La vache des orphelins - Tafunast (n) Igujilen

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La vache des orphelins est sans aucun doute le conte le plus connu chez les Kabyles. L'auteur en a recensé treize versions. Il introduit ce conte par une analyse pointue, entre psychologie et philosophie, développant les thèmes abordés dans ce texte : la prise de décision des femmes, la marâtre "ogresse", les rapports entre le temps et le moment de la rencontre, la critique sociale faite aux hommes qui se remarient sitôt leur femme décédée, l'importance de l'ouverture vers l'autre. La langue kabyle comporte une philosophie implicite. Grand défenseur de cette langue, l'auteur plaide aussi en faveur du conte, une des clés essentielles de l'éducation des enfants.

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Date de parution 15 septembre 2017
Nombre de visites sur la page 26
EAN13 9782140046117
Langue Français

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La vache des orphelins Tafunast (n) Igujilen
Le conte kabyle aux mille et une versions Timucuha n tmawya
Youcef ALLIOUI
Bilingue français-berbère
La vache des orphelins Tafunast (n) Igujilen
Collection Présence berbère (sous la direction de Larbi Rabdi) Déjà parus dans cette collection La langue berbère, morphologie, étude de thèmes,André Basset, réédition et indexation Larbi Rabdi, préface de Lionel Galand, 2005. Énigmes et joutes oratoires de Kabylie,Youcef Allioui, 2005. Contes de la tradition orale kabyle, Dits par Helima Laâdj, transcrits et adaptés en français par Larbi Rabdi, 2006. Étude sur le dialecte berbère des Béni-Snous,2 tomes, E. Destaing, réédition et présentation de Larbi.Rabdi, 2007. Dictionnaire français – berbère (dialecte des Béni-Snous),E. Destaing, réédition et présentation de Larbi Rabdi, 2007. Les Archs, tribus berbères de Kabylie : histoire, résistance, culture et démocratie,Youcef Allioui, 2007. Un grain sur le toit : énigmes et sagesses berbères de Kabylie,Éd. bilingue berbère-français, 2012 er Histoire d’amour de Sheshonq 1 : roi berbère et pharaon d’Égypte ; Contes et comptines kabyles,Éd. bilingue français-berbère, Youcef Allioui, 2013.
Artistes et intellectuels du Sétifois, textes réunis, présentés et édités par Larbi Rabdi, 2013. La langue et la mémoire, Enigmes, jeux et traditions dans la Kabylie d’antan,Youcef Allioui, 2015. Amusnaw – Le Sage, Khalil Gibran, préface et postface de Youcef Allioui, 2015.
Youcef ALLIOUILa vache des orphelins Tafunast (n) Igujilen
Le conte kabyle aux mille et une versions Timicuha ntmawya
Bilingue français- berbère
Du même auteur, chez L’Harmattan TimsalÉnigmes berbères de Kabylie, bilingue berbère-français, 1990.Contes kabyles – Contes du cycle de l’ogre – Timucuha, bilingue berbère-français, 2001.Contes kabyles – Contes du cycle de l’ogre (II) – Timucuha, bilingue berbère-français, 2003.Énigmes et joutes oratoires de Kabylie –Timsaêraq – Timsal – Izlan,bilingue berbère-français, 2005.Les Archs,tribus berbères de Kabylie –Histoire, résistance, culture et démocratie, 2006.L’ogresse et l’abeille – Contes kabyles –Timucuha, bilingue berbère-français, 2007.La sagesse des oiseaux – Timsifag –Contes kabyles– Timucuha,bilingue berbère-français, 2008.L’oiseau de l’orage – Afrux Ubandu– Timsifag –Contes kabyles – Timucuha,bilingue berbère-français, 2008.Sagesses de l’olivier – Timucuha n tzemmurt – Contes kabyles – Timucuha, bilingue berbère-français, 2009.Les chasseurs de lumière – Iseggaden n tafat– Contes et mythes kabyles Timucuha d yizran, bilingue berbère-français, 2010.Un grain sur le toit –Aêeqqa af ssqefÉnigmes et sagesses berbères de Kabylie,Timsaêraq ger Tisula, bilingue berbère-français, 2011.er Histoire d’amour de Sheshonq 1 , prince berbère et pharaon d’Égypte, Contes et comptines kabyles,Timucuha –Tihoenoa, bilingue berbère-français, 2013.Amsayer – Le prophète –Khalil Gibran – Traduction de Youcef Allioui, 2014.La langue et la mémoire –Tameslayt d wasal – Énigmes berbères de Kabylie, 2015.Amusnaw –Le Sage –Nouvelle édition – Revue et allégée, 2015.L’âne et l’abeille –A$yul d tizizwit, Le monde animal dans les énigmes et les comptines kabyles,2016.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11340-1 EAN : 9782343113401
À la mémoire d’une femme extraordinaire, Épi-de-Maïs(Tageîîuct), la première femme de mon grand-père paternel, Mohand Achivane Amara Waâli descendant de Sidi Aâli Ou-Bouzid, fondateur du 1 village Ibouziden . Mon père l’appelait « La vache des orphelins » (Tafunast (n) igujilen). Alors qu’elle n’avait pas d’enfant, elle força mon grand-père à se marier. Elle sauva ainsi notre lignée de l’extinction totale. Un court poème d’elle qui m’est parvenu par la bouche de ma mère, laquelle le tient de sa grand-mère Awicha :Par la grâce… Par la grâce des gens qui s’aiment Par ta grâce ô mon mari Par la grâce de ceux qui savent Et qui se taisent comme la nuit Je sauverai ta maison Pour la gloire des femmes Et je sauverai ton nom Par le rire des enfants Je veillerai sur ta lignée Pour l’amour que tu m’as donné Je partirai un beau matin Quand ton premier (enfant) sera né Pour que ton nom demeure à jamais !
1 Comme tous les villages de l’archdes Awzellaguen – sauf le village d’Ifri où est célébré aujourd’hui le Congrès de la Soummam qui s’était tenu le 20 août 1956 au village d’Ighbane – celui d’Ibouziden a été également détruit par l’armée française pendant la guerre d’Algérie par mesure de rétorsions d’avoir participé et couvert le fameux Congrès(Agraw n Welma Asemmam).
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Histoire d’amour de mon grand-père Mohand Mon grand-père Mohand fut marié pendant 45 ans à Epi-de-Maïs. Ce fut un grand et profond amour qu’il est difficile de décrire. Nous verrons qu’il était à la mesure du sacrifice et du don qu’Epi-de-Maïs avait fait de sa personne. « Une grande dame » comme la Kabylie en comptait beaucoup dans ses montagnes. Celles qui étaient alors désignées d’un mot mystérieux,Tasedna. Une grande dame que mon grand-père appelait : « Lumière de ma vie »(Tafat n tudert-iw).Malgré cet amour profond, Epi-de-Maïs et son mari Mohand n’arrivaient pas à avoir d’enfants. De guerre lasse et de vieillesse, elle décida à l’âge de 67 ans de marier mon grand-père. Elle chercha alors une « femme viable et fertile ». Elle la trouva dans le village au-dessus du nôtre « La petite pierre »(Tazrup). Elle le maria alors avec une jeune femme divorcée, mère d’une fille d’un premier lit. Elle attendit patiemment que cette dernière tombe enceinte par trois fois… Le premier-né, prénommé Mohand Tahar, n’avait pas survécu. Le second enfant fut une petite fille prénommée Ounissa. Elle mourut également. Il fallait attendre la naissance du troisième enfant pour, qu’enfin, le rêve de mon grand-père et de la « Lumière de sa vie » se réalise ! Il fut prénommé Amar. Elle le soigna et attendit qu’il soit « viable ». Amar fut un bébé solide. Naquit ensuite mon oncle Arezki. Epi-de-Maïs veillera sur les nouveau-nés jusqu’à la naissance du dernier-né en 1897. Celui qui allait devenir bien des années après, mon doux et tendre père, sera prénommé Mohand Améziane.Un matin, elle partit en emportant son seul châle sur les épaules. Elle abandonna le seul homme qu’elle ait aimé ; un homme qui le lui rendait si bien ! Elle retourna vers les siens, sa première famille. Pendant qu’elle s’en allait à grands pas, un ami de mon grand-père la rencontra en
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chemin… Elle ne le salua point ! Il comprit ! Il courut en informer mon grand-père qui était en train de travailler dans son champ non loin du village. Il a raconté ensuite que mon grand-père se délesta de ses mocassins ; et ce fut pieds nus qu’il poursuivit aussi vite qu’il put son amour de toujours, Epi-de-Maïs … Il ne la rattrapa point. Et il n’avait jamais osé aller dans son village lui demander de revenir avec lui. Il savait qu’elle ne reviendrait jamais... Son ami, qui partit à sa recherche, le découvrit à la sortie village en train de pleurer… Il avait alors 75 ans. Le fin mot de l’histoire Au retour des champs, souvent bien tard le soir, les femmes allaient chercher l’eau à la fontaine. Epi-de-Maïs était parmi elles. Quand arriva son tour, elle s’inclina normalement vers le conduit d’eau pour remplir son outre… Voilà qu’elle est bousculée brutalement par une matrone du village ! Et ce n’était pas la première fois ! Quand Epi-de-Maïs protesta devant tant de malveillance, la matrone laissa parler sa langue de vipère : «Pousse-toi, ô olivier stérile ! Moi, j’ai sept hommes qui m’attendent à la maison ! Ton vieux tronc d’arbre, à qui tu n’as pas su donner d’héritiers, peut bien attendre encore un peu! »Epi-de-Maïs ne se laissa pas faire : «J’ai peut-être un tronc d’arbre à la maison ; mais il s’agit d’un arbre noble dont le Souverain Suprême a créé le premier homme ; celui-là même dont mon noble époux porte l’aura et la sagesse ! On ne peut pas dire la même chose de ta bourrique et de ta marmaille dont tous les gens de notre village se plaignent de leur mauvaise éducation pareille à l’haleine d’une hyène !»Les femmes présentes s’interposèrent pour qu’elles n’en viennent pas aux mains. Mais, malgré la réponse cinglante d’Epi-de-Maïs, elle fut profondément atteinte
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