//img.uscri.be/pth/2947ed55fcb82f4e2e2aa0d3417fc49a179340c0
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Contes démocratiques - Dialogues et mélanges

De
208 pages

(Cette saison commence le 22 décembre à 11 heures 31 minutes du matin, le soleil entrant dans le Capricorne.)

Dans cette saison de neige, de glace et d’humide dégel, le pauvre grelotte en plein air sous ses misérables haillons, et choisit de préférence les rues étroites, parce que le froid y pénètre moins. Il passe la journée à chercher les calorifères que le gouvernement entretient pour le soulagement des indigents, et qu’il ouvre d’ordinaire à dater du mois de mars, c’est-à-dire au moment où ils deviennent inutiles.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Agénor Altaroche
Contes démocratiques
Dialogues et mélanges
PRÉFACE
Aux classes populaires, pour qui ce petit livre est fait, il ne faut pas des thèses abstraites, ni de l’argumentation sèche et aride. L eur intelligence sûre, mais moins exercée, a besoin d’être amenée par les précautions de la forme à la perception claire et rapide du fond. Veut-on rendre pour elles une pe nsée saillante ? on doit l’exprimer d’une manière nette et précise, ou la développer d’ une manière piquante et dramatique. Dans le premier cas, la pensée doit dev enir chanson ; dans le second cas, il faut qu’elle se fasse conte. Oui, la chanson et le conte sont pour les classes p opulaires les deux meilleurs modes de prédication politique, morale et philosoph ique : — la chanson, qui se grave dans toutes les mémoires, pour se mêler à tous les jeux, pour soutenir et raviver toutes les bonnes impressions, tous les nobles enth ousiasmes ; — le conte, qui pique la curiosité, et fixe le principe dans le souvenir à l’aide du fait. Les gouvernements, qui craignent la lumière, ont bien senti cet avantage d e la pensée encadrée ou dramatique sur la pensée simplement exprimée et discutée. Ils ont tous fait pour le théâtre une législation spéciale qui ne permet pas de dire sur la scène ce qui s’imprime tous les jours dans un article de journal ; et l’on a de nom breux exemples qu’une maxime, cent fois tolérée dans sa formule ordinaire, a été pours uivie plus tard, uniquement parce qu’elle avait reçu le tour plus saillant du couplet , de l’historiette ou du dialogue. C’est, par exemple, une vérité banale à force d’avoir été répétée, qu’à la cour les femmes ont toujours été, pour leur ménage ou leur famille, la plus abondante source de faveurs. Un jour pourtant, Paul-Louis Courier s’avisa de le dire sous la forme d’unSimple discourss partis Et Paul-Louis, à propos d’un évènement qui remuait alors tous le Courier fut condamné. Il est donc bien avéré, par les précautions même de s ennemis du peuple, que la chanson et le conte sont les deux plus sûrs moyens de se faire écouter, de se faire comprendre par le peuple. Servons-nous donc — de la chanson pour dire, — du conte pour prouver ; car la chanson n’est, pour ainsi par ler, qu’un cri, tandis que le conte peut être un raisonnement. C’est pour cela que j’ai traduit en couplets, le mo ins mal que j’ai pu et en attendant mieux, quelques uns des sentiments et des voeux, de s sympathies et des antipathies qui sont aujourd’hui dans le cœur des hommes du peu ple ; c’est pour cela que, dans les morceaux qui composent ce petit recueil, j’ai c herché à développer le plus clairement possible quelques-unes des vérités fonda mentales que propage l’opposition radicale, en attendant qu’elle puisse les appliquer. Un petit nombre de questions seulement sont effleur ées dans ce volume. Tout ce qui tient à la réforme électorale occupe naturellem ent la plus grande place, puisque cette réforme est la plus actuellement utile, et d’ ailleurs la plus immédiatement nécessaire. Mais, en dehors des points de droit ou de fait traités dans cet opuscule, il y a tant à dire ; le champ des questions politiques , économiques et sociales, susceptibles d’être développées dans la même forme, est si vaste, que je demanderai la permission d’appeler ce petit livre une première livraison. Si rapide qu’on puisse faire la publication des vol umes subséquents, il faut bien espérer qu’avant l’entier épuisement des questions à traiter, le jour sera venu où nous aurons à débattre les plus importantes de ces questions autrement que sur le papier. ALT......
L’ALMANACH DU PEUPLE
HIVER
Janvier, Février, Mars
(Cette saison commence le 22 décembre à 11 heures 31 minutes du matin, le soleil entrant dans le Capricorne.)
Dans cette saison de neige, de glace et d’humide dé gel, le pauvre grelotte en plein air sous ses misérables haillons, et choisit de pré férence les rues étroites, parce que le froid y pénètre moins. Il passe la journée à che rcher les calorifères que le gouvernement entretient pour le soulagement des ind igents, et qu’il ouvre d’ordinaire à dater du mois de mars, c’est-à-dire au moment où il s deviennent inutiles. Le soir, le pauvre couche sur la pierre, à l’angle d’une porte cochère, et bénit le ciel lorsqu’il a pu se glisser par hasard dans quelque écurie où il par tage avec es chevaux la chaleur et la mollesse du fumier. Dans cette saison, le cultivateur prépare, dès janv ier, la terre pour plusieurs espèces de fruits. Il transporte les engrais et les distribue ; il taille les poiriers, les pommiers et plusieurs autres arbres fruitiers. Il a pprête les couches et plante la vigne. Dans cette saison, le riche se lève à midi et déjeu ne ; il se promène ou s’étend près du feu jusqu’au soir. Il dîne, use la soirée et la moitié de la nuit aux spectacles, à l’opéra, aux bouffes, aux bals masqués. Il en sort harassé à quatre heures du malin, et déjeune, puis se couche jusqu’à midi ; à midi il se lève et recommence.
Quasi-nu, souffrant de froidure, Le pauvre passe tout son temps A faire étoffe ou bien voiture Pour couvrir et traîner les grands.
PRINTEMPS
Avril, Mai, Juin
(Cette saison commence le 20 mars à 1 heure 43 minutes, le soleil entrant dans le Bélier.)
Dans cette saison de giboulées, de température vari able, de chaleurs malsaines, et de fraîcheurs dangereuses, le pauvre qui couche sur la dure et qui, lorsqu’il en a, n’a qu’un seul vêtement toujours également froid, toujo urs également chaud, le pauvre est sujet à une foule de maladies dont il guérit tant b ien que mal ; car il n’a pas de médecin et l’hôpital n’est pas ouvert pour tout le monde ; car il n’a pas d’argent pour se faire traiter, et ne peut guère suivre d’autre r égime que la diète, régime perpétuel des indigents. Dans cette saison, le cultivateur laboure et fait s es semailles de printemps. Il travaille aux semis et à la culture du jardinage ; il surveille l’irrigation des prés. Dans cette saison, le riche achève d’épuiser ce qui lui reste de concerts, de bals, de spectacles et d’orgies nocturnes, et commence à s’o ccuper des modes de la belle saison. Il reprend le cours de ses promenades à che val, et fait ses premières excursions à la campagne.
Se livrant à rude labeur, Le pauvre travaille sans cesse. Pour cueillir fruits que la Richesse Savourera dans leur primeur.
ÉTÉ
Juillet, Août, Septembre.
(Cette saison commence le 20 juin, à 12 heures 34 minutes, le soleil entrant dans le Cancer.)
Le pauvre marche nu pieds sur le pavé brûlant. Aprè s s’être épuisé à traîner de lourds fardeaux ou à faire des marches forcées, il se repose haletant et couvert de sueur. Il n’a pas de linge de rechange, et les refr oidissements lui donnent des fluxions de poitrine. L’eau crue et glacée qu’il est obligé de boire pour se désaltérer est la source de pleurésies et d’inflammations. La malprop reté engendre pour lui les maladies de la peau. En été, la vie du pauvre s’use et s’épuise, et pourtant c’est pour le pauvre la saison la moins malheureuse. Dans cette saison, le cultivateur fauche ses foins et moissonne ses blés. Il soigne ses vignes, et exécute, sous l’ardeur du soleil et par les plus longues journées, les plus rudes travaux de l’agriculture. Pour le cultiv ateur, l’été ne laisse pas un seul jour de repos, pas même le dimanche. Il travaille dix-hu it heures sur vingt-quatre. Dans cette saison, le riche éparpille dans la provi nce et à l’étranger l’argent gagné par les travaux des cultivateurs et des pauvres, et qu’en hiver il concentre dans les canaux d’absorption de la capitale. En été, le rich e habite la campagne, où le jeu, la pêche et les fraîches promenades multiplient ses di stractions. Il passe six semaines aux eaux d’Aix ou du Mont-d’Or, ou de Vichy ou de B agnères, dont il se fait autant de tripots et de boudoirs. Il visite en chaise de post e les ruines poétiques de l’Italie, ou gravit les pics de la Suisse avec un jonc ferré de cent écus et une blouse de fine soie. Le plus souvent, il va en Angleterre, pour se famil iariser avec le mal de mer, et pour étudier dans leur berceau les plumpudding et les ro stbeefs.
En été le pauvre travaille Et moisonne, pour petit gain, L’épi dont le riche a le grain, Dont le pauvre n’a que la paille.
AUTOMNE
Octobre, Novembre, Décembre
(Cette saison commence le 22 septembre, à 12 heures 50 minutes, le soleil entrant dans la Balance.)
Dans cette saison, le pauvre se repose, et son esto mac se repose aussi. Les travaux sont rares, et par conséquent rares aussi l es occasions de gagner du pain. En automne le pauvre s’en passe bien souvent, et il se nourrit soit de fruits qu’il cueille en maraude, soit de mauvais raisins qu’il grapille dan s les vignes où le riche a tout enlevé. Ce genre de nourriture affaiblit le pauvre et le rend sujet aux maladies intestinales. Les brusques intempéries de cette sai son font aussi naître une multitude de fièvres, dont le pauvre, mal nourri, mal vêtu et mal logé, n’a pas le moyen de se
garantir. Dans cette saison, le cultivateur donne les dernier s soins à la vigne, récolte la vendange et fait les vins ; il cueille et emmagasin e les fruits ; il donne un labour à la terre, et fait les semailles d’hiver. Il termine en fin, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, les travaux arriérés rendus urgents par l’approche de l a saison rigoureuse. Dans cette saison, le riche passe ses journées à la chasse, sur les terres des cultivateurs, qu’il fait ravager par ses chiens, ou dans des terrains réservés dont le gibier inviolable dévaste toutes les récoltes des e nvirons. Le riche fréquente aussi les courses de chevaux, et il parie pour telle ou telle pouliche des sommes qui feraient vivre à l’aise vingt familles pendant toute une ann ée. En un mot, le riche se dorlotte entre les derniers plaisirs de l’été et les premières jouissances de l’hiver.
Péniblement le pauvre apprête Les vins que le riche boira. Quand la vendange sera faite, S’il en reste il grapillera.
PRÉDICTION. L’époque n’est pas éloignée où le présent almanach cessera d’être l’almanach du peuple.
GOMBALOT,
OU LES DROITS POLITIQUES
Gombalot était, en 1826, un gros gaillard, de trent e-un ans, que ses parents avaient laissé sans fortune et qui exerçait dans une ville de province un état manuel exigeant quelques connaissances chimiques et mécaniques. Cet ouvrier aimait la lecture et se plaisait à parcourir régulièrement les journaux. Do ué d’une rare intelligence, il avait cette noble ambition, germe des grandes choses et s ource d’une émulation féconde. En l’initiant au mouvement de la politique, les jou rnaux lui avaient donné le goût des affaires publiques. Il voulait à tout prix se rendr e utile à son pays et mériter un nom honorable, par de bons et nobles services. Le collége électoral de sa ville fut convoqué pour la nomination d’un député. Gombalot, y voyant entrer une foule d’épiciers, cha rcutiers et autres personnes, dont la capacité intellectuelle n’était pas le premier m érite, se prit à dire : « Que ces gens-là votent, c’est fort bien ; ils ont des intérêts légi times dans l’État, et, par cela même, ils doivent avoir des droits ; mais j’ai, moi aussi, de s intérêts non moins légitimes, et, par conséquent je devrais avoir les mêmes droits. Le tr avail que je donne à l’État n’équivaut-il pas bien aux trois cents francs de pa tente que ces messieurs lui paient ? et d’ailleurs, il me semble que si l’égalité devant la loi peut fléchir en quelques circonstances, le privilége devrait être plutôt en faveur de ceux qui ont moins, parce que ceux-là ont à défendre leur nécessaire, qui est bien plus respectable que le superflu des riches. « Voudrait-on prétendre que je n’ai pas assez d’int elligence pour être électeur ? Modestie à part, je crois, sans trop me vanter, que je vaux mieux que la moitié des privilégiés qui votent dans cette salle... Oui, mai s je ne paie pas cent écus d’impôt N’y pensons plus. » Gombalot y repensa pourtant, et si bien qu’un jour il en parla à son patron. « Idées folles ! répondit celui-ci : c’est en nourrissant d e pareilles chimères qu’on trouble la paix publique, qu’on menace l’ordre social, qu’on d evient un mauvais citoyen Eh ! mon Dieu ! de quoi vous plaignez-vous ! tout est pour l e mieux sous la meilleure des chartes possibles. Il faut de la fortune pour être électeur ; mais chacun est libre d’acquérir cette fortune. Avec du travail, de l’ord re, de l’économie, l’ouvrier peut espérer...  — Pardon si je vous interromps... Je suis, n’est-i l pas vrai, un ouvrier laborieux, actif, intelligent ? — C’est une justice que je me plais à vous rendre.  — Eh bien ! voilà dix ans que je travaille pour vo us, et du diable si je suis plus avancé aujourd’hui que le premier jour. Sans vous f aire un reproche, vous ne perdez pas une occasion d’augmenter nos journées et de dim inuer nos salaires. — Que voulez-vous ! les temps sont durs... Mais vo yez : moi qui vous parle, j’étais simple ouvrier, comme vous, dans une grande fabriqu e ;... je suis parvenu. — Combien y avait-il d’ouvriers dans cette fabriqu e ? — Sept cents. — Combien sont parvenus comme vous ? — Je crois que je suis le seul. — Ah ! »
Gombalot se borna prudemment à résumer sa pensée pa r cette interjection, attendu que, s’il avait voulu pousser la discussion jusqu’à son dernier argument, le patron n’aurait pas manqué de le mettre à la porte, pour d éterminer sa conviction. Eh bien, soit ! dit l’ouvrier ; mon état d’ilotisme actuel est certainement injuste ; mais je veux chercher à en sortir. » Et Gombalot s’appli qua de toute la vigueur de ses bras et de son intelligence. Après son labeur de la jour née, il passait la moitié de ses nuits à travailler et à méditer pour son propre compte. E nfin, à force de réflexions et d’essais, il produisit une de ces découvertes qui, toutes modestes qu’elles soient, deviennent d’une utilité générale, et dont l’admira ble simplicité fait révolution dans l’industrie. Telle est, par exemple, celle des briq uets phosphoriques de Fumade. De tous ceux à qui sert celte humble mais merveilleuse invention, Fumade est, à coup sûr, celui qui en a le moins profité. Ainsi advint-il pour Gombalot. D’abord, enchanté de son succès, il s’était écrié : « Je serai peut-être électeur ! » Hélas ! Le pauvre diab le était une de ces natures insouciantes et débonnaires, probes surtout, et par tant faciles à duper. Son patron lui fit de grands compliments, moyennant quoi il le déc ida à lui laisser prendre le brevet d’invention sous son nom. Il l’exploita dès-lors po ur son propre compte, et entortilla si bien l’ouvrier (passez-moi l’expression) que celui- ci dut se contenter d’une médiocre prime, tandis que tous les profits se réalisèrent d ans la caisse de la maison. Ceci est de l’histoire, par malheur trop commune ; demandez aux trois quarts des inventeurs. Gombalot s’aperçut, mais trop tard, qu’il avait été dupé. Lorsqu’il vint à songer que cette invention si précieuse, qui lui avait coûté t ant de peines, sur laquelle il avait fondé tant d’espérances, ne lui donnait pas même de quoi s’établir à son compte et payer une patente qui le fît électeur, il tomba dan s un morne chagrin. Il prit en dégoût toute chose, et le travail et le succès, et devint aussi insouciant du bonheur à venir que du bien-être présent. Il se laissa aller, s’eng ourdit dans la paresse, passa de l’oisiveté sur la limite du vice, fit plus de poule s à l’estaminet que de besogne à l’atelier, et ne lut plus que des romans de cuisini ères. Si Gombalot avait été moins apathique, peut-être serait-il devenu tout-à-fait m auvais sujet ; mais ses bons principes et sa saine éducation le sauvèrent. Il ne fut quedélandé.C’est encore le mot technique.