Contes populaires basques

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Jean Barbier, Julien Vinson, Jean-François Cerquand, Wentworth Webster. En ce XIXe finissant et ce XXe débutant, on les appelle « folkloristes basques ». On dirait aujourd'hui ethnologues ou mieux, « chercheurs ». C'est justement leurs recherches qui les ont conduits au Pays Basque, Cerquand puisant son savoir dans la mythologie grecque, Vinson dans cette Inde aux multiples langues, Wentworth dans les lointaines colonies de Leurs Majestés britanniques, enfin Barbier, écrivain basque érudit. Ils furent les premiers collecteurs des contes et légendes basques, et laissèrent le témoignage de cette identité qui sait si bien cultiver le mystère, le merveilleux, l'imaginaire. Sans cette collecte, c'est justement cet imaginaire basque qui aurait peut-être disparu. Et un peuple pour vivre a besoin de rêver, avec ses légendes, ses mythes, toujours transmis aux plus jeunes par les plus anciens, en basque comme en français. Dans ce livre, Mixel Esteban s'est livré à une minutieuse sélection des meilleurs contes basques. Tout au long de ces pages, vous découvrirez ces récits, parfois étranges, qui décrivent un monde où l'imaginaire cohabite avec une société montagnarde, pastorale, maritime aussi. Un monde où cohabite Basajaun, le seigneur des forêts, sauvage et velu ; Mari la déesse au peigne d'or et aux pattes de canard ; Tartaro, le cyclope aux terribles colères ; les laminak, ces génies dont on ne sait toujours pas s'ils sont hommes ou femmes.


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Date de parution 05 novembre 2013
Nombre de visites sur la page 54
EAN13 9782365729314
Langue Français

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Les Contes populaires basques
Préface et choix des textes :
Mixel Esteban
Avant-propos
Egun batez…
Il était une fois…
« Il était une fois… » « Egun batez… » Voilà donc l e début d’une belle histoire, d’une légende racontée lors de ces longues veillées d’hiv er en famille, auprès de l’âtre réconfortant. Belle image en effet que la transmiss ion de cette tradition orale, universelle... Mais c’est déjà un conte en soi, anc ien maintenant, en regardant du haut de e notre XXI siècle émergeant. À l’âge des « réseaux sociaux » du web, de l’invention permanente des « nouvelles technologies de l’inform ation et de la communication », d’un téléphone « multifonction », d’une télévision encor e plus enracinée dans nos foyers, e nous en oublierions presque cet extraordinaire héri tage des collecteurs du XIX siècle e finissant et du XX naissant ont rapporté. Les conteurs basques tenaie nt alors ces histoires de leurs parents qui, eux-mêmes les tenai ent de leurs propres parents, pour remonter ainsi à ce que l’on appelle la nuit des te mps lorsqu’on est à court d’explications.
Alors, dans notre société dite « moderne » qui sait si bien isoler les plus anciens, jugés « inactifs », dans des maisons de « retraite », dan s cette société où la famille « nucléaire » a éradiqué les liens entre génération s, dans cette urbanité qui isole plus qu’elle ne réunit, voilà que l’on reparle de « lien social », de « vivre-ensemble », comme pour mieux lutter contre une « fragmentation » que l’on sait néfaste au genre humain. Et bien, s’il y a peu de chance de retrouver les longu es veillées familiales d’une société autrefois construite autour du monde paysan, le con te doit reste encore ce lien entre les hommes. Et puisqu’il faut être à tout prix de son t emps, revendiquons nous aussi, à travers les contes, le « vivre-ensemble » auquel s’ intéressent maintenant les sociologues, urbanistes et autres chercheurs de ce monde devenu trop « global » et qui cherche à se recomposer autour de territoires plus humains.
Les contes que nous avons sélectionnés vous conduir ont sur ces chemins merveilleux défrichés par des collecteurs aux origines aussi di verses que les raisons de leur collecte : Jean Barbier, Jean-François Cerquand, We ntworth Webster, Julien Vinson.
Jean-François Cerquand, né en 1816 à Épinal, était inspecteur d’Académie de l’Éducation Nationale et, à ce titre, allait nature llement collecter ses contes auprès du réseau des enseignants de l’école publique, essenti ellement dans les provinces de Basse-Navarre et de Soule. Voici ce qu’il en dit : « Les instituteurs n’assistent pas aux veillées. L’hiver est pour eux la saison la plus oc cupée. La classe du soir y succède aux
classes de jour et au travail de la mairie qu’ils s ont seuls en état de mener à bonne fin, étant les seuls qui parlent le français dans la com mune ». Mais leur proximité avec la population et les familles, leur pratique de la lan gue basque aussi, leur permit de participer à cette collecte commandée par Jean-Fran çois Cerquand. Ce dernier, passionné de mythologie grecque, romaine et celte, trouvait certainement dans les contes basques les références anciennes d’une mytho logie propre ou partagée. Ce « folkloriste » se posait ainsi en ethnologue, dans la lignée de ces nouvelles sciences humaines qui, dans une France du XIXe siècle qualifiée de « romantique », recherchaient absolument à expliquer l’origine de l’Homme, des pe uples, des ethnies.
Julien Vinson, né à Pondichéry en 1843, était un in génieur des forêts qui se passionna pour la linguistique et étudia la langue basque. Il s’inspira ainsi des travaux de collecte de Jean-François Cerquand, en recherchant lui aussi les origines de ce vieux peuple. Mais ici pour mieux le confiner au passé. Julien Vi nson prévoyait la disparition « prochaine » de la langue basque, car condamnée au nom des études menées par un courant anthropologique « évolutionniste » du XIXe siècle, qui a fait long feu, lui. Si, au regard des mêmes sciences humaines, modernisées, on ne peut que porter un regard critique sur les travaux de Julien Vinson, concerna nt la collecte, il participa, peut-être malgré lui, au maintien d’une culture.
Autre chercheur de vérité, Wentworth Webster était né en 1828 à Uxbridge, en Grande-Bretagne. Sa relation avec les contes basques diffè re de celle des précédents collecteurs. Il fut le premier chapelain de la nouv elle Église anglicane établie à Saint-Jean-de-Luz de 1869 à 1882 et, au cours de ces anné es, il eut quatre filles et un garçon qui tous parlaient le basque couramment, dit-on. Lu i-même le pratiquait assez pour entreprendre sa collecte de contes traditionnels, n otamment dans le secteur de Sare où il s’établit. En 1877, il publia la première édition d e ses Basque Legends.
Jean Barbier ne se préoccupait guère des origines d es contes et légendes de sa terre basque. Né en 1875 à Saint-Jean-Pied-de-Port, ce cu ré de campagne de Saint-Pée-sur-Nivelle se consacra, comme nombre de prêtres basque s, à cette littérature qui fit ses premiers pas sous les arcades des églises basques, dans les journaux comme Gure Herria et Euskaduna et à travers la publication de romans durant la première moitié du XXe siècle. Avant d’écrire son livre en français « Légendes du Pays Basque d’après la tradition » en 1930 - d’où sont issus certains cont es de ce livre – Jean Barbier écrivit des légendes et romans en basque, avec une équivalente maîtrise des deux langues.
Malgré leurs différences, les quatre collecteurs fu rent ensemble ce relais qui permet, entre hier et aujourd’hui de défendre l’essentiel d e notre humanité : l’imagination. Si ici, cette imagination est basque, façonnée par un petit peuple qui revendique toujours son désir de vivre, elle s’adresse à tous, car le messa ge du conte reste universel, ne l’oublions pas. Alors, essayez donc de raconter une de ces histoires, une de ces légendes. Vous y retrouverez la posture de ces cont eurs, « les yeux perdus dans le pays du rêve, souriant un peu aux souvenirs qui se levai ent un à un dans un coin de leur mémoire » décrit par Jean Barbier. Oui, le rêve, le vôtre, mais aussi celui de l’enfant, car
il en est ainsi de toutes sociétés : le conte, la l égende, l’histoire se transmettent de génération en génération. Ainsi, cet ouvrage se veu t être un maillon, certes modeste, de cette chaîne qu’il n’appartiendrait à personne de rompre.
Mais un conseil. Lisez d’abord pour vous, puis sort ez du texte pour mieux le raconter. Et si un enfant, votre enfant, vous écoute, il ne cess era de vous redemander la même histoire plusieurs fois de suite. C’est une règle u niverselle, chaque parent le sait. Mais c’est par le conte que l’enfant se construit, aussi . C’est par un travail autour de l’imaginaire en plongeant dans ce monde qui sort du quotidien, d’un monde trop rationnel où seuls comptent le consumérisme et ses tentations .
À propos de tentations, préférons donc le diable de nos contes ! Voyez, nous entrons déjà dans un autre monde. Alors continuons sur ce c hemin où nous rencontrerons des « laminak » dont on n’a jamais pu savoir s’il s’agi ssait d’homme ou de femme, ce Tartaro à l’œil unique aussi violent que sensible, ce basa- jaun dont on dit qu’il vit encore au plus profond des forêts obscures d’Irati, et Herensuge c e terrifiant roi des serpents aux multiples têtes.
Alors oui, votre enfant continuera de vous demander la même histoire, de multiples fois. C’est que lui, il construit son monde, fait d’imagi naire et de réel, ce mélange qui fait le propre de l’Homme. Qu’est-ce qui distingue véritabl ement le genre humain du genre animal, si ce n’est justement l’imagination ? Imagi nation qui nous conduit naturellement aux croyances. En bon pasteur, Wentworth Webster av ait noté ces liens entre contes et croyances. Selon lui les Basques croyaient réelleme nt à leurs contes. Voici ce qu’il disait alors : « La croyance en ces légendes reste entière . Elles participent toujours de la foi de ces simples gens. Non pas, cela va sans dire, comme allégorie mythologique ou atmosphérique, mais comme récits de faits véridique s. Ils y croient comme ils croient aux récits de la Bible ou à la Vie des saints. En fait, le problème de réconcilier la religion avec la science se présente à leurs esprits sous cette f orme étrange : comment réconcilier ces récits avec ceux de la Bible et de l’Église. La sol ution générale est de dire que les faits se sont produits dans des temps antérieurs à ceux décr its dans la Bible ou avant la chute d’Adam. Ce sont des Lege zaharreko istorriguak, des histoires de l’ancienne loi, ce qui semble désigner le temps avant le christianisme. Ce ci s’est produit, monsieur, du temps où les animaux et les choses savaient parler » répo ndaient les conteurs basques.
Alors, de qui venaient donc les contes ? On ne sait . Par contre, leur transmission provenait de toutes les couches de la population, l eur donnant une valeur collective indéniable. Voici ce qu’en disait Jean Barbier : « Quelques-uns remontent à ma toute première enfance, je les recueillis chez nous, sur des lèvres aimées que l’on devine. […] D’autres m’ont été narrés, et les conteurs étaient alors une voisine accourue à la veillée avec sa quenouille antique, une mendiante promenant sa misère sur tous les sentiers, un vieillard surveillant son unique laitière au bord d e la grand-route. C’était encore une revendeuse pour qui les chemins creux n’avaient pas de secrets, malgré qu’ils fussent pleins d’ombre et de mystère, une vénérable religie use directrice d’ouvroir, et ces jeunes ouvrières demeurées simplement des Basquaises ; c’é tait même, parfois, un grave
conseiller municipal, un douanier en embuscade, un austère religieux, un vieux curé de paroisse. »
Bien sûr, il faut, dans le regard des collecteurs, émettre ici aussi un filtre, celui d’un révérend, du prêtre d’une Église basque qui tentait alors d’exclure de la tradition ce qui paraissait trop détaché de sa morale pour lui préfé rer parfois les « contes religieux ». Qu’à cela ne tienne, il faut simplement savoir qu’u n filtre existe chez le collecteur, qui n’est finalement qu’un maillon de cette longue chaî ne humaine nous conduisant, en ce début du XXIe siècle, à poursuivre la transmission de ces textes. En les réinterprétant pourquoi pas, car l’histoire n’est jamais figée.
Revenons ainsi à notre conseil : lisez cet ouvrage, lisez quelques contes pour vous et surtout, ne lisez pas tout haut ce que vous lisez. Devenez conteur à votre tour. Vous y retrouverez la saveur de la langue que les collecte urs ont pu saisir. Vous voyagerez ainsi dans le temps illimité de l’imaginaire et du rêve. L’enfant, votre enfant, à l’écoute de ces contes, tout en vous redemandant maintes fois la mê me histoire, construira aussi la compréhension, le verbe, la syntaxe, le langage, to ut ce qui conduit finalement à l’écrit. Le conte, quelle belle histoire humaine !
Mixel Esteban