Profil - Diderot : Supplément au voyage de Bougainville

Profil - Diderot : Supplément au voyage de Bougainville

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Français
144 pages

Description

L’ouvrage fournit toutes les clés pour analyser le roman satirique et philosophique de Diderot.
• Le résumé et les repères pour la lecture sont suivis de l’étude des problématiques essentielles, parmi lesquelles :
– Les personnages du Neveu et de « Moi » le « Philosophe »
– Structure de l’œuvre
– Les thèmes moraux
– Une forme satirique.
• Ce Profil d’une œuvre comprend également quatre lectures analytiques.

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Informations

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Date de parution 19 mai 2006
Nombre de lectures 189
EAN13 9782218948473
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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PREMIÈRE PARTIE
Résumé et repères pour la lecture
SECTION I (pages 23 à 38)
« Jugement du Voyage de Bougainville »
RÉSUMÉ
En attendant que le brouillard se lève, B lit le récit de voyage de Bougainville. Il fait part de sa lecture à A qui l'interroge. Ce mathématicien, explique-t-il, a affronté les périls de la mer pour faire le tour du monde. Il a ainsi contribué au progrès des connaissances géographiques. Il a aussi observé des «choses singulières», telles que l'anthropophagie, l'infibulation des femelles et les géants Patagons Mais la plus grande curiosité est sans doute le jeune Tahitien Aotourou que Bougainville a ramené en France.
Le scepticisme* de A devant ces « merveilles » pousse B à lui communiquer le «Supplément» qui a été ajouté au Voyage de Bougainville. Ce qui suit est donc donné pour le texte du «Supplément», que A et B parcourent ensemble en le commentant.
REPÈRES POUR LA LECTURE
Portrait d'un navigateur éclairé
L'admiration de Diderot perce derrière le portrait élogieux que B fait de Bougainville. Ce navigateur possède les qualités d'un homme des Lumières : la sociabilité, le désir de s'éclairer, la connaissance des sciences et surtout de la philosophie. Cette image idéalisée que l'auteur donne de lui par l'intermédiaire de son personnage B cautionne la véracité de son témoignage et sert de cette manière le progrès des Lumières.
Les curiosités du voyage
En faisant énumérer par B les «choses singulières» que Bougainville a rapportées dans son récit de voyage, Diderot répond d'abord au goût du lecteur de son temps pour l'exotisme. Certes l'anthropophagie, le sacrifice des enfants, la castration des mâles, l'infibulation des femelles ne sont pas dissimulées. Diderot sacrifie néanmoins aumythe du bon sauvage en vantant la douceur des géants Patagons et en brossant un portrait positif du jeune Aotourou, ramené en France par Bougainville. Il se dégage de cette description une image idéalisée de Tahiti, présentée comme la seule contrée qui ait donné à B (Diderot) l'envie de vivre ailleurs que chez lui.
Le symbolisme du brouillard
Les notions scientifiques précises sur la formation du brouillard qui ouvrent l'œuvre révèlent les préoccupations scientifiques du directeur de l'Encyclopédie.
Ellès possèdent en outre une valeur symbolique : ce brouillard épais qui empêche les personnages de voir les arbres voisins figure l'obscurcissement de leur esprit au début de l'échange verbal. C'est, significativement, seulement à la fin de la discussion sur le Voyage de Bougainville que le brouillard retombe. Alors «l'azur du ciel commence à paraître». Autrement dit, les interlocuteurs y voient plus clair sur la question des sauvages. Mais le voile ne sera totalement levé qu'à la fin de l'œuvre.
Le «Supplément» dans le Supplément
On note d'emblée un illogisme dans la composition de l'œuvre : le «Supplément» au Voyage de Bougainville, que B fait lire à A, est la partie d'un tout nommé lui aussi Supplément au Voyage de Bougainville,
c'est-à-dire l'œuvre dans son entier. On a donc affaire à une mise en abyme*, à savoir l'insertion dans un texte d'une évocation de ce même texte. En se renvoyant ainsi en miroir, le texte pose la question du genre auquel il appartient. Est-ce un compte rendu de livre ? un complément donné à ce livre ? ou plutôt un dialogue sur ce livre ? On serait tenté de répondre que cette œuvre (l'hypertexte*) relève tout simplement du genre particulier du supplément, avec les va-et-vient féconds que cela suppose par rapport au texte de départ (l'hypotexte*).
SECTION II (pages 39 à 51)
« Les adieux du vieillard »
RÉSUMÉ
L'auteur pratique un retour en arrière dans la distribution des séquences en s'arrêtant non pas à l'arrivée de Bougainville et de son équipage sur l'île mais à leur départ. Il donne la parole à un vieux Tahitien en colère. Pour satisfaire la vraisemblance, il prend soin de préciser que Bougainville avait la traduction espagnole de ce discours à la main pendant que le Tahitien parlait.
Ce discours véhément s'adresse aux Tahitiens qui pleurent de voir les Français partir. Le vieillard leur prédit un retour sanglant des voyageurs, suivi de la décadence de leur peuple. Puis il traite leur chef Bougainville de brigand pour avoir introduit à Tahiti le sens de la propriété. Il soutient que sa venue a entraîné des conflits, des maladies et la corruption des mœurs, et il l'exhorte vivement à s'éloigner.
B revient ensuite à l'arrivée des colons et annonce la séquence suivante, qui met en scène un Tahitien hospitalier qui, le jour du débarquement, a accueilli chez lui l'aumônier de l'équipage.
REPÈRES POUR LA LECTURE
L'anticolonialisme
Le terme de colonialisme n'existe pas encore quand Diderot écrit ; d'après le dictionnaire Robert, il n'apparaîtra dans la langue française qu'en 1902. Mais on peut dire que Diderot manifeste, par la bouche de son personnage, des sentiments anticolonialistes avant la lettre (c'est-à-dire avant la création du mot). Alors que le peuple tahitien a accueilli à bras ouverts les colons et semble y avoir trouvé son compte, le vieillard accuse violemment Bougainville et les siens d'avoir apporté le malheur sur l'île. Il le fait avec une telle éloquence que A croit y retrouver «des idées et des tournures européennes». Son discours en effet est très rhétorique : exclamations, interrogations, anaphores*, antithèses, métaphores scandent ses paroles et leur confèrent une grande force persuasive.
Ni tien ni mien
Le vieillard rappelle que la distinction du tien et du mien était étrangère aux Tahitiens avant l'arrivée des Européens. En introduisant la notion de propriété, Bougainville et son équipage ont semé la discorde et créé la servitude. D'où le renversement des valeurs opéré par le vieux Tahitien, qui estime les sauvages paradoxalement plus civilisés que les Européens et leur ignorance préférable à leurs «inutiles lumières». Ces idées développées par Diderot sont proches de celles qu'avait défendues son ami Jean-Jacques Rousseau en 1755 dans son
Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes.
Le paradis perdu
La nostalgie d'un passé heureux parcourt la diatribe* du vieillard. On y retrouve certains des éléments de l'Éden biblique avant le péché d'Adam et Ève : la nudité sans honte, l'innocence des mœurs, la parfaite félicité. Pour faire sentir toute l'horreur de la déchéance apportée par les Européens, l'orateur use d'une série d'oppositions temporelles entre aujourd'hui et autrefois. Il décrit de manière saisissante la dégradation des siens en termes de contamination, au sens propre comme au figuré.
SECTION III (pages 53 à 70)
« L'entretien de l'aumônier et d'Orou»