Madame Ruguellou
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Description

Dans cette chronique d’un petit port breton du Trégor, au début du XXe siècle, Charles Le Goffic entend dénoncer les méfaits du régime politique qui sévit alors. C’est l’époque du républicanisme anticlérical du cabinet Combes, de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.


Les Ruguellou, marchands de vin en gros, « trustent », profitant d’une loi sur le libre commerce des liquides, la plupart des auberges de leur commune dont ils alcoolisent les administrés pour mieux les exploiter quand ils ne les spolient pas : qui tient les auberges tient le peuple »... M. Ruguellou, maire de sa commune, victime de l’avidité et de la cupidité de sa femme qui a pris les rennes du ménage et de la commune, est plus à plaindre qu’à blâmer, mais les opposants, de leur côté, ne brillent guère par leur intégrité ! Un brillant roman noir !


L’ouvrage fut publié, initialement, en 1927. L’auteur ne se faisait d’ailleurs pas trop d’illusions ; sa confidence à son collaborateur Aug. Dupouy en est la preuve : « Je crois que Madame Ruguellou n’aura pas bonne presse et, même, probablement, qu’elle n’aura pas de presse du tout. Elle ne peut satisfaire aucun des camps politiques ». « Il a écrit sur les premières années de ce siècle des pages d’histoire définitives. Il a été vrai. Mais à qui la faute si la vérité a un air de satire implacable ? », dira pourtant un critique de l’époque. Un grand roman à redécouvrir en ce 150e anniversaire de la naissance de Charles Le Goffic.


Connu et reconnu pour ces recueils de contes traditionnels et de romans régionalistes, Charles Le Goffic (1863-1932) a su prouver un incomparable talent de « metteur en scène » de la Bretagne éternelle.

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EAN13 9782824050904
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain Pour la présente édition : © EDR/EDITIONS DES RÉGIONALISMES ™ — 2013 Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte–Grenier — 17160 CRESSÉ ISBN 978.2.8240.0002.2 (papier) ISBN 978.2.8240.5090.4 (numérique : pdf/epub) Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.
CHARLES LE GOFFIC
MADAME RUGUELLOU
Présentation
adame Ruguellouse présente comme une chronique des années 1902-1905 dans un petit port breton du Trégor. Le roman commence par une digression sur l’histoire fut leMd’une crise qu’il fait remonter à l’affaire Dreyfus : « Sous les apparences d’une résultat politique récente. Pour Charles Le Goffic en effet, la séparation de l’Église et de l’État simple contestation d’ordre juridique entre partisans de la révision du procès de l’ex-capitaine Dreyfus et partisans du respect de la chose jugée, venait de renaître brusquement [...] l’éternel conflit entre les deux grandes interprétations rivales de l’univers. La république n’avait jamais nourri de tendresse bien vive pour l’Église catholique et le fameux article 7 de Jules Ferry, quoique séparé de plusieurs années de la première loi Waldeck (-Rousseau, novembre 1899) sur le régime des congrégations, fut le préambule de cette loi. » C’est pourquoi il fait remonter à l’élection du président Loubet le début de « l’ère démagogique du régime [...] Jusque-là, même au plus fort de l’accès dreyfusien, la solidité des anciens cadres officiels et la présence à l’Elysée d’un républicain de tendance conservatrice (Félix Faure) voire quelque peu autocratique avaient maintenu un semblant d’équilibre entre les factions qui se disputaient le pouvoir. Mais déjà il n’était pas malaisé de distinguer la faction qui l’emporterait, le jour prochain où cet équilibre serait rompu. » Le ras de marée du roman prend alors valeur de symbole : la rupture d’une digue mal entretenue pour cause d’incurie municipale détruit une partie de la flottille de pêche : « les hommes, trop ivres pour se concerter, » en sont réduits à assister d’un œil hébété à l’engloutissement de leur gagne-pain. La rupture politique opposa « d’un côté toutes les anciennes forces conservatrices et réalistes du pays, l’Église, l’armée, les hommes d’ordre ; de l’autre, l’immense cohue mystique des démolisseurs, postérité deL’Encyclopédieet de Rousseau, [...] ou simples bourgeois voltairiens, protestants, juifs, libres penseurs, métèques, [...] fédérés par la commune horreur du catholicisme et conduits par un état-major de doctrinaires, comme Waldeck (-Rousseau), d’anciens séminaristes comme Combes, de jacobins, comme Clemenceau, de rêveurs magnifiques, comme Jaurès. La fondation de l’Union Régionaliste Bretonne (U.R.B.) à Morlaix, en août 1898, avait pu faire croire les Bretons capables de se rassembler pour la défense d’un idéal commun hors de toutes préoccupations politiques, philosophiques ou religieuses. C’était compter sans les répercussions bretonnes de l’affaire Dreyfus. Il apparut très tôt que la majorité de l’U.R.B., catholique et monarchiste, était anti-dreyfusarde. Armand Dayot fut alors un des premiers à dénoncer cette dérive idéologique. Dès fin 1898, il fonde, mais à Paris, les Bleus de Bretagne, association républicaine, littéraire et artistique. Conforté par la politique d’Émile Combes, il créaLa Bretagne Nouvelle, revue qui prit pour cible les « chouans », ces Bretons passéistes, routiniers, « abêtis par les prêtres et l’alcool ». Cette initiative parisienne ne rencontrant que peu d’écho en Bretagne où l’essentiel des troupes étaient à droite, des actions de propagande spectaculaire furent alors décidées : statue de Hoche à Quiberon (manifestation antimonarchiste), statue de Renan à Tréguier (manifestation anticléricale) et, synthèse des deux précédentes, monument Luzel à Plouaret. Les cérémonies de Tréguier, présidées par Émile Combes en personne (les 12, 13 et 14 septembre 1903), donnèrent lieu à un affrontement entre « chouans » et « bleus ». La troupe dut intervenir pour rétablir l’ordre républicain. Quelques mois plus tard (le 19 mai 1904), les catholiques locaux répliquèrent par une bénédiction solennelle du calvaire de Tréguier, près de la cathédrale, en guise d’expiation. La police et les troupes reparurent alors face à des Léonards et des Trégorois qui les attendaient pen bas au poing. Et l’émeute gronda. En désespoir de cause, le maire de Tréguier, M. de Kerguizec, fit planter d’arbres le petit square autour du « calvaire du pardon » pour en masquer la vue. Jusqu’en 1903, Charles Le Goffic s’était volontairement tenu à l’écart de tout engagement. C’est l’actualité qui allait le contraindre à choisir son camp. Dans un article de cette époque intitulé « Les deux Tréguiers » (repris dans la deuxième série de L’Âme Bretonne), il oppose l’ancien Tréguier de Renan, « vaste monastère où nul bruit du dehors ne pénétrait, où l’on appelait vanité ce que les autres hommes poursuivent et où ce que les laïcs appellent chimères passait pour la seule réalité », au nouveau Tréguier rebaptiséToullous (trou sale) de M. de Boisville, alias M de Kerguézec : « la ville n’aura bientôt plus que des laïcs dans ses murs : on
vient d’expulser les Ursulines, on en expulsera demain quelque autre congrégation. » Avant de conclure : « Tréguier se sécularise : mais Tréguier en carmagnole, est-ce encore Tréguier ? » Il reprendra dansMadame Ruguellouparallèle avec la pire époque de la Révolution, la ce Terreur : « Pour la première fois [...] depuis 93 et l’éphémère essai de matérialisme officiel [...] un État prenait position en face de Dieu et contre lui. » Cette situation lui inspira alors un projet de roman,La Pieuvre, auquel il renonça bientôt, jugeant probablement le sujet trop polémique, donc trop risqué : l’audace du roman qui dénonçait les efforts de laïcisation de la Bretagne ne pouvait en effet que lui attirer l’hostilité des lecteurs, qu’ils fussent de gauche (sillonnistes) ou de droite (Action Française). Un récit, « Deux républicains », publié dans la troisième série deL’Âme bretonnesans fut doute extrait du projet abandonné. L’action est située en 1878, à Plouriec, dans la Cornouaille finistérienne. Elle met en scène un maire, Yves-Marie Guyomar qui, comme M. Ruguellou, « passait pour n’avoir pas la conscience bien nette. » Veuf, sans enfant, il vit avec sa nièce, Anaïs, « infirme qui tenait sa maison et mangeait avec les domestiques », première esquisse du personnage de Suzic. Opposé au député de droite, M. d’Aurèle, Guyomar est lui-même victime des malversations de son secrétaire de mairie, pratiques, précise Charles Le Goffic, « qui sont aujourd’hui si courantes mais qui ne l’étaient pas encore. » Révoqué, discrédité, le maire décline tant moralement que physiquement (tuberculose). Attaqué par le docteur Larose qui lui oppose son fils, il ne trouve qu’un seul défenseur, Pierre Garmès, conseiller municipal de Quimperlé (il sera promu secrétaire général de sous-préfecture dansMadame Ruguellou). Celui-ci intervient pour tenter de réconcilier Larose et Guyomar, mais il sera devancé par M. d’Aurèle qui a accepté de prendre la défense du maire contre l’assurance de sa neutralité politique. Pierre Garmès n’en finira pas moins par convaincre Guyomar de se réconcilier avec le docteur Larose dont il assurera la victoire sur les forces de la réaction. C’est avec l’arrivée au pouvoir de Cartel des gauches, en 1924, que, se croyant revenu aux pires moments du combisme, Charles Le Goffic reprit son roman La Pieuvre qu’il remania pour publierMadame Ruguellou. Il y oppose « une Bretagne de l’idéalisme, de la noblesse et des fortes traditions, à une Bretagne du reniement, des bas calculs et des funestes passions. » Ce décalage d’une vingtaine d’années explique que sa critique du combisme porte moins sur les faits — ou les effets — ponctuels que sur l’idéologie et la stratégie de ceux qu’il appelle par référence au Cartel le « Bloc ». 1924-1927 : déçu dans ses ambitions littéraires et académiques, déçu du soutien — ou plutôt de l’absence de soutien — de ses prétendus amis politiques, Charles Le Goffic décide de reprendre son indépendance et sa liberté de parole : il estime n’avoir plus à ménager les susceptibilités des uns ou des autres. Il peut enfin oser être lui-même. C’est pourquoi son roman échappe à tout manichéisme : M. Ruguellou, victime d’une épouse savoyarde cupide et avide de pouvoir (elle n’est donc devenue bretonne que par son mariage) et qui sut exploiter ses faiblesses pour s’installer solidement aux commandes de sa commune comme de son ménage, est sans doute plus à plaindre qu’à blâmer. Profitant de « cette triste loi sur la liberté du commerce des liquides qui fut le premier acte législatif de gouvernement de la Défense nationale, les Ruguellou, marchands de vins en gros « trustent » la plupart des auberges de leur commune dont ils alcoolisent les administrés pour mieux les exploiter quand ils ne les spolient pas : « qui tient les auberges tient le peuple ». Leurs opposants de leur côté ne brillent guère par leur intégrité : M. Kerfaouet, « ancien conservateur, avait passé insensiblement du blanc le plus pur à l’écarlate le plus foncé. » Quant à M. de Romagnac, conservateur lui aussi, il n’hésite pas à soutenir son adversaire, sous le prétexte « qu’entre deux maux politiques, il faut choisir le pire. » D’où cette confidence de l’auteur à son ami et collaborateur fidèle Auguste Dupouy : « Je crois queMadame Ruguellou n’aura pas bonne presse et même, probablement, qu’elle n’aura pas de presse du tout. Elle ne peut satisfaire aucun des camps politiques ». Il en ira d’ailleurs de même pour les œuvres suivantes :La ChouannerieetBrocéliande. L’année 1925 confirme aussi son réengagement breton : le 25 février, à Paris, sous les auspices du Cercle de la librairie, il prononce une conférence sur la littérature régionaliste qui lui fournira la matière d’un article sur « La Bretagne et le Romantisme ». À Paris toujours, il appuie l’initiative de Jean-Julien Lemordant de la présence d’une Maison de la Bretagne (Ty Breiz) à la future exposition des Arts décoratifs. Redevenu membre actif de l’Union Régionaliste Bretonne en 1926, il y défend le projet de structurer le mouvement entre un groupement parisien et un groupement provincial, et de multiplier en province les exposition régionales. Parallèlement, il