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La Jeune Moabite. Journal 2013-2016

De
704 pages
Les livres sont écrits, les amours qui en furent les inspiratrices se sont apaisées, Gabriel Matzneff, toujours prompt à s’enflammer telle l’étoupe, s’ennuie. Cette vie calme ne correspond pas à l’idée qu’il se fait du bonheur. Certes, après l’avoir longtemps ostracisé à cause de ses mœurs réputées peu orthodoxes, la société lui décerne en 2013 le prix Renaudot pour un essai ; en 2015, le prix Cazes pour son neuvième et dernier roman ; mais ces tardifs lauriers, même s’ils lui font plaisir, ne sont pas des remèdes à la mélancolie. Son désir d’ivresse réclame une liqueur bien plus forte. Le 17 février 2014, dans une ville de province, une lycéenne fait irruption dans sa vie. L’année suivante, quand elle arrive à Paris, s’inscrit à la fac, ils deviennent amants. Elle a dix-neuf ans, lui soixante-dix-neuf. C’est la jeune Moabite du Booz de Victor Hugo. Leurs amours ne dureront que quelques mois, mais elles rendent à Gabriel Matzneff allégresse, confiance en son pouvoir de séduction, goût de son destin. Ce sont des années où, pris dans un mouvement incessant, il voyage beaucoup, surtout en Italie : Bordighera, Rome, Zagarolo, Trieste, Venise, Naples, escorté par ses éternels compagnons de route : Horace, Galiani, Casanova, Schopenhauer, Byron. De l’aventure, des réflexions politiques, une somme d’observations sur les jeunes filles, un goût très sûr pour la langue française, un christianisme solaire vécu comme l’héritage d’Apollon et de Dionysos, le dandysme élevé au rang de philosophie : pour Gabriel Matzneff, le journal intime, c’est la vie à bout portant.
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G ABR I EL MATZ NEFF
L A J E U N E M O A B I T E
JOURNAL 2013-2016
G A L L I M A R D
Aux mânes de l’abbé Ferdinando Galiani, étincelant écrivain, esprit libre.
AVANT-PROPOS
J’avais annoncé que mesCarnets noirs que je tenais depuis l’âge de seize ans prendraient "n le 31 décembre 2008. J’étais sincère, comme assurément l’étaient Kirsten Flagstad et Charles Trenet à la veille de l eurs innombrables concerts d’adieux. Les artistes proposent et les Muses disposent. À mes carnets noirs 2007-er 2008 succédèrent mes carnets noirs 1 janvier 2009 – 23 septembre 2013,Mais la musique soudain s’est tue.Aujourd’hui, voici mes carnets noirs 24 septembre 2013 – 12 août 2016,La Jeune Moabite. Je l’ai déjà écrit, je me répète : quand il sera pu blié dans son intégralité, de 1953 à la "n (y compris les années inédites 1989-2006 présentement enfouies dans le co@re-fort d’Antoine Gallimard), mon journal intime portera ce titre général : Carnets noirs.res de chapitre,entendu qu’on pourra conserver, tels des tit  Étant ceux des volumes parus de mon vivant,Cette camisole de ammes,L’Archange aux pieds fourchus,Vénus et Junon,Élie et Phaéton,La Passion Francesca,Un galop d’enfer,LesSoleils révolus,Mes amours décomposés,Calamity Gab,La Prunelle de mes yeux,Les Demoiselles du Taranne,Carnets noirs2007-2008,Mais la musique soudain s’est tue,La Jeune Moabite, pour lesquels j’ai, je l’avoue, un faible prononcé. J’ai des défauts sans nombre mais une qua lité que même mes plus opiniâtres adversaires ne me refusent pas : le sens des titres. Pour ces carnets noirs 24 septembre 2013 – 12 août 2016, j’en avais choisi un qui me plaisait :Nunc dimittis servum tuum, Domine et placé la traduction en épigraphe : « Seigneur, laisse maintenant ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole » (Saint Luc, II, 29). Et puis, telle la Moabite dans celle duBoozHugo, une lycéenne a fait de irruption dans ma vie. Irruption est le mot juste. J’étais dans une ville de province, je traversais une place, un chapeau enfoncé sur la tête. Malgré le ch apeau, la jeune personne, qui était à son balcon et jusqu’alors ne m’avait vu qu’à la télé ou sur des photos, me reconnut et, dévalant l’escalier, sortit, me courut après dans la rue, me rattrapa deux cents mètres plus loin. Ce fut ainsi que nous nous connûmes, mais nous ne devînmes amants qu’un an plus tard lorsque, quittant son lycée provincial, elle vint à Paris, s’inscrivit à la fac. Pour elle, une aventure d’adolescence dont, si elle n’est pas une adepte de la page tournée, elle gardera, je l’espère, un joli souvenir. Pour moi, une rencontre essentielle qui m’a restitué énergie vitale, con"ance en mon pouvoir de séduction, goût de mon destin ; qui m’a porté bonheur, comme le montreront lesCarnets noirs de l’automne 2016, de l’hiver 2016-2017. Calamity Gab, en avant la musique !
G. M.
Dimanche du Fils Prodigue 2017
Jouissons du présent, bannissons les idées sombres.
ABBÉ GALIANI,
Dialogues sur le commerce des blés
Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite, S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu, Espérant on ne sait quel rayon inconnu, Quand viendrait du réveil la lumière subite.
VICTOR HUGO,
Booz endormi
… un adepte du moabitisme tel que moi…
G. M.,
Harrison Plaza,
chapitre XII (dans la bouche de Béchu)
Carnet145 (du 24 septembre 2013 au 17 novembre 2013)
Sous la Restauration, Stendhal appelait la droite catholique de retour d’exil « le parti de l’éteignoir ». 1 [À l’attention de Mélina] Année 90. Deux amantes, Lydie et Stéphanie, rangées à tort (en 2004) parmi les « simulacres ». [Strasbourg, chez Véronique] Au musée de l’Œuvre Notre-Dame. L’empereur en majesté. Ne serait-ce pas le Pantocrator [byzantin] ? 2 Beau jeune homme. Vierges folles androgynes . Le Lavement des pieds,Noli me tangere,Le Doute de saint Joseph. Saintes Madeleine et Catherinede Conrad Witz. Les natures mortes de Sébastien Stoskopff (1597-1657). La Vanité aux livresde Gheyn le Jeune (Yale University Art Gallery). « C’est un grand plaisir que de se savoir heureux ! Peut-on l’être sans le sentir ? Les théologiens disent qu’oui. Il faut les envoyer paître. » (Casanova, Pléiade, tome 3 1, p. 195 .) Au musée du palais de Rohan : des Tintoret, des Véronèse, des Letto. Adam et Èvede Maarten van Heemskerck. Zurbarán, Tiepolo, Hubert Robert, François-Joseph Casanova, Ribera. [Trois lignes illisibles]
[Écriture de Martine Ludes] Porcus, place du Temple Neuf (pâté en croûte, entre autres). De même qu’en 2012 l’événement le plus important av ait été l’exposition consacrée par la Bibliothèque nationale à Giacomo C asanova, de même l’événement capital de 2013 est l’exposition que la ville de Parme consacre au plus e grand typographe du XVII siècle européen, peut-être le plus grand de tous l es temps, Giambattista Boldini. C’est grâce à une double page de Paula Mauri dansLa Repubblicaje que découvre cette [phrase inachevée] Hautes-côtes-de-nuits 2011. J’écris ceci à Strasbourg, à une terrasse de la pla ce Gutenberg, à quelques mètres de la statue représentant ledit Gutenberg brandissant un feuillet de la Bible qui sort à peine de son imprimerie et sur lequel est écritFiat Lux. Érigée en 1840, la statue est l’œuvre de David d’Angers. Le soleil brille, je bois un verre de muscat d’Alsace Dom Mochel 2011.
Cette page, je l’écris sur une page de mon carnet noir avec un stylo et de l’encre bleu mer du sud. Mon stylo, mon carnet, mon encre, ce verre de bon v in, la sublime ville de Strasbourg où j’ai été si heureux. Je suis invincible. Chacun connaît l’affiche où Gutenberg fait un bras d’honneur à Mac Luhan. En cet automne 2013, les amoureux du livre – le vra i livre, celui qu’on peut relier en maroquin, dont on peut corner les pages, les annoter, où l’on peut enfouir le visage pour respirer la bonne odeur du papier [phrase inachevée] Cette chronique, je la publierai sur le site Intern et duPoint, mes lecteurs la liront grâce à ce lienvirtuel.est donc clair que je ne nourris pas la moindre Il 4 animosité envers cette prodigieuse informatique qu’est [phrase inachevée] [Écriture de Véronique] FMR Franco Maria Ricci. Claude Garamond † 1561. Le Garamond, semblable au petit romain. Fiat Lux, « Que la lumière soit » : Genèse, 1, 8. La maison d’édition FMR, créée en 1964 par Franco M aria Ricci, un noble parmesan admirateur de Giambattista Boldini, son cé lèbre concitoyen. Il réimprimera sonManuale tipogracoquelques années plus tard, l’ et, Oratio romenicapublié par Boldoni en 1806 avec le texte du Pater Noster en 155 langues. Quand j’ai dû vendre, par besoin d’argent, les gran ds papiers de mes propres livres, le chagrin d’une telle perte fut atténué pa r la pensée qu’ils appartenaient désormais à des bibliophiles qui en prendraient soin – assurément plus que moi avec le désordre de ma vie bohème, ma garçonnière exiguë, mes fuites defugitivus errans. FMR en France : 15 galerie Véro-Dodat. « Le caractère Boldoni au doux anachronisme et aux élégances sophistiquées » évoqué par Flaminio Gualdoni, historien de l’art classique. La verdâtre statue de Gutenberg qui tient entre ses mains le feuillet de la Bible 5 nuovo di zecca où est inscrite en français les mots de la Genèse, « Et la lumière fut ». Assis aux pieds de Gutenberg, des écoliers, lles et garçons, qui attendent leur tour pour monter sur le manège installé au flanc de la statue. C’est la faute à saint Paul. Pour Littré, qui est la Loi et les Prophètes de la langue française, le motgoujat n’a pas de féminin. 6 Le motbutor.non plus LeTaceat mulier in ecclesia. Chez nous, orthodoxes, accros à la Tradition, seule la femme à barbe pourrait, à l’extrême rigueur, êtr e autorisée à lire l’Épître et l’Évangile. Comme on dit, « c’est culturel ». — Était-ce un orthodoxe ? N’était-ce pas un clerc d’une autre religion ? — Ma foi, c’est bien possible. Ce qui est sûr, c’est que c’était un barbu.
Ah ! les barbus !
Ce qui serait plus amusant, c’est garder « reine de s connes » et remplacer « Royal » par ***. 7 Conseiller à Nathalie d’éviter le vocabulaire pseudo-médical : la libido , l’addiction, l’adrénaline. Le laisser à la presse féminine et aux romans d’espionnage de série B. Un éditeur américain serait prêt à verser à l’actrice Angelina Jolie un à-valoir de 35 millions d’euros pour la décider à écrire ses Mémoires. Schopenhauer et Lola Montès. Eadem sunt omnia semper. 22 octobre, 11 h 26. À la terrasse ensoleillée (oui, soleil et printanière douceur de l’air), je viens de relire une dernière foisMais la musique soudain s’est tueque je remettrai cet après-midi à Philippe Demanet chez Gallimard. Le livre ne paraîtra qu’en 2015 (c’est du moins ce que j’ai demandé à Antoine Gallimard), mais ainsi, désormais, je suis délivré, entièrement libre. Tout ce que ces dernières années je voulais régler est réglé. Je suis bien tranquille. 24 X. Avant l’enregistrement à France Culture (je serai interviewé par Sébastien de Courtois), je visite le centre commercial de Bea ugrenelle, inauguré hier. C’est moche,cheaptotalement inutile. « Que de choses dont je n’a  et i pas besoin ! » (Socrate au marché d’Athènes.) Seuls valent les livres que l’auteur a écrits avec le sang de son cœur, certes, mais le sang ne suffit pas. L’essentiel demeure la plume. [À propos des courriels, des sms, des conversations téléphoniques interceptés par l’État] Un écrivain tel que moi se che d’être espionné puisque tout ce qu’il vit, tout ce qu’il pense, il en nourrit ses livres. Celui qui pratique la confession publique ne craint pas les tortures de l’Inquisition. Dans la nuit de samedi à dimanche, France Culture a rediùsé une émission d’une heure durant laquelle Pierre Lhoste [, en 196 6,] m’interrogeait sur mon premier roman. Je lui ai dit que j’avais découvert Schopenhauer à vingt ans. Or c’est en classe de philo, à dix-sept ans, que, sur les conseils de mon camarade Alain Dammann, j’ai commencé à le lire. Pourquoi me suis-je alors vieilli ? Sans doute par crainte de paraître prétentieux, d’être accusé de jouer au génie précoce.
Pourtant,lavéritéestquej’airencontréDumasàonzeans,Cervantèsàdouze,
Pourtant, la vérité est que j’ai rencontré Dumas à onze ans, Cervantès à douze, Byron à quinze et Schopenhauer à dix-sept. Ivre du vin perdu, 233-239 ; 243. Dans le train Paris-Strasbourg, le 31 octobre 2013, 11 h 30. La Repubblica, interview du sociologue Alain Touraine : «I diritti sono al sopra delle leggi», les droits sont au-dessus des lois, supérieurs aux lois. L’anarchiste que je suis dirait cela, cela ne serait pas pris au sérieux ; mais dans la bouche d’un « éminent universitaire »… Milieu page 239-haut de la page 241. Puis 242 : « Il y avait quelque chose de magique… » 12 h 50, toujours dans le train. Je relis au hasard deux chapitres (le VI et le XIII) d’Ivre du vin perdu.Quel livre extraordinaire. Tout y est. Page 134, le détachement des passions. Préface d’Un diable dans le bénitier. Venise, juillet 2013, 11 heures du matin. Comme durant les jours précédents, je travaille à la bibliothèque de la Fondation Querini Stampalia qui est, pour mes lecteurs, une vieille connaissance (un lieu familier), puisque c’est ici que, dans Mamma, li Turchi !, le moine Guérassime [phrase inachevée] Tacloban, Leyte, ces villes où j’ai vécu de vifs bonheurs, des jours insouciants, dont les noms, à la radio, à la télé, résonnent aujourd’hui comme des synonymes de l’enfer, de la désolation.
1. Mélina Reynaud, mon archiviste à l’IMEC. 2. Ai-je bien écrit « androgynes » ? Ces notes griònnées au musée, debout, sont quasi indéchiffrables. 3. Je feuilletais chez Véronique le premier tome de la Pléiade que je lui avais oèrt, curieux de voir les ajouts à mon excellente édition Brockhaus-Plon 1960-1972, un de mes livres de chevet. 4. Cette chronique n’existe pas, je ne l’ai jamais écrite. Seules ces notes griònnées en sirotant un verre de muscat. (Zagarolo, 24 juillet 2015.) 5. Flambant neuf. 6. Erreur. Butorde existe et je l’utiliserai au chapitre X d’Un diable dans le bénitier. (Zagarolo, 27 juillet 2016.) 7. Une proche amie, romancière.
Carnet 146 (du18 novembre 2013 au 28 mars 2014)
Lundi 18 novembre 2013. Vous vous souvenez de la belle chanson qu’interprétait Serge Reggiani, « Les loups sont entrés dans Paris ». 21 h 15, je viens d’achever d’écrire et de poster à Jérôme Béglé ma chronique 1 « Le Temps des sycophantes ». Mardi 19. Ma chronique est sur le site duPoint. Elle est bien torchée. La Sardaigne inondée. [Plusieurs pages de notes prises lors d’une relectur e du tapuscrit de Mais la 2 musique soudain s’est tue ] Mercredi 20 novembre. Anniversaire de l’assassinat de Kennedy. LeCorrieretitre : « Jackie, Marilyn et les autres, le charme (il fascino) du traître ». À appliquer à mes belles périodes : les années 78-86 (Marie-Élisabeth, Pascale, Élisabeth, Marie-Laurence, Anne T., Deniz, Diane), puis, après le temps de la passion Vanessa, les années 1988-2006 (Véronique, Anne L. B., Hélène P., Hélène L., Anne J., Aouatife, Anastasia, Maud, Marie D., G éraldine, Sophie P., Justine, Marie R., Gilda). Couvert de femmes qui, trompées et le sachant, m’adoraient. Les explications informatiques d’Anastasia se trouvent dans le carnet 141. Samedi 23 XI, 13 h 45. J’appelle Eight One One. Les nouvelles de sa santé ne sont pas bonnes. Je le devine angoissé et du coup je le suis aussi. Les amoureux de la liberté, les cinéphiles, les cin éastes fous de liberté et d’amour de la liberté. Lionel [Soukaz] :Le Sexe des anges(1977),Race d’Ep(1979),Tino(1985). À une époque où l’esprit de liberté qui anima les années 70 [phrase inachevée]
Mistigretta. Uniqlo F. doudoune ultra légère taille M. Ne voir dans l’œuvre de Soukaz que le militantisme homosexuel, c’est réduire son importance. Son cinéma est beau, et il peut émouvoir des spectateurs qui se foutent du militantisme pédé (cf.la manière dont est mêmement réduite l’œuvre de Hocquenghem par Wikipédia).