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Vie et opinions de Tristram Shandy

De
708 pages

Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Laurence Sterne. En dépit du titre qui se voudrait biographique, la personne dont on parle le moins dans le roman est le héros, Tristram Shandy. Quand on est parvenu à la moitié de l'ouvrage, il est sur le point de naître, lorsqu'on le termine, il est au seuil de l'enfance. Laurence Sterne procède par bonds, interrompant son récit de digressions sur les causes de nos idées obscures, le temps psychologique, la création, l'impuissance, les enfants précoces, l'amour, l'art militaire, la société anglaise, les vêtements des anciens Romains... Des pages sont consacrées à ses impressions d'un voyage en France. "Je ne dirige pas ma plume, confesse l'auteur du "Voyage sentimental", elle me dirige." Il cite souvent Montaigne et Cervantès qui sont parmi ses auteurs préférés, imite Rabelais et, dans la peinture des caractères, Addison, mais se moque de l'érudition et ridiculise les pédants. Avec une volubilité géniale, il provoque tantôt le sourire, tantôt les larmes. C'est un sentimental, mais, fils du siècle de la galanterie, il ne recule pas devant les épisodes audacieux et les malicieux sous-entendus qui font un étrange contraste avec la profondeur de certaines réflexions. Çà et là, nous trouvons des pages entières laissées en blanc, des passages remplacés par une suite d'astérisques, des ratures, des bizarreries. Sterne est un maître de l'humour, de la fantaisie et de l'excentricité.


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LAURENCE STERNE
Vie et opinions de Tristram Shandy
traduit de l'anglais par Léon de Wailly
La République des Lettres
LIVRE I
I
Je voudrais que mon père ou ma mère, ou même tous l es deux, car ils y étaient
également tenus par devoir, eussent songé à ce qu’i ls faisaient quand ils me tirent :
s’ils avaient dûment considéré quelle était l’importance de l’opération qu’ils
accomplissaient : — que non seulement la production d’un être raisonnable y était
intéressée, mais que peut-être bien l’heureuse conformation et constitution de son
corps, qui sait ? son génie, et jusqu’à la tournure de son esprit ; et, pour ce qu’ils en
savaient du contraire, même la fortune de toute sa maison, se décideraient d’après
les humeurs et dispositions qui dominaient alors ; — s’ils avaient dûment pesé et
considéré tout cela, et qu’ils eussent agi en consé quence, — je suis réellement
persuadé que j’aurais fait dans le monde une tout a utre figure que celle sous
laquelle le lecteur va me voir. — Croyez-moi, bonne s gens, ce n’est point une chose
si insignifiante que beaucoup d’entre vous peuvent le penser ; — vous avez tous, je
présume, entendu parler des esprits animaux, et de la manière dont ils sont
transfusés du père au fils, etc., etc., — et de bea ucoup de choses à ce
propos ; — eh bien, vous pouvez m’en croire sur parole, les neuf dixièmes de la
raison d’un homme ou de sa déraison, de ses succès ou de ses bévues en ce
monde, dépendent de leur mouvement et activité, ain si que des différentes
directions que vous leur donnez : de sorte qu’une fois lancés, bien ou mal, peu
importe, — ils partent à grand bruit comme des fous , et à force de repasser sur les
mêmes pas ils ont bientôt fait la route aussi plate et aussi unie qu’une allée de
jardin, et, une fois qu’ils y sont habitués, le dia ble lui-même souvent ne serait pas
capable de les en chasser.
Dites-moi, mon cher, demanda ma mère,n’avez-vous pas oublié de monter la
pendule? …Bon Dieulamation, prit! s’écria mon père, qui, tout en faisant cette exc
soin de modérer sa voix, …jamais femme, depuis la création du monde, a-t-elle
interrompu un homme par une si sotte question? Que disait votre père, je vous
prie ? … Rien.
II
… Alors, positivement, je ne vois dans cette questi on ni bien ni mal … Alors,
permettez-moi de vous dire, monsieur, que c’était a u moins une question très
inopportune, attendu qu’elle dispersa et dissipa le s esprits animaux, dont l’affaire
était d’escorter l’Homunculusroit, et de le mener par la main, sain et sauf, à l’end
destiné pour sa réception.
L’Homunculus, monsieur, tout mesquin et burlesque qu’il peut pa raître, en ce
siècle léger, aux yeux de la sottise ? ou des préju gés, — est, aux yeux de la raison
dans les investigations scientifiques, reconnu — po ur un être entouré de droits
protecteurs … Les philosophes les plus minutieux, q ui, par parenthèse, ont les plus
vastes intelligences (leurs âmes étant à l’inverse de leurs recherches), nous
démontrent incontestablement que l’Homunculusest créé par la même
main, — engendré suivant la même loi de nature, — d oué des mêmes puissances
et facultés locomotives que nous : — qu’il se compo se, comme nous, de peau, de
poils, de graisse, de chair, de veines, d’artères, de ligaments, de nerfs, de
cartilages, d’os, de moelle, de cervelle, de glande s, de génitoires, d’humeurs et
d’articulations ; — que c’est un être aussi actif, et, dans toute l’étendue du mot,
autant et aussi véritablement notre semblable que m y lord le chancelier
d’Angleterre. — On peut lui faire du bien, — on peu t lui faire du tort, — il peut en
obtenir le redressement ; en un mot, il a tous les titres et droits de l’humanité, que
Cicéron, Puffendorf et les meilleurs moralistes rec onnaissent provenir de cet état et
de cette relation.
Or, cher monsieur, s’il lui était survenu quelque a ccident en route, seul comme il
était ! — ou que, par suite de la frayeur qu’il en aurait eue, frayeur naturelle à un si
jeune voyageur, mon petit gentleman fût arrivé au terme de son voyage dans un
épuisement déplorable ; — sa force et sa virilité m usculaires réduites à un
fil ; — ses propres esprits animaux dans un bouleve rsement inexprimable, — et
que, dans ce fâcheux désordre de ses nerfs, il fût tombé en proie à des
saisissements soudains, ou à une série de rêves et d’idées tristes pendant neuf
longs, longs mois de suite, — je tremble de penser aux mille faiblesses de corps et
d’âme dont c’eût été jeter les fondements, faibless es auxquelles aucune habileté de
médecin ou de philosophe n’aurait jamais pu ensuite complètement remédier.
III
C’est à mon oncle, M. Toby Shandy, que je suis rede vable de l’anecdote
précédente. Mon père, qui était très fort en philos ophie naturelle, et très enclin à des
raisonnements serrés sur les plus petites choses, s ’était souvent et
douloureusement plaint à lui du tort qui m’avait été fait ; mais une fois plus
particulièrement, mon oncle Toby s’en souvenait bie n, observant une inexplicable
obliquité (comme il l’appelait) dans ma manière de faire aller mon sabot, et justifiant
les principes d’après lesquels je m’y étais pris, — le vieux gentleman secoua la tête,
et, d’un ton qui n’exprimait pas à moitié autant le reproche que le chagrin, il dit que
son cœur avait toujours prédit (et il en avait la p reuve ici et dans mille autres
observations qu’il avait faites sur moi) que je ne penserais ni n’agirais comme
l’enfant d’aucun autre homme : —Mais, hélas! continua-t-il en secouant la tête une
seconde fois, et en essuyant une larme qui coulait le long de sa joue,les infortunes
de mon Tristram ont commencé neuf mois au monde!
— Ma mère, qui était assise à côté de lui, leva les yeux ; — mais elle ne sut pas
plus que son derrière ce que mon père voulait dire ; — mais mon oncle, M. Toby
Shandy, qui avait été souvent mis au fait de l’affa ire, — le comprit très bien.
IV
Je sais qu’il y a dans le monde des lecteurs, ainsi que beaucoup d’autres braves
gens ne lisant pas du tout, — qui se sentent mal à l’aise, si vous ne les mettez pas
entièrement, d’un bout à l’autre, dans le secret de tout ce qui vous concerne.
C’est par pure condescendance pour cette humeur, et par la répugnance
naturelle que j’ai à désappointer qui que ce soit s ur terre, que j’ai déjà été si
minutieux. Comme ma vie et mes opinions paraissent destinées à faire quelque
bruit dans le monde, et, si mes conjectures sont ju stes, à prendre dans tous les
rangs, professions et dénominations d’hommes quelco nques, — à n’être pas moins
lues que leProgrès du pèlerinlui-même(1), — et, en fin de compte, à devenir
précisément ce que Montaigne craignait que ne devin ssent sesEssais, c’est-à-dire
un de ces livres qui traînent sur les fenêtres de p arloir ; — je trouve nécessaire de
consulter un peu chacun à son tour : je dois donc d emander pardon de suivre
encore un moment la même voie ; et je suis enchanté pour cette raison d’avoir
commencé mon histoire ainsi que je l’ai fait, et d’ être en état de confirmer en
reprenant chaque choseab ovo, comme dit Horace.
Horace, je le sais, ne recommande pas cette manière en général ; mais ce
gentleman ne parle que d’un poème épique ou d’une t ragédie — (j’oublie
lequel) ; — d’ailleurs, si cela n’était pas, je dem anderais pardon à M.
Horace ; — car, en écrivant ce que j’ai entrepris, je ne m’astreindrai ni à ses règles,
ni à celles d’aucun autre homme au monde.
Quant à ceux, pourtant, qui ne se soucient pas de rétrograder autant pour
approfondir ces choses, je ne puis leur donner un m eilleur conseil que de sauter le
reste de ce chapitre ; car je déclare à l’avance qu e je ne l’écris que pour les esprits
curieux et inquisitifs.
… Fermez la porte … Je fus engendré dans la nuit du premier dimanche au
premier lundi du mois de mars, l’an de Notre-Seigne ur 1718. Je suis certain du
fait. — Mais d’être arrivé à pouvoir rendre un comp te si exact d’une chose qui eut
lieu avant ma naissance, je le dois à une autre petite anecdote connue seulement
dans notre famille, mais rendue publique aujourd’hu i pour plus d’éclaircissement de
ce point.
Il faut que vous sachiez que mon père, qui avait ja dis trafiqué avec la Turquie,
mais qui avait quitté les affaires depuis quelques années, pour se retirer et mourir
sur son domaine patrimonial dans le comté de …, éta it, je crois, un des hommes les
plus réguliers qu’il y ait jamais eu dans tout ce q u’il faisait, qu’il s’agît d’une affaire
ou d’un amusement. Pour donner un petit échantillon de son extrême exactitude,
dont il était véritablement esclave, il s’était fai t une règle depuis nombre
d’années, — le premier dimanche soir de chaque mois , et cela tout le long de
l’année, aussi ponctuellement qu’arrivait ce dimanc he soir, — de monter de ses
propres mains une grande pendule que nous avions su r le palier de l’escalier de
derrière ; — et comme, à l’époque dont j’ai parlé, il devait avoir de cinquante à
soixante ans, il avait aussi reporté peu à peu à la même période certaines autres
petites occupations de famille, afin, disait-il sou vent à mon oncle Toby, de se
débarrasser de tout à la fois, et de n’en être plus tourmenté et tracassé le reste du
mois.
Il n’y avait à cela qu’un malheur qui, en grande pa rtie, tomba sur moi, et dont les
effets, je le crains, me suivront jusqu’au tombeau ; c’est que par une fâcheuse
association d’idées qui n’ont aucune liaison au mon de, il finit par arriver que ma
pauvre mère ne pouvait jamais entendre monter ladite pendule sans que le souvenir
de certaines autres choses lui vînt infailliblement en tête — etvice versa: …
étrange combinaison d’idées que le clairvoyant Lock e, qui, certes, comprenait la
nature de ces choses mieux que la plupart des homme s, affirme avoir produit plus
d’actions tortues que toutes les autres sources de préjugés quelconques.
Mais ceci n’est qu’une parenthèse.
Or, il appert, d’après un mémorandum du livre de po che de mon père, qui est en
ce moment sur la table, « que le jour de l’Annoncia tion, qui était le 25 du même
mois dont je date ma conception, … mon père partit pour Londres, avec mon frère
aîné Bobby, qu’il allait mettre à l’école de Westmi nster » ; et comme il appert
d’après la même autorité « qu’il ne vint rejoindre sa femme et sa famille que dans la
seconde semainea chose undu mois de mai suivant », — cela donne presque à l
caractère de certitude. Quoi qu’il en soit, ce qui suit au commencement du prochain
chapitre ôte toute possibilité de doute.
… Mais, je vous prie, monsieur, que faisait votre p ère en décembre, janvier et
février ? — Eh ! madame, — pendant tout ce temps-là il souffrait d’une sciatique.
V
Le cinquième jour de novembre 1718, ce qui, par rap port à l’époque fixée plus
haut, était aussi près de neuf mois de calendrier q u’aucun mari pouvait
raisonnablement s’y attendre, moi, Tristram Shandy, gentleman, je fus introduit
dans ce monde ignoble et désastreux … Je voudrais ê tre né dans la lune, ou dans
toute autre planète (excepté Jupiter et Saturne, attendu que je n’ai jamais pu
supporter le froid) ; car je ne me serais pas trouv é plus mal dans aucune d’elles
(pourtant je ne répondrais pas de Vénus) que dans c ette vile et sale planète où
nous sommes, — et qu’en conscience, révérence parle r, je tiens pour faite des
restes et rognures des autres ; … non pas que cette planète ne soit assez bien,
pourvu qu’on y naisse avec un grand titre et de gra nds biens, ou que, de manière
ou d’autre, on parvienne à être appelé à des charge s et emplois publics qui donnent
de la considération ou du pouvoir ; … mais ce n’est point mon cas, … et donc
chacun parle de la foire selon le marché qu’il y a fait ; … c’est pourquoi j’affirme de
nouveau que c’est un des plus vils mondes qui aient jamais été créés ; — car je
puis dire en toute vérité que, depuis la première h eure que j’y ai respiré jusqu’à
celle-ci, où je puis respirer à peine, à cause d’un asthme que j’ai attrapé en Flandre
en patinant contre le vent, — j’ai été le jouet con tinuel de ce que le monde appelle
la Fortune ; et quoique je lui doive la justice de dire qu’elle ne m’a jamais fait sentir
le poids d’aucun grand et signalé malheur, — cepend ant, de la meilleure humeur du
monde, j’atteste qu’à tous les relais de ma vie, qu ’à tous les détours et recoins où
elle a pu à son aise me tomber dessus, la désoblige ante duchesse m’a accablé
d’une grêle de mésaventures et de traverses aussi d éplorables que jamais petit
hérosen ait essuyé.
VI
Au commencement du dernier chapitre, je vous ai dit exactementquandj’étais
né ; mais je ne vous ai pas ditcomment. Non, je réservais à cette particularité tout
un chapitre à part ; — d’ailleurs, monsieur, comme vous et moi sommes en quelque
sorte parfaitement étrangers l’un à l’autre, il n’a urait pas été convenable que je vous
eusse initié tout d’un coup à trop de circonstances à moi relatives. — Il faut que
vous ayez un peu de patience. J’ai entrepris, vous voyez, d’écrire non seulement
ma vie, mais mes opinions aussi, dans l’espoir et l ’attente que, apprenant par l’une
mon caractère et l’espèce de mortel que je suis, vo us en goûteriez mieux les autres.
À mesure que nous ferons route ensemble, cette légè re connaissance qui
commence entre nous se changera en familiarité ; et celle-ci, à moins qu’il n’y ait de
la faute de l’un de nous, se terminera en amitié. —O diem præclarum! — Alors rien
de ce qui me touche ne sera jugé futile de sa nature ou ennuyeux dans mon récit.
C’est pourquoi, mon cher ami et compagnon, si vous me trouvez quelque peu
économe de ma narration au début du voyage, — résig nez-vous, — laissez-moi
continuer et raconter mon histoire à ma manière ; — et si de temps en temps j’ai
l’air de m’amuser en route, — ou que parfois, chemi n faisant, je me coiffe d’un
bonnet de fou à clochettes, pour un ou deux instants, — ne vous enfuyez
pas, — mais plutôt ayez l’obligeance de me croire u n peu plus de sagesse qu’il n’en
paraît à l’extérieur ; et, tout en avançant, riez a vec moi, ou de moi, — en un mot,
faites ce qu’il vous plaira, — seulement ne vous fâ chez pas.
VII
Dans le village qu’habitaient mon père et ma mère, habitait aussi une maigre,
roide, importante, bonne vieille matrone de sage-fe mme, qui, à l’aide d’un peu de
simple bon sens et de quelques années de plein exercice de sa profession, pendant
tout lequel elle s’était peu fiée à ses propres efforts et beaucoup à ceux de dame
Nature, — avait dans sa partie acquis un assez haut degré de réputation dans le
monde : — par lequel motmondeai-je besoin en cet endroit de prévenir votre
Worship(2)que je ne veux pas donner à entendre plus d’un petit cercle décrit sur le
cercle du grand monde, de quatre milles anglais de diamètre ou environ, et dont la
chaumière où demeurait la bonne vieille femme est s upposée être le centre ? — À
ce qu’il paraît, elle était restée veuve, dans une grande misère, avec trois ou quatre
petits-enfants, dans sa quarante-septième année ; e t comme elle était à cette
époque une personne d’un maintien décent, — de mani ères graves, une femme, en
outre, parlant peu, et avec cela un objet de compas sion, dont la misère, toute
silencieuse, invoquait d’autant plus haut une assis tance amie, — la femme du
ministre de la paroisse fut touchée de pitié ; elle avait souvent déploré un
inconvénient auquel le troupeau de son mari était e xposé depuis plusieurs années,
en tant qu’il n’y avait pas moyen de se procurer, q uelque urgent que pût être le cas,
aucune espèce de sage-femme, sans faire moins de si x à sept longs milles à
cheval : lesquels susdits sept longs milles par de sombres nuits et d’affreux
chemins, le pays tout alentour n’étant que terre gl aise, équivalaient presque à
quatorze ; et, par le fait, c’était quelquefois à p eu près comme si l’on n’avait pas eu
du tout de sage-femme. Il lui vint donc en tête que ce serait rendre un service aussi
opportun à toute la paroisse qu’à la pauvre créature elle-même, de lui faire donner
une teinture des plus simples principes de cette profession, afin qu’elle pût
l’exercer. Comme personne dans l’endroit n’était pl us en état qu’elle d’exécuter le
plan qu’elle avait conçu, la dame s’en chargea fort charitablement ; et ayant une
grande influence sur la partie femelle de la parois se, elle ne trouva aucune difficulté
à l’effectuer au gré de tous ses désirs. À la vérité, le ministre unit son crédit à celui
de sa femme dans toute cette affaire ; et afin de faire les choses en règle et de
donner à la pauvre âme un titre aussi valable pour pratiquer de par la loi, que sa
femme lui en avait donné un de par la science, — il paya de bon cœur lui-même les
droits du brevet, montant en tout à la somme de dix -huit shillings et quatre pence ;
de sorte que, grâce à eux deux, la bonne femme fut pleinement mise en possession
réelle et corporelle de son office, avectous les droits, appartenances et
dépendances généralement quelconques dudit.
Ces derniers mots, il faut que vous le sachiez, n’é taient point conformes à
l’ancienne rédaction des pouvoirs, licences et facu ltés qui jusqu’ici avaient été
concédés en pareil cas ; mais ils étaient conformes à une jolie formule de l’invention
de Didius, qui, ayant une propension particulière à mettre en pièces et à refaire à
neuf toute espèce d’instruments de ce genre, non se ulement rencontra cet
amendement délicat, mais enjôla dans le voisinage n ombre de matrones à vieux
brevet, et leur fit reprendre derechef leurs licenc es, afin d’y insérer sa marotte.
J’avoue que je n’ai jamais pu envier à Didius ces s ortes de
conceptions ; — mais chacun son goût. — Le docteur Kunastrokius, ce grand
homme, à ses heures de loisir, ne prenait-il pas le plus grand plaisir imaginable à
peigner la queue des ânes et à arracher avec ses de nts les crins blanchis, quoiqu’il
eût toujours des pinces dans sa poche ? Et même, si vous en venez là, monsieur,
est-ce que les hommes les plus sages dans tous les siècles, sans en excepter
Salomon lui-même, n’ont pas eu leurs DADAS, — leurs chevaux fougueux, — leurs
monnaies et leurs pétoncles, leurs tambours et leurs trompettes, leurs violons, leurs
palettes, leurs vers-coquins et leurs papillons ? — Et tant qu’un homme suit