Vie de Rancé

Vie de Rancé

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283 pages

Description

Rancé, jeune abbé habitué des plaisirs mondains, devient en quelques années une des figures majeures de la réforme cistercienne, au cœur du Grand Siècle. À l’origine de ce revirement : la mort d’une femme bien-aimée, la duchesse de Montbazon, qui le pousse à se retirer du monde pour observer une vie religieuse et austère. Constatant la décadence matérielle et spirituelle de l’abbaye de la Trappe, il décide de consacrer le reste de sa vie à y faire régner l’ordre et la règle.
À travers la biographie de cet abbé pénitent, Chateaubriand livre à demi-mots ses ultimes mémoires. Si la vie de l’écrivain s’entremêle parfois avec celle du prêtre, c’est que les deux hommes sont liés, à près d’un siècle et demi d’écart, par un même retrait de l’agitation du monde, une même désillusion de l’amour et du bonheur, une même nécessité de revenir vers Dieu.

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Date de parution 16 mai 2018
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EAN13 9782081449060
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Chateaubriand
Vie de Rancé
GF Flammarion
Postface, choix des variantes, bibliograqhie et chronologie qar Georges Condominas © 1991, Flammarion, Paris, qour cette édition.
www.centrenationaldulivre.fr
ISBN Equb : 9782081449060 ISBN PDF Web : 9782081449077 Le livre a été imqrimé sous les références : ISBN : 9782081437654
Ouvrage numérisé et converti qarPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Rancé, jeune abbé habitué des plaisirs mondains, de vient en quelques années une des figures majeures de la réforme cistercienne, au cœur du Grand Siècle. À l’origine de ce revirement : la mort d’une femme bien-aimée, la duchesse de Montbazon, qui le pousse à se retirer du monde pour observer une vie religieuse et austère. Constatant la décadence matérielle et spirituelle de l’abbaye de la Trappe, il décide de consacrer le reste de sa vie à y faire régner l’ordre et la règle. À travers la biographie de cet abbé pénitent, Chate aubriand livre à demi-mots ses ultimes mémoires. Si la vie de l’écrivain s’entremê le parfois avec celle du prêtre, c’est que les deux hommes sont liés, à près d’un siècle e t demi d’écart, par un même retrait de l’agitation du monde, une même désillusion de l’ amour et du bonheur, une même nécessité de revenir vers Dieu.
Vie de Rancé
NOTE SUR CETTE ÉDITION
Le texte présenté ici est celui de la première édit ion, parue le 18 mai 1844, dans laquelle, comme l'écrit Fernand Letessier (Introduc tion, p. LIII), « Chateaubriand se livre tout entier et […] s'abandonne librement au c aprice de son imagination désentravée. Les modifications les plus importantes qui apparaissent dans [la seconde édition, celle du 13 juillet] sont des retranchemen ts de passages où se déchaînent sa verve satirique et les élans mal contenus de sa sen sualité. » Ce sont des corrections suggérées par son entourage , dont il a pris l'habitude de demander l'avis. Nous n'avons conservé ici, à la suite du texte, que les variantes qui nous ont paru les plus intéressantes.
G. C.
Vie de Rancé
A la mémoire de l'abbé Séguin, prêtre de Saint-Sulpice, né à Carpentras le 8 août 1748, mort à Paris, à 95 ans, le 19 avril 1843. Son très humble et très obéissant serviteur,
CHATEAUBRIAND.
1 AVERTISSEMENT
Je n'ai fait que deux dédicaces dans ma vie : l'une à Napoléon, l'autre à l'abbé Séguin. J'admire autant le prêtre obscur qui donnai t sa bénédiction aux victimes qui mouraient à l'échafaud, que l'homme qui gagnait des victoires. Lorsque j'allais voir, il y a plus de vingt ans, mesdemoiselles d'Acosta (cousi nes de madame de Chateaubriand, alors au nombre de quatre et qui ne sont plus que deux), je rencontrais, rue du Petit-Bourbon, un prêtre vêtu d 'une soutane relevée dans ses poches : une calotte noire à l'italienne lui couvra it la tête ; il s'appuyait sur une canne, et allait en marmottant son bréviaire, confesser, d ans le faubourg Saint-Honoré, madame de Montboissier, fille de M. de Malesherbes. Je le retrouvai plusieurs fois aux environs de Saint-Sulpice ; il avait peine à se déf endre d'une troupe de mendiantes qui portaient dans leurs bras des enfants empruntés. Je ne tardai pas à connaître plus intimement cette proie des pauvres, et je le visita is dans sa maison, rue Servandoni, n° 16. J'entrais dans une petite cour mal pavée ; l e concierge allemand ne se dérangeait pas pour moi : l'escalier s'ouvrait à ga uche au fond de la cour, les marches en étaient rompues ; je montais au second étage ; j e frappais, une vieille bonne vêtue de noir venait m'ouvrir : elle m'introduisait dans une antichambre sans meubles où il n'y avait qu'un chat jaune qui dormait sur une chaise. De là je pénétrais dans un cabinet orné d'un grand crucifix de bois noir. L'abbé Ségui n, assis devant le feu et séparé de moi par un paravent, me reconnaissait à la voix : n e pouvant se lever, il me donnait sa bénédiction et me demandait des nouvelles de ma fem me. Il me racontait que sa mère lui disait souvent dans le langage figuré de son pa ys : « Rappelez-vous que la robe des prêtres ne doit jamais être brodée d'avarice. » La sienne était brodée de pauvreté. Il avait eu trois frères, prêtres comme lui, et tou s quatre avaient dit la messe ensemble dans l'église paroissiale de Sainte-Maure. Ils allè rent aussi se prosterner à Carpentras sur le tombeau de leur mère. L'abbé Séguin refusa d e prêter le serment : poursuivi pendant la révolution, il traversa un jour en coura nt le jardin du Luxembourg et se sauva chez M. de Jussieu, rue Saint-Dominique-d'Enf er. En quittant le Luxembourg pour la dernière fois en 1815, je passai de même à travers le jardin solitaire avec mon ami, M. Hyde de Neuville. De tristes échos se révei llent dans les cœurs qui ont retenu le bruit des révolutions. L'abbé Séguin rassemblait, dans des lieux cachés, l es chrétiens persécutés. L'abbé Antoine, son frère, fut arrêté, mis aux Carmes et m assacré le 2 septembre. Quand cette nouvelle parvint à Jean-Marie, il entonna leTe Deum. Il allait déguisé, de faubourg en faubourg, administrer des secours aux f idèles. Il était souvent accompagné de femmes pieuses et dévouées ; madame C hoqué se faisait passer pour sa fille ; elle faisait le guet et était chargée d'avertir le confesseur. Comme il était grand et fort, on l'enrôla dans la garde nationale. Dès l e lendemain de cet enrôlement, il fut
ensette. Le ciel lui apprit le rôlevoyé avec quatre hommes visiter une maison, rue Cas qu'il avait à jouer. Il demande avec fracas que les appartements lui soient ouverts ; la fouille est faite. L'abbé Séguin aperçut un tableau placé contre un mur et qui cachait ce qu'il ne voulait pas trouver. Il en approche, soulè ve avec sa baïonnette un coin de ce tableau, et s'aperçoit qu'il bouche une porte. Auss itôt, changeant de ton, il reproche à ses camarades leur inactivité et leur donne l'ordre d'aller visiter les chambres en face du cabinet que dérobait le tableau. Pendant que la religion inspirait ainsi l'héroïsme à des femmes et à des prêtres, l'héroïsme était sur l e champ de bataille avec nos armées : jamais les Français ne furent si courageux et si infortunés. Dans la suite l'abbé Séguin, ayant vu quel parti on pouvait tirer de la garde nationale, était toujours prêt à s'y présenter. Le mensonge était sublime, ma is il n'en offensait pas moins l'abbé Séguin, parce qu'il était mensonge. Au milieu de se s violents sacrifices, il tombait dans un silence consterné qui épouvantait ses amis. Il f ut délivré de ses tourments par suite du changement des choses humaines. On passa du crim e à la gloire, de la république à l'empire. C'est pour obéir aux ordres du directeur de ma vie que j'ai écrit l'histoire de l'abbé de Rancé. L'abbé Séguin me parlait souvent de ce trava il, et j'y avais une répugnance naturelle. J'étudiai néanmoins ; je lus, et c'est l e résultat de ces lectures qui compose aujourd'hui la Vie de Rancé. Voilà tout ce que j'avais à dire. Mon premier ouvra ge a été fait à Londres en 1797, mon dernier à Paris en 1844. Entre ces deux dates, il n'y a pas moins de quarante-sept ans, trois fois l'espace que Tacite appelle une lon gue partie de la vie humaine : «Quindecim annos, grande mortalis œvi spatium. » Je ne serai lu de personne, excepté peut-être de quelques arrière-petites-nièce s habituées aux contes de leur vieil oncle. Le temps s'est écoulé, j'ai vu mourir Louis XVI et Bonaparte ; c'est une dérision que de vivre après cela. Que fais-je dans le monde ? Il n'est pas bon d'y demeurer lorsque les cheveux ne descendent plus assez bas po ur essuyer les larmes qui tombent des yeux. Autrefois je barbouillais du papi er avec mes filles, Atala, Blanca, Cymodocée, chimères qui ont été chercher ailleurs l a jeunesse. On remarque des traits indécis dans le tableau du Déluge, dernier travail du Poussin : ces défauts du temps embellissent le chef-d'œuvre du grand peintre ; mai s on ne m'excusera pas, je ne suis pas Poussin, je n'habite point au bord du Tibre et j'ai un mauvais soleil. Jadis j'ai pu m'imaginer l'histoire d'Amélie, maintenant je suis réduit à tracer celle de Rancé : j'ai changé d'ange en changeant d'années.