Profil - Chétien de Troyes : Perceval

Profil - Chétien de Troyes : Perceval

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Français
128 pages

Description

L’ouvrage fournit toutes les clés pour analyser le roman de Chrétien de Troyes.
Le résumé et les repères pour la lecture sont suivis de l’étude des problématiques essentielles, parmi lesquelles :
– Perceval ou le héros en formation
– Gauvain ou le chevalier accompli
– La chevalerie en question
– L’épée, la lance et le Graal
– Le thème du merveilleux

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Informations

Publié par
Date de parution 27 août 2003
Nombre de lectures 28
EAN13 9782218948268
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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PREMIÈRE PARTIE
Résumé et repères pour la lecture
Le Conte du Graal est un roman inachevé, dont la structure reste de ce fait mystérieuse. Le roman raconte d'abord les aventures de Perceval, avant de bifurquer et de rapporter celles de Gauvain.
Au milieu de celles-ci s'intercale, étrangement, un bref retour à Perceval, et sans doute le roman devait-il revenir encore une fois à ce personnage avant la fin.
LE PROLOGUE (PAGES 33-34)
Il est d'usage au Moyen Âge que les romans s'ouvrent sur un prologue dont le but est de présenter le thème principal de l'œuvre et de faire l'éloge du commanditaire de l'œuvre, qui ici fournit le livre que Chrétien va mettre en rimes.
Chrétien ouvre son roman sur un proverbe qui est aussi une parabole : celui qui veut une belle moisson doit jeter son grain dans une si bonne terre que Dieu le lui rende au centuple. Le grain est ici le roman, dont Chrétien « fait semence », et la bonne terre est Philippe d'Alsace, comte de Flandre1. L'éloge très appuyé de ce mécène, qui partit à la croisade, propose une définition du prudhomme2
et des vertus chrétiennes. Il est en même temps l'occasion de placer la charité, vertu chrétienne qui inclut générosité, humilité et miséricorde, au-dessus de la largesse, ou générosité, qualité essentiellement mondaine ici appliquée à Alexandre, et qui est traditionnellement louée par tous ceux qui en espèrent un profit. Le roman semble ainsi proposer, en ouverture, l'idéal d'une chevalerie renouvelée, au service des valeurs chrétiennes.
AVENTURES DE PERCEVAL (PAGES 34-124)
PAGES 34-44
La découverte des chevaliers
RÉSUMÉ
Un matin de printemps, le fils de la dame veuve de la Gaste Forêt solitaire quitte le manoir de sa mère pour aller lancer ses javelots en forêt. Il est soudain surpris par un grand bruit, et voit apparaître devant lui des êtres dont il ne sait rien - des chevaliers - qu'il prend d'abord pour des diables, puis pour des anges. Ébloui par leurs armes étincelantes, il se prosterne aussitôt. « Êtes-vous Dieu? demande-t-il au chevalier qui s'est avancé vers lui. - Non certes! – Alors, qui êtes-vous donc? - Un chevalier » (p. 36).
S'amorce alors un dialogue où le garçon, au lieu de répondre aux questions du chevalier qui lui demande s'il a vu passer cinq chevaliers et trois pucelles, l'interroge longuement sur ce qu'il est. Naît-on chevalier? Patiemment, le chevalier apprend au jeune rustre le nom des armes qu'il porte, et lui révèle que le roi Arthur les lui a données.
Le garçon sent d'emblée qu'il désire lui aussi être chevalier. Lorsqu'il retourne chez sa mère, celle-ci est effondrée de cette découverte. Elle révèle à son fils qu'il vient d'un lignage prestigieux mais décimé : le père du garçon, resté infirme d'avoir été blessé aux jambes lors d'un combat, et ruiné par les guerres, se réfugia autrefois dans ce manoir. Ses deux fils aînés furent tués le jour même où ils furent faits chevaliers, et il en mourut de chagrin. Aussi la mère a-t-elle cherché à préserver son dernier fils de cette réalité-là, et tout fait pour qu'il ne voie jamais un chevalier.
Mais le garçon ne se préoccupe guère de son histoire. Tout à l'appel de son désir, il ne reste que trois jours auprès de sa mère.Celle-ci tente alors, en un seul discours, de lui inculquer une leçon de comportement et de vie, dont il s'avérera vite que le jeune garçon l'a comprise de travers. La mère exhorte son fils à aider les jeunes filles et les dames, et précise qu'il peut accepter d'elles un baiser ou un cadeau, si elles l'offrent, mais pas davantage. La deuxième recommandation concerne les hommes d'honneur, les prudhommes, dont il faut écouter les conseils et demander le nom. La troisième a trait à la religion, et la mère invite son fils à prier Dieu à chaque fois qu'il arrivera devant une église ou une abbaye, lieux que le jeune homme ne connaît pas.
Vêtu à la manière d'un Gallois et muni d'un javelot, le jeune garçon fouette son cheval et part. Mais en se retournant, il voit que sa mère est « tombée comme une morte au pied du pont » (p. 45). Le jeune Gallois ne s'arrête pas et pénètre dans la grande forêt obscure.
REPÈRES POUR LA LECTURE
Une ouverture symbolique
Le roman s'ouvre au printemps, au moment de la « reverdie », laquelle évoque, dans la poésie courtoise, la naissance du désir. Le jeune Gallois, empli de joie, lance ses javelots dans tous les sens, « devant, derrière, à droite, à gauche, en haut, en bas » (p. 35), dans un mouvement qui reflète un désir qui s'ignore et qui n'est pas encore orienté. La rencontre des chevaliers va être une révélation pour celui qui était jusque-là préservé du monde et de sa propre destinée.
Une scène comique
Le dialogue avec le chevalier est d'une grande saveur comique par la balourdise des questions de l'ignorant. Il constitue une petite scène de théâtre, dans laquelle le narrateur n'intervient presque pas. Le comique est d'abord un comique de situation. Il naît du quiproquo initial, puisque le chevalier est pris pour... Dieu! mais aussi du fait que celui qui questionne, au lieu de recevoir uneréponse, est assailli de questions. L'accumulation de celles-ci, et leur caractère incongru, suscite le rire du lecteur. Mais à un autre niveau, on peut voir dans cette insistance du narrateur à reprendre un à un tous les éléments qui constituent l'armure du chevalier une manière de suggérer qu'ici tout est à reprendre à zéro, ce que la suite du roman confirmera. Le comique est aussi ici un comique de caractère : le garçon, en effet, incarne le personnage du naïf ou du niais.
Les méfaits de l'ignorance
Ce dialogue révèle en même temps l'étendue du désastre. Car le jeune garçon, qui prend les chevaliers pour Dieu, n'a visiblement qu'une connaissance très approximative de la religion. Le dialogue avec la mère confirme qu'il ignore tout d'une église ou d'un monastère. Le texte n'insiste pas sur la faute de la mère, qui, en voulant préserver son fils de la mort, l'a maintenu dans une ignorance condamnable, mais il en souligne les conséquences. Le garçon en effet se comporte comme un rustre. Sourd à la douleur de sa mère, et se moquant éperdument de l'histoire de son lignage, il ne se préoccupe que de manger et de partir.