Collection de quelques écrits du marquis de Chabannes

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496 pages

Description

Lettre du Marquis de Chabannes à M. le Comte de la Châtre.

MONSIEUR LE COMTE,,

J’ai l’honneur d’adresser ci-joint à Votre Excellence une lettre que je la supplie de vouloir bien faire passer à S. Exc. M. le Comte de Blacas par la plus prochaine occasion. La lecture de cette lettre doit personnellement et particulièrement l’intéresser. Cinq jours sont suffisans pour en avoir la réponse ; j’en attendrai dix avant d’en faire la publication.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 12 décembre 2016
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EAN13 9782346134120
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Langue Français
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À propos deCollection XIX
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AVANT-PROPOS
CINQ cents exemplaires de chacun de ces écrits fure nt seulement tirés : il m’en reste environ cent de chaque : je vais les faire réunir i ci pour mes enfans, pour mes amis. En les traçant, mon seul but fut de les mettre aux pieds du Roi et des Princes, et de les faire lire par leurs alentours, et non, certes, d’occuper le public de moi ; aussi ai-je gardé l’anonyme sur ceux auxquels j’ai cherché à do nner plus de publicité. Autour de nos malheureux Princes, ces écrits m’ont fait beaucoup d’ennemis et peu d’amis.... Hélas ! à qui la faute ?.... Les républi cains sont unis, les buonapartistes sont unis, les infernales constitutionnels sont unis !...... les royalistes seuls sont désunis ! Tout est égoïsme, tout est jalousie, tout (à peu d’ exceptions près) est bassesse ou faiblesse aux Tuileries...... que ce soit un Blacas , un Talleyrand, un Fouché, un Decaze ; lecoquis du jour peut perdre la France tant qu’il voudra ; devant la faveur il n’est point d’opinions, devant le favori il n’est p lus de parti. Otempora ! o mores ! Avant de réunir ces écrits je viens de les relire. Ils se ressentent de la rapidité avec laquelle ils furent tracés et imprimés ; ils sont p leins de fautes de ponctuation, d’impression, de grammaire même, et ont besoin d’êt re intercallés de quelques notes pour 40 rapporter l’attention au moment où ils fure nt écrits. En les publiant je ne fus entraîné par aucun amour-propre, ni guidé par aucun e ambition, mais j’ai cherché à remplir mon devoir en serviteur fidèle de la maison de Bourbon, et j’espère au moins avoir conservé le droit de m’écrier aujourd’hui :Malheur à l’homme d’honneur qui eut à cœur la gloire de son Roi, et le salut de sa patrie , et qui vécut dans un siècle comme celui-ci.Je suis né gentilhomme, et non pas écrivain : j’ai parlé le langage du cœur, et non celui de l’esprit. J’abandonne le style, mais j e regrette sincèrement de n’avoir pas trouvé plusd’échosaujourd’hui. Je m’afflige de penser qu’ayant été forcé quelquefo is d’y parler de moi, ou de me citer, ce malheureux motje,qui choque toujours les autres, aye pu nuire à l’i mpression que j’aurais désiré faire ; que celui qui pourrait en concevoir quelque prévention contraire, veuille bien m’accorder de les écarter : j’ose l’en supplier. Je ne suis rien, moins que rien ; je ne me crois important en rien, et à coup sûr, jen’ai le désir de rien être.et d’avoir échappé àm’a accordé de gagner ma vie par mon travail  Dieu l’avilissementtrop général.La vie d’un sujet est à son Roi, mais l’honneur es t à soi ; le conserver est ma seule ambition.
Jean-Frédéric de Chabannes
Collection de quelques écrits du marquis de Chabannes
AVANT-PROPOS
LE Samedi 8 Avril la lettre qui suit fut remise à M . le Comte de la Châtre. M. le Chevalier de la Serre est parti pour Gand le même s oir, à dix heures et demie, avec des dépêches de Son Excellence, et en a été le porteur. Le Dimanche, le vent a été favorable ; elle a donc dû être remise le Lundi 10 ; et aujourd’hui 26, le temps d’en avoir une réponse s’e st dix fois écoulé. M. le Comte de Blacas est donc à jamais imperturbable. J’avois esp éré que son attachement pour le Roi l’eût emporté sur son amour-propre ; et j’avoue que je ne m’attendois pas, en écrivant cette lettre, qu’elle fût jamais rendue pu blique. Lorsque j’exposai ma femme et mes huit enfans par l es liaisons que nous formâmes en Octobre 1813, et dont je vins rendre compte au R oi le 25 Décembre à Hartwell ; lorsque depuis je lui ai offert à Londres et en Fla ndre, pour ainsi dire, tous les jours, le sacrifice de ma vie, je ne suivois que le penchant de mon cœur, et rien au monde alors n’eût pu me coûter : aujourd’hui j’ai eu beso in du plus grand effort pour me décider à l’impression de ces lettres, par la seule crainte de déplaire au Roi. Les vérités n’appartiennent qu’à l’histoire ; ce n’est qu’après la mort des Princes que la flatterie a cessé de les entourer. Le Roi a une si haute opinion des lumières de M. le Comte de Blacas, les causes des malheurs du Roi et de sa famille sont peintes à la cour sous des couleurs si différentes de la vérité, que le déchirement du voile pourra être présenté comme une témérité aussi déplacée que coupable ; mais quelque funestes que puissent être pour moi et pour tous le s miens les conséquences futures de ma démarche, si elle devient utile, je m’en croi rai trop récompensé.
LETTRES, &c
Lettre du Marquis deChabannesà M. le Comte de laChâtre. MONSIEUR LE COMTE,, J’ai l’honneur d’adresser ci-joint à Votre Excellen ce une lettre que je la supplie de vouloir bien faire passer à S. Exc. M. le Comte de Blacas par la plus prochaine occasion. La lecture de cette lettre doit personnel lement et particulièrement l’intéresser. Cinq jours sont suffisans pour en avo ir la réponse ; j’en attendrai dix avant d’en faire la publication. J’espère que M. le Comte de la Châtre rend au Marquis de Chabannes la justice de croire qu’aucune démarche d e lui, ne peut avoir pour but que l’intérêt du Roi et de la France, et qu’il voudra b ien ne pas négliger l’envoi de cette lettre. J’ai l’honneur d’être avec considération, M. le Comte, &c.
* * *
Réponse de M. le Comte de laChâtre. Le Comte de la Châtre a l’honneur de faire ses comp limens à Monsieur le Marquis de Chabannes, et de l’assurer que la lettre pour le Comte de Blacas, est partie le Samedi 8, à dix heures du soir, et a été portée, pa r M. le Chevalier de la Serre, chargé de dépêches.
Londres ce 11 Avril, 1815.
* * *
Londres ce 8 Avril, 1815.
Lettre du Marquis deChabannesà S. Exc. M. le Comte deBlacas. MONSIEUR LE COMTE, Lorsque je vous entends nommer dans les journaux po ur être encore auprès du Roi, je vous l’avouerai, M. le Comte, je ne suis plus ma ître de contenir toutes les sensations que j’éprouve. Loin de moi le gentiment de la moindre animosité personnelle contre vous, je me plaie, au contraire, à rendre publiquement justice à vos intentions ; mais on crie aujourd’hui à la trahison ; on accuse toute cette malhereuse France de son apathie, et c’est votre ignorance M. le Comte, c’est votre présomption, c’est votre égoïsme qu’il faut seuls en accuser. Vous êtes malheureusement l’unique dépositaire de l a confiance du Roi, et vous n avez pu lui donner aucun renseignement exact, parce que vous avez négligé et refusé de faire tout ce qui pouvait vous en donner à vous- même. C’est ensuite cette ignorance sur la conduite et les opinions des indiv idus qui est devenue l’origine de de mauvais choix. C’est vous qui avez présenté tous les ministres à l a nomination du Roi, et qui deviez au moins vous être assuré de leur capacité et de le urs opinions. C’est vous qui ayez travaillé avec eux, qui avez di rigé celui de la police, qui avez refusé d’établir des polices secrètes et contradictoires.
C’est vous qui avez été l’auteur de cette perfide a nnonce,abolition des droits réunis. C’est vous qui avez fait ou dirigé ces impolitiques ordonnances sur la police des Dimanches, et sur la légion d’honneur qui ont eu de s conséquences si funestes. C’est vous qui avez fait ou avez fait faire, les un es après les autres de continuelles déclarations, ou démarches contre lesquelles il a fallu revenir lendemain. C’est vous qui avez éloigné tous les fidèles sujets de la maison de Bourbon, qui, pour récompense de leur amour et de leur dévouement , ont tous rapporté le désespoir dans leurs familles et dans leurs provinces, et son t aujourd’hui, chacune dans leurs localités, exposé à toutes les humiliations et à to us les dangers. C’est vous enfin qui, quand l’orage a éclaté, orage que vous auriez dû prévoir dont vous avez été cent fois averti, n’avez su qu’augmen ter, l’effroi général, en faisant partir dès le premier moment Madame la Comtesse de Blacas pour l’Angleterre, tandis que vous laissiez sans direction, et sans instruction, tous ces milliers de Français qui avoient volé de toutes parts pour couvrir de leurs corps celui de leur Roi, et que vous avez abandonnés, sans aucuns avis, sous le couteau de Buonaparté. Par tant de motifs, M. le Comte, vous étés devenu l ’objet de la malédiction de toute la France ; vous étiez déjà depuis long-temps celui du désespoir secret de toute la famille du Roi, et de tous les plus fidèles servite urs qui avoient l’honneur de, rapprocher... C’est en vain que, depuis seize mois, je n’ai cessé de vous prédire tous les malheurs qui arrivent à la maison de Bourbon. Hélas ! mes tristes prophéties ne se sont que trop vérifiées ! Je n’ai que le Roi, mon o ncle, et vous, M. le Comte, de dépositaires de mes pensées : dix fois mes mémoires ont été au moment, à Paris et à Londres, d’être livrés à l’impression, m’ais la cra inte de faire connaître le précipice dans lequel je voyois que vous entraîniez le Roi m’ a toujours rétenu, je me suis borné à vous l’exposer. Le désespoir-m’a fait quitter, la France, et ma fidélité m’a condamné à rester victime et à mourir dans l’oubli, laissant à la postérité à rendre tin jour à ma mémoire, le titre d’un, des plus fidèles sujets de la maison de Bourbon, que j’ai cherché à mériter, par ma conduite et ma sincérité. Ah ! M. le Comte, que vous devez regretter aujourd’ hui de n’avoir pas suivi le conseil que je vous avais donné par ma lettre du 4 Juillet dernier, vous eussiez prévenu tous les malheurs du Roi et toutes les horr eurs qui vont couvrir le sol de la France. Le mal est irréparable, quant à la France, mais au moins n’ajoutez pas à celui du Roi en persistant à rester auprès de lui. La mor t de Buonaparté, ou des flots de sang rétabliront le Roi sur son trône ; mais si un autre langage ne domine pas dans ses conseils, la France n’est qu’au premier période de ses crimes et de ses malheurs. Au nom du Roi, de sa famille et de la France, M. le Comte, demandez au roi la permission de vous retirer. Le Roi a laissé l’impre ssion la plus profonde de sa bonté ; il faut qu’il imprime aujourd’hui celle d’une sévérité mieux éclairée, où il n’y aura jamais de sûreté pour lui ni pour sa famille ; jamais d’at tachement sincère à sa personne. Allez compter aujourd’hui vos pairs, vos députés, v os courtisans à la cour de Buonaparté. Avez-vous vu en France, excepté des int rigans et des révolutionnaires, un seul amateur de votre Charte constitutionnelle ? Y a-t-il un seul individu qui en ait fait le moindre cas ? Cependant vous l’avez présent é au Roi comme sa sauve-garde et son salut. Répondez aujourd’hui, lui a-t-elle ar mé un seul soldat ? Partout votre politique fausse et tortueuse a semé le mécontentem ent et la discorde, vous avez voulu ménager tous les partis ; vous n’avez gagné l a confiance d’aucun, et vous avez perdu l’opinion de tous. France ne soupiroit qu’après un Roi Bourbon, mais e lle demandoit un Roi royaliste ;
il ne suffit plus aujourd’hui du bon cœur de Louis XVIII, il faut que le Roi développe son âme, celle du grand Henry. S’il ne diminuoit to utes les qualités qu’il possède, par une trop grande modestie et une trop grande condesc endance à vos avis, s’il eût été toujours lui-même, il seroit sur son trône puissant et adoré ; mais des conseils timides et intéressés, l’ont toujours empêché de suivre son propre mouvement. Naguères encore au milieu des dangers dont votre coupable im prévoyance l’avoit environné, son courage lui restoit ; il était le seul qui n’eût pa s perdu la tête autour de lui, son âme l’inspirait ; il annonça qu’il vouloit marcher à la tête des fidèles sujets qui ne demandoient qu’à mourir pour lui. Dans un instant l ’élan du devoir devint général : s’il eût dit un mot de plus, les mêmes pairs qui soupiro ient pour la plus part après le retour de Baonaparté ; ces députés dont la timidité marquo it le peu de confiance, et la crainte ; les femmes, les enfans, tout Paris en ent ier eussent suivis le descendant d’Henri et lui seul à leur tête par sa propre prése nce avec un front qui eût dit :Viens, traître, je t’attends, eût uonaparté. L’arméefait reculer d’effroi tous les satellites de B eût été imbue de son crime, et les assassins fussen t tombés aux pieds de leur Roi. Ah ! M. le Comte, que les Princes sont souvent malh eureux par ceux qui les entourent. Le mal est fait, le Roi est à Gand. Il faut le répa rer ; mais les mêmes conseils qui ont perdu le Roi ne peuvent regagner l’opinion. Si vous aimez le Roi, si sa gloire, son repos, sa v ie vous sont chers, éclairez-le donc enfin sur les causer qui l’ont perdu, reconnaissez votre insuffisance, et méritez au moins d’être estimé. Loin de moi encore une fois, M. le Comte, le moindr e sentiment d’animosité personnelle contré vous. Vous devez être trop malhe ureux pour qu’il ne fût pas inhumain de chercher à ajouter à vos chagrins. Mais l’intérêt du Roi et de ma patrie ne me permettent pas de garder le silence, je ne m’adr esse qu’à vous seul et dans le secret aujourd’hui, et j’attendrai dix jours votre réponse ; mais si je ne suis pas assez heureux pour vous dessiller les yeux et pour touche r votre cœur, vous me connoissez, je vous dévoilerai devant le Roi, devant la France, et devant l’univers. J’ai l’honneur d’être, Monsieur le Comte,
Votre très-sincère
et très- véridique serviteur,, CHABANNES. Pour l’intelligence de ma lettre du 4 Juillet au Co mte de Blacas, il me paraît nécessaire de la faire précéder des motifs, qui me la firent écrire. J’étais arrivé à Paris, quatre jours avant le Roi, je me mis aussitôt à chercher à connoître toutes les opinions. Les personnes à qui je m’adressai et au jugement desquelles j’avois le plus de confiance, tout ce qu e je vis, tout ce que j’entendis me confirmèrent dans celles que je n’avois cessé d’éno ncer, et j’écrivis à M. de Blacas en le priant de remettre au Roi la lettre qui renfermo it les opinions que je venois de receuillir.
Ce 2 Mai, Au Roi, Sous le couvert de M. de Blacas
SIRE,
Voici l’extrait des opinions les plus saines que j’ aie pu recueillir ; je m’empresse de les mettre au pieds de Votre Majesté. Je suis avec le plus profond respect, &c.
* * *
SUR LE MILITAIRE. Le militaire est en général très-mauvais et sera bi en difficile à ramener. Les maréchaux et généraux les plus importans sont a isés à gagner, mais ils n’ont pas une influence très-grande dans l’armée qui les regarde comme déserteurs de leur cause. Ce sont les officiers secondaires et quelque s officiers dans chaque corps qui peuvent plus facilement ramener les esprits et les opinions des divers corps. Les soldats sont presque tous mauvais, et les officiers le sont encore plus. Ils n’aiment pas en général Buonaparté, mais ils so nt humiliés d’avoir été battus, de voir la France conquise. Ils ne connoissent les Bou rbons que par des préjugés, des préventions et des calomnies. Heureusement ils désertent, ils se débandent, il se mble dans la circonstance actuelle et avec de tels sentimens, qu’il seroit à désirer que cette désertion augmentât encore davantage. Ces militaires disséminés n’auront plus besoin que d’être contenus et surveillés dans leurs communes respectives ; il sera essentiel de les y faire désarmer, et à ce double effet il paroîtroit utile et politique de tr ipler la gendarmerie ; utile par la force pour contenir ; politique, parce que ce sera un moy en de récompense et de retraite pour les militaires qui ne peuvent plus retourner à la charrue, ou au travail. Monsieur le Maréchal Moncey est sûr, et cette force , sous son commandement, ne peut avoir ni inconvéniens ni dangers. Il a l’estim e de son corps, et son influence peut être très-utile sur lui. Plus l’armée de ligne sera ensuite réduite et moins les mécontens seront dangereux, surtout dans des chefs militaires. Sans soldats les chefs tombent à rien. Il sera prudent et facile de la dis séminer le plus possible dans les différentes villes de guerre ou quartiers de cavale rie. Il paroîtroit essentiel pour la sûrété de la famill e royale, d’après ce mauvais esprit du militaire, de rétablir là maison du Roi, et sous ce nom de composer un corps d’élite, au moins de 40,000 hommes. Toute la jeunesse nouvelle briguera d’entrer dans c e corps, et ceux des troupes de ligne qui y seront admis, s’ils n’en composent pas plus de la moitié, seront et surveillés et peu à craindre. Leur esprit changera bien promptement et nul coup de main, nulle brigue de partis ne seront plus à redou ter pour la sûreté de la famille royale. SUR LES JACOBINS. Sous ce nom on doit comprendre tous les mécontens e t les acquéreurs de biens nationaux. Il paroît qu’en général à Paris il y a beaucoup de mécontens et un mauvais esprit Ils se réunissent, ils s’entendent, ils sont danger eux. Il ne faut pas s’endormir sur leur compte. C’est en vain qu’op espérera les gagne r, ils n’auront aucune confiance dans toutes les avances qu’on leur fera et ne conce vront que plus d’audace d’une trop grande condescendance qu’ils regarderont comme foib lesse.
La Police est composée de Jacobins et nullement sûr e ; c’est le cas d’établir plusieurs contre-polices.C’est un objet des plus urgens, et des plus essentiels. On regrette généralement que Fouché ait voté pour l a mort du Roi. On le regarde comme un homme qui pourroit être bien précieux. Tant que les troupes étrangères sont aussi nombreus es dans Paris il n’y a pas de dangers, mais il est urgent que les Princes ne soie nt pas réunis, qu’ils parcourent toutes les provinces, et que le Roi, sous prétexte de travail, soit entouré de troupes sûres et habite St. Cloud, Trianon, Rambouillet. Il n’est pas un acquéreur de biens nationaux qui ne s’attende à rendre et qui mette la moindre confiance dans ce qu’on pourra faire ou dire pour le rassurer. On ne les gagnera donc jamais et ils seront toujours prêts à se réunir à tout parti qui chercheroit à se soulever. OPINION SUR LE ROI. L’opinion du Roi est la plus favorable. Il n’y a pa s un individu qui ne le regarde comme un homme de beaucoup d’esprit, accoutumé au t ravail, un grand administrateur, partout on en parle en ce sens. On voit avec plaisir, chacun avoir ou porté a recevoir cette impression. Comme la révolut ion est tout à fait civile, c’est ce qu’il y a de plus heureux. Il n’y a pas un individu qui ne souhaite de la fermeté et de la vigueur au Roi ; à la moindre preuve qu’il en donne ra, l’opinion en accroîtra d’une manière incroyable. De son début dépend toute son e xistence à venir et son salut. Autant le Roi a fait tout ce qu’il y a de plus parf ait jusqu’à Saint-Ouen par son excès de bonté et l’accueil qu’il a accordé à tout ce qui s’est présenté devant lui, autant cette trop grande familiarité lui seroit funeste à Paris. C’est aux Princes à se faire aimer, au Roi à se fai te respecter.Ceci est un objet bien essentielle Roi sera rare après le premier moment, plu  Plus s il inspirera de respect. Quand on passe devant lui assis, on se retrace la p rocession devant Louis XVI. On doit y prendre garde. J’ai déjà entendu des plaisan teries sur la défilade à Compiègne-Le Parisien est plus que détestable pour ce genre, et le peuple en masse en auroit bientôt pris la plus mauvaise impression. Il s’en faut bien que les journaux disent la centiè me partie de ce qu’ils devroient. On a été jusqu’à me dire que les censeurs les en empéc hoient ; cependant c’est le moment de ne rien négliger, et le plus puissant moy en de former les opinions. OPINION SUR LE GOUVERNEMENT. Tout Paris, et surtout toute la France, est contre le Sénat. M. de Talleyrand s’est conduit avec adresse et courage. Il a de l’influenc e, et l’opinion générale pour lui, mais toutes les mesures qui ont été prises marquent peu de vigueur et n’ont point inspiré de confiance.On attend tout du Roi. Telles étoient la généralité des opinions les plus saines au moment de l’arrivée du Roi à Compiègne. La révolution venoit de s’opérer p ar la main seule de la providence : aucuns plans, aucuns projets ne l’avoient précédée. A Paris, et dans les provinces un sentiment purement royaliste avoit éclaté aussitôt qu’il avoit pu le faire parmi la généralité de la noblesse et des honnêtes gens de t outes les classes : Ce furent eux seuls qui, sur toute la surface de la France, donnè rent l’exemple et promurent l’adoption du Pavillon Royal ; partout où il y avoi t en des troupes, elles avoient contenu cet élan. A Paris M. de Talleyrand avoit eu la prof onde politique de faire prononcer la