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Splendeurs et misères des courtisanes

De
669 pages
Après Le Père Goriot et Illusions perdues, Splendeurs et misères des courtisanes achève la trilogie de Vautrin. Ce héros des bas-fonds, bagnard faussaire et assassin, est aussi un amant sublime et un poète à sa manière, qui consacre ses forces de Titan et son imagination infernale à la fortune de l'homme qu'il adore : Lucien du Rubempré. Jamais Balzac n'a plus cruellement ôté ses masques à une société dont il pénètre les secrètes compromissions. Des milieux de la pègre et de la prostitution à ceux de la police et de la justice, jusqu'aux plus hautes sphères de l'État, c'est un diagnostic impitoyable de gangrène généralisée qu'il pose, entraînant son lecteur subjugué à la découverture des aventures du désir dans la jungle de Paris, avec une superbe énérgie.
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SPLENDEURS ET MISÈRES DES COURTISANES
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BALZAC
SPLENDEURS ET MISÈRES DES COURTISANES
Présentation, notes et bibliographie par Philippe BERTHIER
GF Flammarion
© Éditions Flammarion,Paris,2006. ISBN :927-80-82--0078-11225753-014-7
PRÉSENTATION
Mme de Villeparisis, qui se pique de bon goût (entendons: de goût classique), trouve que Balzac manque « de ces qualités de modération de jugement et de simplicité, auxquelles on lui avait appris 1 qu’atteint la vraie valeur ». C’est un exagéré. Aussi lui préfère-t-elle les moins outrés Molé ou Fontanes. Il faut avouer queSplendeurs et misères des courtisaneslui donne des arguments. Cet énormeopus, qui devait avoir une suite, semble excéder bien des limites, à commencer par celles de la bienséance et de la vrai-semblance, pour s’abandonner à la volupté intempé-rante d’une invention débridée, emballée, peu regar-dante sur ses moyens. On se demande si la plume qui a jeté sur le papier ces aventures parfois quasi démentes – un excellent critique américain a pu 2 parler d’« hystérie narrative » – est bien la même qui a su ciseler le filigrane idéalement fin de certaines nouvelles commeLa Femme abandonnéeouLaGre-nadière, régal des connaisseurs. DansSplendeurs et misères des courtisanes, Balzac brasse une matière
1. Marcel Proust,À l’ombre des jeunes filles en fleurs, éd. Pierre-Louis Rey, inÀ la recherche du temps perdu, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, 1988, p. 70. 2. Charles Bernheimer,Figures of Ill Repute. Representing Prostitu-tion in Nineteenth-Century France, Harvard University Press, 1989, p. 67.
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épaisse et malodorante. Il se vautre (Vautrin !) avec la grosse joie du porc claudélien dans la boue. Déjà, de la deuxième partie d’Illusionsperdues(Un grand homme de province à Paris), Jules Janin avait dit qu’on ne pou-vait l’aborder qu’en enfilant des bottes d’égoutier. Ici, les délicats vont encore souffrir, et même davantage. Non seulement à cause des dégoûtantes horreurs sociales et morales à travers lesquelles le lecteur est promené, mais aussi par suite du caractère résolument non élitiste de la mise en œuvre littéraire, qui vise un vaste lectorat. Ce n’est certes pas un hasard si, de tous ceux deLa Comédie humaine,Splendeurs et misères des courtisanesest le roman le plus souvent réimprimé en 1850-1860. Tout se passe comme si Balzac avait déli-bérément voulu s’imposer auprès de ce que dans les années Mao on appelait «les larges masses» du public, en recourant sans vergogne à certaines ficelles du roman noir, qu’il avait déjà utilisées dans ses œuvres de jeunesse, et surtout en adoptant sans états d’âme la logique et les recettes du roman-feuilleton. L’ombre d’Eugène Sue plane surSplendeurs et misères des courtisanes: «, pleinement assumée Je fais du Sue tout pur», écrit Balzac sans fard à son Étran-1 gère . La relation n’est d’ailleurs pas à sens unique : Sue avait luLa Torpille(première partie des futures Splendeurs». Publiés defait du Balzac ) en 1838, et « juin 1842 à octobre 1843 dans leJournal des Débats, Les Mystères de Parissuscitent un engouement telle-ment universel et fanatique qu’il excède le champ pro-prement littéraire et transforme le feuilleton en phéno-mène de société. Balzac entreprend de lutter sur le même terrain, et ne lésine pas: bas-fonds, putains célestes, criminels en rupture de ban, déguisements, rebondissements, antithèses violentes, grands senti-ments taillés à coups de hache, hasards vertigineux, le mélodrame n’est pas loin ; il est même parfois reven-diqué. Cela dûment constaté, il faut ajouter aussitôt
1.Lettres à Madame Hanska, 31mai1843, éd. Roger Pierrot, Robert Laffont, « Bouquins », t. I, 1990, p. 693.
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que, loin de vouloir copier Sue, Balzac entend le corriger : vous verrez dans mon roman, promet-il à Mme Hanska, un monde « bien autre que le faux Paris desMystères», où l’auteur appliquera «un coup de fouet à faire sauter toutes les enveloppes et les gue-1 nilles mises sur les plaies ». Là où Sue n’aurait pro-duit qu’un séduisant mensonge, Balzac, à partir d’élé-ments semblables, ambitionne d’atteindre à la vérité. Une vérité qui, loin du manichéisme caricatural de Sue, problématise le réel et le complexifie au lieu de le cliver en catégories simplistement antagonistes. L’inoxydable innocence de Fleur-de-Marie, née dans le caniveau avant de se muer en grande duchesse de Gerolstein, n’a rien à voir avec les ambivalences constitutives d’Esther. Contrairement aux postulations du roman populaire, qui aime les oppositions tranchées, tout est envisagé ici dans unchiaroscurofuligineux, où l’on serait fort embarrassé de désigner les représentants du Bien et ceux du Mal, tant les anges sont maculés et la fange reflète l’azur ; de sorte qu’on a pu dire, à juste titre, queSplendeurs et misères des courtisanesleest « 2 plus anti-feuilletonesque de tous les feuilletons ». Reste néanmoins quelque chose qui relève bien authentiquement d’une pratique que Balzac avait d’ailleurs inaugurée (FilleLa Vieille est le premier roman français à avoir été publié en feuilleton par Émile de Girardin dansLa Presseen 1836), et qui, en s’imposant, a créé peu à peu une tradition, et surtout une esthétique: la luxuriance, voire l’ébriété événe-mentielles, letempohaletant, une pâte romanesque d’une générosité presque asphyxiante, en tout cas passablement bourrative et dont certains se sont plu à 3 relever l’absurdité , comme si, en roue libre, l’inven-tion ne parvenait plus à se contrôler et cédait à une sorte de facilité irresponsable, au simplisme grandiose
1.Lettres à Madame Hanska, février 1844, éd. cit., p. 803. 2. Mariolina Bongiovani Bertini dans son édition deLa Comédie humaine, Milan, Mondadori, t. II, 2005, p. 836-837. 3. Maurice Bardèche,Balzac, Julliard, 1980, p. 539-540.
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qui est le lot des figures mythiques régnant sur l’ima-ginaire collectif. À propos de Vautrin, Félicien Mar-ceau observe : « s’il faut le ranger quelque part, ce n’est pas entre Mme Bovary et Dominique, mais plutôt entre Judex, Fantômas, Buffalo-Bill, le vicomte Andrea deRocambole; entre tous ceux qui portent sur leurs épaules de géants le grand rêve de la puissance invincible. Tous ces héros appartiennent à une littéra-ture qui n’est généralement pas considérée comme telle. C’est que la littérature voit son objet essentiel dans la psychologie et non dans la mythologie. Elle 1 s’intéresse aux hommes, non aux dieux ». Le sorbo-nagre Brichot réagit, lui, tout à fait à l’unisson de son collègue Lanson, lorsqu’il stigmatise en Balzac le « copieux improvisateur » d’« élucubrations effrayantes », et voit enSplendeurs et misères des courtisanesdes tar-tines de «pathos», de « galimatias double et triple », inspirées par Ponson du Terrail. À quoi le baron de Charlus rétorque admirablement, et on ne peut plus balzaciennement : « Vous dites cela parce que vous ne connaissez pas la vie », avec l’agacement de qui sent que son interlocuteur ne comprend «ni ses raisons 2 d’artiste ni les autres ». Nous reviendrons sur ces « autres » raisons, mais qu’il suffise ici de relever à quel point s’avère non pertinente l’opposition entre la pré-tendue grossièreté des moyens utilisés par Balzac et l’ambition affichée de son œuvre. SiSplendeurs et misères des courtisanesest bien « un récit narré tambour battant, qui ne s’embarrasse de rien, qui digresse, qui prend des raccourcis, qui recourt aux pires clichés, mais aussi qui invente et qui fait surgir, qui porte et 3 qui va », c’est parce que ce roman embrasse le donné contemporain à travers ce qu’il appelle des existences « torrentielles », charriant limons et pépites dans leur
1.Balzac et son monde, Gallimard, « Tel », 1986 [1970], p. 357. 2. Marcel Proust,Sodome et Gomorrhe, éd. Antoine Compagnon, inÀ la recherche du temps perdu, Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade », t. III, 1988, p. 438. 3.Pierre Barbéris dans son édition, Gallimard, « Folio », 1973, p. 32.