Les Contes populaires du Lyonnais et du Beaujolais

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150 pages
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Les Contes populaires du Lyonnais et du Beaujolais - Le conte populaire est un conte oral traditionnel et communautaire. Il a longtemps régi la création et la circulation des histoires. C'est en fait la littérature de nos ancêtres, il a présidé les veillées de nos campagnes depuis la nuit des temps jusqu'aux années 1950. Il a aujourd'hui presque disparu. Fort heureusement, depuis le XIXe siècle, quelques érudits passionnés de notre folklore ont pris soin de transcrire ces contes, ce qui leur a permis de venir jusqu'à nous malgré le profond bouleversement de nos sociétés rurales, qui a rompu la transmission séculaire de ces contes par le bouche-à-oreille. Quelques familles ont su faire subsister cette tradition jusqu'à la fin du XXe siècle malgré la disparition des veillées. D'infatigables collecteurs ont poursuivi jusqu'à nos jours l'oeuvre de leurs prédécesseurs du XIXe siècle. Tout au long de ces pages, vous découvrirez ces récits authentiques qui faisaient le charme des veillées d'autrefois, et l'âme des campagnes : les contes animaliers, les récits sur le diable, tantôt dupé, tantôt triomphant et réellement terrifiant, ou encore les aventures merveilleuses et féeriques, de celles qu'on racontait volontiers aux enfants...


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Date de parution 25 juin 2014
Nombre de visites sur la page 505
EAN13 9782365729499
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Les Contes populaires du Lyonnais etdu Beaujolais Roger Maudhuy
À la mémoire de Roger Pinon, qui tant m’apprit.
Préface
Roger Maudhuy nous livre ici une gerbe de contes, d’historiettes et de légendes glanés dans le Beaujolais et le Lyonnais – heureux mariage du vin et de la gastronomie, l’un n’allant pas sans l’autre. Les deux régions se complètent sur le plan du folklore, l’esprit y est également facétieux et frondeur. Dans ce recueil, l’ail nécessaire à la réussite d’un gigot, ce sont ces textes en patois. Quelle bonne idée que de les sortir de l’oubli ! Certains sont vieux de plus d’un siècle – je pense à ceux redécouverts dans la vénérable et oubliée revue lyonnaise,Tous les patoismais –, tous ont gardé leur fraîcheur originale. Au fil des pages, le lecteur découvrira des histoires autour du vin, que n’auraient pas reniées René Fallet ou Antoine Blondin, les mésaventures du curé de Saint-Appolinaire, et tout un peuple parfois inquiétant, allant du loup au Diable, des féesà e la dame blanche qui au XIX siècle hanta le centre de Lyon, de la vouivre sifflant dans les airs au bon géant Gargantua – et nous voilà revenu, sinon dans la gastronomie, dans la gourmandise à un niveau qui ravaleLa Grande Bouffede Marco Ferreri à un casse-croûte de clochards. Ce qu’il faut mettre ici en exergue, c’est que ce recueil n’est pas une fade anthologie comme on en voit tant (en fait, on ne voit guère que ça, du moins en folklore), mais le résultat du travail d’un vrai folkloriste, aussi à l’aise dans les bibliothèques qu’aux portes des hameaux, discutant le bout de gras avec les derniers témoins d’une tradition orale mourante. Tous les textes sont sourcés, et on prend plaisir à lire les glanes inédites comme les récits ressuscités des imprimés jaunissants. Folkloriste, Roger Maudhuy ? Oui, sans doute. Mais aussi un peu magicien… Et je le dis d’autant plus volontiers que j’y suis – un tout petit peu – pour quelque chose. Je l’ai reçu chez moi quinze ou vingt fois, au moins. Cela doit faire plus d’une centaine d’heures où je lui ai conté le folklore, l’âme d’autrefois, les veillées… Ensemble nous avons parcouru bien des kilomètres, visitant chapelles et pierresà légendes, forêts hantées et ruines maléfiques… Nous avons bavardé avec des anciens, qui ont évoqué pour nous les vieilles peurs de jadis… À mon âge, quand on a porté le flambeau du folklore pendant des décennies, on n’aspire plus qu’à une chose : passer le flambeau, que l’histoire continue. C’est fait. À 54 ans, Maudhuy a normalement trois ou quatre décennies devant lui, avec une moyenne de quatre ouvrages par an, cela fera une belle bibliothèque. Et un
jour viendra où ce sera à lui de penser à la suite. Un folkloriste, c’est un transmetteur de mémoires, un maillon d’une chaîne qui ne peut s’interrompre. Un folkloriste, c’est aussi la réunion de plusieurs influences : Albert Doppagne, Roger Pinon, Claude Seignolle, Charles Labry, le chanoine Denis Grivot, les frères Willy et Marcel Brou, Pierre DesRuisseaux, l’abbé Jean Durand et quelques autres encore, dont je m’enorgueillis d’être, vivent en Maudhuy. Ils continueront à vivre avec lui, après eux, après lui. Les folkloristes ne forment pas une dynastie héréditaire, et c’est plus beau encore : ils ont des fils spirituels. Un dernier mot : physiquement, Maudhuy est assez grand, massif ; son visage n’est pas sans rappeler celui de Bruno Cremer ; sa manière d’interroger les témoins évoque aussi celle du héros de Simenon. Aussi, de recueil en recueil, mérite-t-il le titre de « Maigret du folklore ». Et pour moi, quoi de mieux que d’être un des pères spirituels de Maigret ?... Jean Grossier
Avertissement
Le grand collecteur de traditions orales qu’était le chanoine Denis Grivot, d’Autun, le constatait avec amertume : « Il n’y a pas de provinces françaises qui, au e XIX siècle, quand il était temps encore de glaner contes et légendes, traditions et croyances, n’ait eu un ou plusieurs chercheurs. Luzel, Sébillot et Orain en Bretagne, Carnoy en Picardie, Bladé en Gascogne, Meyrac dans les Ardennes, Bosquet et Fleury en Normandie, Millien dans le Nivernais, Laisnel de La Salle dans le Berry, Sauvé dans les Vosges, Remize dans l’Aubrac… C’était l’âge d’or du folklore français. Cet âge d’or, le Beaujolais y a malheureusement échappé. Aucune grande collecte en Beaujolais quand il était encore temps, aucune… » e Pareil constat vaut pour Lyon et le Lyonnais. Déjà au XIX siècle, l’industrialisation, l’exode rural et le brassage de populations dans les grandes villes rendaient difficile une enquête sérieuse. Mais en folklore comme en bien des choses il ne faut jamais désespérer. En cherchant bien, en sortant du haut des rayonnages des revues endormies depuis des décennies, en compulsant journaux et almanachs, plaquettes et monographies, on tamise quelques pépites. Ajoutez à cela des enquêtes sur le terrain – car on peut encore, aujourd’hui, recueillir des récits traditionnels –, et voilà de quoi rendre à deux régions, le Beaujolais et le Lyonnais, leurs lettres de noblesse en matière de folklore.
La logique du vigneron
Un matin, Joseph, le vigneron, voit deux messieurs encravatés qui frappent à sa porte. Des clients ? De si bon matin ? Joseph va ouvrir, tout heureux, c’est que les gens de la ville se font rares, ils achètent leur vin à des négociants et dédaignent les petits vignerons. Mais son sourire se ferme vite : les deux messieurs sortent une carte barrée de tricolore, c’est les Indirectes ! – Monsieur, dit le plus âgé, nous aimerions voir le grenier, au-dessus de votre remise. – Ben… Pourquoi faire ? – Si vous refusez, nous revenons avec les gendarmes ! Joseph doit bien céder, que vouliez-vous qu’il fasse ? Il ouvre la porte de la remise et immédiatement les deux messieurs encravatés montent l’escalier. À peine en haut, les voilà déjà qui se réjouissent. – Ah ! Ah ! Un alambic ! Et un beau ! Qu’est-ce que vous en dites ? – Ben… Ca date du grand-père, pour le moins. Moi, je ne m’en suis jamais servi. – Évidemment… Mais il n’est pas plombé, donc il est en état de servir. Vous êtes bon pour une amende et le tribunal. Les deux messieurs, après les constations d’usage, s’en vont, guillerets. Joseph, lui, n’a pas envie de rire. Toute la journée il maugrée et se demande qui a bien pu le dénoncer. Un mois plus tard, le voilà devant le juge, qui n’a pas l’air de rigoler. – Ainsi, monsieur, vous avez un alambic clandestin… C’est grave, très grave ! À qui vendiez-vous votre alcool ? – Ben… À personne, m’sieur l’juge, à personne. Je m’en suis jamais servi, il est dans le grenier depuis le temps du grand-père, et même sans doute avant. – Vous reconnaissez donc posséder un alambic en état de fonctionnement depuis des années. Notez, greffier ! – Mais j’m’en suis jamais servi ! – C’est pareil, puisque vous l’avez. – Mais enfin, m’sieur l’juge, j’ai tout c’qu’il faut sur moi pour commettre un