Le riche et le pauvre et autres contes Bamanan du Mali

Le riche et le pauvre et autres contes Bamanan du Mali

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Français
212 pages

Description

Les contes présentés dans ce recueil, en édition bilingue, font partie de la très riche tradition orale bamanan. Ce ne sont pas de simples histoires qui divertissent, mais enseignent une éthique sociale, transmettent un système de valeurs, une vision du monde.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 1997
Nombre de lectures 441
EAN13 9782296345737
Langue Français
Poids de l'ouvrage 37 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Le Riche et le Pauvre
et autres contes bamauan
du MaliIllustration de couverture : photographie de Pierre Gamier
"Aux environs de Bamako"
© L'Harmattan, 1997
ISBN 2-7384-5685-5Annik Thoyer
Le Riche et le Pauvre
et autres contes bamanan
du Mali
Textes bilingues
Éditions L'Harmattan L’Harmattan Inc.
■7, rue de l'École-Polytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005 Paris Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9Paru à l'Harmattan :
Récits épiques des chasseurs bamanan du Mali
(1995)Avant-propos
Les quatorze contes bamanan présentés dans ce recueil ont été
recueillis en 1971 d'une part à Segu auprès d'un griot et d'autre part à
Bamako auprès de plusieurs conteurs.
Tayiru Banbera, prestigieux griot originaire de Ngoyi, spécialiste de
l'histoire de Segu et de ses rois, vivait de son "métier" qu'il exerçait
auprès de certaines familles nobles et de riches commerçants et il
pratiquait l'agriculture1. L'enseignement de la tradition orale lui fut
transmis par le griot Dugunè à Joforobo.
"Le Riche et le Pauvre"2, le long récit romanesque qu'il nous livre,
brode sur le thème de l'amitié invincible entre deux garçons d'origine
sociale différente, thème courant dans la littérature bambara-malinké, et
admirablement développé ici dans la langue riche et imagée des
traditionnistes de profession. Njè-le-Riche et Njè-le-Pauvre, deux
homonymes, deviennent inséparables, ils partagent tout, chacun faisant
l'impossible pour réaliser le désir de l'autre et le sauver de situations
périlleuses. Njè-le-Riche sert de médiateur auprès de sa propre mère
pour permettre à son ami de devenir son amant et invente une ruse pour
que son père, le chef de la région, ne le sache pas. Njè-le-Pauvre fait
preuve aussi de beaucoup d'imagination pour aider son ami à
rencontrer la jeune fille de ses rêves, gardée jalousement par son père,
le roi3.
Ce texte offre de riches matériaux pour l'analyse, non seulement par
le thème qu'il développe, mais par les informations données sur la
société traditionnelle : les activités des bandes de jeunes garçons
incirconcis, notamment la chasse aux margouillats, le rituel de circon­
cision et d'initiation des jeunes garçons, le rôle du griot (transmettre les
ordres et les nouvelles du roi et du chef de village aux villageois,
conseiller les nobles, louer ou critiquer leurs actes, faire les démarches
pour les mariages, les animer...).
1. Dumestre G., La Geste de Ségou, Textes des Griots bambara, Paris, A. Colin,
1979, p.41.
2. Le Riche et le Pauvre, conte bambara du Mali par Tayiru Banbera et les Contes
bambara du Mali, ont été publiés à Paris en 1981 et 1982 en deux volumes.
L'introduction et la traduction ont été remaniées pour la présente édition.
3. Nous renvoyons le lecteur à d'autres versions plus succintes. Dantioko O.M.,
Contes et légendes Soninké, Paris, CILF, 1978, pp.46-65. Equilebecq F.V., Contes
Populaires d'Afrique Occidentale, Paris, Maisonneuve et Larose, 1972, pp.370-371.
Gôrôg V., Contes Bambara du Mali, Paris, POF, 1979, pp.97-99.L'intérêt artistique de ce texte de style élevé, à coloration psycho­
sociologique, nous le devons au talent de musicien et de conteur de
Tayiru Banbera. Il introduit le conte en jouant du nkôni, "luth", et tout
le récit scandé, découpé en vers, est dit avec la musique qui lui permet
de se le rappeler, de le découper, d'annoncer différentes actions et de se
donner des temps de repos. La diction de Tayiru Banbera est claire, son
débit relativement lent, son style très personnel et poétique4.
Les autres contes ont été collectés auprès de Baba Fane5, forgeron
originaire de Joro (région de Segu), Cèman Sangare6, commerçant
originaire de Murudiya et Ba Sisôkô7, commerçant originaire de Segu.
Ils témoignent de la vitalité de la littérature orale, même en milieu
urbain. Traditionnellement, les nsiirin, "contes", récités en prose, mais
dans un langage rythmé, peuvent être dits par tous, adultes et enfants,
le soir, pendant la saison sèche. Il n'y a pas de spécialistes à propre­
ment parler, même si certains conteurs s'imposent par leur talent et sont
de véritables artistes.
Nous avons placé en premier le conte le plus long, l'histoire du
chasseur Ncô et des hyènes qui dévorent les nouvelles mariées. Le
thème développé sur les rapports entre le monde humain et animal (les
animaux décident de tuer le chasseur Ncô qui veut empêcher à jamais
les hyènes de dévorer les nouvelles mariées) se retrouve également
dans les récits épiques des chasseurs8. Le chasseur clairvoyant met un
terme à l'excès dévastateur du monde animal. Il n'en vient pas pour
autant à vouloir domestiquer un animal sauvage (ici l'hyène), il
souhaite seulement obtenir la garantie d'un juste équilibre entre le
monde de la brousse et du village.
Les contes suivants, regroupés quelque peu artificiellement (contes
sur les "métiers" d'homme : cultivateur, forgeron, contes sur les rela­
tions de l'homme et de la femme, contes d'animaux), comportent
presque tous des chants. Ils sont précédés et suivis d'une formule
con4. Choix de mots très expressifs, d'images souvent humoristiques, proverbes, tech­
niques de répétition de sonorités.
5. Contes de Baba Fane : Le Cultivateur et les Calebasses, La ruse de l'Hyène, Le
Forgeron et l'Hyène, L'Hyène et le Calao, les Animaux et le Grillon.
6. Contes de Cèman Sangare : L'Hyène et les Nouvelles Mariées, Le Lièvre et Dieu.
7. Contes de Ba Sisôko : Le Forgeron et la guerre, La Jeune Fille et la Flûte, La
Jeune Fille et le Python, La Femme et les deux Mendiants, Le Marabout et les
secrets des Femmes, Les Hommes et les Femmes.
8-Voir les notes du conte L'Hyène et les Nouvelles Mariées, pp. 120-121.-sacrée qui marque le passage de la parole ordinaire au conte, à l'uni­
vers de la fiction. Le conteur témoigne d'une tradition transmise qu'il
actualise devant son auditoire avec toute sa créativité, son talent person­
nel. Pendant son récit, il dialogue avec le public représenté par
quelqu'un qui l'approuve en lui répondant : naamu ! "oui !"
On retrouve certains thèmes, personnages et motifs classiques, com­
muns à toute l'Afrique de l'Ouest :
- une calebasse insatiable avale tous les hommes et n'est vaincue que
par un bélier qui, l'éventrant d'un coup de corne, délivre tous les êtres
engloutis;
- une jeune fille refuse de se marier et épouse un jeune homme trans­
formé en flûte;
- une jeune fille refuse de se marier avec un homme pourvu d'un sexe
et épouse un animal;
- une femme commet l'adultère avec deux hommes méprisés socia­
lement, punis violemment par le mari;
- un marabout vantard est humilié;
- l'origine de la vie commune entre les hommes et les femmes;
- le lièvre demande à Dieu de devenir plus malin;
- l'hyène dupée par le lièvre;
- le triomphe du plus petit des animaux ...
Traditionnellement, ces récits peuvent être interprétés à plusieurs
niveaux. Les contes ne sont plus alors de simples histoires qui diver­
tissent, mais ils enseignent une éthique sociale, transmettent tout un
système de valeurs, toute une vision du monde, le modèle culturel que
ceux qui les écoutent sont censés reproduire; en tant que discours sym­
bolique, philosophique, ils posent les questions fondamentales qui pré­
occupent l'homme et tracent dans le monde de l’imaginaire un chemin
vers la connaissance.Note sur la présentation des textes
Afin de respecter à l'écrit le rythme de l'oral, nous avons été à la
ligne chaque fois que le conteur marquait une pause dans la voix.
La transcription, réalisée en 1971 au Mali grâce à l'aide de Lasana
Dukure, Birahima Sangare, puis remaniée1 en 1980, est conforme à
l'orthographe officialisée au Mali, que l'on trouve dans le livre de
lecture Kalanjè ni Sèbènni, Nathan, Paris, 1987 (e : comme dans blé,
è : lait, ô : mort, u : genou, c : tiers, j : dialecte, r) : camping).
Nous avons opté pour une traduction fidèle au style, à l'oralité des
textes.
l..Dans le cadre de conventions de travail du CNRS.Le Riche et le PauvreAn bè na nin nsiirin min da nin ye su in na,
an bi na a da cè fila de la.
ü cè fila bèe lajèrèlen, tua de ye ko Nji.
A cè fila bèe lajèrèlen, tua de ye ko Nji,
a cè fila bèe lajèrèlen, tua de ye ko Nji.
A fila bèe ye tuamama ye.
A cè fila tun bè dugu kelen kônô,
nka u si tè si lakodôn.
Cè fila nana ka na to o la tuma min na,
ni u bè dugu kônô, ni u tè nyuan lakodôn.
E, o don ni bi kun tè kelen ye,
0 don, o y'a sôrô bunahadamadenya bonyè ye fèn ye,
a bè ta ciyèn ye.
□ don y'a sôrô ni maa ye cogo o cogo ye,
1 yèrè bi jèn n'i ka cogo ye.
Ni i ye faantanden ye, a man'a fô i ma k'a fô k 'i faantan-
den,
i yèrè tun b'i kun n'o ye.
Ni i yèrè de ye fèntigiden ye,
a man'a fô i ma ko karimaasinè den ye fèntigiden ye,
i yèrè jènnen bè n 'i ka fèntigiya ye.
Ônhôn, nin cè fila bèe lajèrèlen tun bè nyuan fè dugu
kelen kônô,
a cè fila bèe lajèrèlen tun bi bô Tokôrôba.
A bèe tua ye k'a fô ko Nji, tuamamaw do,
nka dugu bonya kojugu fè, a si tè si lakodôn,
a si tè siyôrô dôn.
A bè a kelen kelen bèe nyè na ko u kelen kelen ye Nji
ye,
ko Nji wèrè ma da dugu kônô.
0 kèra tuma min na sa,
a bèe lajèrèlen b'a dama kin da la,
si ni si tè kin da la.
Faantannjè n'a ka bilakorokulu,
ulu b'u dama basakoron kè.
Faamanjè n'a ka bilakoro,
ulu b'u dama basakoron kè, a si ni si t i jè basakoronbusan
la.
A si ni si ma jè basakoron bilakorokulu la.
□ tuma min na sa, n'u nana ka na to o la,
u dama bèe lajèrèlen wulilen bè tuma min na,
u bi taa basa koron dugukun ni dugukun.
Faantannjè n'a ka bilakorokulu wulila sôgômada joona
fè,Nous allons vous raconter ce soir
l'h is to ire de deux garçons.
Ces deux garçons s'appelaient Nji,
ces deux garçons s'appelaient Nji.
Leur prénom é ta it Nji.
C 'étaient des homonymes.
Ils habitaient le même village,
mais ils ne se connaissaient pas.
Ces deux garçons restèrent
dans le même village sans se connaître.
Mais ce temps-là n 'é ta it pas comme aujourd'hui,
car le respect pour l'ê tre humain
se transm ettait en héritage.
En ce temps-là, quelle que fû t ta condition,
tu l'acceptais.
Un fils de pauvre que l'on appelait fils de pauvre
l'accep ta it.
Un fils de riche
que l'on appelait fils de riche
acceptait sa condition d'homme aisé.
Oui, ces deux garçons habitaient le même village.
Ils étaient originaires de Tokôrôba.
Ils s'appelaient tous les deux Nji. C 'étaient des homonymes,
mais comme le village é ta it trè s grand, aucun des deux
ne connaissait l'a utre,
ne savait où ha bita it l'a u tre .
Chacun pensait être le seul Nji,
pensait qu'il n'y a vait pas d'autre Nji dans le village.
Ainsi
chacun é ta it dans son propre quartier,
ils n'étaient pas dans le même quartier.
D'un côté, Faantannjè (1) e t sa bande de jeunes garçons(2)
chassaient les margouillats,
tandis que de l'a u tre, Faamanjè (3) e t sa bande de jeunes
garçons
chassaient aussi les margouillats. Ils ne se retrou vaient
pas avec leur badine pour chasser les margouillats.
Ils ne se rencontraient pas dans la même bande pour chasser
les margouillats.
Ils re stèrent ainsi.
Chacun de son côté, ils s'en a llèrent
chasser les margouillats d'un bout à l'a u tre du village.
Faantannjè p a rtit de bon matin avec sa bande de garçons,Faamanjè n'a ka bilakorokulu wulila sôgômada joona fè.
U tilenna ni ka taa basa koron,
u tilenna ni ka taa basa koron.
Kabini u tè nyuan kala ma, fo ka na ka na a kè,
u bi na ka na gèrè nyuan na.
U bi na ka na gèrè nyuan na tuma min na,
e! Faantannjè ka bilakorokulu kan bè:
"Nji! a ye basa kunbèn, Nji! n ko a ka basa kunbèn yen
fè!
I\lji! basa na an dan dè!"
Faamanjè ka bilakorokulu min bè fan dô fè,
ni u tulo bè nyuan kan nô, ulu kan bè:
"Nji! a ye basa kunbèn, Nji! a ye basa kunbèn!
E, Nji! basa na an dan dè! E, Nji! a y'a tèliya !"
U to r'o la tuma min na,
Faamanjè hakilila ka a fô ko aie kelen bè dugu kônô,
ko aie ni maa tè dugu kônô.
Faamanjè nana ka n'i kan to a ka bilakoro ma:
"E, a ko maanu! ne Nji kelen, ne ka se basakoronyôrô
fila kunbèn?
Dô kan bè k'a fô ko Nji, a ye basa kunbèn yen fè!
Dô wèrè kan bè k'a fô Nji, a ye basa kunbèn yan fè!
A ko ne kelen na se k'o basa fila kunbèn dè?"
ü kèra o la tuma min na, i k'a dôn, kabini u tè nyuan
seere ma,
fo bilakorokulu nana ka na don nyuan na,
u bèe lajèrèlen nana ka na nyuan sôrô Kanina tuma min
na sa,
o! u kan bè: "Nji! i ka basa kunbèn yen fè!"
tô kelen kan bè: "E, Nji! i ka basa kunbèn yen fè!"
0 nin y 'i kan to, Faamanjè y 'i kan to:
"E, a ko e ye Njiw dô ye wa?
- E, a ko ne tè Njiw dô ye dèrè,
a ko ne ye Nji nyènama yèrè de ye.
- A ko wa ne m'a dôn k'a fô ko Nji fila bè jamana kô
kan, an fè Tokôrôba yan,
wa ne hakili bè k'a fô ne N ji kelen dama de bè yan koyi.Faamanjè p a rtit de bon matin avec sa bande de garçons.
Ils passèrent la journée à chasser les margouillats,
ils passèrent la journée à chasser les margouillats.
Après to u t ce temps où ils ne se connaissaient pas,
vin t le moment de leur rencontre.
En se rapprochant peu à peu,
les garçons de Faantannjè disaient:
"l\lji! attrape le margouillat, Nji! a ttra p e le margouillat
par là!
Eh Nji! le margouillat va sûrement nous échapper!"
Et les garçons de Faamanjè qui se trouva ie n t d'un autre
côté
entendirent exactement les mêmes paroles que celles qu'ils
étaient en tra in de dire:
"Nji! attrape le margouillat, Nji! a ttra p e le margouillat,
eh Nji! le margouillat va sûrement nous échapper! Eh Nji!
dépêche-toi!"
Et cela continua...
Or Faamanjè pensait être le seul dans le village.
D'après lui, il n'y avait pas d'autre Nji dans le village.
Faamanjè s'adressa à ses garçons:
"Eh les amis, est-ce que moi to u t seul, Nji, je peux me
trouver en deux endroits à la fois pour chasser les mar­
gouillats?
Il y en a un qui d it: Nji! attra p e le m argouillat par ici!
Et il y en a un autre qui d it: Nji! a ttra p e le margouillat
par là!
Est-ce que moi to u t seul, je peux chasser deux margouillats
en même temps?"
Alors sache qu'après to u t ce temps où ils ne se connais­
saient pas,
v in t le moment où les deux bandes de garçons se rencontrè­
rent,
se retrouvèrent à Kanina.
Quand ils disaient: "Nji, attra p e le m argouillat par là!"
quelqu'un d'autre é ta it en tra in de dire aussi: "Eh Nji!
a ttra p e le margouillat par là!"
Faamanjè s'écria:
"Mais to i, tu es un autre Nji!
- Bien sûr que non, je ne suis pas un autre Nji,
c'est moi Nji, en personne!
- Eh bien, j'ignorais qu'il y avait deux N ji dans la région,
ici chez nous à Tokôrôba.
Je pensais être le seul Nji ici!- A ko wa i kelen tè yan, a ko Nji wèrè bè yan min t 'i
ye!"
L) sôrôla ka laban ka to o la tuma min na,
u bi to ka na basa koron na sôn,
u bi to ka na basa koron na sôn.
A ko "o tuma na, baasi tè. Kabi dugu jèra,
an yôrô bè kungo kônô, an bè dugu kônô,
an bè muso ka dua sagon kôrô,
an bi to k'ulu wuli sôn ni k'ulu jôjo.
An bè to ka taa ka taa, n k 'i nyininka, an faw ka jiginèju
kôrô,
an b'ulu surukusuruku.
N'an y'ulu suruku, basaw min mana bô,
ne Faamanjè ani n ka jamakulu, an bè ulu mina ni ka sôrô
ka laban k'ulu siri.
Kabi dugu jèra, Nji, an bè yaala la. Nka ne n'e ka nyuan
ye,
ani ne n'e ka bi yaala, o kôni kèra nafa ye ne ma ja a ti!
A ko bari ne tun t'a dôn k'a fô ko tuama fila bè ne yèrè
na,
jamana yèrè gosi ka gôngôn bon!
Ni ne sera ka n tuama ye, o ye ne ma hèra ye!
- A ko n tuama, ni e ko sa k'a fô o ye hèra ye e ma,
ne dun bi mun fô?
Bari e ye faamaden ye, a fô r'e ma ko Nji.
Ne ye faantanden ye, a fô ra ne ma k'a fô ko Nji.
Faantannjè ani Faamanjè, ni an fila ye nyuan kunbèn sa,
n'e min ye faama ye, n'e ko a kèra i ma hèra ye,
ne min ye faantanden ye dun.
- D, a ko g tuma na, a ko o la sa, a ko Faantanjè!
- A ko naamu!
- A ko a kèra Kunba ka dègè bonna Kunba ka nônô na,
a ko o ye min ko kelen ye.
A ko an bè fèn min kè sa, ni Ala n'Ala kira y'a kè k'a
fô,
an jiginna ni ka bô basafaayôrô la bi,
o tuma na, e bi gèlèya ni ka se ne ma an ka so,
0 tuma na, an ka jè ni ka nyuan ye,
bari ne y'a kanun, ne ni e ka kè nyuan jè nyuan ye,
1 fè te riy a ka di n ye kojugu.
- E, a ko nin tè baasi ye!"
Faantannjè sôrôla ka laban, a y 'i bin, a taara so.- Il n'y a pas que to i seul ici. Il y a un autre Nji que
toi!"
Et ils en re stè re nt là...
Ils continuèrent leur chasse aux margouillats,
ils continuèrent leur chasse aux margouillats.
"C'est bien, d it Faamanjè, depuis ce matin,
nous allons dans la brousse, nous allons dans le village,
nous soulevons les fagots des femmes,
nous faisons s o rtir les margouillats pour les a ttra p e r.
Nous allons, devine où? (4) au fond des greniers de nos
pères,
nous enfonçons dedans nos bâtons
et dès que les margouillats s'échappent,
mes garçons e t moi, Faamanjè, nous les attrapons e t puis
nous les attachons.
Depuis ce matin, Nji, nous nous promenons. Notre rencontre,
notre promenade d'aujourd'hui m'ont été vraiment trè s
utiles,
car j'ignorais que j'avais un homonyme,
même en b a tta n t toute la région!
Et je suis heureux d'avoir pu vo ir mon homonyme.
- Mon homonyme, ré pondit-il, si tu dis que tu es heureux,
alors moi, que vais-je dire?
Toi, tu es un fils de riche, tu t'appelles Nji,
mais moi, je suis un fils de pauvre e t je m'appelle Nji.
Nous deux, Faamanjè e t Faantannjè, nous nous sommes
rencontrés,
et to i qui es riche, tu dis que tu es heureux de notre
rencontre,
moi par contre, je suis un fils de pauvre!
- Eh bien, Faantannjè!
- Oui!
- C'est le brouet de Kunba qu'on arrose de la it! (5)
Et cela se prend en une seule fois!
Voici ce que nous allons fa ire . Si Dieu e t son prophète
ont voulu
qu'après notre chasse aux margouillats, aujourd'hui,
tu t'arranges pour a rrive r jusqu'à moi, dans notre maison,
alors il fa u t que nous nous liions d'amitié,
je désire que nous nous liions d'amitié.
Et cette amitié m'est très chère!
- C'est bien!"
Ainsi Faantannjè re n tra chez luiFaamanjè y 'i bin, a taara so.
U sera so tuma min na, Faamanjè nana ka n'i kan to a
baba ma,
a ko "baba!
- A ko naamu!
- A ko baba!
- A ko naamu!
- A ko an ka bi tile diyara dè!
A ko ne ye tuama ye n yèrè la.
Kabi Ala ka n da, n ma deli ka tuama ye n yèrè la,
a ko n ye tuama ye n yèrè la."
Faamanjè nana ka n'i kan to a fa ma,
a ko "baba, a ko baba!
- A ko naamu!
- E, a ko an ka bi taama diyara dè!
- Fa ko mun kèra?
- E, a ko baba, an ka bi taama diyara!
A ko ne Faamanjè, a ko ne tun t'a dôn k'a fô Nji tua
wèrè bè jamana kônô an fè, Tokôrôba yan,
a ko ni ne kelen tè, a ko ne ye tuama ye n yèrè la bi,
ne ye tuama mèn n yèrè la,
e, baba! nin kèra ne fè hèra ye!
A ko baba!
- A ko naamu!
- A ko baba!
- A ko naamu!
- A ko bi taama diyara!
- A ko tabarik'A la n den! a ko Ala ma a kèra si ni kènèya
ye!
A ko an bè dugaw k'aw ye,
Ala ma i n 'i te rikè ka jè, Ala ma a sinsinna!
I n'i te rikè ka jè, Ala ma a labanna!
I n'i te rikè ka jè, Ala ma a sinsinna!
An bè duga k'aw ye, anan!
a ko i n'i te rikè ka jè, a ko an bè duga k'aw ye,
Ala ma a kèra si ni kènèya ye!
Ala ma a ka fôtaw kunna nyuan na!
Ala ma a kèra nyuan jè nyuan ye,
ko an bè duga k'aw ye!
- A ko baba!
- A ko naamu!
- A ko baba!
- A ko naamu!et Faamanjè re n tra chez lui.
A son arrivée, Faamanjè v in t annoncer à son père:
"Papa!
- Oui!
- Papa!
- Oui!
- Aujourd'hui, notre journée s'est vraim ent bien passée!
J'ai rencontré mon homonyme.
Depuis que Dieu m'a créé, je n'ai pas rencontré un de
mes homonymes
e t je viens de vo ir mon homonyme."
Faamanjè ajouta:
"Papa, oh Papa!
- Oui!
- Notre promenade aujourd'hui a été bien agréable!
- Mais que s 'e s t-il donc passé? lui demanda son père.
- Oh Papa, notre promenade aujourd'hui é ta it vraiment
bien!
Moi, Faamanjè, je ne savais pas qu'il y avait un autre
Nji dans la région, ici chez nous, à Tokôroba,
à part moi. Et j'a i rencontré mon homonyme aujourd'hui,
j'a i entendu mon homonyme.
Oh Papa! Cela me rend heureux!
Papa!
- Oui!
- Papa!
- Oui!
- Notre promenade ajourd'hui é ta it vraim ent bien!
- Dieu so it loué! Mon enfant, que Dieu vous garde en
bonne santé!
Nous vous bénissons!
Que Dieu renforce votre amitié!
Que Dieu mène à son terme vo tre amitié!
Que Dieu renforce votre amitié!
Nous vous bénissons!
Nous bénissons votre amitié!
Que Dieu vous garde en bonne santé!
Que Dieu vous aide à supporter vos paroles!
Que Dieu vous garde unis!
Nous vous bénissons!
- Papa!
- Oui,
- Papa!
- Oui,- A ko ne te rik è dun ye faantanden ye,
a ko e dun ye faama ye.
A ko faantanden ani faama, ni a diyara ni ka jè kè, a
ko o bè kè cogo di?
- A ko a bè n nyè na, o bè kè faama kan.
- A ko o ye tinyè ye,
a ko ne b'a fè n te rikè de ka yèlèma an ka so,
ne b'a fè n te rikè ka yèlèma an ka so.
- A ko i taara a fô a fa ye wa?
A ko taa a fô a fa ye, n'a sônna
ko ne ko a ka yèlèma an ka so,
ko n jènna n'a ye, ko a ko bèe bè kun n nô,
ko n ye se a ko bèe kôrô."
A sôrôla ka laban, a y 'i bin o la,
a taara ka taa a fô a terikè fa ye.
A ko "o tuma na, baba, a ko ne ni tuama ye nyuan ye
basakoronyôrô la bi.
- A ko Ala dun y'a kè! An bèe ka ko diyara nyuan ye!
- Ayiwa, an dun kèra jènyuanmaa ye,
ne taara ka taa a fo n fa ye,
n fa ko k'a fô jè diyara a ye,
ne labanna ni ka na a fô e yèrè ye,
e yèrè dun ko jè diyara i ye.
Komi ni an maa fila ka jè diyara aw ye ka ban,
aw dun ye faw ni baw ye,
an b'a fè ka yèlèma nyuan ka so.
- A ko baasi tè, a ko an sônna o ma.''
ü fila yèlèmana nyuan kan, Faamanjè ka so kônô.
U fila yèlèmanen nyuan kan tuma min na, Faamanjè ka
so kônô,
u surôfana, o bè Faamanjè kan,
u tilelafana, a bè Faamanjè kan,
u wulalafana, a bè Faamanjè kan.
U kosen o kosen, ni i y 'i miiri o la, maaninfinya na,
o jè bèe lajèrèlen bè Faamanjè kan.
Faamanjè jènnen do n'o bèe ye
ka taa da k'a sebaa ye.
Faamanjè jènnen bè n'a bèe ye
ka taa da ka taa a fô o tuma na k'a fa ye fè n tig i ye,
a jènnen bè n'o bèe ye k'a fô nin kanun kôsôn.
A ko "o tuma na, baasi tè, a ko n y'a mèn, Nji!
a ko n sônna nin ma, a ko an bènna nin kan.
A ko saabu do, dinyènôfèn o fèn, ni i y'a ye,- Mais mon ami est un fils de pauvre
et to i, tu es riche.
Quand un fils de pauvre e t un fils de riche désirent être
amis, comment cela se passe?
- A mon avis, le riche prend to u t à sa charge.
- C'est vrai,
je veux que mon ami emménage chez nous,
je veux que mon ami emménage chez nous.
- Es-tu allé en parler à son père?
Va demander à son père s 'il accepte
que son fils emménage chez nous.
Dis-lui que moi, je suis d'accord, j'accepte to u t,
je peux to u t prendre à ma charge."
Alors il se mit en route
pour a lle r en parler au père de son ami.
"Eh bien Papa, d it-il, j'a i rencontré aujourd'hui mon homonyme
à la chasse aux margouillats.
- C'est la volonté de Dieu! Cela nous fa it plaisir, à nous
tous!
- Bon, nous sommes devenus amis
et je suis allé en parler à mon père.
Mon père m'a d it que ce tte amitié lui fa it plaisir.
Puis je suis venu te le dire,
et to i aussi, tu dis que notre amitié te fa it plaisir.
Comme notre amitié vous fa it plaisir,
à vous qui êtes nos pères e t mères,
nous voulons habiter ensemble.
- Je n'y vois pas d'inconvénient, nous sommes d'accord!"
Et tous deux emménagèrent chez Faamanjè.
Après leur emménagement chez Faamanjè,
ils prenaient toujours leur dîner chez Faamanjè,
leur déjeuner chez Faamanjè,
leur repas de l'après-midi chez Faamanjè.
Tout ce qui concernait leur amitié, en y pensant bien,
é ta it à la charge de Faamanjè.
Faamanjè accepta to u t cela,
parce que son père é ta it puissant.
Faamanjè accepta to u t cela
parce que son père é ta it riche.
Il accepta to u t par amitié.
"Il n'y a pas de problème, d it-il, j'a i compris, Nji!
J'accepte. Nous sommes d'accord!
En voici la raison, toute chose que l'on v o it dans le mondesababu de b'a la, sababu tè ko o ko la,
Ala m'o ko sina da. Ala ye ko o ko dila,
a y'a bèe lajèrèlen fila fila dila.
- A ko naamu, Ala ye fèn jumèn ni fèn jumèn nin bèe lajè rè ­
len fila fila da?
- A ko Ala ye dinyè da tuma min na,
a ye cèya de ani musoya fôlè da.
A ko Ala ye dinyè da tuma min na,
a ye suko ni dugujè da.
A ko Ala ye dinyè da tuma min na,
a ko a nana finya ni jèya da.
Ala ye dinyè da tuma min na,
a ko a sôrôla ka laban o kô fè ni ka na nyènamaya ni
saya da o kôrô.
O bèe lajèrèlen bè fila fila ye.
A ko o kôsôn sa, a ko n tuama, a ko Ala ye dinyè fèn
o fèn da,
a y'a bèe lajèrèlen fila fila da.
Komi a bèe lajèrèlen fila fila dalen do sa,
an tè jè ni ka ko in lajè nyuan fè hakilila na wa?
- A ko an dun bè a lajè hakilila jumèn na?
- A ko o tuma na, ni an bè nyuan fè,
a maa nya min na, an na a k'o ye."
Faamanjè fa, n'a ye npoginin tigè a den la,
n'a m'a kè fila ye, Faamanjè t i sôn ni k'a ta don.
Faamanjè fa, n'a ye dulôkinin tigè,
n'a ma dulôki kè fila ye, Faamanjè t'a ta don a kan na
abada!
Faamanjè fa, n'a ye banfulanin san Faamanjè ye,
n'a m'a kè fila ye, Faantannjè ka dô sôrô a la,
abada Faamanjè t'a ta don.
U to r'o de la tenenten, kabini u maamisènmanin
fo ka na u bèe lajèrèlen balikuya.
U balikuyara tuma min na, ni u sera fininadon ye,
a nana ka n'i kan to, a ko "Faamanjè!
- A ko naamu!
- A ko n b'a fè sani n ka aw boloko,
a bi taa ka taa a nyèfô a fa ye.
N'aw ye Faantannjè fa ye, k'a sera boloko ye,
a sera cèyaminènta ye.
Baliku dun n'i sera don min bàara min kèli ye,a sa raison d'être. Si elle n 'a vait pas de raison d'être,
Dieu ne l'a u ra it pas créée. Dieu a fa it toutes les choses,
deux par deux.
- Oui, mais quelles sont les choses créées deux par deux?
- En créant le monde,
Dieu créa d'abord l'homme e t la femme.
En créant le monde,
Dieu créa la nuit e t le jour.
En créant le monde,
Dieu créa le noir e t le blanc.
En créant le monde,
Dieu créa enfin la vie et la mort!
Toutes les choses form ent des couples.
Mon homonyme, comme Dieu créa toutes les choses dans
le monde,
deux par deux,
comme toutes les choses fu re n t créées deux par deux,
tenons compte dans notre amitié de chacun d'entre nous.
- Mais comment en te n ir compte?
- Eh bien, comme nous sommes ensemble,
il fa u t fa ire ce qui convient à chacun d'entre nous!"
Si le père de Faamanjè a va it fa it couper un caleçon pour
son fils ,
et non pas deux, Faamanjè n 'a ura it jamais accepté de
p o rte r le sien.
Si le père de Faamanjè ava it fa it couper une chemise,
et non pas deux, Faamanjè n 'a u ra it jamais accepté de
p o rte r la sienne.
Si le père de Faamanjè avait acheté un bonnet pour Faama­
njè,
et non pas deux, pour que Faantannjè en a it un aussi,
Faamanjè n 'aurait jamais mis le sien.
Ils continuèrent ainsi de l'enfance
à l'âge adulte.
Lorsqu'ils devinrent adultes e t qu'ils eurent l'âge de m ettre
leurs habits d'homme,
le père v in t leur dire: "Faamanjè!
- Oui,
- Je veux qu'avant votre circoncision
vous alliez prévenir le père de Faantannjè.
En le voyant, dites-lui que vous avez l'âge d'être circoncis,
qu'il est temps pour vous de m ettre vos habits d'homme.(6)
Et quand le jour est venu pour un homme d'accomplir c e tte
tâche,