'autre récit paraîtront en revue,Les Filles du Feule dernier volume publié par sont Gérard. Au long de l'année 1853, il a connu trois c rises et passé plus de cinq mois en maison de santé ; c'est lorsqu'il est pensionnaire à Passy chez le Dr Blanche à la fin de cette année, qu'il paraît saisi d'une frénésie de c réation (La Pandora, « El Desdichado », « Artémis », premières ébauches d'Aurélia), mais aussi de publication, qui aboutira à ce dernier volume. Il ressent à l'év idence le besoin impérieux de prouver 2 au public, à ses amis plus ou moins perfides , à son père peut-être avant tout, qu'il n'est ni mort, ni fou, que sa lucidité et sa capaci té à écrire restent intactes. Sur ce point pourtant, un lecteur attentif de 1854 n'aurait pas été embarrassé pour prendre l'écrivain en défaut : à l'exception de qua tre sonnets, rien dans le livre qui n'ait déjà été publié.Angéliquedes vient Faux Saulniers (1850),Sylvie de laRevue des Deux Mondes (1853), lesChansons et Légendes du Valois d'un article de 1842 déjà trois fois réédité et réutilisé dansLa Bohême galante ;Émiliea été publiée une fois en revue,Jemmy, commeIsis, deux fois, etOctavie, en tout ou en partie, trois fois ; sept des douze sonnets desChimèresdans figuraient Petits Châteaux de Bohême, « El Desdichado » dansLe Mousquetaire10 décembre 1853 et dans du L'Artiste du 1erjanvier 1854. Mieux : une part non négligeable des nouvelles est « remplie » par des documents : confession d'Angélique de Longueval et pièces diverses de police d a n sAngélique, longue citation deL'Ane d'ordans d'Apulée Isis. Mieux encore : 3 Nicolas Popa a montré que la majeure partie d'Isisétait empruntée à un archéologue allemand et la totalité deJemmyadaptée ou traduite d'un romancier de même langue ; Auguste Maquet, pour sa part, a déclaré avoir écritÉmilieun canevas fourni par sur Gérard. Au total, près de la moitié de ce volume, l 'un des chefs-d'œuvre de Nerval, ne serait donc pas de lui… Il faut tout de suite remettre les choses à leur pl ace et en leur siècle. L'utilisation du texte d'autrui, souvent d'ordre documentaire ou éru dit, est monnaie courante alors ; nul ne songe à en faire grief à Hugo qui l'a longuement pratiquée dansNotre-Dame de 4 Pariscomme dansLes Misérables, et en a abusé dansLe Rhin, comme le fait Nerval dans leVoyage en Orient, comme le fera Jules Verne dans tous ses romans : dansLes Mots, Sartre se moquera plaisamment de cette pratique. Il en va de même pour les publications « pré-originales » en revue qui présen tent l'avantage de faire verser deux fois à l'auteur ses droits sur le même texte, tout en assurant la publicité du volume à venir : à ce jeu, Balzac est passé maître. Il est v rai que Nerval exagère ; on le devine, en cette fin de 1853, inquiet, surexcité, impatient de voir publié le volume promis (depuis quand ?) à l'éditeur Daniel Giraud. Prenons garde toutefois : si la correspondance avec Giraud révèle l'impossibilité d e parfaire une œuvre nouvelle,La Pandora en l'occurrence, elle manifeste tout autant le sou ci d'organiser un recueil cohérent et de lui donner un titre adapté à son con tenu.
Au départ, le volume devait, semble-t-il, comporter cinq histoires, dontJemmy et Angélique, sous le titre :Mélusine ou les Filles du Feu. Le rapprochement entre la fée, serpent ou poisson, liée au monde de l'eau, et l'un ivers du feu peut surprendre, mais la présence de ces deux éléments – et leur opposition – constitue l'une des lignes de force les plus constantes du recueil tel que nous l e connaissons. Mélusine, pour sa part, s'y manifeste à plusieurs reprises, explicite ment dans les « Chansons et Légendes du Valois » et dans « El Desdichado » (« L usignan » et « Les cris de la fée »), par bien des allusions ailleurs. La remarqu able édition par Laurence Harf du roman de Coudrette, dans cette même collection met bien en lumière les rapports qui existent entre la légende de Mélusine et les histoi res d'amour entre un(e) mortel(le) et un être de l'autre monde, depuis le conte d'Amour e t Psyché chez Apulée jusqu'à 5 l'histoire du chevalier au cygne, en passant par la « Mélusine sicilienne ». Nerval était-il conscient des très nombreux rapprochements possibles entre les versions de cette légende et certains des personnages qu'il met en scène ? Il faudrait, pour s'en convaincre, connaître les textes intermédiaires par lesquels la légende lui est parvenue. Avait-il l'intention, à l'origine, de fai re figurer un volet fantastique ou folklorique dans le recueil ? Il ne nous resterait alors de ce projet quePandora, éliminée pour finir, « La Reine des poissons » et s urtout la chanson de la fille du roi 6 Loys et du beau Lautrec qui paraît bien être une version de la légende de Mélusine. À ce moment de la genèse du recueil,Sylvie est exclue, Nerval espère la publier séparément avec des illustrations ; début décembre, il change d'avis après avoir adressé par erreur l'ébauche duComte de Saint-Germain, puis décide d'utiliserÉmilie pour finir le volume, hésite sur le titre (« Les Am ours passées » ? « Les Amours perdues » ?). Il faut s'y résoudre, on ne sait quan d Nerval a renoncé à intégrerLa Pandora, quand il a retenu le titre définitif, comment certains textes se sont ajoutés aux cinq histoires mentionnées plus haut, en particulie r comment les sonnets desChimères 7 se sont agrégés aux «Filles du Feu, nouvelles.titre figurant sur l'édition Giraud  », Parmi les surprises éprouvées par le lecteur, celle -ci n'est pas la moindre : ce recueil de « nouvelles » comprend des récits (?) qui n'ont qu'un lointain rapport avec le genre, Isis, entre autres, une œuvre dramatique,Corilla, et douze poèmes. Cet aspect hétéroclite, les aléas de la genèse, le caractère é nigmatique du titre invitent à poser la question : y a-t-il une unité du recueil ?
Diversité, recomposition, unité
Qu'est-ce qu'une nouvelle pour Nerval ? On ne s'éte ndra pas ici sur les multiples essais de définition du genre, à notre époque comme déjà au XIXe siècle. Nous avons 8 montré ailleurs que Nerval distingue nettementconte denouvelle, appliquant ce dernier terme à un récit dont le sujet est moderne, et le contenu exempt de merveilleux ou de fantastique. Développement d'un petit fait, a nodin, mais prenant pour le narrateur ou les personnages une importance vitale, la nouvel le opère une sorte de grossissement de l'événement ; l'ensemble s'accorde parfaitement avec la forme du récit bref. Or, à moins de donner au terme une exte nsion inhabituelle, il faut bien reconnaître queLes Filles du Feumalaisément dans ce cadre : une nouvelle entrent par lettres commeAngélique est concevable, mais son contenu se ramènerait difficilement à l'exploitation d'une anecdote uniqu e ; l'appendice deSylvieest un essai
sur le folklore valoisien,Isis une étude d'histoire religieuse,Corilla une pièce de théâtre, quant aux sonnets… Gardons-nous de conclure hâtivement : la critique d u temps ne paraît pas avoir été déconcertée par cet assemblage hétéroclite. Félix M ornand (L'Illustration, 18 mars 1854) loue le « nouveau volume de nouvelles » et Ch ampfleury (L'Artiste, 1er avril 1854) remarque qu'il connaissait « déjà une grande partie des Nouvelles ». Le voisinage de la prose et des vers était sans doute moins surprenant qu'aujourd'hui : les keepsakesavaient habitué au mélange de récits brefs et de p oèmes, Gérard lui-même avait pratiqué cette alternance dansLa Bohême galante etPetits Châteaux de 9 Bohême. On peut dès lors se demander si, à ses yeux, le t erme de nouvelle ne désigne pas avant tout une forme brève, quelle qu'e lle soit, récit ou sonnet. Ainsi conçue autour du seul critère de brièveté, au-delà de toute considération de genre, cette « nouvelle » peut atteindre à une intensité d 'effet que Baudelaire, quelques années plus tard, soulignera à propos d'Edgar Poe. Elle répond en outre à une exigence qui constitue l'un des pôles de l'esthétiq ue nervalienne, la concentration : « L'art a toujours besoin d'une forme absolue et pr écise au-delà de laquelle tout est 10 trouble et confusion » écrivait Nerval en 1840 , conscient qu'il y a là un rempart salutaire contre les tentations de la divagation, d es rêveries métaphysiques, des « théories impossibles » et des « livres infaisable s » que l'ami Dumas lui avait peu amicalement attribués ; à ces accusations, Gérard o ppose son désir de « concentrer 11 tous [s]es souvenirs en un chef-d'œuvre ». Faut-il pour autant examiner chaque nouvelle isolém ent au nom de cet idéal de concentration ? Certes non, car l'autre pôle de l'e sthétique nervalienne est le désir d'assemblage, de combinaison, de constitution d'ens embles. On aurait tort, à ce propos, de regarderLes Filles du Feuun simple regroupement, plus ou moins comme hasardeux, de textes déjà publiés. Yves Stalloni éc rit pertinemment : « Le passage de la nouvelle au recueil n'est jamais réellement indi fférent. Devenue partie d'un ensemble, unité de lecture comparable au chapitre p our le roman, la nouvelle échappe, au moins partiellement, à ses caractéristiques d'or igine et impose une nouvelle 12 vision . » Nerval, au reste, s'emploie à marquer l'intégra tion de chaque nouvelle au recueil en en modifiant éventuellement le titre afi n qu'il s'accorde avec celui de l'ensem ble.Les Faux Saulniers deviennentAngélique ; L'Illusion devientOctavie ; Jemmy O'Dougherty, Jemmy ; Le Temple d'Isis, Isis ; Les Deux Rendez-vous, Gorilla ; Le Fort de Bitche, Émilie. Ainsi, chaque héroïne peut être considérée comme une « fille du Feu », désignation qui reste d'ailleurs mystérie use et que l'on a tenté d'expliquer par référence au feu volcanique de la région napolitain e, cadre de trois nouvelles, aux feux 13 de la passion, ou au feu sacré des Vestales . Le travail de recomposition opéré par Gérard ne s'a rrête pas là. Pour queLes Faux Saulniersdevenir puissent Angélique, il faut retrancher toute la fin du premier récit (déjà réutilisée dansLes Illuminés) et de nombreux passages, afin que l'histoire de l'héroïne occupe une part plus importante de la nou velle. Pour queL'Illusion puisse devenirOctavie, il faut… introduire le personnage qui porte ce no m dans un récit qui 14 « encadre » la lettre déjà publiée . De même, pour que « À J-Y Colonna » devienne « Delfica », il faut que le sonnet cède ses deux te rcets à « Myrtho » et emprunte le second tercet de « À Mad e Aguado ». Il faut encore organiser le recueil selo n une structure bien visible : aux deux récits valoisiens succède une nouvelle de transition
dont l'action est située en Amérique ; trois nouvel les napolitaines suivent, une nouvelle « alsacienne » conclut l'ensemble avant la série de s sonnets qui nous entraînent de nouveau vers le monde méditerranéen. Organisation « géographique » donc, mais aussi arithmétique : sept nouvelles et douze sonnet s. On pourrait être tenté de croire que Nerval suit la tradition des recueils de contes et nouvelles dans lesquels chaque personnage prend la parole à son tour en un lieu où ces personnages sont réunis de plus ou moins bon gré ; son modèle serait ici l'Heptaméron. Rien dans la dédicace ne se rapproche cependant du « cadre » utilisé en pare il cas, et le personnage du narrateur paraît bien être toujours le même. C'est manifestement la mesure du temps humain qui commande l'organisation du livre selon l a ronde des jours et des mois. Ainsi la structure du recueil est à la fois spatial e et temporelle : des nouvelles comme Sylvie etOctavieou « Artémis »,, des sonnets comme « El Desdichado », « Delfica » pour ne citer que ceux-là, donneront un caractère o bsessionnel à ce jeu sur espace et temps. Organisant son livre selon les mesures du temps qui conservent le souvenu de leur origine religieuse, Nerval donne à son modeste ouvr age une portée quasi cosmique ; il affiche, en tout cas, la volonté de faire de ce liv re un couronnement, une somme. Ainsi s'explique peut-être l'aspect hétéroclite des diffé rentes parties : le critique 15 dramatique , l'auteur de livrets d'opéra-comique, le narrateur de déambulations fantaisistes, le conteur, le poète, sont représenté s ici, comme si Gérard avait voulu rassembler toutes les facettes de son talent, manif ester une fois de plus son mépris 16 pour l'artificielle division des genres . Ce livre-somme représente pour Nerval, au moment où il commence à écrireAurélia, l'un des aboutissements possibles d'une quête du livre à faire. Effort de recomposition, volonté d'organisation, st ructure fortement marquée, soit ; mais y a-t-il pour autant unité ? Ecoutons Nerval l ui-même : « l'introductionla donnera clé et la liaison de ces souvenirs », écrit-il, le 30 novembre 1853, à Abel, prote de l'imprimerie qui composeLes Filles du Feu. Les nouvelles auraient donc à voir avec l'autobiographie, ce qui est manifeste pour trois d 'entre elles, mais pour les autres ? Dans un fragment resté manuscrit concernant Brisaci er, c'est à un personnage que Nerval assigne une fonction unificatrice : « Quelqu es passages retraçaient dans ma pensée le portrait idéal d'Aurélie, la comédienne, esquissé dansSylvie. Ce rapport peut seul donner quelque valeur à un fragment si incompl et. » C'est le motrapport qui importe ici : d'un texte à l'autre, d'unfragment à l'autre, s'établissent des rapports, souvent mystérieux : comment l'Aurélie de la dédica ce, aimée de Brisacier au XVIIIe siècle, serait-elle la même que la comédienne deSylvie, aimée du narrateur en plein XIXe siècle ? Et pourtant la mention : « Rappeler le R. tragique » revient dans un canevas manuscrit deSylvie… Lesrapports sont donc à chercher au besoin ailleurs que dans le monde rationnel, du côté des ressemblan ces bizarres, des identités 17 inquiétantes (« et si c'était la même ! – Il y a de quoi devenir fou ! »), des souvenirs 18 de « quelque autre existence ». Dans cette perspective, tout peut devenir souve nir, pour qui sait lire les signes ; malheureusement, co mme dans le cas desChimères, Gérard a bien souvent omis de nous fournir laclé. On se contentera donc d'explorer quelques pistes en repérant les liens les plus apparents entre les différents « fragments » qui co mposent le volume, et sans prétention à l'exhaustivité. Au reste, ces liens so nt parfois voyants, voire provocants : le lecteur ne peut qu'être déconcerté de voir, dansAngélique, le narrateur déclarer :