Les mirages de Huaraz et autres histoires

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157 pages
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Voici douze contes venus de loin, où l'initiative n'est pas laissée aux mots mais aux paysages. On découvre dans ces immensités comme un texte des eaux, une écriture du sol, ou une inspiration solaire qui imprime en l'homme un étonnant destin, ou bien l'efface au contraire de la surface d'un monde qu'il pensait maîtriser. L'humanité devient la matière première de l'érosion ou bien des glaces et des pierres. Dans ce monde primordial, l'animal joue aussi son rôle : il se met à parler avec l'homme avant de lui signifier ses métamorphoses. Il donne un sens serein à sa quête incertaine.

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Date de parution 01 janvier 2007
Nombre de visites sur la page 48
EAN13 9782876232099
Langue Français

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_Nicolas Bonnal LesmiragesdeHuaraz &autresconteslatinos Roman
MICHEL DEMAULE
Les Mirages de Huaraz & autres contes latinos
Nicolas Bonnal
Les Mirages de Huaraz & autres contes latinos
MICHEL DEMAULE
© Auditorium du Louvre, pour la traduction du poème d’Heinrich Heine :Am Meer.
© ÉDITIONSMICHEL DEMAULE, 2007, 41, rue de Richelieu – 75001 Paris.
LES MIRAGES DEHUARAZ
à Patrick Ravarino
Jorge était un homme important dans l’industrie du cinéma péruvien ; il était aussi notre ami bien-veillant et reconnu. Nous lui demandions toujours de nous conter des anecdotes, à lui qui avait connu tant de personnages célèbres, et traversé de tant de villes et de contrées fabuleuses. Ce soir, nous en étions au digestif quand Cecilia, une des plus jeunes filles ici présentes, lui demanda de nous raconter son plus marquant souvenir. Il s’interrompit un moment, prit une bouffée de tabac et puis reprit :
— Santiago Anillo était certainement un des grands maîtres du cinéma sud continental. Il était connu pour son goût de l’aventure et de la nature, la perfec-
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tion de ses plans et de son montage, la minutie de ses décors et de ses reconstitutions historiques. J’eus moi-même la chance de faire partie de son équipe de production designau cours d’un de ses plus fameux tournages de sujet historique. Et l’on me désigna, connaissant mes origines montagnardes, pour recon-naître une de ces bellespunasd’altitude, qui devait au choix servir de décor ou d’inspiration à un décor. J’arrivais dans le Huaraz, lieu de montagnes extraor-dinaires, puisque, comme vous le savez, c’est l’Alpamayo qui servit de modèle à la montagne Paramount. – Ah vraiment ? – Je commençai l’exploration des belles lagunes d’altitude et un bref trekqui me permettrait de cerner les plus beauxset locationspossibles. J’avais recruté un jeune guide du nom d’Emilio, un beau garçon lumineux, éternelle-ment souriant : il me promettait monts et merveilles, des eaux vertes et des nuages bleus, ces ciels dorés et ces brumes dansantes ; et le tout sans effort. Je fus quatre jours dans ces montagnes magiques à arpenter les pas géants des dieux, accompagné ou célébré même par les colibris qui aspiraient les souffles des plantes géantes pour les perpétuer ailleurs. Nous gagnâmes une vallée entourée de pics, enneigée et peuplée d’espèces étranges. Mais ce lieu ignoré et secret avait toutefois son mystère : Emilio me disait qu’il n’apparaissait pas tout le temps ; qu’il pouvait dis-
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paraître, comme une cité invisible. Je crois même qu’il me parla d’une cité invisible peuplée par des puis-santes familles.
— Mais même le Machu Picchu disparut jadis ! — Oui, si l’on veut. Vous savez la légende du der-nierchasqui, le courrier de l’Inca, qui parcourait des distances folles pour transmettre lesquipus, ces fameuses cordelettes à nœuds qui renfermaient les secrets de l’empire et monde ; eh bien on dit qu’un dernierchasquipartit un jour pour informer l’empereur de la catastrophe qui le guettait ; qu’il se perdit dans cette vallée précisément, qu’il courut, cou-rut sur ces sentiers de solitude perdus dans les som-mets, et qu’il gagna finalement le Machu Picchu, mais la cité était abandonnée. Certains prétendent même qu’il courut si long-temps qu’il gagna la cité sacrée un jour de forte affluence touristique. — Oui, certaines routes doivent permettre aussi se jouer desquipusdu temps. Emilio me parla de cette ville sans doute encore emmitouflée dans la végéta-tion tumescente, et qui n’avait pas encore fait les frais d’une restauration ou d’une profanation archéolo-gique. C’était un Castillo, que lui avait cru voir quel-quefois et où vivaient un groupe de descendants d’aristocrates de haute lignée… je me demandai s’il
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plaisantait. Mais je reprends mon histoire : j’avais fait provision de merveilles… Je rentrai et revis mon Santiago Anillo.
Jorge reprit une bouffée de sa pipe légendaire. Et, devant son assistance attentive (on parlait enfin de cinéma et de tournage), il poursuivit : — Il n’était pas question de tourner dans un endroit aussi reculé et de plus protégé. Mais mes prises de vue l’intéressèrent et il décida d’employer le savoir-faire de son équipe technique à recréer dans le désert un décor similaire, presque en grandeur na-ture, si j’ose dire, avec tous les effets visuels destinés à tromper le regard du public. Et en quelques mois nous étions parvenus à nos fins : sur 11 hectares, nous avions recréé une montagne où pourraient s’affronter une troupe de conquistadores et une masse désarmée d’Indiens. « L’effet était miraculeux. Même moi je m’y laissais prendre. On pouvait circuler entre des roches et des torrents, entre des arbres et des ombres plongeant du ciel, des rayons de lumière et des mousses depuna. Nous avions gagné. Le film n’eut pas le succès escompté, mais ce décor presque trop parfait fut le chef-d’œuvre du film. On ne nous rend assez jamais hommage… — Mais alors… Votre histoire ?
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