Profil - Rouaud (Jean) : Les Champs d

Profil - Rouaud (Jean) : Les Champs d'Honneur, Pour vos cadeaux

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Français
143 pages

Description

L’ouvrage fournit toutes les clés pour analyser les deux récits autobiographiques de Jean Rouaud.
• Le résumé et les repères pour la lecture sont suivis de l’étude des problématiques essentielles.
• Ce Profil d’une œuvre comprend également quatre lectures analytiques :
– trois extraits de la partie I des Champs d’honneur ;
– une lecture comparée d’un extrait de la partie II des Champs d’honneur, et de la partie II de Pour vos cadeaux

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Informations

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Date de parution 30 août 2006
Nombre de lectures 76
EAN13 9782218948503
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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PREMIÈRE PARTIE
Résumés et repères pour la lecture
Résumé et repères pour la lecture des Champs d'honneur
On distingue quatre parties numérotées et sans titres dans Les Champs d'honneur, composées de chapitres que nous avons préféré regrouper.
PREMIÈRE PARTIE (pages9 à 57)
RÉSUMÉ
Chaque partie du livre est encadrée par des scènes de funérailles ou de décès. Cette construction évoque « la loi des séries» (p. 9) qui endeuille l'histoire familiale du narrateur. La première partie est construite comme un portrait nécrologique1
relatant la vie et la mort du grand-père maternel, Alphonse Burgaud, tailleur, et sa 2 CV, dans l'univers pluvieux de la Loire-Inférieure2. Personnage central de la famille, c'est une figure de mémoire et de sagesse silencieuse, qui cherche dans ses fugues et ses visites à l'abbaye du frère Eustache une réponse aux malheurs du monde.
REPÈRES POUR LA LECTURE
De la «loi des séries» à l'écriture sérielle3
L'incipit place le récit sous le signe de la fatalité: les deuils à répétition frappent en effet la famille du narrateur en l'espace de quelques mois, mais la narration diffère le moment où leur cause sera révélée. Cette cause souterraine, c'est le choc provoqué par la mort de Joseph, le père du narrateur. En entretenant le mystère sur ces événements, ce dernier choisit de redonner vie aux disparus et enchaîne sur le portrait du grand-père: virées avec ses petits-enfants dans la 2 CV Bobosse qui prend l'eau; fugue dans l'île naturiste du Levant
4. Démenti à la mort, le récit se construit à rebours de la chronologie, sans remonter à l'origine du drame: c'est en effet par le dernier mort en date qu'il débute, puisque «c'est grand-père qui a clos la série» (p. 9).
La dynamique du récit et les digressions œuvrent donc à la résurrection des morts: sérielle et fantaisiste, l'écriture déjoue la fatalité de l'hécatombe familiale, le retour dans le passé faisant figure de défi à la loi du malheur. Contre la loi de probabilités des disparitions, l'écriture de Jean Rouaud tient d'une construction musicale, avec thème et variations autour de la mort. Mais en défiant la temporalité, elle réorganise le réel et contredit la fatalité macabre.
L'humour contre la fatalité
Grâce à la force des mots, les morts semblent vivants. Mais dans ces portraits ponctués d'anecdotes qui redonnent vie aux disparus, l'humour a toute sa place. C'est le souvenir d'une bataille navale dans la vieille 2 CV infiltrée par la pluie et le «Nez coulé» du grand-père (p. 13-14) ; ou celui, comique, du pare-brise encrassé et des essuie-glaces récalcitrants qui obligent à «rouler à l'aveuglette » (p. 35). Non seulement l'humour permet de détourner le chagrin, mais il fait oublier au lecteur que l'on parle d'un disparu, et que « le secret de toute vie s'abreuve à [la] source noire de la mort » (p. 40).
Un roman placé sous le signe de l'eau
Premier volet du cycle romanesque, Les Champs d'honneur est un roman de l'eau, alors que le suivant, Des hommes illustres, dédié à la figure du père, sera un roman de la pierre.
L'évocation des pluies en Loire-Inférieure (p. 15-24) plante le décor rural des origines, et fait entrer en littérature une région insignifiante qui n'a pas la dignité du Combray
5 de Proust ou du Combourg6 de Chateaubriand. C'est la pluie qui permet à la région d'échapper à l'insignifiance et de faire d'un «trop-plein d'humidité» (p. 15) la caractéristique du pays nantais, en préparant une lecture seconde, métaphorique, qui annonce le récit d'une histoire de deuil et de larmes.
Car la description des pluies annonce les thèmes majeurs du roman: l'ennui, ce «poison de l'âme» (p. 20), la «tristesse endémique7» (p. 18), le quotidien des petites gens ponctué par le rythme des marées (p. 17-18), la mort ou sa tentation (p. 21). Bien plus, l'évocation des pluies prépare la grande scène des gaz de combat sur la plaine d'Ypres en 1916. Elle multiplie en effet les indices du calvaire vécu par les poilus: la boue, le vent, le froid, la pluie, le marécage infernal des tranchées imbibées d'eau. L'élément liquide, c'est aussi bien le sang versé par les soldats au front que l'aménorrhée8
de la tante Marie, «cette longue et secrète retenue de chagrin, ce sang ravalé comme on ravale ses larmes» (p. 145). C'est enfin cet «à vau-l'eau» d'un monde voué au délabrement depuis la mort du père (p. 92), ou les larmes qui ponctuent chaque deuil, dont celles du frère Eustache, le confident du grand-père, à la mort de ce dernier (p. 39).