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Micromégas

De
94 pages
Le géant Micromégas, habitant de la planète Sirius, entreprend un voyage sur Saturne où il rencontre un nain. Les deux voyageurs arrivent bientôt sur Terre et découvrent avec stupeur qu’il leur faut un microscope pour observer les êtres humains réduits à la dimension d’insectes… L’homme sous certains aspects est donc infiniment petit et pas forcément, comme il le croyait, le centre de l’univers.
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Couverture

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Voltaire

Micromégas

Flammarion

© Flammarion, Paris, 2001.
Édition revue, 2017.

ISSN : 1269-8822

 

ISBN Epub : 9782081419476

ISBN PDF Web : 9782081419483

Le livre a été imprimé sous les références :

ISBN : 9782081416130

Ouvrage composé et converti par Pixellence (59100 Roubaix)

Présentation de l'éditeur

 

Le géant Micromégas, habitant de la planète Sirius, entreprend un voyage sur Saturne où il rencontre un nain. Les deux voyageurs arrivent bientôt sur Terre et découvrent avec stupeur quil leur faut un microscope pour observer les êtres humains réduits à la dimension dinsectes Lhomme sous certains aspects est donc infiniment petit et pas forcément, comme il le croyait, le centre de lunivers.

Jean-Baptiste Houdon, Voltaire assis, 1781 (Paris, Comédie-Française).

Présentation

Un talent protéiforme

François Marie Arouet (1694-1778), dit Voltaire, est issu dune famille parisienne de notaires. Sa naissance est entourée de quelque mystère car il serait peut-être lenfant adultérin de M. de Rochebrune, mousquetaire de profession et assez bon rimeur à ses heures. Ce père lui conviendrait mieux dailleurs que maître Arouet, pour lequel François Marie néprouve que peu dattachement. Quoi quil en soit, dans ce milieu de la bourgeoisie aisée, on assure aux enfants une bonne éducation. À la mort de sa mère, en 1701, lorphelin est remis aux bons soins de son parrain, labbé de Châteauneuf, qui se charge de le placer aux côtés de jeunes aristocrates sur les bancs du collège Louis-le-Grand. Là, sous la férule des jésuites1, François Marie se forme le goût. Il étudie les belles-lettres, lhistoire, le latin et, bien sûr, la rhétorique. Excellent élève, il se passionne pour le théâtre et la poésie, dont il veut faire son métier. Il vainc la résistance paternelle et ses premiers vers, contre la Régence, le font remarquer en même temps quils lenvoient en prison (1717-1718). Mais derrière le satiriste léger se cache un dramaturge sérieux. Voltaire2, puisque cest ainsi que François Marie Arouet signe désormais ses œuvres, donne Œdipe. Le succès de la pièce est immédiat. Voltaire est reconnu comme homme de lettres et il est près de devenir un poète officiel, lorsquun de ses mots desprit lui vaut une bastonnade et le contraint à un départ précipité vers lAngleterre.

Le séjour outre-Manche dure presque trois ans (1726-1728) et se révèle très formateur. Beaucoup des rencontres intellectuelles de cette époque se retrouvent dans lhistoire de Micromégas : le Gulliver de Swift, la gravitation de Newton, la philosophie de Locke. Voltaire admire lAngleterre, dans laquelle il voit une « nation de philosophes ». En 1728, lépopée de La Henriade est saluée comme un chef-dœuvre. Puis, en 1731, Voltaire lhistorien publie lHistoire de Charles XII. Lannée suivante, cest le dramaturge qui offre Zaïre à un public conquis. Notre homme est considéré comme un fameux poète. En 1734, les Lettres philosophiques, rassemblant ses réflexions sur lAngleterre et quelques autres, consacrent le philosophe. Voltaire se réfugie chez une très bonne amie, Mme du Châtelet, parce quil craint la répression contre cet ouvrage. Au château de Cirey, il travaille les sciences, sujet qui passionne la marquise devenue son amante.

Pendant dix ans, il publie et voyage en Europe (1734-1744) puis rentre à Paris et Versailles où il devient historiographe du roi. Il est élu à lAcadémie française (1746). La faveur royale est cependant de courte durée, puisque cette charge lui est retirée en 1750. Entre-temps ont paru Zadig, puis Le monde comme il va. Quand Émilie du Châtelet, devenue la maîtresse du poète Saint-Lambert, meurt en donnant naissance à une fille, Voltaire est inconsolable (1749).

Le philosophe correspond depuis plusieurs années déjà avec Frédéric II de Prusse, « despote éclairé », ami des Lumières. Il consent à le rejoindre à Berlin et, durant ce séjour, offrira Micromégas à son protecteur et ami. Malheureusement, cette amitié est chaotique et les deux hommes se sépareront profondément brouillés en 1753.

Voltaire finit par sétablir au château de Ferney, en Suisse, où il passe les dernières années de sa vie en « seigneur éclairé ». On ne peut pas dire que le philosophe « se retire » : bien au contraire, il continue à développer une intense activité littéraire (Candide, 1759 ; LIngénu, 1767), politique (affaires Calas, Sirven) et philosophique (Traité sur la tolérance, 1763 ; Dictionnaire philosophique, 1769). Farouchement ami de la tolérance, il prend parti contre « linfâme ». Il faut dire quil sest donné les moyens de son indépendance. Il nest pas de ces hommes de lettres mendiant les faveurs de tel ou tel mécène. Toute sa vie durant, il travaille aussi à sa prospérité économique. Il vit fort riche, en homme daffaires avisé. À Ferney, il reçoit la moitié de lEurope quand lautre lui écrit. Alphonse de Lamartine dira de lui : « Voltaire, correspondant de lunivers », et en effet cet épistolier prolifique laisse à la postérité la plus abondante correspondance de son siècle : près de dix mille lettres envoyées à plus de sept cents correspondants ! Voltaire disparaît au faîte de son rayonnement intellectuel. Après quatre-vingt-quatre ans, le géant, « le roi Voltaire », seffondre. Ses dernières paroles seront : « Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis et en détestant la superstition. »

« Une ancienne plaisanterie »

De toutes les grandes œuvres du XVIIIe siècle, celle de Voltaire a le plus pâti de la postérité. En effet, nous nétudions jamais au collège ou au lycée que quelques bribes dun immense édifice littéraire et philosophique. La littérature scolaire a retenu ce que Voltaire faisait passer pour les « rogatons3 » de son œuvre, à savoir les contes. Il ne faut pas voir là uniquement une recherche de facilité dans la forme courte, mais reconnaître que son théâtre et sa poésie, qui firent son succès au XVIIIe siècle, ont mal vieilli pour les jeunes lecteurs daujourdhui. De plus, la pensée aiguisée et la verve incisive de Voltaire supportent mal les carcans, et cest dans la forme libre des contes que son style paraît le plus éclatant. Leur valeur littéraire et philosophique est totale. Cest, à tous les sens du terme, un espace de liberté. Micromégas ne déroge pas à cette règle.

Le texte est publié pour la première fois en 1752. Voltaire vit en Prusse. La date de création du conte est longtemps demeurée incertaine, mais la critique littéraire fait remonter de manière assez probante son élaboration aux années 1737-1739, alors que Voltaire est à Cirey aux côtés de Mme du Châtelet. Le détail mérite dêtre souligné parce quil éclaire lensemble des références scientifiques, philosophiques et littéraires de notre texte.

Au mois de juin 1739, Voltaire expédie à Frédéric II de Prusse « Le Voyage du baron de Gangan ». Ce texte aujourdhui disparu est en quelque sorte la première version de Micromégas : « Je prends la liberté dadresser à Votre Altesse Royale une petite relation, non pas de mon voyage, mais de celui de M. le baron de Gangan. Cest une fadaise philosophique qui ne doit être lue que comme on se délasse dun travail sérieux avec les bouffonneries dArlequin. »

La réponse de Frédéric II, analysée par les spécialistes de la littérature du XVIIIe siècle, révèle de nombreux points communs entre le baron de Gangan et Micromégas. Ailleurs, Voltaire reconnaîtra encore que Micromégas est « une ancienne plaisanterie ».

Nous retrouvons dans notre texte de nombreuses allusions à lactualité intellectuelle du temps de Cirey. La date du 5 juillet 1737 tout dabord, qui renvoie à lexpédition de Pierre-Louis Moreau de Maupertuis, proche de Mme du Châtelet, parti en Laponie pour y mesurer la longueur du méridien terrestre. Le personnage du Saturnien ensuite, par sa fonction et quelques citations, fait implicitement référence à Fontenelle. On sait quil y a entre Voltaire et Fontenelle, à lépoque de Cirey, des querelles scientifiques et amoureuses. Nombre de détails enfin (Derham, Huyghens, le père Castel) renvoient au temps de Cirey, aux lectures de Voltaire qui se forme à la « philosophie » de Newton et acquiert la culture scientifique qui lui fait défaut.

Certains pensent que Micromégas fut à lorigine une représentation offerte en spectacle par Voltaire à la petite société de Cirey, une de ces comédies quon jouait sur la petite scène du grenier.

« Une fadaise philosophique »

Cette dernière hypothèse ne sappuie sur aucune preuve formelle, mais possède le mérite de ramener le conte de Voltaire à lune de ses dimensions essentielles : celle du rire, de lesprit et du divertissement.

Lhistoire de Micromégas est empreinte de linfluence de la littérature des voyages imaginaires, au premier rang de laquelle nous placerions Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, parus en 1726 et traduits en français un an plus tard. On citera également LHistoire comique des États et Empires de la Lune ainsi que LHistoire comique des États et Empires du Soleil du libertin érudit Cyrano de Bergerac (XVIIe siècle). Cependant, Voltaire utilise ces modèles pour sen distancier.

Dans les deux ouvrages cités, des humains voyagent sur la terre, sur la lune ; et vont, par curiosité  la même qui anime notre héros , au devant de laltérité. Dans Micromégas, nous serions plus près du regard des Lettres persanes de Montesquieu (1721), dans lesquelles cest létranger qui se déplace et vient explorer avec son regard neuf notre univers familier. Chez Montesquieu comme chez Voltaire, le voyage curieux ou philosophique est pour le personnage une démarche individuelle daccomplissement et de perfectionnement, et pour lauteur le moyen dune satire.

Le regard est faussement ingénu dans les contes de Voltaire. La naïveté cache une volonté démystificatrice et critique, que ce soit sous la forme de la parodie, du burlesque ou de lironie. Le rire, cest donc à la fois limitation moqueuse dun genre ou dune œuvre, labsurde des géants qui mangent des montagnes, lallusion malicieuse du nain qui croit « prendre la nature sur le fait » ou la rognure dongle qui sert de cornet acoustique au Sirien, mais cest aussi une arme pédagogique qui dénonce la répression du livre et des auteurs, lintolérance religieuse et la pire des folies humaines, la guerre.

Pour être une fadaise, comme le dit Voltaire, notre histoire nen demeure pas moins philosophique.

Le héros lui-même invite à la réflexion. On observera déjà que le nom de Micromégas est autrement plus sérieux que celui de Gangan. Ce géant à la fois petit et grand porte en lui toute la théorie relativiste développée par le récit. Le personnage, un Sirien des Lumières, entreprend un voyage philosophique. En savant observateur, il découvre à chaque instant linfinie richesse et variété de lunivers qui lui imposent de réserver son jugement a priori sur tout ce qui paraît être.

À deux reprises, il manque de commettre cependant une erreur sur les « mites » humaines : la première lorsquil les croit sans âme, la seconde lorsquil les croit sages.

Le récit du voyage de Micromégas propose une manière daborder et danalyser la réalité en même temps quil dénonce une certaine image de lhomme : lanthropocentrisme. Pour Voltaire, il est clair que ni lhomme ni la « taupinière » qui labrite ne sont au centre de lunivers. Lorgueil des propos tenus par le « petit animalcule en bonnet carré » au chapitre VII provoque le rire inextinguible du géant et envoie, pour la leçon, les humains au fond des poches de sa culotte. « Infiniment petit », lhomme peut toutefois être grand lorsquil prend la mesure de sa petitesse, lorsquil sait garder la place qui est la sienne et suivre la voie difficile de la modération. La science donne toute la mesure de la grandeur de lesprit humain. Cest léloge du chapitre VI. Mais dès que certains se préoccupent dexpliquer ce qui touche à lâme, à la métaphysique, le savoir humain est en faillite. Cest le sens du chapitre VII, le choix de la philosophie de Locke et le symbole ambigu du cadeau de Micromégas.

À la fin du conte, le livre aux pages blanches dit limpossibilité du savoir absolu. Cest une leçon de lucidité et de modestie qui invite lhomme à garder conscience de ses limites. Au-delà du renoncement pessimiste, essayons dy voir une invitation à la réflexion sur ce que nous sommes : des Micro-mégas.