Comprendre Senghor Tome 1

Comprendre Senghor Tome 1

Français
243 pages

Description

Ce tome, premier d'une trilogie intitulée Comprendre Senghor, est une tentative de faire comprendre Léopold Sédar Senghor, un poète doublé d'un politique. Chants d'ombre, son premier recueil de poèmes publié, est une base jetée pour soutenir toute sa personne, sa vision du monde, son interaction avec celui-ci en faisant ressortir les valeurs socio-culturelles du monde sérère, sa cosmogonie par-delà sa propre personne. C'est donc un acteur de cette poésie de l'action que Waly Latsouck Faye tente de présenter sous une lumière nouvelle en s'appuyant sur ses oeuvres poétiques.

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Date de parution 14 janvier 2020
Nombre de lectures 37
EAN13 9782140140457
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Waly Latsouck FayeTome I COMPRENDRE SENGHOR
Ce tome, premier d’une trilogie intitulée Comprendre Senghor,
est une tentative de faire comprendre Léopold Sédar Senghor,
un poète doublé d’un politique que couvrira un lourd manteau COMPRENDRE
d’incompréhension puisque, pour certains, poésie et politique
riment mal. Pour Waly Latsouck Faye, Sédar Senghor est un
astronaute virtuel abandonné au sein des vents interplanétaires.
Chaque seconde lui a apporté ses parfums, ses chaleurs et ses SENGHORcouleurs, son froid, sa fulgurance et sa nonchalance pour combler
Tome I
cette trajectoire qu’est la vie, entité spatio-temporelle entre une
première respiration concrète et une respiration concrètement
défnitive. Tome I
Chants d’ombre, premier recueil de poèmes publié de Léopold Chants d’ombre
Sédar Senghor, est une de ses œuvres qui se drape plus nettement
du manteau de « Collection de poèmes ». Les sujets sont variés,
par rapport à « Hosties noires » et à « Éthiopiques » qui traitent d’un
seul thème. Il faut garder à l’esprit que c’est toutefois comme une
base jetée pour soutenir toute sa personne, sa vision du monde,
son interaction avec celui-ci en faisant ressortir çà et là les valeurs
socio-culturelles du monde sérère, sa cosmogonie par-delà sa
propre personne.
C’est ainsi donc un acteur de cette poésie de l’action que Waly
Latsouck Faye tente de présenter sous une lumière nouvelle en
s’appuyant sur ses œuvres poétiques.
Ingénieur informaticien, Waly Latsouck Faye est né en 1957 à
Doudam dans la région de Fatick (Sénégal), C’est en traduisant les
poèmes de L. S. Senghor en sérère, qu’il a cerné cette dimension
cachée du poète comme lui-même découvrit ces êtres fabuleux,
les kouss dans les tamariniers… les Morts du village et les Ancêtres
qui lui parlaient…
Illustration de couverture : jalka Studio - J. Allain
ISBN : 978-2-343-18299-5
22,50 €
Waly Latsouck Faye
COMPRENDRE SENGHOR Comprendre Senghor
Tome I
Chants d’ombre
Waly Latsouck FAYE
Comprendre Senghor
Tome I
Chants d’ombre © L’Harmattan-Sénégal, 2019
10 VDN, Sicap Amitié 3, Lotissement Cité Police, DAKAR
http://www.harmattansenegal.com
senharmattan@gmail.com
senlibrairie@gmail.com
ISBN: 978-2-343-18299-5
EAN: 9782343182995

SOMMAIRE
DÉDICACES ............................................................................................................ 9
PRÉFACE ............................................................................................................... 15

PARTIE I
CHAPITRE INTRODUCTIF

I. L’APPROCHE .............................................................................................................. 20
II. LEITMOTIV ............................................................................................................... 38
III. PIERRE D’ACHOPEMENT ...................................................................................... 39
IV. POURQUOI MAINTENANT .................................................................................... 44
V. QUELQUES REMARQUES ....................................................................................... 45
VI. COMPRENDRE L’HOMME SENGHOR ................................................................. 52
VII. BIOGRAPHIE .......................................................................................................... 73

PARTIE II
CHANTS D’OMBRE

INTRODUCTION............................................................................................................ 84
I. IN MEMORIAM ........................................................................................................... 85
II. PORTE DORÉE ........................................................................................................... 94
III. L’OURAGAN .......................................................................................................... 101
IV. LETTRE A UN POÈTE ............................................................................................ 107
V. TOUT LE LONG DU JOUR ...................................................................................... 118
VI. NUIT DE SINE ........................................................................................................ 119
VII. JOAL ...................................................................................................................... 126
VIII. FEMME NOIRE .................................................................................................... 130
IX. MASQUE NÈGRE ................................................................................................... 133
X. LE MESSAGE ........................................................................................................... 135
XI. POUR EMMA PAYELLEVILLE L’INFIRMIÈRE ................................................ 143
XII. NEIGE SUR PARIS ................................................................................................ 145
XIII. PRIÈRE AUX MASQUES .................................................................................... 150
XIV. LE TOTEM ........................................................................................................... 156
XV. NDESSE OU « BLUES » ....................................................................................... 157
XVI. LA MORT ............................................................................................................. 160
XVII. LIBÉRATION ...................................................................................................... 163
XVIII. QUE M’ACCOMPAGNENT KORAS ET BALAFONG ................................... 165
XIX. PAR-DELÀ ÉROS ................................................................................................ 197
XX. LE RETOUR DE L’ENFANT PRODIGUE ........................................................... 220

CONCLUSION .................................................................................................................... 237
7

DÉDICACES
À Latsouck Coumba Yaye, mon père, qui m’a nourri de poésie dès ma tendre
enfance, me berçant de mélodies sérères, arabes et surtout de la voix profonde
des mandingues aux rythmes lointains des kôras, m’initiant ainsi au métissage
et à la culture de l’universel sans la rationaliser, puisque homme de « cette
terre qui est du troisième jour… où le palmier a neuf noms mais n’est pas
nommé ».
À Watéo Faye, ma mère, dont chaque proverbe sera comme une encyclopédie
tout au long de ma vie. Le 11 septembre 2008, tu nous as quittés, six petits
oiseaux sur le palier, et dehors la mélopée des saules pleureurs, visage
radieux de sagesse dans la sérénité du juste. Puisse cette œuvre témoigner de
ta vision primordiale, qui était de nous armer d’esprit.
Je dédie cette œuvre particulièrement à Wambissane, mon frère, qui a été bras
et pieds de papa, mon bras et le bras de tous ses frères et sœurs embourbés
dans des fonctions les détachant du village natal et les empêchant d’être jour
et nuit à son chevet dans ses derniers instants sur terre : Tu as fait plus que
ton devoir puisque sans calcul de part. Comme Latsouck, tu nous as tous
repris sur tes genoux, sur ton dos de patience, et couverts en accomplissant
aussi nos devoirs. Que sa bénédiction et celle de Yafandes Diouly illuminent
tes jours. A tous mes frères et sœurs, je dis : Merci.
À mes filles Mame-Coumba, Anita Faustine Saly et Ndéla Miranda et .et à
leurs mères, respectivement Tuula Esteri Faye et Tuija Helinä Saari : des
heures d’écriture, entre autres, vous ont volé des minutes de correspondance.
À tous ceux qui m’ont soutenu, encouragé devant cette œuvre ambitieuse, aux
personnes qui ont souffert des moments de solitude pour me laisser parcourir
en toute tranquillité d’esprit la longue berge du monde surréel de Senghor.
Merci spécialement au professeur Souleymane Faye de l’Université Cheikh
Anta Diop de Dakar pour son encouragement - surtout ses coups de fouets
fraternels : « le cheval en a besoin quelle que soit sa bonté », nous dit le
proverbe sérère. À toi, Djigo Ousmane pour tes relectures et tes
enchantements qui me remettaient le plein d’ardeur pour continuer cette
œuvre.
À toute personne qui, en lisant cette dédicace se demande pourquoi elle n’a
pas trouvé son nom, je demande pardon et l’invite à emprunter les yeux de
l’esprit : elle verra que son nom y est écrit noir sur blanc : Le monde a été
mon école, toute personne rencontrée une université. Parodiant le premier
exercice de programmation en C ou C++, je dis donc « Merci ô Monde, et
infiniment ! »
9 1À Léopold Sédar Senghor
Complice
Non Seigneur, pas à moi nouvelle cette piste point neuve !
Bien que le cœur flûte haute d’harmonies sous conques lointaines...
Distant le reflet abrupt des feux follets fous foudroyant
Dans ta nuit sarrasine contreforts enneigés en flammes !
Que diaphane la rive endiablée au rideau de l’aurore boréale,
Sous la griffe de l’aimant, mince ce fil flottant pendu
Au rythme des tam-tams dilatés des tanns réverbère !

Au miroir des souvenirs, me voilà les pieds
Par la passe surréelle et irréel le sourire, Excellence,
Meurtrie ma poitrine sous cette cuirasse
Peau de couleuvre qui se rit de l'eunecte
Au fuseau des transparences !

Riche du vide je devise sur l’espoir rivé à la recherche
De ta lumière future au bain de Sangamar la Nocturne.
Je survivrai survivre, et suivra la transe, magma épais pour la danse
Au bout de l’épilepsie éruptive,
Mon talon celui des Filles de Ndiaré delà Katamague,
Sur l’âme le faisceau friable des comètes écliptiques,
Et l’espoir de reposer la tête aux paupières de Bellatrix
Dans l’attente d’une poussière de prunelles neuves.
L’adieu au trône
Ce soir s’envole l’aigle vers Joal l’Ombreuse,
Lit violent des équinoxes qui tente de boire dans le tirant des mers
Aux rives diaphanes des conques.
Et les moules de feu vermeil parmi le remous des vagues rebelles
perturbent
L’Evadé en retraite vers le Midi refuge des présences lointaines.

Je dirai la couleur nouvelle des récades aux palabres des barbes blanches,

1 Poèmes inédits de l’auteur.
10 Dans le silence des caves où médite le feu éternel,
La charnière où se vide le monde au nom de la Sécurité et du Droit.
Et le compas pestilentiel des Maîtres-de-Palais.
Dans les flots refroidis le long des rives où la paix fulmine,
Je dévoilerai la radiolyse qui marmonne
L’étincelle des propagandes aux écuries frontalières,
La rue des étalons dans la dérive, à l’extension de l’Homme.
Au fils des lamantins
Ce soir assis au bord du lit
Et tes sourcils cendrés lentement
Sous la baie marécage de prunelles.
Par induction la dose de murmures
Au berceau secret des aubes primaires.
Seigneur, que nocturne le contenu du coffret,
Diurne la flamme secrète des Hauts Lieux !
Des transistors de cervelle
Au plasma des temps futurs se soudent
A ma moelle épinière et injectent des octets fulgurants.
Je sens l’onomatopée protocolaire
Allitérations graves et brèves
Et des cliques craquer – ou est-ce toujours ma moelle –
Parcimonie du Zambèze dans ma tête tendue
Au délice effroyable des jets pâles de lumière.

Résisterai-je, Seigneur à la Tâche ?
Karé-karé, je suis ton père et ton grand-père, Ô Grand-père !
Je suis l’Ancêtre Jakhanora, l’Ancêtre Tâbôr
Sentinelle nocturne par les eaux de Sangamar
Insurrection de sève dans la surrection
Au lendemain de la bataille d’Elissa
Et le reflet d’âmes propices
Dans la case par le venin de la nuit Sinoise.
Mon devoir, Enfant à la vaste tête dure,
Veiller le long des chemins burlesques,
Te maintenir Prince sur la voie Royale
11 Que depuis mille ans jalousaient les Esprits.
Sous l’ombre d’un soir, tu succombas aux jeux capricieux
De trésors épars par les tanns de Djilor au déclin de la rivière.
Ma faute ! – dis-tu ?
Tu savais ma rencontre avec les Lamantins le rêve
A élucider sur la rive diaphane de la nuit.
Juste une minute, et pas plus !
Mais le miroitement marin des mirages,
Ce tam-tam muet aux vivants si ordinaire
Et pourtant clair en ton ouïe,
Et ricochant de dune à colline,
Cette main ouverte et la chevelure couleur or
Sur les épaules étales ne pouvaient laisser
Ton cœur diali indifférent à l’appel
Pire que celui de Saint-Antoine par le désert septentrional.
Et voilà cette tâche lisse et les habits de l’initié
Reviennent au demi-frère !
Oh ! que maigre est la Saison de l’Esprit,
Haute la fête planifiée des Circoncis !
Ta petite-fille
Ta petite fille, Seigneur, un soir chez l’oncle Blaise
Blanche Vénus sous la voûte sombre des cieux.
Et sans télescope je découvrais de ma planète d’ombre orbitant
A l’Extrême-Orient des années-lumière
Les volcans farouches sur une large plaine de poitrine
Tandis qu’au pôle couraient les tresses des canalis
Profond talon des icebergs à la fin de l’ère glaciaire.
Pourquoi Seigneur ces signes et cette enfant innocence,
Entrave sur mon chemin ?
Je sais ton cœur et tous les grelots de sang sur les paupières
Qui ont lascivement battu à chaque clique de misère le long de la planète !
Je sais aussi les désirs au creux de la nuit percale
- Tu aspirais à l’odeur sauvage de chevelures obscures
La rivière au détour du chemin par les champs de septembre !
12 La voix de Téning et Thiagoume-Ndiaré belles de jeunesse
Au chœur des guelôwars dans les abysses de Sangamar.
Elles devaient être de tendresse poussin de chair
Et insatiable l’oreille des Anciens aux mélodies douces.

Mon cœur le long de la ligne a senti toutes les claques
Ma peau s’est fissurée à tous les cisaillements de ton cœur
Comme cette érosion pour la première fois dévale mes joues fiévreuses !

Si seul, Seigneur, avec le fardeau de son regard
Sur l’épaule de mon esprit,
Seul, o Dieu, parmi ces hyènes qui dormiront bien grasses
Sur le lit de ton Palais tandis qu’à Djilor et Ndiongolor
Comme à Mbâne et Mbassisse, Ngoyé et Ngalou, Doudam et Ndangane,
Les mères paysannes ce soir égrènent sur des paillasses de soucis
Les jours avant les derniers pilons qui retentiront à l’aube de la famine.

Ah ! Je vois s’ouvrir son sourire sur la splendeur de tann méridienne
Les dents fines aigrettes comme un ballet de rayons furtifs sur la cime des
lèvres.
Ce nez canal de Suez salue les sentinelles de passage
Avant l’affluent du front qu’éclaire la lanterne magique de Mbissel.
Me voilà au feuillage ambigu de sa cime noir fertile
Oui, tu as reconnu Chryséis, la captive d’Agamemnon !

Je songe, Seigneur, sur les notes fausses d’un violon surréel,
Mélodies d’abeilles maigres de silence dans leur élan figé.
Je sais. Comme jadis le long des tanns, par les guets glacés du Gabou
Il faut bien que je supporte tes caprices,
La manie tienne de cacher des délices à ne pas décliner…
Seulement que cette fois-ci je ne me sais capable d’atteindre l’autre rive
Ne pas me noyer comme Diarokh à la traversée brutale des courants.
Maintenir la tête haute et les narines dans le zéphyr ivre ?
Il le faut bien car sur chaque clapotis
Je revis l’encens fulgurant de sa chevelure.

13

PRÉFACE
Le Poète ou le Président ? Deux choses qui, longtemps, ont
chevauché ensemble. Elles ont parcouru des terres, franchi des
obstacles, gagné des défis et vaincu l'adversité. Mais deux états d'une
même personne que d'aucuns se plaisent à dissocier, opposer et
rarement mettre l'un au service de l'autre. C'est une tentation de l'esprit
au regard de son vécu « visible » qui peut laisser glisser dans cet
écartèlement réducteur, que d'empêcher toute possibilité de peser et de
mesurer la dimension du personnage et la profondeur de sa pensée.
Léopold Sédar Senghor, chantre de l'identité noire, la Négritude,
Premier Président de la République du Sénégal, « Immortel » de
l'Académie Française, éminent homme de lettres et de culture, est un
être qui ne peut s'offrir tel un livre ouvert. Le côtoyer, le comprendre
dans ses idées, idéaux et états d'âme requiert la compréhension de tout
un ensemble de paramètres du réel comme de l'irréel qu'il faut
embarquer dans le coffret des non-facilitateurs. En effet, la réalité du
monde sérère est incontournable dans 1'approche de la vie et de l'œuvre
toute entière, permettant d'être sur les traces de cette logique- illogique,
visible-invisible qui les tapissent. Il paraît donc fondamental, voire
essentiel pour l'auteur, de déblayer tout autour en faisant déjà la part
des choses. La séparation de ces deux qui n'en font qu'un, entre le poète
et le politique, ne l'est que de part l'importance accordée à l'un plutôt
qu'à l'autre.
Ainsi, cette bipolarité ou écartèlement, qui n'est ni relative à une
acculturation dont il se défend « assimiler et ne point être assimilé »,
pose que la Civilisation de l'Universel ne vient ni exclure, ni
superposer une culture à une autre. Plutôt, c'est une synergie des
valeurs positives et élévatrices. Écœuré par l'occident qui lui a
presque tout enseigné, il est incompris des Nègres, voyant en lui « le
roi des chiens puisque chien du roi » tel le Toundi de Ferdinand
Oyono dans Une vie de boy à la recherche de la dignité du colonisé
de l'histoire.
Saint John Perse en amenant la belle clarification, non pas pour
annihiler la pseudo-dichotomie entre poésie et politique ou même
science, en relie « le sublime élan créateur d’où jaillit la naissance des
futurs possibles ». C'est cette projection ou élan prémonitoire du poète
qui met aussi en transe le politique et le scientifique. Mr Perse d'ajouter :
15 « la création de l'esprit est d'abord poétique [... ] et c 'est assez pour le
poète d 'être la mauvaise conscience de son temps [... ] et par la grâce
poétique, / 'étincèle du divin vit à jamais dans le silex humain ... ». En
plus d'être un coup de semonce, cette déclaration sonne tel un couperet
qui fend les prétendus efforts de fonder une incompatibilité naturelle entre
poésie et politique. Évidemment, Léopold est un être fondamentalement
mystique, en contact avec des êtres surnaturels qu'il ne veut quitter ou qu'il
veut rejoindre. Méthodique, pragmatique et rigoureux, il fut d'une érudition
qui n'a toujours pas laissé que de la sympathie. La lecture de cette
biographie plus qu'impressionnante atteste de la hauteur d'esprit et des
qualités incommensurables du personnage.
Pourquoi vouloir donc faire comprendre Senghor, et seulement
maintenant ? Ne l'est-il pas ou pas assez aux yeux de l'auteur ? Par quel
moyen s'y emploie-t-il pour rendre plus accessible le plus illustre homme de
lettres et de culture du continent ?
L'auteur moule son œuvre en trois niveaux qui dénotent une influence de la
méthode et de l'ordre que suggère Senghor.
- Une première partie où il se penche sur des analyses et décorticages de
la pensée senghorienne. Cela l'emmène de son enfance à sa maturité
intellectuelle et le pourquoi de certaines de ses idées.
- Une seconde partie qui étale une biographie hautement riche, d'un
grand homme de lettres, politicien, leader idéologique avec des
honneurs étonnants.
- Enfin, une troisième partie principalement destinée à l'étude de 26
poèmes. L'auteur suit la cadence de l'écriture, dénouant une pensée à
priori difficile, mais qui dévoile ses secrets d'un poème à l'autre. Car,
assurément, c'est le tableau de sa vie qui se décrypte et se dévoile
lentement, mais sûrement.
A la lecture de texte, on remarque que c'est en pisteur que l'auteur opère
comme pour s'imprégner de l'atmosphère dans laquelle ces écrits ont pu
éclore. La double chance d'être sérère et d'avoir bourlingué en occident lui ont
permis de cerner avec mesure et justesse toute la subtilité du moi senghorien et
la trame rythmique de ces écrits qui portent le sceau de ses dilemmes,
appréhensions, déceptions et certainement de ses succès. Les poèmes que le
poète déclame ont cet esprit d'appartenance commune à un réel-irréel du
royaume sérère. En cela, il ne fait qu'honorer la poésie négro-africaine qui ne
conçoit que pour l'homme et avec l'homme. Elle n'est pas haute d’une écriture
poétique de la rose ou de l'anémone, car c'est l'homme sa matière.
Aussi, c'est méconnaître Senghor que d'ignorer son enfance et ses
turpitudes qui lui valurent l'envoi à l'École des Pères en guise de punition et
l'éclosion intellectuelle et spirituelle qui en découlera. C'est ignorer la
relation ambigüe avec son père et toute la tendresse d'avec sa mère et son
16 oncle Waly. C'est occulter que celui-là même qui était admiratif du blanc, de
son génie, se surprend de déception devant cette Europe à la technique
destructrice au point de vouloir retourner dans sa jeunesse et recoller les
quelques brins de beaux souvenirs enfouis dans sa mémoire. C'est aussi
négliger cette rage au regret de la terre-mère, des errances juvéniles sous
l’ombre des tamariniers, simplement du royaume d'enfance devant la prison
protocolaire. C'est oublier que ce païen devenu chrétien, n'en a pas pour
autant coupé le cordon ombilical d'avec ses ancêtres. Le décor merveilleux
qu'il peint avec son ami Birago Diop pour offrir les contes de Leuk et Bouki,
quelque part, se substitue à cet univers enfantin, féerique, innocent et un peu
mystique qu'il veut garder intact, comme dans ses souvenirs. Et c'est fort des
ces atouts et dispositions qui aident que l'auteur, en décodeur, s'imbibe
pleinement de l'écrit de Léopold, de la locomotive de sa plume qui ne peut
être orphelin de sa vie d'homme.
Au demeurant, l'auteur dans une bonne compréhension du poète verra
que l'œuvre est comme un système d'enchevêtrements solides
indissociables, du fait que l'un participe du tout comme le tout également
de l'un. Etablie telle une toile d'araignée, il y sautille d'une fibre à l'autre
cherchant seulement « le fil conducteur » tel Cheikh A. Diop parlait de
l'origine noire des anciens égyptiens dans Nations nègres et cultures.
C'est saisir le commun substrat à ces écrits qui devient donc un exercice
nécessitant de la patience pour en faire éclore la grâce et la magnificence.
Ainsi « mon blanc » comme l'appelle sa tendre mère savait
pertinemment que sa vie le destinait à des responsabilités dans cette «
ancienne et à la fois jeune Afrique » car dit-il : « les poétesses du
sanctuaire m'ont nourri, les griots du roi m'ont chanté la légende
véridique de ma race aux sons des hauts koras ». D'autant plus que ce
continent qui doit être présent à « la renaissance du monde » et qu'à ses
esclaves meurtris, malmenés, torturés et humiliés doivent se substituer des
nègres nouveaux, paysans et soldats « humbles et fiers qui porte ni les
richesses de ma race [...] la force la noblesse la candeur ».
Certainement, de la destitution du demi-dieu blanc dont la
vulnérabilité est mise à nue par le côtoiement de frères d'armes
découleront les revendications légitimes. Et devant être l'annonciateur, le
porteur de la récade à l'assemblée des peuples, il devra tremper son
action sur un leadership (Buur Sine Coumba Ndoffène), où il va puiser
sagesse, grandeur et générosité. Comme « sa sève païenne est un vieux
vin qui ne s 'aigrit » et étant « droit dressé », il est déterminé à remplir
sa destinée. Ce sera son combat lui et d'autres intellectuels noirs, les
premiers idéologues de 1'identité nègre et locomotives du continent vers
les indépendances et la modernité.
17 Incompris dans sa rigueur et sa méthode, peut-être qu'aujourd'hui
d'aucuns y verront des fondements de bonne gestion et d'organisation. Et
en cela, on peut comprendre l'actualisation des textes senghoriens pour
nos sociétés assez désorientées.
C'est dire donc, qu'avec Monsieur Waly Latsouck Faye, à travers ce
Tome I de Comprendre Senghor, les ombres s'éclaircissent en laissant
certainement espérer un Torne Il tout aussi reluisant de netteté. L'auteur
a su se donner du courage pour aborder le texte du poète-président en
déliant le nœud autour duquel part et retourne toute sa pensée.
Comité de lecture des Ed.
Philippe Maguilen Senghor
18






PARTIE I

CHAPITRE INTRODUCTIF

19

I. L’APPROCHE
Tout livre s’interprète, mais rarement s’explique. C’est qu’un livre,
surtout un livre de poésie, fils d’une inspiration particulière, semble
parfois échapper même à son auteur. Il passe par une espèce
d’automatisme que Senghor a bien senti, qui a dit des autres : « Les
poètes gymniques de mon village, les plus naïfs, ne pouvaient
composer, ne composaient que dans la transe des tam-tams, soutenus,
inspirés, nourris par le rythme des tam-tams » et de lui-même : « Pour
moi, c’est d’abord une expression, une phrase, un verset qui m’est
soufflé à l’oreille, comme un leitmotiv, et, quand je commence d’écrire,
2je ne sais ce que sera le poème… » .
Ici le poète, sous l’inspiration, pensons-nous, semble plonger dans
un rêve masturbatoire qui lui est suggéré avec, comme acteurs
complices, l’image d’êtres et de choses. Le degré ultime sera un univers
où l’Être, après la fusion du soi, remonte jusqu’à « ce mince pont de
3douceur qui relie la mort et la vie » . Le jet vital a, auparavant,
transcendé et, comme une graine au cœur de la terre après quelques
nuits de pluie première, se brode à la vie pour un renouveau. La force
de cette inspiration, assujettie à une prise de conscience profonde, a
permis à Léopold Sédar Senghor de s’élever à un degré prémonitoire
4digne d’un saltiki , et, quoi qu’on dise ou pense de sa politique, de faire
du Sénégal, un des pays parmi les plus pauvres de l’Afrique, un des
pays d’Afrique les mieux munis, les mieux fournis en ressources
humaines.
Ceux qui veulent coûte que coûte séparer ou, mieux, écarteler
Senghor entre poète et politique ont certainement beaucoup plus de
courage que nous. Oui, Senghor s’est prononcé sur ce sentiment, poussé
plus par des questions d’interviewers que par une prise de conscience
personnelle. Notre vision sur ce point est confirmée par le rapport d’un
de ses proches collaborateurs relatant l’émotion de Senghor quand il
reçut une somme infime de droit d’auteur venant de son éditeur : « Ceci
est réellement un salaire. Ceci, c’est au moins Senghor. Pour ce qui est

2 Ethiopiques, Postface
3 Ethiopiques, D’autres chants, strophe III
4 Un mot sérère pour voyant
20 du salaire de président, je me demande parfois si je le mérite ». S’il
affirme la suprématie du poète sur le politique, c’est en termes de mérite
selon sa conscience.
La sensibilité de Sédar, conjuguée avec une intelligence perspicace,
lui a permis de cerner les choses présentes et futures. Elle a ainsi posé
les bases de sa réussite, mais aussi de sa solitude, de ses inquiétudes, de
ses doutes et, partant, de sa recherche toujours renouvelée de vérité et
de direction en prenant comme point de repère la profondeur de sa
culture : « Il m’a donc suffi de nommer ces choses, les éléments de mon
univers enfantin, pour prophétiser la Cité de demain, qui renaîtra des
5cendres de l’ancienne » .
D’un Sénégal démuni, il a su façonner les hommes pour en faire une
mine d’or, les initiant à la grande trajectoire de la civilisation de
l’universel. Tout dirigeant sénégalais doit être profondément conscient
de cette réalité. Plusieurs pays d’Afrique, maintenant dans ou au bord
du gouffre peuvent être facilement rebâtis puisque riches de ressources
minières. Nous sommes convaincus qu’un assèchement de la qualité
humaine sera pour le Sénégal équivalent à l’assèchement de toutes les
ressources minières d’un pays, voire pire, car cet homme est au
commencement et à la fin de tout. Qu’en sera-t-il d’un peuple qui aura
perdu la confiance du monde dans ses hommes, surtout si ces hommes
étaient la seule chose que l’on pouvait lui reconnaître ? Un tel pays se
relèvera très difficilement, pour ne dire jamais.
Pour notre part, nous n’osons pas écarteler Senghor pour la même
raison que nous ne pouvons pas écarteler les couches formant un oignon
pour espérer trouver autre chose qu’un oignon. N’est-il pas vrai que tout
au long de l’histoire, les hommes se sont lancés dans des définitions
parfois hâtives des choses et des êtres ? Ces définitions, qui devraient
être filles princières de la connaissance et, partant, descriptives plutôt
que normatives, ont fait autant de dégâts que l’ignorance. C’est que
pour prendre en clinique l’homme il faudra avoir pris en clinique l’Être
et l’on ne saurait prendre en clinique l’Être que si l’on a su, au
préalable, prendre en clinique son Vécu, son État ou Étant et son
Devenir. Il est donc plus judicieux, plus aisé de prendre Senghor sur la
ligne de son temps, de son existence. Peut-être devrions-nous nous
joindre aux atomistes, et nous dire que chaque trait, chaque caractère
principal de l’homme Senghor, n’est là que pour former l’Entité et que

5 Ethiopiques, Postface
21 l’Une n’aurait peut-être pas autant réussi sans l’Autre. Sa sensibilité de
poète ne lui fit-il pas voir la misère des paysans de son Sine natal, le
poussant à prendre sa responsabilité en embrassant le moyen le plus
approprié qui était la politique ? Le Poète n’a-t-il pas bénéficié de la
masure du Président ? En aucune façon, et vice versa ?
Comme tout terrien, Sédar est un astronaute virtuel abandonné au
sein des vents interplanétaires. Chaque seconde lui a apporté ses
parfums, ses chaleurs et ses couleurs, son froid, sa fulgurance et sa
nonchalance pour combler cette trajectoire qu’est la vie, entité
spatiotemporelle entre une première respiration concrète et une respiration
concrètement définitive. Quel est le point pertinent qui fait que la chose
homme soit Homme au milieu de toutes les autres choses de l’univers ?
Si nous posons cette question, c’est que nous sommes conscient de la
tendance générale qu’ont les savants à sauter des étapes innombrables
de la vie d’un homme pour ne consolider que celles qui leur sont plus
palpables et ressortir avec une définition de l’être humain en alignant
défini-tivement des qualificatifs qu’ils disent destinée d’un homme et
finissent par les confondre avec l’Homme en soi.
Dans l’homme Senghor, où planter l’épée pour séparer le poète du
politique ? Pourquoi nous présente-t-on un antagonisme, sinon un
tiraillement entre ces deux traits, comme s’il y avait une incompatibilité
innée entre le poète et le politique ? De notre point de vue, nous prenons
le risque de dire que le meilleur politicien est certainement un poète,
quelqu’un qui est dans son temps mais rêve ou sait rêver de projeter les
grandes lignes d’une Cité dont il est chef, le temps d’un clin d’œil, sur
la ligne de l’infini. Comme en science-fiction. Dans ce domaine, les
meilleurs écrivains sont des scientifiques, au sens propre du terme, qui
sont confrontés aux limites techniques de leur temps et qui se mettent à
rêver avec d’autres instruments, d’autres paysages, d’autres paramètres
ainsi qu’un enfant qui joue et se promène dans le château de sable qu’il
vient d’ériger au fond du parc. Et c’est cela le point important.
L’idéalisme, voire le rêve, conjugué avec l’innocence du poète, qui est
âme, se dresse en garde-fou naturel pour le politique. Le poète est donc
comme le scientifique qui est conscient de ses limites dans le temps,
prisonnier comme l’albatros de son aile cassée, mais s’élève avec celle
dépliée de son âme et de sa pensée, et rêve en jouant avec les
possibilités transparentes de demain. Saint-John Perse dira de la poésie :
« Fidèle à son office, qui est l’approfondissement même du mystère de
l’homme, la poésie moderne s’engage dans une entreprise dont la
poursuite intéresse la pleine intégration de l’homme. Il n’est rien de
22 pythique dans une telle poésie. Rien non plus de purement esthétique.
Elle n’est point art d’embaumeur ni de décorateur. Elle n’élève point
des perles de culture, ne trafique point de simulacres ni d’emblèmes, et
d’aucune fête musicale elle ne saurait se contenter. Elle s’allie, dans
ses voies, la Beauté, suprême alliance, mais n’en fait point sa fin ni sa
seule pâture. Se refusant à dissocier l’art de la vie, ni de l’amour la
connaissance, elle est action, elle est passion, elle est puissance, et
6novation toujours qui déplace les bornes » .
Justement, contre cette condamnation de l’irréalisme de la poésie,
Saint-John nous dit : « Au vrai, toute création de l’esprit est d’abord
« poétique » au sens propre du mot ; et dans l’équivalence des formes
sensibles et spirituelles, une même fonction s’exerce, initialement, pour
l’entreprise du savant et pour celle du poète. De la pensée discursive ou
de l’ellipse poétique, qui va plus loin et de plus loin ? Et de cette nuit
originelle où tâtonnent deux aveugles-nés, l’un équipé de l’outillage
scientifique, l’autre assisté des seules fulgurations de l’intuition, qui
donc plus tôt remonte, et plus chargé de brève phosphorescence. La
réponse n’importe. Le mystère est commun. Et la grande aventure de
l’esprit poétique ne le cède en rien aux ouvertures dramatiques de la
science moderne. Des astronomes ont pu s’affoler d’une théorie de
l’univers en expansion ; il n’est pas moins d’expansion dans l’infini
moral de l’homme - cet univers. Aussi loin que la science recule ses
frontières, et sur tout l’arc étendu de ces frontières, on entendra courir
encore la meute chasseresse du poète. Car si la poésie n’est pas,
comme on l’a dit, « le réel absolu », elle en est bien la plus proche
convoitise et la plus proche appréhension, à cette limite extrême de
7complicité où le réel dans le poème semble s’informer lui-même » .
C’est vrai que Senghor a plus d’une fois présenté un écartèlement
dans ses poèmes, passages sur lesquels les savants sauteront pour les
dresser ensuite ainsi qu’une oriflamme qui devint un des caractères le
plus connu de l’homme Senghor. Cet écartèlement n’est pas propre à
Senghor. Il se situe d’ailleurs dans la personne Senghor, à deux
niveaux :
1) L’écartèlement de l’esprit intelligent, qui, à force de balayer toute
chose d’un faisceau désintégrateur pour en dégager l’essentiel, se
retrouve facilement et très souvent devant des situations dualistes. Ce
trait, il le partage avec tous les intellectuels. C’est cette particularité qui
6 Saint-John Perse, Discours de Stockholm, Fondation Nobel 1960
7 Idem 5
23 poussera le poète à se demander pourquoi avoir lâché une bombe dans
le jardin qu’il avait si patiemment défriché ; pourquoi cette dent contre
la France après ce long parcours d’apprentissage et d’assimilation de sa
langue et de sa culture, qui avaient fait germer de belles pousses
d’amour.
2) L’écartèlement qu’il partage avec tous les autres nègres à
l’avènement de la colonisation et au-delà des indépendances. Nous,
nègres, sommes tous écartelés, à divers niveaux et de diverses raisons.
La recherche de dignité du colonisé de l’histoire n’a-t-elle pas poussé
8Toundi à se dire « roi des chiens puisque chien du roi » ? Nos
dirigeants ne sont-ils pas au moins écartelés entre cette dignité qu’ils
voudraient se voir et leur désobligeante position de mendiants vis-à-vis
de leurs pairs d’Outre-mer ? Ils peuvent certes, à l’image de
Toundichien, se rehausser la crinière entre Africains. Certains ont tenté de
pousser cette frontière dès leur élection, affichant une fierté arrogante et
déphasée. Ils ont vite déchanté : on ne peut pas être mendiant et vouloir
élever la voix de fierté devant celui qui pourvoit l’aumône, à moins que
l’on ne soit bête ou suicidaire, peut-être les deux à la fois. Senghor en
tant qu’individu, et puis comme président, aura la chance d’échapper à
un grand taux de cette situation grâce à son intelligence qui imposait le
respect, à son mérite personnel qu’il mit au service de sa nation, de son
continent, de sa race par la suite.
Le nègre, depuis sa rencontre avec le Blanc et à travers la
colonisation, est un être écartelé. Les intellectuels le sentent plus, et
encore plus ceux qui ont séjourné en Occident. Mais que disons-nous ?
Et la nouvelle génération qui s’enroule aux
trains-d’atterrissage-desavions ? Le drame de l’Afrique continue et, pour réellement
appréhender un chemin de développement, il faudrait faire une
redescente aux enfers, nous pencher sérieusement, pas pour accuser la
colonisation révolue, mais pour enlever les cicatrices gangrènes qu’elle
nous a laissées et qui gèrent nos mentalités avec entraves à l’appui.
L’homme noir, rhabillé d’un semblant de dignité à la veille des
indépendances, s’était senti ragaillardi, rédimé. La réalité est qu’il
semble avoir passé à travers une réincarnation, mais une réincarnation
faussée. Au lieu de se projeter vers le Nirvana, un autre endroit ou bien
dans une autre forme, le voilà retombé dans la même famille, au même
endroit, au même moment. Tout devient pire. Avant, le courant ne le

8 Ferdinand Oyono, Une vie de boy, Pocket
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