Les Contes populaires du Languedoc

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Les Contes du Languedoc - Le conte populaire est un conte oral traditionnel et communautaire. Il a longtemps régi la création et la circulation des histoires. C'est en fait la littérature de nos ancêtres, il a présidé les veillées de nos campagnes depuis la nuit des temps jusqu'aux années 1950. Il a aujourd'hui presque disparu. Fort heureusement, depuis le XIXe siècle, quelques érudits passionnés de notre folklore ont pris soin de transcrire ces contes, ce qui leur a permis de venir jusqu'à nous malgré le profond bouleversement de nos sociétés rurales, qui a rompu la transmission séculaire de ces contes par le bouche-à-oreille. Quelques familles ont su faire subsister cette tradition jusqu'à la fin du XXe siècle malgré la disparition des veillées. D'infatigables collecteurs ont poursuivi jusqu'à nos jours l'oeuvre de leurs prédécesseurs du XIXe siècle. Tout au long de ces pages, vous découvrirez ces récits authentiques qui faisaient le charme des veillées d'autrefois, et l'âme des campagnes : les contes animaliers, les récits sur le diable, tantôt dupé, tantôt triomphant et réellement terrifiant, ou encore les aventures merveilleuses et féeriques, de celles qu'on racontait volontiers aux enfants...


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Date de parution 26 juin 2014
Nombre de visites sur la page 96
EAN13 9782365729482
Langue Français

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Les Contes populaires du Languedoc Pierre-Étienne Mareuse
Avant-propos
e Dans les dernières décennies du XIX siècle, toute une école d’ethnologues, de linguistes et de folkloristes français, comptant parmi ses membres éminents le Breton Paul Sébillot ou le Gascon Jean-François Bladé, s’avisa que l’uniformisation des goûts dictée par la capitale menaçait de fondre les cultures régionales dans sa banalité. Ces chercheurs de terrain se donnèrent alors pour tâche de sauver ces cultures de l’oubli. Interrogeant les habitants dans leur langue régionale, ils recueillirent dans les villages toutes les données qu’ils purent sur les croyances, les coutumes, les contes, les chansons, les mœurs et les techniques de travail des paysans. Les contes, légendes, récits et chansons, qui avant la désertification rurale et la modernisation des campagnes se transmettaient oralement d’une génération à l’autre lors des veillées villageoises, firent plus particulièrement l’objet de publications dans la collection des « Littératures populaires », ou, plus fréquemment, dans des revues telles laRevue des Traditions populaires, Mélusine, La Traditionou encore laRevue du Traditionnisme. Simplement traduites en français, ces histoires y étaient retranscrites au mot près, en évitant tout enjolivement, même parfois tentant, qui eût pu altérer le récit. Afin que le lecteur se fît l’idée la plus juste possible de la façon dont chaque population régionale, riche de ses différences, percevait et représentait son environnement proche ou lointain, les chercheurs apportaient dans leur démarche le même soin d’exactitude et de fidélité que celui manifesté par les conteurs au coin du feu dans la narration de ce que leurs propres aïeux leur avaient transmis. Aujourd’hui, la collection « Passeur de mémoire », des Éditions CPE, tâche de donner une seconde vie aux travaux de ces folkloristes, en recoupant, région par région, sur tout le territoire français, les contes, récits, légendes et historiettes glanés dans les divers ouvrages et revues que nous ont légués ces savants, véritables relais de la mémoire populaire. Notre collection des « passeurs de mémoire » avait déjà fait une incursion en pays languedocien, alors que nous préparions le recueil desContes populaires des Pyrénées. Le thème en étant la chaîne des Pyrénées, les contes prélevés en langue occitane y côtoient abondamment ceux prélevés en langue basque. Il nous manquait cependant un recueil consacré au pays de parler languedocien proprement dit, lequel ne se résume évidemment pas aux Pyrénées : c’est là l’objet de l’ouvrage que vous tenez. En tant que partie intégrante du Languedoc, les Pyrénées y sont bien sûr présentes. La plupart des textes qui les concernent ici ont été collectés en Ariège, dans les environs de Bélesta, aujourd’hui connu des touristes pour la Fontaine intermittente
de Fontestorbes, à un kilomètre de la commune, et dont il est d’ailleurs question dans la légende des Enchantées, que vous découvrirez dans ces pages. Bélesta, en effet, fut le village natal du folkloriste Louis Lambert (1835-1908), dont les collectes de contes ont beaucoup servi à la composition de ce livre. Nous avons notamment utilisé son recueil,Contes populaires du Languedoc, publié en 1899.
Louis Lambert avait commencé sa carrière comme professeur de piano, pour finir directeur de l’École nationale de musique de Montpellier. En tant que folkloriste, il fut membre de la Société d’études nationale des langues romanes à Montpellier, et contributeur de laRevue des langues romanes. Il publia deux recueils importants : l’un dédié aux contes, que nous évoquions, et l’autre dédié aux chansons,Chants et chansons populaires du Languedoc, paru en 1906 en deux tomes, dont le premier écrit en collaboration avec Achille Montel (1841-1900). En plus de l’Ariège, son département natal, il sillonna beaucoup l’Hérault, où il travaillait, connaissant fort bien le pays rural autour de Montpellier et Narbonne.
Dans le souci d’offrir un tour d’horizon le moins incomplet possible, le présent recueil, en plus d’être l’occasion de découvrir quelques nouvelles histoires recueillies dans les Pyrénées ariégeoises, nous emmènera donc aussi dans les Cévennes, dans le Rouergue, et dans les divers terroirs entre Toulouse et Alès, soit ceux qui sous l’Ancien Régime composaient les anciens pays du Bas et du Haut Languedoc, c’est-à-dire la majeure partie de la province du Languedoc royal, qui aujourd’hui recouvrirait une vaste surface des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, et notamment, entre autres, les départements de l’Ariège, du Lot-et-Garonne, de l’Aude, de l’Aveyron, de l’Hérault et du Gard, où ont été faites les collectes figurant dans cet ouvrage.
Ce pays est au cœur de l’aire de locution de l’occitan languedocien, qui ne saurait être assimilé à l’occitan dans son ensemble, lequel, bien au-delà du Languedoc, est parlé dans tout le sud de la France, à l’intérieur d’un triangle compris entre les Pyrénées, le Massif central et les Alpes. Toutefois, c’est le languedocien qui semblerait être le plus proche de la souche qui a donné naissance à l’occitan, à tel point que certains linguistes ont proposé une standardisation de l’occitan à partir du languedocien.
Le linguiste Dommergue Sumien a identifié quatre subdivisons du languedocien, réparties selon les points cardinaux : le languedocien méridional, parlé aux alentours de Toulouse, Narbonne et Carcassonne ; l’occidental, aux environs d’Albi, Agen et Montauban ; le septentrional, près de Sarlat et Rodez ; et enfin l’oriental, dans la région de Montpellier. Les voisins immédiats du languedocien sont les autres dialectes occitans : à l’ouest, le gascon ; au nord, le limousin et l’auvergnat ; et à l’est, le provençal et le vivaro-alpin. Au sud, en revanche, l’aire de locution du languedocien est bordée par celle du catalan, parlé dans le Roussillon et qui n’appartient pas aux langues occitanes.
Ainsi que nous l’avons vu, le pays de parler languedocien, sous l’Ancien Régime, était essentiellement formé des provinces du Bas et du Haut Languedoc, le Bas comprenant les villes de Toulouse et Albi, le Haut celles de Montpellier, Nîmes et Alès. Cette dualité remonte à la Haute Antiquité, dès avant l’époque romaine, du temps où arriva dans la région le peuple celtique des Volques. Ceux-ci se séparèrent en deux branches : les Volques Tectosages, qui fondèrent la ville de Tolosa (Toulouse), et les Volques Arécomiques, qui se fixèrent à Nemessos (Nîmes). Pour les colons grecs qui établirent un comptoir à Agde, et qui attribuaient déjà la formation des Pyrénées à la force d’Héraclès, les Volques étaient les descendants des enfants que le demi-dieu avait eus avec la nymphe Galatée : les Galates, peuple celte apparenté aux Gaulois.
Contrairement aux Rutènes, qui peuplaient ce qui deviendrait le Rouergue, les Volques entretinrent de bonnes relations avec les Romains, les aidant contre les e troupes carthaginoises d’Hannibal à la fin du II siècle av. J.-C. Entre 125 et 121 av. J.-C., ce fut sans difficulté que leur pays devint une province romaine : la Gaule narbonnaise, d’après le nom de sa capitale, fondée en 118 av. J.-C. Elle était traversée par la célèbrevia Domitia, fondée par le consul Domitius Ahenobarbus, et qui reliait Rome à Tarragone en Espagne. La Ruténie (Rouergue), hostile à Rome, ne faisait pas er partie de la Narbonnaise, et fut annexée lors des conquêtes de Jules César au I siècle av. J.-C., les Rutènes ayant fait partie de la coalition menée par Vercingétorix. Gouvernée par un sénateur (donc un pouvoir civil) et non par un légat (commandant de légion), la Gaule narbonnaise appartenait aux provinces privilégiées de l’empire, e au commerce florissant et sans forte présence militaire. Durant le III siècle, ce fut saint Sernin, évêque de Toulouse mort martyrisé en 250, qui marqua les débuts de l’évangélisation de la province.
e Au IV siècle après J.-C., la province connut à son tour les grandes invasions, notamment celle des Vandales, qui la traversèrent pour se rendre en Afrique du Nord viaPuis, ce fut l’arrivée des Wisigoths, qui pillèrent Rome en 410 l’Espagne. . Intégrés presque aussitôt après dans le monde romain, ils servirent dans ses légions et se virent attribuer par l’empereur, dont le pouvoir était en pleine déliquescence, l’ancienne province de Narbonnaise, qu’ils transformèrent en un royaume appeléà s’étendre sur le tiers sud-ouest de la Gaule et sur toute la péninsule ibérique. Installant d’abord leur capitale à Narbonne, ils la fixèrent ensuite à Toulouse. Clovis, en 507, les battit à Vouillé et les repoussa au-delà des Pyrénées. La présence wisigothe, toutefois, réussit à se maintenir pendant encore deux siècles à Narbonne et dans ses environs, formant la Septimanie, tandis que la région de Toulouse était intégrée à la Novempopulanie sous domination franque. Le conflit entre les Francs et les Wisigoths, s’il fut territorial, fut aussi religieux, les héritiers de Clovis professant la foi catholique, tandis que les Wisigoths demeuraient fidèles à l’arianisme, une hérésie chrétienne.
e Au VIII siècle, les Sarrasins mirent un terme à la Septimanie en prenant Narbonne en 719. Pendant quarante ans, la région narbonnaise devient une province d’al-Andalus, l’Espagne musulmane. Les chrétiens ariens d’origine wisigothique, toujours présents, cohabitèrent assez harmonieusement avec les musulmans, avec lesquels ils éprouvaient le sentiment de former un front uni contre les Francs catholiques, qui jadis avaient chassé leurs ancêtres.
Entre-temps, la dynastie carolingienne a pris le pouvoir chez les Francs, et le roi Pépin le Bref s’empare de Narbonne en 759, chassant le pouvoir musulman. L’ancienne Septimanie est renommée « Gothie » par le pouvoir franc. Tout l’ensemble formé par la Gothie et l’ancienne Novempopulanie est intégré en 778 au royaume d’Aquitaine, qui s’étend sur tout le sud de la France de l’Atlantique au Rhône, et que Charlemagne lègue en 781 à son fils de trois ans, Louis, futur empereur Louis le Pieux. Le titre de comte de Toulouse est alors créé, pour assurer le gouvernement, au nom de Louis, de cet immense territoire. Narbonne, quant à elle, est érigée en duché, après avoir été un temps marche (marquisat) de Gothie. Les comtes de Toulouse seront donc aussi, même si ce fut avant tout théorique, marquis de Gothie et ducs de Narbonne.
L’existence du royaume d’Aquitaine, néanmoins, est éphémère, comme beaucoup des États créés par les Mérovingiens et les Carolingiens : le royaume se désagrège dès e le milieu du IX siècle, et à la même époque, en 849, la dernière descendante de la branche carolingienne des comtes de Toulouse se marie avec le comte du Rouergue ; un changement de la dynastie régnant à Toulouse s’opère donc avec l’unification des deux comtés.
Le pouvoir comtal, néanmoins, fait face à des difficultés pour asseoir son autorité, et s’évertue à réunifier son domaine avec le duché de Narbonne. Cet objectif fut atteint e au XI siècle, grâce à la politique matrimoniale de Raymond IV de Toulouse (Raymond de Saint-Gilles). Celui-ci participa à la Première Croisade en 1095,à l’issue de laquelle il fonda le comté de Tripoli (au Liban actuellement). S’il ne revint pas de croisade, le retour de ses compagnons, marqués par la culture orientale, amorça la tradition languedocienne des troubadours et de l’amour courtois.
Les comtes de Toulouse, dans les deux siècles suivants, doivent affronter deux autres puissantes familles : d’une part celle de leurs parents Trencavel, devenus vicomtes d’Agde, d’Albi, de Béziers, de Carcassonne et de Nîmes, dont l’influence est grande à Narbonne, et d’autre part celle des comtes de Barcelone et rois d’Aragon, qui ont des visées sur Montpellier, le Roussillon et la Cerdagne.
e Ce fut dans ce contexte de rivalité féodale qu’éclata, à la fin du XII siècle, la guerre conduite par le roi de France contre les albigeois ou cathares. Les comtes de Toulouse comme les Trencavel accordèrent leur protection aux cathares, leur associant leur destin. En 1215, les troupes de Simon de Montfort mettent le siège devant Toulouse,
qui est ravagée, tout comme le reste du pays languedocien, par cette terrible guerre de religion. En 1229, le traité de Paris sonne le glas du catharisme, qui se retrancha néanmoins dans la forteresse de Montségur, laquelle résista jusqu’en 1244, année où les derniers cathares périrent sur les bûchers de l’Inquisition. Le dernier comte de Toulouse, Raymond VII, s’était soumis en 1229, avait fait pénitence et obtenu le pardon du roi Louis IX (Saint Louis). Il dut donner la main de sa fille unique, Jeanne, au frère cadet du roi, Alphonse. Quand Jeanne mourut en 1271, le comté de Toulouse fut définitivement annexé au royaume de France, tout comme l’avaient été peu auparavant les fiefs des Trencavel. C’est là que fut créée la province du Languedoc royal, qui exista inchangée ou presque jusqu’à la Révolution. Néanmoins, Montpellier, possession du roi d’Aragon, échappait encore au roi de France, de même que le Roussillon et la Cerdagne, sous domination aragonaise depuis 1256. Montpellier fut finalement acheté au roi d’Aragon en 1349, et le Roussillon annexé au royaume de France suite au traité des Pyrénées de 1659, qui mit fin à la guerre franco-espagnole.
En 1346, le Languedoc se dota de ses propres États généraux, réunion des trois ordres convoquée à Toulouse. Et en 1443, le Parlement de Toulouse fut créé, tandis que l’intendant du roi résidait à Montpellier. À nouveau, donc, la dualité entre Bas Languedoc et Haut Languedoc réapparaissait, Toulouse faisant office de capitale judiciaire et Montpellier de capitale administrative.
e e e Les XVI , XVII et XVIII siècles furent en Languedoc ceux des guerres de religion. Peut-être parce que persistaient le souvenir cuisant de la croisade contre les albigeois, et, plus lointainement encore, celui du conflit entre catholiques et ariens, la Réforme essaima particulièrement en terre languedocienne, et des conflits sanglants entre catholiques et protestants y éclatèrent dès 1560. Après l’accalmie due à l’édit de Nantes, les guerres de religion reprirent sous le règne de Louis XIII, les protestants étant cette fois-ci menés par Henri de Rohan. En 1622, après l’échec du duc de Montmorency à Montpellier, la ville est assiégée du 31 août au 20 octobre par le roi en personne, avant de capituler. Il en résulta la paix de Montpellier, qui garantissait aux protestants des places fortes à La Rochelle et Montauban. Mais faute de bonne volonté chez les deux partis, la guerre reprend deux ans plus tard, et Montpellier connaît à nouveau les horreurs de la guerre de siège en 1627.
La paix est signée en 1629, mais l’abolition de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685 relance les persécutions de plus belle : sur ordre de l’intendant Lamoignon de Basville, qui gouverne le Languedoc, de nombreux protestants sont emprisonnés, déportés, exécutés, suppliciés ou condamnés aux galères. En 1702, des paysans cévenols protestants se rendent au Pont-de-Montvert, afin de libérer ceux des leurs dont un missionnaire fanatique, l’abbé du Chayla, tente d’arracher la conversion au moyen de la torture. Chayla est tué dans la bataille, qui marque le début de la guerre des Camisards, nom donné aux révoltés cévenols d’après le motcamisade, qui en
languedocien signifie « attaque de nuit ». Les camisards trouvent un meneur en la personne d’un charismatique apprenti boulanger de vingt ans, Jean Cavalier. De nombreux villageois catholiques sont eux aussi massacrés, en représailles, par les protestants ; les guerres de religion semblent décidément ne jamais devoir cesser dans la région. En 1704, l’insurrection camisarde est écrasée par les troupes du roi. Cavalier capitule dans un premier temps, mais les combats n’en continueront pas moins jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, en 1715, tandis que les persécutions ne cesseront qu’à la Révolution. e Parallèlement à ces événements sanglants, le XVIII siècle voit le développement économique du Languedoc, et notamment une industrie textile florissante à Nîmes. C’est en effet dans les filatures nîmoises qu’est inventée une toile promise à un brillant avenir : la serge de Nîmes, elle-même inspirée d’une toile de coton et de lin e confectionnée à Gênes. Au XIX siècle, l’entrepreneur américain Levi Strauss se servira de cette toile, surnommée « Gênes de Nîmes », pour créer son célèbre pantalon, le jean denim… Le Languedoc est aussi célèbre pour ses vins, ceux de l’AOC Côteaux-du-Languedoc, rebaptisée Languedoc en 2007. La production viticole a su se relever de e dures épreuves, comme l’épidémie de phylloxéra au XIX siècle, qui se manifesta pour la première fois dans le Gard en 1863. Les vignerons s’organisèrent alors, et l’une des premières caves coopératives de France, les Vignerons libres, fut créée en 1901 à Maraussan, et reçut en 1905 la visite de Jean Jaurès. Mais les difficultés économiques, sévissant toujours, attisèrent en 1907 la révolte des vignerons contre le gouvernement Clemenceau, révolte violemment réprimée. Ce bref rappel historique nous ayant fait atteindre l’époque où fut collectée la majorité des récits de ce recueil, nous conclurons, en quelques mots, par la constatation que l’occitan languedocien est le trait d’union d’une région que l’Histoire se sera acharnée à couper en deux, d’une part par les conflits religieux, d’autre part par le tracé, depuis l’époque antique des Volques (tectosages à Toulouse et arécomiques à Nîmes), d’une frontière politico-administrative qui persista au fil des siècles : d’abord entre Septimanie et Novempopulanie, puis entre comté de Toulouse et duché de Narbonne, entre fiefs des Raymondins (les comtes de Toulouse) et des Trencavel, et enfin, à notre époque, entre régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, après une parenthèse de cinq siècles sous l’Ancien Régime qui vit la réunification, avec deux capitales complémentaires, dans la province royale du Languedoc ; une période toutefois entachée par l’horrible déchirement des guerres de religion. Pierre-Étienne MAREUSE