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Contes et Causeries de Tontom

De
119 pages

IL y avait dans un village près de Toulouse, au bord de la Garonne, une pauvre femme âgée de plus de cent ans.

Elle avait perdu depuis longtemps tous ceux qu’elle aimait : son mari d’abord, puis ses fils et ses filles, puis tous ses beaux petits-enfants.

Elle vivait dans une chétive maison, trop grande encore pour elle ; et, comme elle ne possédait rien autre au monde que cette chaumière et un arpent de pré, elle gagnait sa vie en élevant des volailles, principalement des dindons, des oies et des canards.

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Victor Thiéry
Contes et Causeries de Tontom
MES CHERS AMIS, EN CE TEMPS LA,les Éditeurs de la Bibliothèque des Deux-Mondes, Fr inzine, Klein ie et C , dirent à Tontom : « Nous aimons les enfants, gran ds ou petits, et nous te chargeons de les amuser et de les instruire. » Tontom ne se l’est pas fait dire deux fois : il s’e st mis en route, et après avoir visité u n nombre prodigieux de villes et de villages pour recueillir les avis des enfants, il s’est décidé à publier ce Livre, qui vous sera offe rt pour vos Étrennes. Dans l’espoir de vous intéresser, et pour se présen ter sous de riants auspices, il débutera par un conte :« ARGUS OU LE CANARD MUSQUÉ. » TONTOM.
ARGUS OU LE CANARD MUSQUÉ
IL y avait dans un village près de Toulouse, au bord de la Garonne, une pauvre femme âgée de plus de cent ans. Elle avait perdu depuis longtemps tous ceux qu’elle aimait:mari d’abord, puis son ses fils et ses filles, puis tous ses beaux petits-enfants. Elle vivait dans une chétive maison, trop grande en core pour elle ; et, comme elle ne possédait rien autre au monde que cette chaumière e t un arpent de pré, elle gagnait sa vie en élevant des volailles, principalement des dindons, des oies et des canards. Vous savez que les dindons mangent des orties, les oies de l’herbe et les canards beaucoup de tout. Elle pouvait donc nourrir facilement son troupeau e t acheter du pain avec l’argent qu’elle tirait des couvées. Cette pauvre vieille, qu’on appelait Brigitte, avai t un Canard musqué d’une taille extraordinaire et dont la crête était rouge comme l e feu. Elle lui avait donné le nom d’Argus, parce qu’il était dressé, comme le meilleu r des chiens de berger, à surveiller la bande un peu indisciplinée des volatiles ; ramen ant les petits fous qui s’écartaient trop, et revenant toujours aux pieds de sa vieille maîtresse. Argus était donc un canard comme on n’en voit guère , je dirai même comme en n’en voit pas. Cela était très heureux pour Brigitte, dont les jam bes n’étaient plus aussi lestes que les vôtres, mes chers petits Lecteurs !
* * *
Malgré tout, la mère Brigitte, dédaignée parce qu’e lle était vieille, délaissée parce qu’elle était pauvre, serait peut-être morte de fro id ou de faim dans une mauvaise année, sans l’aventure suivante qui la tira d’affai re.
Un jour qu’elle gardait son troupeau tout en tricot ant son bas, et qu’elle n’était séparée de la Garonne que par une mince ceinture de saules, Argus se mit tout à
coup à battre des ailes d’une façon extraordinaire. En même temps il remuait la tête et la queue de droite et de gauche, secouait sa crête rouge et ouvrait un bec énorme, comme s’il voulait témoigner son admiration. Brigitte le poussa vers les saules ; et à peine les eut-elle franchis à sa suite, qu’elle vit un spectacle merveilleux. Argus, de son côté, s ’était arrêté court et poussait des « Couic ! Couic ! » qu’on devait entendre du Capito le. Il y avait bien de quoi ! Sur les cailloux laissés à sec par la rivière alors fort basse, se dressaient trois personnages escortés, à distance convenable, par un groupe respectueux et recueilli. Celui qui paraissait commander à tous les autres po rtait un costume bordé d’argent sur toutes les coutures. A sa droite se tenait un beau monsieur vêtu d’un ha bit bleu brodé d’or au collet et aux manches ; à sa gauche, posait un homme en simpl e paletot, mais dont les flancs étaient ceints d’une magnifique écharpe tricolore.
Vous devez penser comme tout cela reluisait au gran d soleil, sur les galets.
* * *
Je ne voudrais pas vous faire chercher trop longtem ps et je ne vois d’ailleurs
aucune raison qui s’oppose à ce que je vous dise su r-le-champ quels étaient ces trois personnages. C’était donc, d’abord M. le Préfet ! c’était ensuite M. l’Ingénieur en chef ; c’était enfin M. le Maire. Le groupe respectueux et recueilli se composait nat urellement de M. le Garde Champêtre, de M. l’Instituteur et de MM. les Notables du Conseil municipal. Peut-être désirez-vous savoir ce que faisait là tou t ce monde ? Il n’y a aucun inconvénient à ce que je vous l’apprenne :messieurs cherchaient, par ordre du ces ministre, le moyen d’empêcher la Garonne de sortir de son lit pour inonder les champs et détruire les récoltes.
* * *
Je ne crois pas qu’ils l’aient trouvé encore, mais il ne faut désespérer de rien. Aux « Couic ! » prolongés d’Argus, M. le Préfet tou rna la tête administrativement, c’est-à-dire avec grâce et dignité. Il aperçut la v ieille Brigitte et lui dit : — Bonjour, ma brave femme, comment vous portez-vou s ? C’était une question bien simple, et je ne sais pou rquoi Brigitte toute interloquée ne trouva rien à répondre.