Provence, les Petites histoires de la Vieille

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Provence, les Petites histoires de la Vieille - Rares sont les ouvrages qui vont chercher ce qui se cache derrière cette terre de cartes postales. Or notre vieux terroir possède bien des trésors, bien des légendes. Personne ne sait où habite « la Vieille », mais elle accepte de raconter à Hervé Berteaux les vieilles histoires transmises de génération en génération ; des histoires bien malicieuses que seule la Vieille pouvait nous restituer. Ces histoires vont vous faire sourire, vous faire peur, et vous faire rêver...

C’est une émotion de la simple réalité qui vous est proposée, c’est l’homme d’hier et l’homme contemporain qui vous sont rapportés dans ces nouvelles de terroir.


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Date de parution 04 mars 2013
Nombre de visites sur la page 71
EAN13 9782365729291
Langue Français

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Hervé Berteaux
Provence
Les petites histoires de la Vieille
© Édition COMMUNICATION-PRESSE-ÉDITION 2013 La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou repro ductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal.
Co-errance
Ne me demandez ce que je fais là. Car, par honnêteté à votre égard, je serais obligé de vous déclarer, m’avouant par là même une réalité navrante, que je n’en sais trop rien.
Trop rien ou trop bien.
Dans une vie antérieure, assez récente, je m’étais fait prendre par un récit étrange. Était-il réel ou né d’une rumeur ? Là encore, ma réponse, en admettant que j’acceptasse d’en fournir une, car il me reste hélas, toujours des lambeaux de fierté mal placée, s’avèrerait décevante. Toujours est-il que ce matin-là, je m’engageai dans une vallée qui ne me disait guère, la vallée du Jabron. Le propos pourrait paraître déplaisant, à commencer pour les autochtones, si je ne précisais pas le pourquoi de mon périple naissant. En toute objectivité, le lieu a tout pour séduire son quidam, placé qu’il est, en charnière entre la majesté des montagnes alpines et les douceurs d’une Provence encore sauvage et authentique.
Je venais en outre de remonter la vallée du Toulourenc dont le seul nom, très musical aux oreilles qui veulent bien l’entendre, a de quoi suffire pour faire penser au paradis.
Mes pensées étaient occupées par un mystère que je croyais avoir résolu en d’autres temps, sous d’autres cieux. Je traversais donc ce pays sans en apprécier la juste saveur. J’avais déjà oublié le salut effarouché d’un chevreuil que mon passage trop mati nal avait surpris. La lourdeur de mes pensées n’avait pas été dissipée non plus par un arrêt à la fontaine d’un village placé sous la protection du bien nommé saint Léger dit du Ventoux, en hommage à la barrière grandissime dont le nom semble évoquer la toute puissance des vents, en premier lieu, celle du mistral. C’est à peine également si j’avais aperçu en cette errance, la silhouette imposante et dominatrice du château et des bâtisses de Montbrun. Je n’aurais guère vu davantage le nom de la commune de Séderon, si je n’avais pas commis l’erreur de me fier à la mécanique de mes pas, lesquels - recherchant la fraîcheur - m’avaient bêtement mené plein nord. L’esprit humain, le mien n’échappant pas à la règle, connaît parfois des indisciplines incompréhensibles. Partant de la vallée du Rhône, j ’avais pourtant pris pour règle intangible d’aller d’ouest en est. Il m’avait donc fallu une bonne leçon, et presque une heure de marche pour rien, pour enfin entamer la vallée du Jabron où j’espérais tro uver la clé des énigmes qu’elle avait semées en mon for.
Elle, j’en parlerai plus tard, et encore, à la condition que mes hypothèses fussent justes, c’est-à-dire que je n’arrivasse pas bredouille à Sisteron comme un imbécile qui aurait avalé tout cru une bonne dose de n’importe quoi. Elle, décidément, avait tout fait pour me gâter le voyage. Je ne pouvais la penser comme étant perverse
mais elle avait su semer en moi suffisamment de certitudes pour que j’aille, une fois de plus, confier mon sort au hasard des chemins. J’arrivais du Languedoc, celui qui frôle les contreforts sud des Cévennes, pas celui des grandes villes qui languissent non loin du littoral. C’est là que je l’avais rencontrée, que je l’avais écoutée pour la première fois. C’est dans un hameau perdu qu’elle m’avait offert des bouts de son histoire. Des bouts seulement, mais tellement prenants que j’avais vu naître en moi l’obsession irrépressible d’en savoir davantage et ce davantage - dans ce que j’avais compris - avait pris source dans cette vallée.
Après avoir marché de longues heures et pendant plu sieurs jours, j’avais malheureusement perdu l’émerveillement de la découverte des paysages car me revenait en mon esprit la façon dont elle avait soudainement disparu. Elle n’avait pas voulu de mort banale, trop triste, trop humaine. Non, elle s’était envolée de son hameau perdu, un beau jour, ajoutant au mystère de son départ, la disparition de toute vie locale. Les maisons avaient perdu leurs fleurs. La fontaine ne coulait plus. Les volets de bois qui rayonnaient de leurs couleurs bleu lavande n’étaien t plus que des bouts de planches pendant lamentablement à des gonds sans force, entourés de pierres tout aussi chancelantes.
Il y avait une dimension incompréhensible entre le récit de son existence, qu’elle m’avait en partie racontée, avec une précision et une émotion que je ne pouvais pas avoir totalement inventées et la sombre réalité d’un village qui s’en était retourné à la solitude, sans défense face aux assauts des ronces et des autres plantes qui le fissuraient.