Profil - La Fontaine (Jean de) : Fables

Profil - La Fontaine (Jean de) : Fables

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Français
192 pages

Description

L’ouvrage fournit toutes les clés pour analyser les Fables de La Fontaine.
La présentation des douze livres est suivie de l’étude des problématiques essentielles, parmi lesquelles :
– La Fontaine, peintre des animaux
– Des Fables théâtrales ?
– L’Orient et le merveilleux
– Les questions philosophiques et religieuses
– Vérité et mensonge des Fables.

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Date de parution 29 août 2001
Nombre de lectures 115
EAN13 9782218947797
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Problématiques essentielles
1
L'apologue : définition et histoire du genre
Le nom de La Fontaine est indissociable de la fable. Le fabuliste n’est pourtant pas le créateur du genre, qui remonte à la nuit des temps. Les sociétés primitives, en effet, le pratiquaient déjà, du moins sous sa forme orale. Quand La Fontaine publie en 1668 son premier recueil de Fables (Livres I-VI), il s’inscrit donc dans une longue tradition. Mais s’il la perpétue, c’est pour mieux la bouleverser et la transformer, à tel point que la fable devient avec lui un genre radicalement nouveau. Dans l’histoire plusieurs fois millénaire de la fable, il y a un avant et un après La Fontaine. Aussi, pour bien mesurer cette évolution, convient-il de retracer ce que fut la fable jusqu’au XVII
e siècle.
DÉFINITION ET FORME DE L'APOLOGUE
L'apologue et la fable sont deux termes synonymes. Le premier est d’origine grecque, le second provient du latin ( fabula). Mais que ce soit en grec ou en latin, tous deux dérivent du verbe « dire ». L'apologue ou la fable est donc une « prise de parole ». Dans la classification des genres littéraires, c’est un « récit » (par opposition au théâtre qui « représente » une action).
Mais tous les récits n’étant pas des fables, la fable est un récit d’une nature particulière. Rédigé en prose ou en vers, il est bref, mettant de préférence en scène des animaux, avec pour intention avouée de dispenser un enseignement (ou comme l’on disait également, une « moralité »). Son but est donc avant tout didactique.
Ainsi que le précise La Fontaine dans la préface de son premier recueil, l’apologue ou la fable comporte traditionnellement deux parties : le « corps » qui est le récit proprement dit, et l’« âme », qui est la leçon se dégageant du récit.
?Ésope et la fable grecque
La tradition fait du Phrygien Ésope le créateur de la fable en tant que genre littéraire1
. Sur la vie de cet ancien esclave qui mourut de mort violente à Delphes au VIe siècle avant notre ère, on sait peu de chose. Mais on lui attribue plus de trois cents fables, qui se sont transmises de génération en génération, et qui furent régulièrement traduites et rééditées jusqu’en plein milieu du XVIIe siècle2.
Ces fables dites « ésopiques » sont de courts récits, souvent secs, sans fantaisie ni description, exprimant une sagesse populaire et de bon sens. Ainsi La Cigale et les Fourmis :
Pendant l’hiver, leur blé étant humide, les fourmis le faisaient sécher. La cigale mourant de faim, leur demandait de la nourriture. Les fourmis leur répondirent : « Pourquoi en été n’amassais-tu pas de quoi manger ? – Je n’étais pas inactive, dit celle-ci, je chantais mélodieusement. » Les fourmis se mirent à rire : « Eh bien, si en été tu chantais, maintenant que c’est l’hiver, danse. » Cette fable montre qu’il ne faut pas être négligent, en quoi que ce soit, si l’on veut éviter le chagrin et les dangers.
C'est sous le patronage d’Ésope que La Fontaine place son premier recueil de Fables : d’une part en le faisant précéder d’une Vie d’Ésope le Phrygien ; d’autre part en déclarant d’emblée dans la dédicace à « Monseigneur le Dauphin » :
Je chante les Héros dont Ésope est le Père : Troupe de qui l’histoire, encor que mensongère, Contient des vérités qui servent de leçons.
?Phèdre et la fable latine
Affranchi de l’empereur Auguste, Phèdre (30 av. J.-C.-44 ap. J.-C.) a laissé cinq Livres de fables. S'il reprend souvent les récits et les thèmes d’Ésope, il est l’un de ceux qui ont fait évoluer le genre de l’apologue.
D’abord il écrit en vers, faisant ainsi passer la fable du domaine de la prose à celui de la poésie. À la sécheresse d’Ésope, il substitue une forme plus variée. Ses fables sont tour à tour satiriques, dramatiques, anecdotiques 3 – comme dans cet extrait du Chien et le Loup (dont se souviendra La Fontaine4.
Un « chien gras et repu » croise « un loup maigre au dernier point ». Pris de pitié, le chien convie le loup à dîner.
En chemin, le loup remarque le cou du chien, que la chaîne avait pelé : « D'où vient, mon ami ? » Ce n’est rien. – Dis pourtant, je te prie. – On me trouve trop ardent : alors on m’attache le jour pour que je me repose quand il fait clair et que je veille quand la nuit est venue. Au crépuscule je suis délié et vais où il me plaît. Sans que je bouge, on m’apporte du pain ; de sa table le maître me donne les os ; les gens de la maison me jettent des morceaux et tout ce dont ils ne veulent pas. Ainsi sans fatigue s’emplit mon ventre. – Et, dis, si tu t’avises d’aller quelque part, tu le peux ? – Pas absolument, dit-il. – Sois heureux à ta guise, chien ; je ne voudrais pas d’un trône, qui ne me laisserait pas ma liberté.